His­toires se­crètes dans la mon­tée my­thique.

Planète Cyclisme - - ÉDITO - SOMMAIRE - Alpe-d’huez

Par­mi les cols my­thiques des grands tours, l’alpe-d’huez tient une place im­por­tante dans l’his­toire. Dé­bar­qués en 1952 sur la Grande Boucle pour pro­mou­voir la sta­tion, les 21 vi­rages de l’alpe, dont le 7 ce­lui dit des Hol­lan­dais, ont de­puis été domp­tés par les plus grands cham­pions en 29 ar­ri­vées. L’alpe d’hier à de­main, c’est l’his­toire d’un mythe ra­con­té par Fred Tane, his­to­rien hui­zat au­teur d’une ex­po­si­tion au som­met pen­dant l’été !

Le Gi­ro et la Grande Boucle ne sont pas lo­gés à la même en­seigne. Quand les tra­ceurs ita­liens se penchent sur le pro­chain par­cours, ils ont des pro­blèmes de riches avec de la mon­tagne à por­tée de main. Il n’est pas rare de voir la course y ar­ri­ver dès les pre­miers jours. En France, il y a tout un cé­ré­mo­nial avant d’at­ter­rir dans les Alpes ou les Py­ré­nées. Pour au­tant, l’hexa­gone pos­sède des mon­tagnes my­thiques où le Tour est re­ve­nu maintes fois. Loin du Bal­lon d’al­sace, pre­mier col en 1906 ou de l’ar­ri­vée des Py­ré­nées en 1910, il a fait en 1952 sa pre­mière mon­tée des 21 vi­rages de l’alpe-d’huez, qui de­vien­dront un mythe de la course en 29 pas­sages.

BIEN­VE­NUE À L’ALPAGE D’HUEZ

Dire que par­mi les plus belles heures de l’his­toire du Tour s’écrivent ici. Une sta­tion d’hi­ver du nom de l’alpe-d’huez que l’on re­joint à par­tir de Bourg d’oi­sans sur une mon­tée ba­li­sée de 21 pan­neaux, ré­gu­lière aux pour­cen­tages avoi­si­nant les 10% al­lant par­fois jusque 15%. Fred Tane, un his­to­rien hui­zat, a créé une ex­po­si­tion sur son his­toire au pa­lais des sports de la sta­tion du­rant l’été, ap­pe­lée “Alpe-d‘huez, terre de vé­los, la mon­tée my­thique du Tour de France”. Il se lance ai­sé­ment dans près de 70 ans d’his­toire. « Le village d’huez a en­vi­ron mille ans. Il y avait ici une mine de char­bon que l’on a ex­ploi­tée pen­dant deux siècles jusque dans les an­nées 50. De l’an­thra­cite que l’on re­des­cen­dait dans la val­lée pour le trans­for­mer en beau char­bon de nos grands pa­rents, la der­nière mine des Grandes Rousses, la mine de l’her­pie. » La mon­tée ré­cence plu­sieurs vil­lages avant d’ar­ri­vée dans la sta­tion de l’oi­sans. L’oi­sans et ses ri­chesses struc­tu­relles (comme “la Perle de l’oi­sans” et ces lo­ca­tions à Vau­ja­ny), hu­maines, na­tu­relles et spor­tives, une terre de cy­clisme par­te­naire d’en­traî­ne­ment avec Vau­ja­ny de l’équipe ag2r La Mon­diale de­puis 2015. Di­rec­tion l’al­ped’huez. « La mon­tée com­mence à la sor­tie Bourg d’oi­sans avant La Garde puis le ha­meau - de 2-3 mai­sons - du Ri­bot-d’en-bas, le Ri­bot-d’en-haut sur la com­mune d’huez-village, le village d’ori­gine, et la Sta­tion de­puis un peu plus de 80 ans. Alpe-d’huez si­gni­fie les al­pages d’huez. En 193536 sont ar­ri­vés les pre­miers té­lé­skis sur la Butte de l’éclose créés par Jean Po­ma­gals­ki. La créa­tion de la sta­tion est par­tie ! » Bien­ve­nue à l’alpe, une des deux plus grosses sta­tions du dé­par­te­ment, mon­dia­le­ment con­nue plus par le vé­lo que le ski !

LA NAIS­SANCE D’UN MYTHE

À quelques se­maines de l’ar­ri­vée de la 12e étape, Fred re­vient pour nous sur le dé­but de l’his­toire, en 1952 avec un cer­tain Faus­to Cop­pi à la ba­guette, une his­toire d’amour qui en se­ra à son 30e épi­sode le 19 juillet : « On at­tend le re­tour du Tour de­puis 2015. Ce­la fai­sait long. Le ren­dez-vous est de­ve­nu my­thique, même si ce n’est que de­puis la se­conde moi­tié du 20e siècle.tout est par­tie de plu­sieurs per­sonnes avec une idée ori­gi­nale et un peu de chance. Un ar­ti­san peintre de Bourg d’oi­sans, Jean Bar­ba­glia, le­vant les yeux, voyait ces 21 vi­rages et se di­sait qu’il se­rait bon d’y faire un jour une course de vé­lo. Il contac­ta des amis hô­te­liers, Georges Ra­jon, un pion­nier de la sta­tion, et An­dré Quin­tin pour voir ce qu’il était pos­sible de faire. Ra­jon contac­ta l’or­ga­ni­sa­tion du Tour pour lui sug­gé­rer une ar­ri­vée en 1952. ASO dit ban­co pour le 4 juillet et la pre­mière ar­ri­vée au som­met de l’his­toire du Tour rem­por­tée par Faus­to Cop­pi. » Le champion ita­lien va rem­por­ter les trois ar­ri­vées en al­ti­tude même, à l’alpe, Ses­trières et au Puy de Dôme avant de ga­gner à Pa­ris pour la 2e fois.

1952-1976, UNE SI LONGUE AB­SENCE

Mal­gré la dé­mons­tra­tion du Cam­pio­nis­si­mo, l’alpe ne re­vien­dra pas les an­nées sui­vantes. Il fau­dra at­tendre 24 ans pour qu’elle fasse son re­tour sur le Tour. Les pre­mières images té­lé avaient été celles d’un ex­ploit sans par­tage de Cop­pi, sans trop de monde au bord de la route et avec beau­coup de per­sonnes l’oreille col­lée au poste ra­dio. Les vi­rages re­vien­dront en 1976, an­née du sacre du pe­tit grim­peur belge Lu­cien van Impe : « En 1952, le spec­tacle spor­tif et hu­main ne fut pas au ren­dez-vous. L’alpe est tom­bée un peu dans l’ou­bli, mal­gré un jour de re­pos au len- de­main de l’étape. » Fin du pre­mier épi­sode, alors que du­rant la pé­riode, per­sonne, de la com­mune ou D’ASO, ne vou­lait faire le pre­mier pas vers l’autre. Comme à l’époque c’était Georges Ra­jon et An­dré Quin­tin qui avaient fait le tour des com­mer­çants pour fi­nan­cer la pré­sence de la sta­tion sur le Tour es­ti­mée à 2 mil­lions d’an­ciens francs (en­vi­ron 46.083 € d’au­jourd’hui, alors qu’au­jourd’hui une ville-étape doit dé­bour­ser en­vi­ron 80.000 € pour un dé­part et 120.000 € pour une ar­ri­vée), on ne vou­lu plus al­ler plus loin pour le mo­ment. « Mais pe­tit à pe­tit, on ar­ri­va en 76 et on au­rait pu ne jamais re­voir le Tour ici. En 1976, le Tour vou­lait une ar­ri­vée à Gre­noble, mais Gre­noble et son maire (Hu­bert Du­be­dout) ve­naient de se dé­com­man­der. Em­bê­té, ASO re­con­tac­ta l’alpe et Georges Ra­jon, via un ami jour­na­liste. L’hô­te­lier dit ban­co, es­pé­rant que la com­mune paie­rait les droits d’en­trée es­ti­més à 100.000 francs (66.666 €), ce qui se pas­sa. » Une belle course, la té­lé­vi­sion à temps plein et la pre­mière vic­toire de Joop Zoe­te­melk mar­quèrent les pre­mières heures de gloire de la mon­tée.

HOL­LAN­DAIS DU 7 AU MYTHE DES VI­RAGE

À par­tir de 1976, l’alpe-d’huez se­ra le ter­rain de jeu fa­vo­ri des grim­peurs Hol­lan­dais sur la Grande Boucle. Joop Zoe­te­melk y rem­por­ta sa pre­mière vic­toire, la pre­mière d’une longue sé­rie pour son pays jus­qu’en 1989, pé­riode qui ver­ra Kui­per s’im­po­ser deux fois comme Zoe­te­melk, Win­nen deux fois, Rooks et Theu­nisse. « La Hol­lande, c’est un des pays du vé­lo et très ra­pi­de­ment, ces vic­toires ont eu un im­pact ma­jeur au pays. Après la vic­toire de Zoe­te­melk, les sup­por­ters ont af­flué en masse tout au long du par­cours avec leurs ca­ra­vanes. Ils ont pris leur quar­tier juste en-des­sous du village d’huez, au vi­rage 7 où se trouve l’église et le ci­me­tière Saint-fer­réol, la pre­mière des trois églises de la com­mune dont le toit a plus de mille ans. Les vil­la­geois du village d’huez al­laient y prier. Pour ne pas y re­des­cendre l’hi­ver, ont été crées

l’église Sainte-anne en plein coeur du village en­des­sous de la sta­tion et celle de Notre-dame-des­neiges, qui a été un pa­lais des con­grès ac­cueillant les confé­rences de presse des cou­reurs jus­qu’en 1986. Ce vi­rage 7, c’est le vi­rage-clé avec une am­biance par­ti­cu­lière. Quand on y passe aux abords du Tour, il ne faut pas être pres­sé. Les fans sont là plu­sieurs jours avant avec leur so­no, leurs ha­bits ou torse nu, ava­lant des bières par fûts. Le jour J, on évoque 4 à 5.000 sup­por­ters tout au long du vi­rage avec des sup­por­ters amas­sés sur 4-5 ran­gées avec, au fond du vi­rage, un lieu de re­cueille­ment. Des sup­por­ters qui masquent la route, la cha­pelle, le ci­me­tière et s’écartent comme Ulysse fen­dant la mer au der­nier mo­ment pour lais­ser pas­ser les cou­reurs en file in­dienne. » De­puis 1989, au­cun Néer­lan­dais ne s’est im­po­sé, mais le mythe est tou­jours là. Ce fa­meux vi­rage 7… Les Hol­lan­dais sont si re­li­gieux, que l’église a pos­sé­dé un cu­ré néer­lan­dais de 1964 à 1992, qui fai­sait son­ner les cloches à chaque vic­toire d’un com­pa­triote ! « Les Ita­liens ont en­suite ga­gné 8 fois, mais il n’y a jamais eu cette fer­veur. Les Hol­lan­dais sont là sur la course, mais il viennent aus­si quelques se­maines avant, en juin, cou­rir l’alpe-d’huzes, une course ca­ri­ta­tive qui part de Bourg-d’oi­sans.“zes” en néer­lan­dais veut dire six. Le but est de mon­ter jus­qu’à six fois la mon­tée. On ré­colte de l’ar­gent contre le can­cer après avoir payé un droit d’en­trée im­por­tant, près 2.500 €. De­puis la pre­mière édi­tion il y douze ans, ils ont ré­col­té plus de 11 mil­lions d’eu­ros. Cette an­née, ils étaient 4.543 par­ti­ci­pants, vé­los et mar­cheurs, avec un dé­part par vague de 300. La pre­mière édi­tion a eu lieu le 6 juin 2006, avec un dé­part à 6h06 et 66 par­ti­ci­pants. Les meilleurs montent six fois, en di­rect à la té­lé du pays et sur une chaîne lo­cale de l’alpe. »

DES MO­MENTS D’ÉTER­NI­TÉ ÉCRITS PAR LES COU­REURS ET LES FANS

Cette mon­tée ne se­rait rien sans des mo­ments de gloire et de dé­faillance spor­tive et ex­tra­spor­tive. S’il existe des mon­tées plus dures et plus longues comme le Glan­don et le Ga­li­bier, les 21 vi­rages ont été le théatre d’images qui res­te­ront gra­vées à jamais comme en 1999, à 1 km de l’ar­ri­vée à la Patte d’oie, quand tous les sup­por­ters s’écar­te­ront sauf un fan al­le­mand pour faire une pho­to et qui a ren­ver­sé l’ita­lien Gue­ri­ni… qui se re­lè­ve­ra pour l’em- por­ter ! On se sou­vient aus­si de la vic­toire du Co­lom­bien Her­re­ra et son re­ten­tis­se­ment au pays, au­jourd’hui en­core avec des touristes qui viennent faire des voyages spé­cial Tour de France or­ga­ni­sés par des agences de voyage lo­cales ! « En 86, Ber­nard Hi­nault et Greg Lemond, avec son maillot jaune, sont mon­tés en­semble. C’est la pre­mière fois de­puis 52 qu’un Fran­çais ga­gnait ici, avec ce pe­tit coup de rein pour de­van­cer Lemond. Il a fal­lu en­suite at­tendre 2011 pour voir un nou­veau Fran­çais vain­queur, Pierre Rol­land avant Ch­ris­tophe Ri­blon et Thi­baut Pi­not. Der­rière ces images, on trouve des faits ré­vé­la­teurs. Seule­ment deux vain­queurs ici ont ga­gné la même an­née à Pa­ris, Cop­pi et Sastre, alors que huit maillot jaune à l’alpe le se­ront à Pa­ris. » Le re­cord de la mon­tée n’a jamais été bat­tu. On dé­clenche le chro­no entre 13,8 km et 14,5 km se­lon que l’on ra­joute le plat au ni­veau des cam­pings juste avant la mon­tée au km 0. Mar­co Pan­ta­ni a réus­si 36’40’’ en 1995. Ces mo­ments d’éter­ni­té ne sont pas seule­ment si­gnés par les cou­reurs, mais aus­si par la course. En 2004, lors du chro­no in­di­vi­duel ga­gné par Lance Arm­strong, on a évo­qué entre 800.000 et un mil­lion de fans mas­sés sur les 14 km par ran­gées. « 300, 400, 500.000 fans entre Bourg d’oi­sans et l’alpe-d’huez ? C’est énorme en tout cas. On res­sent une sur­po­pu­la­tion un mois à l’avance puis, quinze jours avant, ils com­mencent à s’ins­tal­ler dans la mon­tée.trois jours avant, c’est la fo­lie. » Autre signe du mythe, la vi­si­bi­li­té. On ne voit nulle part aus­si bien des la­cets. Ceux de la mon­tée, on les aper­çoit de Bourg d’oi­sans. « Ça a de la gueule. Cette mon­tée ré­gu­lière re­vient ré­gu­liè­re­ment sur le Tour et son ab­sence crée l’en­vie, comme le re­tour des Hol­lan­dais en fait son his­toire. On ne voit pas ça ailleurs. » Ces Hol­lan­dais, même les équipes de net­toyage de la com­mu­nau­té de com­munes en en­tendent par­ler, eux qui mettent par­fois 2-3 jours pour net­toyer les lieux, images sur­réa­listes d’un lieu souillé avant de re­trou­ver son as­pect et lais­ser place à la na­ture.

UN PANNEAUTAGE POUR SE RÉPÉRER SLO­VÉ­NIE DÉ­COU­VERT EN

Ces fans et les cou­reurs ont leurs re­pères dans l’alpe. La mon­tée n’offre au­cun échap­pa­toire, ba­li­sée par 22 pan­neaux et 2 bornes : « Georges Ra­jon était fan de chasse. Dans les an­nées 50, il était al­lé chas­ser en Slo­vé­nie. Il avait re­pé­ré sur le col de Vr­sic des pan­neaux in­di­quant un vi­rage avec un numéro. Il a pen­sé à faire la même chose dans l’alpe dans le sens in­verse, en dé­comp­tant de 21 à 1. On a même ra­jou­té pan­neau 0, proche de l’ar­ri­vée au­des­sus de la mai­rie. Chaque pan­neau pos­sède un nom et in­dique le numéro du vi­rage, l’al­ti­tude. Quand il y a eu 21 vain­queurs, on a ra­jou­té leurs noms. Ces noms ont été ajou­tés en 1999, alors que les pan­neaux ont été pla­cés en 68. » Outre le nom des vain­queurs à l’alpe donc, on re­trouve deux an­no­ta­tions pri­vées, vi­rage 9 avec le pré­nom, Cé­leste, d’une pe­tite fille d’une ma­man qui a per­du les eaux au vi­rage 3 et ac­cou­ché vi­rage 9 à mi­nuit et un autre, la Team Isa­belle, une in­con­nue dont le nom fi­gure vi­rage 5 ou en­fin, vi­rage 0, le nom de Bas Mul­der, an­cien mul­tiple vain­queur de l’alpe-d’huzes dé­cé­dé. Ces pan­neaux per­chés en haut de pi­lonnes ser­vaient avant de re­pères aux chasse-neige. Ren­dez-vous le 19 juillet au dé­part de BourgSt-mau­rice pour une nou­velle page d’his­toire et une 30e ar­ri­vée, 56 ans après la pre­mière et plus de 80 après la créa­tion de la sta­tion.

Romain Bar­det, avec To­ny Gal­lo­pin et Pier re La­tour, et Ch­ris Froome, avec Ge­raint Tho­mas et Mi­chal Kwiat­kows­ki, ont re­con­nu le même jour, à quelques heures d’écart, l es 21 vi­rages trois jours après le Dau­phi­né sous un temps très chan­geant. Dans quelques jours, ces vi­rages, dont ce­lui des Hol­lan­dais, ne se­ront qu’un flot hu­main de spec­ta­teurs.

Mo­ment de calme avant la tem­pête pour un village et une route, t er rains de jeu des cou­reur s du Tour et des cy­clo­tour i s t es ama­teurs dès que le col est ou­vert en sai­son. s rt o Sp e- ss re P e, m s ri u o T s n a is O s, o h T F. , m o c s. ia ed m yp

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