Ana­lyse d’ex­perts au­tour d’un ma­laise sur le Tour.

Planète Cyclisme - - ÉDITO - SOMMAIRE - Ch­ris­to­pher Froome

Ch­ris­to­pher Froome n'a jamais fait l'una­ni­mi­té dans le coeur des fans de cy­clisme de­puis sa pre­mière vic­toire sur le Tour en 2013. Blan­chi par L’UCI dans une af­faire liée au sal­bu­ta­mol cinq jours seule­ment avant le Grand Dé­part du Tour, le Bri­tan­nique a dé­bar­qué mal­gré tout en ter­rain hos­tile avec des bo­dy­guards et une équipe en mis­sion. Ch­ris Froome part à la conquête d’un cin­quième Tour et d’un dou­blé his­to­rique Gi­ro-tour, mais com­ment peut-il s’ex­traire d’une at­mo­sphère aus­si pe­sante, avec la pres­sion du ré­sul­tat ? Élé­ments de ré­ponse avec Me­riem Sal­mi, la psy­cho­logue de Ted­dy Ri­ner, et Patrick Mi­gnon, so­cio­logue du sport.

« Le Tour de France met la lu­mière sur le cy­clisme » dit Pa­tr ick Mi­gnon, so­cio­logue du sport, mais ce coup de pro­jec­teur une fois l'an n'est pas sans consé­quence quand il ré­vèle le do­page et toutes sortes d'his­toires, aus­si sombres que dra­ma­tiques. En 1975, le plus grand champion de l'his­toire, Ed­dy Mer­ckx, fut vic­time d'un coup de poing par un spec­ta­teur dans le Puy de Dôme. Ce­lui qu'on sur nom­mait le Can­ni­bale vo­mit de la bile à l'ar r ivée et fi­nit par ac­cu­ser la presse d'avoir mon­té le pu­blic contre lui. La do­mi­na­tion de Mer­ckx à cette époque était telle, que les mé­dias et le pu­blic at­ten­daient sur­tout un échec du champion belge pour re­par­tir sur un nou­veau cycle. Même si la pro­cé­dure de contrôle an­ti­do­page anor mal à l’en­contre de la su­per­star Ch­ris­to­pher Froome a été aban­don­née par L’UCI quelques jours avant le dé­part du Tour, les sup­por­ters ne sont pas dupes. Une cer­taine par­tie du pu­blic reste hos­tile à l’égard du champion bri­tan­nique, vain­queur dé­jà de quatre Tour de France. Dé­fiance, ani­mo­si­té sont des sen­ti­ments qui re­viennent en boucle sur les ré­seaux so­ciaux chez des fans désa­bu­sés. « On trouve tout ce­la sus­pect chez les sup­por­ters, car on sent bien que les stra­té­gies sont com­plexes et mon­tées sur des in­ves­tis­se­ments très im­por­tants. Il y a les pro­blé­ma­tiques du do­page, mais éga­le­ment la puis- sance éco­no­mique d'une équipe. Cette équipe Sky sym­bo­lise la toute puis­sance du monde an­glo-saxon. Pour les sup­por­ters, c'est très com­pli­qué à suivre. Ils sont dé­bous­so­lés avec ce cyc lisme qui ne parle plus leur lan­gage. » Très clai­re­ment, les sup­por­ters ac­cep­te­raient plus fa­ci­le­ment la do­mi­na­tion d'un cou­reur ita­lien, es­pa­gnol ou belge sur le Tour. Mais voir un Br itan­nique rem­por­ter un 5e Tour et être l'égal d’an­que­til, Mer­ckx, Hi­nault et In­du­rain est in­con­ce­vable pour des cen­taines de mil­liers de fans amou­reux du Tour. Ce sen­ti­ment de haine est d'au­tant plus pré­gnant qu'un Fran­çais Romain Bar­det s'est ins­tal­lé dans le jeu de­puis 3 ans pour ga­gner. Pa­tr ick Mi­gnon y voit une dér ive de plus, très dan­ge­reuse à l'en­contre du Br itan­nique pour­tant dis­cul­pé : « Que Bar­det puisse ga­gner le Tour, ça exa­cerbe en­core un peu plus cette hos­ti­li­té en­vers Froome. Les sup­por­ters fran­çais ont un cou­reur qu'ils peuvent sou­te­nir, alors que du temps d’arm­strong, il n'y avait pas grand monde à en­cou­ra­ger pour battre l'amé­ri­cain. C'est un phé­no­mène qui en­gendre le chau­vi­nisme, le pa­trio­tisme, sans par­ler des at­taches ré­gio­na­listes qui ont un vrai sens dans le sport. » Bar­det, le p'tit gars de Brioude mais pas seule­ment, comme le rap­pelle le so­cio­logue : « Le ré­gio­na­lisme est par­ti­cu­liè­re­ment an­cré dans le cy­clisme. Ça reste en­core le cas comme au­tre­fois avec, comme on di­sait, le Nor­diste, le Normand, le Bre­ton. Avec Bar­det, c'est la même chose, car il est Au­ver­gnat et on a me­su­ré l'an der­nier les pro­blèmes de Froome quand il a tra­ver­sé cette ré­gion où il fut hué par le pu­blic. » Pa­tr ick Mi­gnon f ait al­lu­sion à l'étape qui ar r ivait au Puy- en- Ve­lay en 2017, où Froome fut conspué tout au long du par-

“Que Bar­det puisse ga­gner le Tour, ça exa­cerbe en­core un peu plus l'hos­ti­li­té en­vers Froome. C'est un phé­no­mène qui en­gendre le chau­vi­nisme, le pa­trio­tisme, sans par­ler du ré­gio­na­lisme par­ti­cu­liè­re­ment an­cré dans le cy­clisme.”

PATRICK MI­GNON (SO­CIO­LOGUE DU SPORT)

cours à tra­vers l'avey­ron, la Lo­zère et la Haute- Loire. 189 km de cau­che­mar dans une ré­gion vol­ca­nique. Dé­jà, sur le Tour 2015, c'est vers Mende que le Bri­tan­nique fut ci­blé en pleine course, en étant as­per­gé d'ur ine dans la mon­tée fi­nale. Le Froo­mexit a été vé­cu sur le Tour bien avant le Brexit, mais ça n'a jamais em­pê­ché le Bri­tan­nique de s'ac­com­mo­der à toutes ces cir­cons­tances.

Le pro­blème d'une trans­mis­sion

Le cou­reur br itan­nique n'est pas ai­dé par l'image dé­gra­dée d'une équipe Sky qui re­pro­duit en quelque sorte ce que fai­sait dé­jà L'US Pos­tal d’ar mstrong à ses dé­buts sur le Tour et la Ra­dio­shack à la fin de sa car­rière. Pour le so­cio­logue, c'est la même mé­ca­nique, tou­jours im­po­pu­laire chez les f ans, car elle est illi­sible par manque de trans­pa­rence, alors qu'elle pro­duit des per­for­mances de plus en plus éle­vées. La troi­sième se­maine de Froome au Gi­ro et, en­core plus son coup de force dans le colle delle Fi­nestre avec près de 80 km d'échap­pée, n'ont pas ras­su­ré la ma­jo­ri­té des spec­ta­teurs de­vant un tel ex­ploit. « C'est le pro­blème de la trans­mis­sion, entre l'équipe US Pos­tal, même si Arm­strong est al­lé ailleurs par la suite, et cette équipe Sky qui est do­mi­nante et fonc­tionne de ma­nière ex­trê­me­ment ra­tion­nelle, alors que le cy­clisme a tou­jours eu un cô­té ro­man­tique. L'ani­mo­si­té vient de ça en réa­li­té. On est pas­sé de l'hé­roïsme in­di­vi­duel à un sport d'une ra­tio­na­li­té im­pla­cable, dans une or­ga­ni­sa­tion col­lec­tive (Sky) où on a dé­si­gné un lea­der (Froome) sans trop sa­voir si c'est le meilleur, mais qui va fi­na­le­ment l'em­por­ter, parce qu'il a un en­semble de choses der­rière lui. » Ces choses, comme le rap­pelle le so­cio­logue, sont des cou­reurs à son ser­vice, des tech­no­lo­gies de pointe, la science. Froome est ain­si le lea­der dé­si­gné, mais bon nombre de ma­na­gers du Worldtour, comme Marc Ser­geant ( Lot­to- Sou­dal), Pa­tr ick Le­fé­vère (Quick• Step) ou Vincent La­ve­nu (ag2r La Mon­diale) re­joignent cette opinion, en di­sant qu'avec ou sans Froome,team Sky reste l'équipe la plus forte avec des équi­piers qui se­raient eux- mêmes lea­ders dans d'autres for ma­tions ! Si Mer­ckx a sus­ci­té la co­lère et les in­sultes des sup­por­ters avec ses col­lec­tions de vic­toires au Gi­ro, sur le Tour et dans les clas­siques, il y avait néan­moins un res­pect que l'on ne per­çoit pas - ou plus - chez Froome. Pa­tr ick Mi­gnon évoque l'image ren­voyée par le qua­druple vain­queur du Tour : « On peut trou­ver que Froome a une drôle d'al­lure. Il n'a pas une grande ex­pres­si­vi­té. Ce n'est pas quel­qu'un qui parle beau­coup et qui va at­ti­rer la sym­pa­thie. Il est très froid d'as­pect. Il fait son tra­vail bien en­ten­du, mais le sup­por­ter ne sait pas très bien si ce job de cou­reur est sa pas­sion. Toutes ces choses sont des élé­ments im­por­tants chez les fans de cy­clisme et là, ça ne fonc­tionne pas. » Vi­sage de marbre, le Br itan­nique ne laisse r ien trans­pa­raître. Ni en course ni après sur les po­diums, pas plus en confé­rence de presse avec les mé­dias. Le dé­ca­lage est terr ible quand on re­monte dans le temps pour se sou­ve­nir des pa­roles et des actes des grands cham­pions. Le so­cio­logue re­vient à des per­son­nages cultes du cy­clisme : « An­que­til, Hi­nault, Fi­gnon pi­quaient des co­lères, alors que Froome est stoïque. Il reste fer­mé. Mais ça avait dé­jà com­men­cé avec In­du­rain qui n'était pas plus ex­pres­sif. » Les sup­por­ters dé­testent ce rap­port avec la star, où la trans­pa­rence et la proxi­mi­té sont in­exis­tantes. Le Tour est un spec­tacle à ciel ou­vert et même si le Bri­tan­nique a dé­bar­qué avec des bo­dy­guards en France, le dan­ger pen­dant la course ne peut être ex­clu : « En cy­clisme, c'est fa­cile d'ac­cé­der à la course et d'être à proxi­mi­té des cou­reurs. On le voit avec les images dif­fu­sées où les sup­por­ters courent à cô­té des cou­reurs. C'est dan­ge­reux, car ces sup­por­ters sont de­ve­nus de plus en plus dé­mons­tra­tifs. Le sup­por­ter sait qu'il va être vu par sa fa­mille et ses amis en ac­com­pa­gnant un mo­ment un cou­reur dans un col. C'est un pre­mier dan­ger. L'autre as­pect, c'est de tom­ber sur un dés­équi­li­bré et là, c'est ex­trê­me­ment dan­ge­reux bien en­ten­du. » Le so­cio­logue ne suit pas l'opinion de Ber­nard Hi­nault qui ap­pe­lait à la grève des cou­reurs si Froome était au dé­part du Tour : « Il a tou­jours par­lé très fort et ex­pri­mé des po­si­tions ra­di­cales, mais je pense qu'il a tort. Cette époque de Ber­nard Hi­nault était celle d'un cy­clisme fait d'hé­roïsme avec des cou­reurs à forte per­son­na­li­té. Hi­nault re­pré­sente cet autre uni-

vers avec des nos­tal­giques de cette pé­riode. Mais les nou­veaux cou­reurs comme Bar­det sont pris dans un sys­tème qui les fait vivre au­jourd'hui. » Alors, pas ques­tion de mettre pied à ter re ! Il ne faut pas sa­lir l'image des spon­sors qui paient très cher leurs stars pour être sur le Tour. Rou­lez jeu­nesse.

Un psy­cho­logue doit ren­for­cer sa concen­tra­tion

Dans la bio­gra­phie consa­crée à Ed­dy Mer­ckx sous le titre “Le Can­ni­bale”*, l'au­teur fait état d'une sér ie de lettres re­çues par le champion belge, que le jour­na­liste Théo Ma­thy avait fait pu­blier après la car r ière du quin­tuple vain­queur du Tour de France. Les ré­seaux so­ciaux n'exis­taient pas, mais les f ans n'étaient pas plus tendres avec l'en­voi de lettres in­sul­tantes à Mer­ckx en per­sonne ! Pen­dant le Tour de France 1971, une ex­pé­di­tr ice de Lor­raine, qui sup­por­tait d'abord Ray­mond Pou­li­dor, re­pro­chait à Mer­ckx son « orgueil » et sa « pré­ten­tion » et elle ra­con­tait même sa joie en l'en­ten­dant se faire conspuer pen­dant le fi­nal de l'étape qui arr ivait à Nan­cy ! « Je vous au­rais sif­flé, moi aus­si, si j'avais été là » avait-elle écr it. « J'es­père qu'un jour, vous cra­que­rez en beau­té, parce que Bo­bet, Cop­pi, Kü­bler et Ko­blet ont tous cra­qué en leur temps. » Cette même an­née, ce sont car ré­ment des me­naces de mort qui furent pro­fé­rées à l'en­contre de la fa­mille du champion par un dés­équi­li­bré qui me­na­çait de tran­cher la gorge de sa femme et sa fille, car des mé­dias l'ac­cu­saient « de tuer le sport. » Ch­ris­to­pher Froome se­ra pro­té­gé par des gardes du cor ps sur ce Tour. Une me­sure qui a été ren­due pu­blique à 15 jours du Grand Dé­part en Ven­dée par Tim Ker­ri­son dans le Guar­dian da­té du ven­dre­di 22 juin. On peut être sur pr is par le dé­ca­lage dans le temps. Entre la com­mu­ni­ca­tion d'une pré­pa­ra­tion phy­sique au Tour de France juste après le Gi­ro et l'an­nonce de me­sures de pro­tec­tion de Chr is Froome à moins de deux se­maines du dé­but de la Grande Boucle ! Tim Ker­ri­son est un scien­ti­fique, dou­blé d'une ap­proche psy­cho­lo­gique pour ti­rer le meilleur de ses cham­pions. Il n'ignore pas ce qui se dit sur les ré­seaux so­ciaux de­puis le dé­but de la sai­son. En­core moins à l'ap­proche du Tour où les es­pr its se sont échauf­fés. La psy­cho­logue du double champion Olym­pique Ted­dy Ri­ner, Me­riem Sal­mi, ex­plique les rai­sons de cette com­mu­ni­ca­tion de Ker­ri­son sur ce thème : « Pro­ba­ble­ment pour pro­té­ger son cou­reur, mais éga­le­ment parce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas dire, afin de ne pas ac­cen­tuer les pro­blèmes ou don­ner l'en­vie à d'autres per­sonnes d'en­trer dans ce ma­nège qui consiste à dé­sta­bi­li­ser Ch­ris­to­pher Froome. Si l'équipe Sky a pris des bo­dy­guards pour pro­té­ger Froome, il y a bien une rai­son ou des rai­sons. On ne les connait pas, mais ça peut al­ler très loin. » Froome au­rait- il re­çu les mêmes me­naces que Mer­ckx il y a près d'un de­mi-siècle ? « Je pense que cet en­traî­neur et l'en­tou­rage de l'équipe ont pu voir des choses ou connaissent des choses, qu'ils ne peuvent pas di­vul­guer » note la psy­cho­logue « jus­qu'au mo­ment où ils ont sen­ti que ces choses étaient trop im­por­tantes et dan­ge­reuses pour leur cou­reur et ils ont alors pré­fé­ré com­mu­ni­quer. » Une com­mu­ni­ca­tion faite au­près du jour­nal an­glais, le Guar­dian, avec dans le rôle du mé­chant la presse fran­çaise accusée de faire mon­ter la pres­sion en re­layant no­tam­ment les pro­pos de Ber nard Hi­nault. Me­riem Sal­mi n'est pas éton­née de la ré­ac­tion du coach de Froome et de l'équipe Sky qui a tou­jours sou­te­nu son cou­reur : « Quand on est proche de son ath­lète, que l'on fait par­tie d'une équipe, il y a des choses que l'on va moins bien sup­por­ter. En même temps, quand on est un per­son­nage pu­blic, spor­tif ici, on s'ex­pose à la cri­tique. Ce n'est pas tou­jours très bien­veillant, mais par­fois c'est jus­ti­fié aus­si. Quand on fait par­tie d'un staff, on s'iden­ti­fie à l'ath­lète qu'on ac­com­pagne. » Mais la psy­cho­logue ajoute éga­le­ment : « Main­te­nant, même si je peux com­prendre, ce­la ne veut pas dire que je suis d'ac­cord. Les mé­dias ont sû­re­ment leur part de res­pon­sa­bi­li­té, mais ils ne sont pas seuls res­pon­sables. Il ne me semble pas très per­ti­nent de faire des mé­dias un bouc émis­saire. » La star br itan­nique va de­voir sans doute com­po­ser avec un en­vi­ron­ne­ment hos­tile, sur­tout en mon­tagne dans les Alpes et les Py­ré­nées. Bien plus que les étés pré­cé­dents, où la vie de l'équipe Sky n'était dé­jà pas

“La re­la­tion entre l’ath­lète et les fans est su­per­fi­cielle et très éphé­mère. La star est une forme d’exu­toire pour les gens. Quand ils la portent, ils s’iden­ti­fient à elle, mais ils ne peuvent pas s’iden­ti­fier à quel­qu’un qui a tri­ché. Ils ont donc en­vie de dé­truire, car ils se sentent tra­his.”

ME­RIEM SAL­MI (PSY­CHO­LOGUE)

tou­jours très simple. Une si­tua­tion com­pli­quée à gé­rer se­lon Me­riem Sal­mi : « Quand on est dans ce type de si­tua­tion, il est dif­fi­cile de gar­der sa concen­tra­tion, de rester mo­bi­li­sé, puisque l'en­vi­ron­ne­ment a un im­pact sur la per­for mance. On n'ar r ive pas dans les mêmes condi­tions au dé­part, si on est sou­te­nu ou pas par le pu­blic. Ce sont les bases du fonc­tion­ne­ment hu­main. » Alors quelles so­lu­tions trou­ver ? La psy­cho­logue de Ted­dy Ri­ner met en avant une mé­thode maintes fois éprou­vée avec le champion olym­pique à Londres et Rio : « Le psy­cho­logue va pro­ba­ble­ment ren­for­cer la concen­tra­tion, la confiance en soi, l'es­time de soi… Il faut ren­for­cer les ob­jec­tifs que l'on a, pour es­sayer de s'ex­traire de tout ce qui pour­rait ve­nir pa­ra­si­ter nos ob­jec­tifs dé­fi­nis, notre dé­ter­mi­na­tion, nos stra­té­gies. Il faut rester par­fai­te­ment cen­tré dans le mo­ment pré­sent et bien concen­tré sur ses propres ob­jec­tifs pour ne pas se perdre dans les méandres du pa­ra­si­tage lié aux at­taques per­son­nelles. Que ce soit sur le plan des sup­por­ters, des mé­dias, il faut ap­prendre à s'ex- traire de tout ça. » Le Bri­tan­nique peut-il ne pas en­tendre les quo­li­bets et les in­sultes de la foule, comme ce fut le cas pour Al­ber­to Con­ta­dor en 2011 au Grand Dé­part du Puy- du- Fou après un contrôle po­si­tif au clen­bu­té­rol sur l'édi­tion pré­cé­dente ? La psy­cho­logue par isienne pré­cise : « Quand un spor­tif va bien, il est dans sa bulle, dans son monde et il n'en­tend r ien. Par contre, lorsque les ath­lètes sont tou­chés, car ce sont aus­si des êtres hu­mains, là c'est dif­fé­rent et ils peuvent en­tendre étant don­né qu’ils sont de­ve­nus plus vul­né­rables. C'est pour cette rai­son, qu'il faut ren­for­cer la concen­tra­tion et uti­li­ser au mieux le cer­veau afin de po­ten­tia­li­ser tout ce que l'on a l'ha­bi­tude de faire. »

Froome de­vient un exu­toire pour les fans

Ed­dy Mer­ckx re­trou­va l'apai­se­ment au­près des fans quand il fut bat­tu sur le Tour par Ber­nard Thé­ve­net. Au cré­pus­cule de sa carr ière, les courr iers tou­jours aus­si abon­dants n'étaient plus du tout de la même com­po­si­tion. Une fan mon­trait même de la com­pas­sion en­vers le champion Belge, écr ivant : « Je vous aime un peu plus main­te­nant que vous avez mon­tré que vous n'êtes pas un sur­homme, une sorte de dieu où le cy­clisme per­dait de son in­té­rêt. » Au­jourd’hui, les fans de cy­clisme sont en­core en manque de re­père. Entre les dé­ci­sions des ins­tances in­ter na­tio­nales et des or­ga­nismes de contrôle comme L’AMA ( Agence Mon­diale An­ti­do­page), ils ne savent plus à qui faire confiance. Avec beau­coup d’hu­mour, Michel Au­diard rap­pe­lait “Il ne faut pas prendre les en­fants du bon dieu pour des ca­nards sau­vages”. Les f ans res­tent une es­pèce vo­la­tile. Ceux qui l'ont ado­ré hier peuvent le re­je­ter au­jourd'hui. Quelle que soit leur na­tio­na­li­té, même si 80% sont des Fran­çais sur le bord des routes du Tour, se­lon A.S.O., alors que 20% sont des étran­gers pas tous dis­ciples de Froome et de son équipe Sky. « On sait, et les sportifs aus­si, que ça fait par­tie des choses à gé­rer pour un ath­lète pro­fes­sion­nel. Vous pou­vez ef­fec­ti­ve­ment être por­té aux nues et re­des­cendre aus­si vite. Cette re­la­tion entre l'ath­lète et les fans est très su­per­fi­cielle et très éphé­mère » note Mer iem Sal­mi, qui parle des stars en gé­né­ral et pas seule­ment de Ch­ris­to­pher Froome. « La star est une for me d'exu­toire pour les gens. Quand ils portent cette star, ils s'iden­ti­fient à elle, mais ils ne peuvent pas s'iden­ti­fier à quel­qu'un qui a tr ic hé. Ils ont donc en­vie de dé­truire, car ils se sentent tra­his. Ils ont de la co­lère et passent à l'at­taque dans l'autre sens. Ce sont des gens qui di­ront qu'ils sont dé­so­lés s'il est in­nocent. Mais en at­ten­dant, ils au­ront fait des dé­gâts. » Tim Ker r ison a dû tra­vailler plu­sieurs phases de pré­pa­ra­tion au Tour avec la su­per­star, après un Gi­ro rem­por­té d'ex­trême jus­tesse. Une phase de ré­cu­pé­ra­tion dans un pre­mier temps, à Mo­na­co car phy­si­que­ment la cam­pagne ita­lienne fut dif­fi­cile, mais aus­si émo­tion­nel­le­ment puisque Froome est re­ve­nu d'un en­fer sur cette course per­due à l'is­sue de la pre­mière se­maine. Une deuxième phase a été abor­dée à par­tir du 2 juin avec la re­con­nais­sance des étapes al­pestres, avant une 3e et un en­traî­ne­ment à nou­veau in­ten­sif à la Plagne en mode com­man­do avec Team Sky. Rien évi­dem­ment n'a été dit sur la pré­pa­ra­tion psy­cho­lo­gique avant l'aler te dans le Guar­dian. Men­tale- ment pour­tant, Froome va de­voir li­vrer la plus dure ba­taille de sa vie. Non seule­ment, il a la pres­sion du ré­sul­tat avec un dou­blé Gi­ro-tour, chose que per­sonne n'a jamais réus­si de­puis Pan­ta­ni en 1998 ! Mais dans un cli­mat sans doute pe­sant, Froome va de­voir aus­si af­fron­ter des ad­ver­saires ex­trê­me­ment bien pré­pa­rés qui n'ont pas dou­blé les deux grands tours, à l'ex­cep­tion de Tom Du­mou­lin. Ce Tour est bien r is­qué pour le Br itan­nique. Les at­taques se­ront de tous bords avec des équipes re­mon­tées comme des cou­cous. Pour la psy­cho­logue, on peut tou­jours apai­ser le cli­mat au­tour de Ch­ris­to­pher Froome. Se­lon elle, il se­rait pré­fé­rable sur­tout que le psy­cho­logue de l'équipe Sky soit pré­sent sur le Tour. Elle-même pré­fère être sur les com­pé­ti­tions dans la me­sure du pos­sible avec Ted­dy Ri­ner ou les autres ath­lètes qu'elle a en charge. « Dans un contexte aus­si com­pli­qué, si le psy­cho­logue est sur place, il se­ra à ses cô­tés au quo­ti­dien, comme son coach et tout ceux qui sont dans le pre­mier cercle. En ac­com­pa­gnant un ath­lète en com­pé­ti­tion, il y a un dia­logue per­manent. Le psy­cho­logue s'adapte aux évé­ne­ments qui peuvent sur­gir ou à l'in­quié­tude et l’an­goisse de l'ath­lète. Il faut le ras­su­rer, le ré­con­for­ter. Le psy met en avant le mé­tier du cou­reur dans le cas de Froome et ce pour quoi il est sur le Tour. » Le 27 mai, le Br itan­nique rem­por­tait le Tour d'ita­lie aux for­ceps. Le 7 juillet, il se lance à l'as­saut d'un Eve­rest avec l'ob­jec­tif de rem­por­ter un 5e Tour de France et d’en­trer dans la lé­gende. Il de­vra être fort, d'abord men­ta­le­ment, pour réus­sir ce chal­lenge. Ai­dé par une équipe Sky mons­tr ueuse avec Ge­raint Tho­mas, Mi­chal Kwiat­kows­ki ou Wout Poels, Froome doit vaincre le pér il jaune.

* “Mer­ckx, le can­ni­bale”, un livre de William Fo­the­rin­gham aux édi­tions Ta­lent Sport.

Tour d’ita­lie 2018 avec le Fran­çais Ken­ny Elis­sonde à sa gauche. Cer­tai­ne­ment la course et la vic­toire de trop pour le Br i t an­nique Chr i s Froome, en­core mar­qué au coude droit par sa chute à l’en­traî­ne­ment avant le Grand Dé­part.

Froome-mer­ckx, même sen­ti­ment d’hos­ti­li­té du pu­blic en­vers l es deux cham­pions, mais pour deux rai­sons

Sous le re­gard de Tim Ker r i s on, res­pon­sable de la per­for mance chez Sky à gauche, et de Gar y Blem, un mé­ca­ni­cien à droite, l ’ i mage de Froome est tou­jours plus mau­vaise et ne s’ar ran­ge­ra sur­tout pas comme ça.

dif­fé­rentes. Le pre­mier à cause de son contrôle po­si­tif . Le se­cond pour sa trop grande do­mi­na­tion.

Lors du der nier Gi­ro, l e cou­reur ag2r La Mon­diale Fran­çois Bi­dard ne se sou­cie même pas de Froome qui s emble en dif­fi­cul­té, f ati gué, contrar i é ou écra­sé par la cha­leur.

Ru­ta del Sol, confé­rence de presse im­pro­vi­sée non loin de son bus. S’es­ti­mant dans son bon droit, Froome re­prend !

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