Chez Sky, son bon­heur est dans le plai­sir.

Planète Cyclisme - - ÉDITO - SOMMAIRE - Egan Ber­nal

In­vi­té sur­prise du groupe des huit Sky pour ce 105e Tour, le jeune Co­lom­bien est la ré­vé­la­tion du dé­but de sai­son pour ses dé­buts en Worldtour ! En ex­clu­si­vi­té pour Pla­nète Cy­clisme, de son do­mi­cile près de Bo­go­ta à plus de 2.000 m. d’al­ti­tude, il a ré­pon­du à nos ques­tions en toute sim­pli­ci­té et dans un an­glais hé­si­tant mais par­fait pen­dant 35 mi­nutes ! « Ce ga­min est un dia­mant. J’es­père qu’il a le plus beau des fu­turs de­vant lui » nous a avoué un des chefs de presse de l’équipe, George So­lo­mon. Pre­miers élé­ments de ré­ponse en juillet lors d’un Tour sans pres­sion, pour le plai­sir ! Et le maillot blanc ?

• Pla­nète Cy­clisme : Parle nous de ta vie en Co­lom­bie avec ta fa­mille. Egan Ber­nal : J’ha­bite avec mon amie, non loin de chez mes pa­rents, dans un pe­tit village à 50 km au Nord de Bo­go­ta où je suis né, à Zi­pa­qui­ra. C’est à plus de 2.500 m d’al­ti­tude. Je n’ai jamais chan­gé d’en­droit. En re­vanche, de­puis le pr in­temps 2018, j’ai aus­si trou­vé un nou­vel ap­par­te­ment en An­dorre. Avant, je vi­vais aus­si en Ita­lie à mon ar r ivée en Eu­rope en 2016.

• Tu est en­tou­ré par les mon­tagnes en Co­lom­bie. C’est l’en­droit idéal pour vivre et t’en­traî­ner en at­ten­dant les grandes courses du ca­len­drier ? Oh oui ! C’est très bon pour mon en­traî­ne­ment. Ce sont de très hautes mon­tées, avec un peu de plat par­fois. Ce­la me per met d’al­ter ner dans mes exer­cices, mais sur­tout de ren­for­cer sans cesse mes qua­li­tés.

• À quel âge as-tu dé­bu­té dans le cy­clisme ? J’ai com­men­cé réel­le­ment en club à 8 ans après avoir re­çu mon pre­mier vé­lo vers l’âge de 5 ans. J’ai dis­pu­té ma pre­mière course à 8 ans. Je m’en­traî­nais le plus sou­vent avec un VTT sur la route.

• Pour­quoi as-tu choi­si le cy­clisme ? Mon père a fait du cy­clisme. Il n’est jamais de­ve­nu pro­fes­sion­nel, mais c’était un bon cou­reur et il a es­sayé de le de­ve­nir. Quand il a été obli­gé d’ar rê­ter, il s’est dit dès ma nais­sance qu’il pour­rait peut-être m’ai­der à de­ve­nir cou­reur. Quand j’ai eu l’âge de re­gar­der la té­lé, nous re­gar­dions en­semble le Gi­ro, le Tour, la Vuel­ta, les plus grandes courses. Au­jourd’hui sou­vent, quand je suis avec lui, il m’en­traîne, lui sur la mo­to et moi derr ière à vé­lo !

• Avais-tu des idoles ? Un peu Al­ber­to Con­ta­dor et Lance Arm­strong. Quand je les voyais à la té­lé, je m’ima­gi­nais à leur place, un Schleck éga­le­ment (il r igole, car il ne sait pas le­quel des deux frères ci­ter). Quand tu es en­fant, tu ne t’ima­gines pas de­ve­nir cou­reur pro­fes­sion­nel. Sim­ple­ment, tu rêves de­vant cer­tains ex­ploits. Et à l’âge de 15 ans, j’ai réel­le­ment pen­sé à de­ve­nir un cou­reur pro­fes­sion­nel un jour. J’ai un frère de 12 ans qui fait un peu de cy­clisme, mais il touche à tout aus­si, comme le foot­ball no­tam­ment. Il est en­core jeune… Il choi­si­ra plus tard.

• Com­ment es-tu ar­ri­vé chez An­dro­ni-gio­cat­to­li en 2016, ta pre­mière équipe en Eu­rope en Con­ti­nen­tal­pro à seule­ment 19 ans ? Je suis sor­tais de mes an­nées Ju­niors en Co­lom­bie. C’étaient mes pre­mières an­nées en Eu­rope et ce fut une ex­cel­lente ex­pér ience ! J’ai été re­pé­ré par un en­traî­neur ita­lien, An­drea Bian­co, qui vit en Co­lom­bie et qui était le coach na­tio­nal de l’équipe de VTT. Il m’a en­voyé vers un ma­na­ger en Ita­lie que j’ai ren­con­tré après le Mon­dial de VTT jus­te­ment. C’est ain­si que je me suis dir igé pe­tit à pe­tit vers l’équipe An­dro­niGio­cat­to­li !

• Deux ans plus tard, te voi­ci dé­jà en Worldtour, à 21 ans seule­ment, dans la plus grosse équipe du monde. N’as-tu pas peur que ce­la aille trop vite ? Oui, ce­la va vite. Mais je n’ai pas peur de ce­la. C’est la vie qui veut ça. Moi, ce qui m’in­té­resse, c’est juste d’être sur mon vé­lo et de dis­pu­ter des courses, quel que soit le ni­veau, quel que soit mon âge !

• Dé­bu­ter en pro ou en Worldtour n’est-ce pas une ques­tion d’âge et d’expérience tout même ? Non. Peut- être que si j’avais 21 ans dans une autre équipe, avec plus de pres­sion, je ré­agi­rais au­tre­ment. Mais chez Sky, au­jourd’hui, j’ar r ive à 21 ans sans au­cune pres­sion, juste dans le but d’ap­prendre. C’est plus simple pour moi. Si­va­kov, Hal­vor­sen et Law­less dé­butent en pro chez Sky aus­si. C’est peut- être plus dur pour eux, car ils viennent di­rec­te­ment des U23 et moi j’avais une pre­mière ex­pér ience avant. Mais ils ont le même âge que moi et ar r ivent pour tra­vailler dans les mêmes condi­tions, des condi­tions idéales.

• Quel est ton rap­port avec les autres cou­reurs co­lom­biens du Worldtour comme Uran, Quin­ta­na et les autres ? On se voit sur­tout en course. Par­fois, je parle avec Ri­go (Uran). On s’ap­pelle par­fois en de­hors des courses. Nous avons de belles re­la­tions. Je parle avec Chaves aus­si ou Nai­ro, mais sur­tout en course. Par­fois ce sont des liens d’ami­tié qui se créent. Il leur ar r ive de m’ai­der quand j’ai be­soin, sur­tout quand je suis ar r ivé en Eu­rope.

• Tu dé­butes en Worldtour au mo­ment où une nou­velle gé­né­ra­tion prend le lea­der­ship pe­tit à pe­tit et se livre à une belle ba­garre. C’était le mo­ment idéal pour toi d’ar­ri­ver dans le pe­lo­ton Worldtour ? Je pense, oui. C’est peut- être plus f acile pour mon in­té­gra­tion. Il y a vrai­ment une belle ba­gar re avec les Bar­det, Pi­not, Yates, Ala­phi­lippe… J’aime beau­coup ces gars-là. Bar­det est un cou­reur for mi­dable, en mon­tagne et sur les clas­siques, Ala­phi­lippe aus­si. C’est gé­nial de les avoir pour une course comme le Tour de France et pour les fans. Je parle pas mal en course aus­si avec les Yates. J’en ai dis­pu­tées plu­sieurs avec eux !

• On ne voit pas beau­coup de cou­reurs de ton ni­veau à ton âge en Worldtour. Res­sens-tu une énorme pres­sion ? Non ! Pas du tout. J’adore cette équipe Sky. Nous sommes or­ga­ni­sés de telle ma­nière que si je suis bon en course, c’est tout bé­né­fice pour moi. Mais si je me loupe, il y au­ra tou­jours un lea­der pour per­for mer à ma place. C’est un atout très im­por­tant pour un jeune qui dé­bute. Sur cha­cune de mes grandes courses cette an­née, j’avais un grand lea­der avec moi. En Co­lom­bie et en Ca­ta­logne, il y avait He­nao. En Ro­man­die, c’était Tho­mas. Si je f ais un ré­sul­tat, c’est par­fait, mais je suis avant tout là pour ap­prendre. J’ai tant à ap­prendre !

• Com­ment as-tu choi­si le Team Sky ? J’ai eu l’op­por­tu­ni­té de si­gner chez Sky après mon Tour de l’ave­nir vic­tor ieux en 2017. Ils s’in­té­res­saient à moi. J’au­rais pu si­gner chez Bah­rain-me­ri­da, mais la pres­sion y au­rait été beau­coup plus im­por­tante ! Sky est une équipe qui laisse beau­coup plus qu’ailleurs ses jeunes gran­dir et tra­vailler dans la tran­quilli­té !

• Vain­queur en Co­lom­bie, 2e au Ro­man­die et vain­queur en Ca­li­for­nie, tu as dé­jà ob­te­nu de très grands ré­sul­tats de­puis le dé­but de sai­son. Pen­sais-tu que tu pour­rais si vite at­teindre ce ni­veau ? Hon­nê­te­ment, non. Je me di­sais que ce se­rait bon de ga­gner une fois ou deux dès cette an­née, mais pas vrai­ment au­tant et d’aus­si grandes courses sur­tout. Je suis vrai- ment en course pour ap­prendre et me dé­ve­lop­per. Ap­prendre le sens de la course, le ni­veau, ap­prendre aus­si au­près de mes co­équi­piers. Chaque équi­pier m’a ai­dé et con- seillé et on m’a lais­sé f aire dans les courses à étapes. Après, chaque épreuve a conve­nu à mes qua­li­tés, no­tam­ment en mon­tagne.

• Quel est le dis­cours de Ni­co­las Por­tal et de Ser­vais Kna­ven, les di­rec­teurs sportifs de l’équipe sur les courses à étapes ? Ils te confient des res­pon­sa­bi­li­tés ? Pas vrai­ment. Quand je parle avec eux, ils me ras­surent en me di­sant de ne pas m’en faire, qu’il y a un autre lea­der ! “Fais ce que tu veux, ce que tu peux” ! C’est bon pour moi, car je n’au­rais pas la même at­ti­tude ni les mêmes ré­sul­tats, c’est cer­tain, si on me met­tait la pres­sion du ré­sul­tat sur un clas­se­ment gé­né­ral ! Mais je suis dans la meilleure équipe du monde, le Team Sky. Si je suis ali­gné en course, c’est en toute tran­quilli­té pour le mo­ment et avec toute l’op­por­tu­ni­té pour mon­trer ce dont je suis ca­pable. Je suis là pour m’amu­ser et pour le plai­sir de cour ir ! Faire ce que je veux sans pres­sion, at­ta­quer quand je veux, en mon­tagne no­tam­ment, faire ma course tout sim­ple­ment !

• Com­ment se com­portent avec toi les lea­ders comme Ch­ris Froome, Ge­raint Tho­mas et Mi­chal Kwiat­kows­ki ? Je ne les vois pas trop, on ne se parle pas trop. J’ai par­lé plu­sieurs fois avec Kwiat­ko lors de stages. Je parle un peu avec Tho­mas, c’est un très bon gars. On chatte par­fois ou on se parle sur What’sapp. Après, je ne vois pas Chr is Froome.

“Le Tour, c’est la plus belle course au monde. Cette an­née, ce se­ra une course très ex­ci­tante. Avec Rou­baix et les chro­nos de Cho­let et d’es­pe­lette, le reste de la course se­ra très ou­vert. Je pense que cette an­née peut être l’an­née d’un Co­lom­bien !”

• On connait l’his­toire du cy­clisme co­lom­bien avec le Tour de Fr ance. Quel est ton rap­port avec cette course ? Le Tour, c’est le rêve de tout cou­reur du pe­lo­ton. C’est la plus belle cour se au monde. Cette an­née, ce se­ra une cour se très ex­ci­tante avec l’étape de Rou­baix, le chro­no de Cho­let et ce­lui d’es­pe­lette ! Ces tr ois épreuves ser ont cr uciales et le r este de la cour se se­ra du coup très ouv ert. Je pense que cette an­née , ce peut êtr e l’an­née d’un Co­lom­bien !

• Tu rêves de ga­gner le Tour de France ? Hon­nê­te­ment, c’est la cour se que tout le monde rêve de ga­gner . Main­te­nant, il f aut rester sér ieux et réa­liste . C’est une cour se très dif­fi­cile que l’on ne peut pas pré­tendre ga­gner comme ça !

• Ce Tour est vrai­ment dif­fi­cile. Avec un tel par­cours, penses-tu être ca­pable de pou­voir ai­der tes lea­ders ? Je pense que je peux les ai­der. J’ai pas­sé un très bon mois de juin a vec une g rande for me at­teinte et de très bons en­traî­ne­ments en Co­lom­bie, chez moi jusque v ers le 1820 juin puis en An­dorre et en stage. Je n’ai jamais cour u de Grand Tour, donc ce se­ra une g rande pre­mière. Je vais de­voir conti­nuer à appr endre, mais en même temps, le but se­ra d’ai­der mes lea­der s quelles que soient leur s de­mandes et leurs be­soins ! • Dé­bu­ter sur le Tour à 21 ans ne t’ap­por­te­ra même là au­cune pres­sion ? Non, une fois en­core, non. Je ne la res­sens pas. Je pense même, qu’au dé­part, l’équipe cher­che­ra à me pro­té­ger et me cal­mer si be­soin. Il f aut al­ler au Tour en ou­bliant que c’est le Tour, en pen­sant juste à faire son job, ce que l’on at­tend de toi et es­sayer de re­joindre Pa­ris en ayant été utile. Si ce Tour n’est pas bon, ce ne se­ra pas grave. Je n’ai que 21 ans.

• As-tu peur du Tour de France ou à l’in­verse es-tu ex­ci­té à l’idée de le dé­cou­vrir ? Ex­ci­té ! Je n’ai pas peur du Tour du tout ! C’est la plus grande course au monde. Mais c’est une course que tu par­cours sur ton vé­lo avec des ob­jec­tifs et au mi­lieu de cou­reurs ! Cou­rir le Tour doit être un plai­sir avant tout ! Il ne faut sur­tout pas en avoir peur ou être stres­sé. Si­non, tu ne pour­ras pas être bon ni l‘ af­fron­ter cor rec­te­ment ! Le Tour, c’est la course de ta vie !

• Si tu n’avais pas été sé­lec­tion­né, tu au­rais été dé­çu ? Bien sûr, un peu ! Main­te­nant, si ce n’est pas cette an­née, ce­la au­rait été en 2019 ! Le tout est d’y être ! En cas de non sé­lec­tion au Tour, il y avait la Vuel­ta en août-sep­tembre.

• T’es-tu pré­pa­ré spé­ci­fi­que­ment pour cette pre­mière par­ti­ci­pa­tion ? Non, pas de camp d’en­traî­ne­ment spé­cial en de­hors du camp de Ma­jorque en dé­cembre-jan­vier. Pas de re­con­nais­sance non plus. L’an pas­sé, au Tour de Sa­voie Mont Blanc, j’avais dé­cou­vert quelques cols. Je me suis ma­jo­ri­tai­re­ment en­traî­né en Co­lom­bie et sur­tout en An­dorre. En Co­lom­bie, dès après le Tour de Ca­li­for nie, j’y étais avec mon en­traî­neur de la Sky, Xa­bier Ar­tetxe.

• À 21 ans, quels sont am­bi­tions dans le cy­clisme et tes rêves ? Je n’en ai pas vrai­ment. J’ai­me­rais de­ve­nir un bon cou­reur, tout sim­ple­ment, sans me po­ser la ques­tion de de­voir ga­gner telle ou telle course. Ga­gner un Grand Tour, une Clas­sique ? Peu im­porte le pal­ma­rès, je veux être un bon cou­reur. Et si je suis je gars qui ap­porte les bi­dons, mais que j’ai un bon ni­veau, ça m’ira très bien. Je me sa­tis­fe­rais d’une belle vic­toire sur une course à étapes ou un Tour de Lom­bar­die ! J’aime aus­si ces clas­siques en Ita­lie. Mais je veux que l’on re­tienne que je suis un bon pro­fes­sion­nel, qui fait bien son bou­lot et que mes co­équi­piers soient satisfaits de moi.

• Bon, on te sou­haite le meilleur sur ce Tour, comme d’être à la ba­garre pour le maillot blanc avec notre jeune cou­reur fran­çais Pierre La­tour… (Il r igole) Oui, mer­ci beau­coup. J’ai­me­rais tel­le­ment être en blanc à Par is ! Avec Pierre no­tam­ment, ce se­ra un beau match !

Le Tour de Ca­li­for­nie et ses sup­por­ters ont ap­pris à connaître Egan Ber­nal mi-mai. Mais les ad­ver­saires du Worldtour qui l’af­frontent de­puis jan­vier le re­doutent dé­jà de­puis un mo­ment. Un sa­cré client sans pres­sion se pro­file à l’ho­ri­zon du Tour !

Ber­nal maillot jaune ? En Ca­li­for­nie seule­ment, avec ses co­équi­piers à son ser­vice. Mais une pré­mo­ni­tion pour le Tour du fu­tur ?

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