Je n'ai rien à leur dire”

Planète Cyclisme - - DU SPRINT ET DES STARS -

• P.C. : Cette vic­toire au sprint à Pau est-elle pour toi la ré­com­pense d'un tra­vail en mon­tagne éga­le­ment ? A.D. : C'est exac­te­ment ça, car on sa­vait dans notre équipe que la mon­tagne n'al­lait pas être notre point fort. Alors on avait tra­vaillé en consé­quence pour ten­ter de ré­duire nos la­cunes. L'an der­nier, j'avais été hors dé­lai à cause de la mon­tagne (il était ma­lade éga­le­ment). Alors, on s'était fo­ca­li­sé sur un gros tra­vail en al­ti­tude aux Ca­na­ries. Ru­dy Mo­lard sait de quoi je parle quand il as­su­rait le tem­po à Gran Ca­na­ria et que j'étais dans sa roue. J'ai pas­sé la mon­tagne dans ce Tour grâce à ce bou­lot, alors que la plu­part des spr in­teurs n’étaient plus là de­puis long­temps. C'est dur le Tour, pour tout le monde. Il faut être là en­core en 3e se­maine pour ga­gner si c'est en­core pos­sible.

• Mais il ne fal­lait pas se ra­ter dans le sprint à Pau. On a vu un su­per Ja­co­po Guar­nie­ri pour t'em­me­ner. C'est plus fa­cile aus­si dans ces condi­tions, non ? Toute l'équipe a fait un gros bou­lot sur cette étape. Il fal­lait bien contrô­ler et être bien pla­cé dans le fi­nal. C'est fou ce sprint. À un mo­ment, j'ai per­du les roues. Mais je me suis bien res­sai­si. C'est une grande vic­toire d'équipe.

• Est-ce que les com­men­taires d’andré Greipel sur Twit­ter t'ont don­né une mo­ti­va­tion sup­plé­men­taire ? For­cé­ment, ces com­men­taires m'avaient bles­sé. Ça me tou­chait vrai­ment avant de prendre le dé­part de l’étape. Je re­grette qu'on puisse re­mettre en cause mes per­for­mances. Comme j'ai tou­jours dit, j'ai tra­vaillé pour en ar­ri­ver là, car je ne suis pas bon du tout en mon­tagne. Je dois me battre pour ren­trer dans les dé­lais et c'est la meilleure ré­ponse que je peux don­ner à Greipel.

• Jus­te­ment, peux-tu nous par­ler de la souf­france que tu éprouves en mon­tagne quand tu es à l'ar­rière, seul ou dans le grup­pet­to ? Dans ces cas-là, je suis sen­sible aux en­cou­ra­ge­ments du pu­blic. Ce­la m'aide à ne r ien lâ­cher. Quand tu en­tends des trucs du genre “Ar­naud-les-champs, Ar­naud-les-champs”, évi­dem­ment, ce­la te donne de la mo­ti­va­tion pour t'ac­cro­cher. Ce sont des mo­ments très dif­fi­ciles. Je pense à plein de choses, et la mi­nute sui­vante à rien. C'est un dur com­bat loin des autres cou­reurs. Dans ces cas-là, je pense à la vic­toire qui peut ar­ri­ver le len­de­main et ce­la te mo­tive pour conti­nuer et al­ler au bout de l'étape de mon­tagne. Mais, c'est très très dur.

• Penses-tu que les cri­tiques dont tu es l'ob­jet de la part des autres cou­reurs viennent aus­si de Mi­lan-san Re­mo ? Pour­ras-tu te dé­faire de cette dé­fiance un jour ? Il y au­ra tou­jours de la ja­lou­sie et des doutes quand on joue avec les dé­lais en mon­tagne. Si je prends l'as­cen­sion du col du Por­tet qui a po­sé pro­blème à cer­tains, ils peuvent vé­ri­fier qu'il y avait des com­mis­saires au­tour de moi et que ces at­taques sont une nou­velle fois dé­pla­cées. À Ba­gnères-de-lu­chon, pa­reil. Il y avait une des voi­tures de Bo­ra-hans­grohe qui m'a sui­vi pen­dant 40 km et ils ont vu que je n'avais rien lâ­ché (il ter­mi­na der­nier à 41’20’’). J'ai peut-être une force men­tale su­pé­rieure à des cou­reurs pour m'ac­cro­cher au maxi­mum. La ré­com­pense ar­rive en­suite, c'est ce que je re­tiens. Je n'ai à leur dire.

• Il y a la course et ce Tour où tu es pas­sé par toutes les émo­tions. Com­ment as-tu vé­cu au sein de ton équipe pen­dant ces 3 se­maines très par­ti­cu­lières ? Le sou­tien était to­tal de la part de l'équipe bien sûr. Mais au-de­là de ça, il y a aus­si les gens qui s'oc­cupent de la com­mu­ni­ca­tion et qui m'ont en­voyé des mes­sages d'en­cou­ra­ge­ments. C'est im­por­tant de sen­tir cette so­li­dar ité de tout un groupe quand c'est dif­fi­cile. De toute fa­çon, si je n'avais pas eu de bonnes jambes sur ce Tour, je se­rais ren­tré très vite à la mai­son. En­suite, avec le sou­tien de toute une équipe, de ma fa­mille, de ma femme, eh bien, je suis res­té confiant et je suis fier de notre réus­site au fi­nal.

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