Mon­dial d’inns­bruck Val­verde abat Bar­det et les Fran­çais.

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Ro­main Bar­det a per­mis à la France de re­par­tir avec une mé­daille d'ar­gent, mais c'est l'an­cien, Ale­jan­dro Val­verde qui est le nou­veau cham­pion du monde. Les Bleus n'ont pas de re­gret de tom­ber face à l'es­pa­gnol qui est le cou­reur le plus com­plet au monde. Au-de­là de la mé­daille de Bar­det, on par­le­ra de l'état d'es­prit chez les Bleus et du triomphe per­son­nel en­fin de Val­verde.

L'équipe de France était forte. Elle fut pa­tiente éga­le­ment. Et in­tel­li­gente, avant d'être agres­sive dans le mo­ney time. Mais elle a été bat­tue par une équipe en­core plus puis­sante, les Es­pa­gnols, et un homme, Ale­jan­dro Val­verde qui a dé­mon­tré qu'il était bien le cou­reur le plus com­plet du cir­cuit ces der­nières an­nées. Une fois que Ju­lian Ala­phi­lippe avait je­té les armes dans le “mur” de Höt­ting Höll, après que Thi­baut Pi­not se soit écar­té, Ro­main Bar­det as­su­ma son rôle de co­lea­der pour jouer la gagne avec le Mur­cian, le sur­pre­nant Ca­na­dien Michael Woods et le Néer­lan­dais, re­ve­nu de l'en­fer,tom Du­mou­lin. « Mais le vé­lo, ce n'est pas que du ta­bleau noir » rap­pe­lait Bar­det à l'is­sue du Mon­dial. « Il faut sa­voir s'adap­ter quand ça ne va pas comme on veut. En tout cas, on a prou­vé que l'équipe de France, ça mar­chait. » Les Bleus ont fonc­tion­né de ma­nière col­lec­tive, for­mant un bloc sou­dé au­tour de leurs deux lea­ders, Ala­phi­lippe et Bar­det. La mé­daille d'ar­gent de Bar­det vient ré­com­pen­ser le tra­vail d'une équipe. D'un en­semble co­hé­rent mon­té par le sé­lec­tion­neur, Cy­rille Gui­mard. Les cou­reurs, de leur cô­té, ont leur lec­ture de la course. Entre Ru­dy Mo­lard le roo­kie qui a trou­vé ce Mon­dial ex­trê­me­ment dur, « trop d'ailleurs pour le spec­tacle » , un Thi­baut Pi­not au ser­vice des deux Au­ver­gnats, alors qu'il avait les jambes pour sû­re­ment jouer un rôle plus per­son­nel dans le fi­nal ou un To­ny Gal­lo­pin ex­cellent ca­pi­taine de route, comme An­tho­ny Roux dans les 4 pre­mières heures de la course, cette équipe a su te­nir son rang de la meilleure ma­nière qui soit. Ro­main Bar­det pas­se­ra très ra­pi­de­ment de la dé­cep­tion à un sen­ti­ment lé­gi­time du tra­vail ac­com­pli avec un groupe, pour ne re­te­nir que deux choses : « La mé­daille, mais sur­tout l'aven- ture hu­maine. Dans dix ans, je me sou­vien­drai de ça et des bonnes bières qu'on au­ra bues le soir en­semble après ce Mon­dial. Cette mé­daille a la sa­veur du col­lec­tif. Je me suis écla­té pen­dant cette se­maine tous en­semble (4 jours en fait). On a un peu la même phi­lo­so­phie avec Ju­lian et on est tous co­pains. Le vé­lo est plus fa­cile comme ça. » 48 heures plus tôt, dans le home sweet home des Bleus à Igls, Bar­det avait rap­pe­lé que « l'équipe de France au­rait des comptes à rendre en cas d'échec. » Le film de ce Cham­pion­nat évite toute cri­tique, toute po­lé­mique, car les Bleus ont été ac­teurs d'une his­toire qui s'est écrite sur une scène où le jeu s'est di­lué et fi­nit par se perdre dans des ki­lo- mètres de pa­ra­doxes. Cher­cheurs d'or, les Bleus ont ga­gné leur cré­di­bi­li­té au­tant que l'ar­gent en trou­vant des ver­tus col­lec­tives dans la force d'un groupe grâce à des ta­lents in­di­vi­duels in­tel­li­gents.

Pas d'er­reur tac­tique

La pire des choses eut été d'avoir des re­grets. Les Bleus ne peuvent pas en avoir. Ils sont tom­bés sur un Val­verde par­fait dans la ma- noeuvre. Par­fait, puis­qu'il gagne ! Bar­det rap­pelle le scé­na­rio sans hap­py end, pour le clan tri­co­lore : « Dans un fi­nal sur le plat, c'était dur de battre un cou­reur comme Ale­jan­dro Val­verde pour qui c'est le cou­ron­ne­ment d'une car­rière. Plus tôt, dans le Höll, j'ai es­pé­ré que Ju­lian (Ala­phi­lippe) ou Thi­baut (Pi­not) re­viennent sur nous. Mais une

“Le groupe France ne s'ar­rête pas aux 8 cou­reurs d’inns­bruck. Il faut par contre gar­der l'état d'es­prit qu'on a au­jourd'hui. L'en­vie qui est dans ce groupe et qui crée l'en­vie des cou­reurs qui veulent se battre pour le maillot. C'est ça construire le groupe.” CY­RILLE GUI­MARD

fois en si­tua­tion de sprin­ter, je sa­vais que je n'étais pas plus ra­pide que lui.val­verde gagne des sprints quand il y a 50 cou­reurs. Je sa­vais très bien que c'était dif­fi­cile. Je n'ai au­cun re­gret sur la par­tie fi­nale. Je ne pense pas qu'on fait d'er­reur tac­tique. » Bar­det a long­temps es­pé­ré un come-back du pun­cheur Ala­phi­lippe, voire de Thi­baut Pi­not ! « C'était com­pli­qué. J'es­pé­rais un re­tour de Ju­lian ou de Thi­baut pour ma­noeu­vrer à plu­sieurs dans le fi­nal. Ce­la au­rait été for­cé­ment plus fa­cile pour nous. Avec Ju­lian au sprint, il au­rait été ca­pable de mat­cher face à Val­verde. » Le grim­peur des ag2r La Mon­diale, qui avait pré­pa­ré le Cham­pion­nat au Tour d'al­le­magne, du Doubs et sur des courses ita­liennes, ra­conte l'ins­tant-clé dans la der­nière as­cen­sion où la pente à 28% al­lait faire zig­za­guer quelques ca­dors ! « Le but quand Thi­baut s'est écar­té, c'était d'al­ler à fond pour Ju­lian. Mais quand j'ai vu qu'il n'était plus der­rière moi, j'ai été obli­gé de re­voir ma tac­tique. Je suis quand même heu­reux d'avoir sau­ver les meubles parce que je n'étais pas très frais. » Le vice-cham­pion du monde rap­pe­lait qu'il avait failli tout perdre éga­le­ment à cause d'un en­nui de dé­railleur au mo­ment cru­cial. « J'ai dé­raillé au som­met de la côte. Je passe grand pla­teau pour at­ta­quer, il y a eu quelques se­condes de flot­te­ment, mais il ne fal­lait pas pa­ni­quer. Ça a été sans consé­quence. »

Conti­nuer le tra­vail

Ala­phi­lippe fut lu­cide dans son ana­lyse, en rap­pe­lant que les crampes qui l'ont contraint à dé­bran­cher au pire mo­ment si­gni­fiaient aus­si que ce par­cours avec 4.681mètres de dé­ni­ve­lé po­si­tif était trop dur pour lui. Il s'était pré­pa­ré sur le Tour de Grande-bre­tagne et le Tour de Slo­va­quie, mais c'était en­core in­suf­fi­sant en com­pa­rai­son avec des cou­reurs qui sor­taient en ma­jo­ri­té de la Vuel­ta. Bar­det s'était in­ves­ti pour ce Cham­pion­nat du monde dans une ap­proche en­core dif­fé­rente. Son ma­na­ger chez ag2r La Mon­diale,vincent La­ve­nu, rap­pe­lait le tra­vail de concer­ta­tion au sein de son équipe pour ob­te­nir le meilleur ré­sul­tat pos­sible en équipe de France. « Ro­main a dé­mon­tré qu'il était ca­pable de réa­li­ser ses ob­jec­tifs grâce à son in­ves­tis­se­ment. Il n'a pas fait la Vuel­ta, mais l'ap­proche avait été ré­flé­chie avec son en­traî­neur (JeanBap­tiste Qui­clet), ses di­rec­teurs spor­tifs et lui-même. On sait qu'on peut comp­ter sur Ro­main, car il a une telle ap­pli­ca­tion dans le tra­vail qu'il va au bout de ce qu'il veut réa­li­ser » nous dit La­ve­nu. Le sé­lec­tion­neur Cy­rille Gui­mard peut se pro­je­ter vers 2019 et le York­shire. Avec une équipe dif­fé­rente évi­dem­ment. « Le groupe France ne s'ar­rête pas à 8 cou­reurs qui étaient à Inns­bruck. Il faut par contre gar­der l'état d'es­prit qu'on a au­jourd'hui. L'en­vie qui est dans ce groupe et qui crée l'en­vie des cou­reurs qui veulent se battre pour le maillot. C'est ça construire le groupe et je m'y at­tache à le faire avec eux. » Le boss de l'équipe de France part d'une base so­lide et un ré­sul­tat po­si­tif en Au­triche. Même s'il se montre pru­dent en­core une fois : « Il y a une époque où la France a ga­gné 9 Tour de France en 11 ans et main­te­nant, on at­tend en­core d'en ga­gner un à nou­veau. Il y a un mo­ment où il faut les cou­reurs ca­pables de ga­gner et au­jourd'hui, on a les cou­reurs ca­pables de ga­gner. Ce groupe doit conti­nuer à tra­vailler en­semble et chaque cou­reur doit ap­por­ter un pour­cen­tage en­core sup­plé­men­taire pour pas­ser une nou­velle marge. » Avec une dose d'hu­mour, Gui­mard rap­pe­lait aus­si : « Ou alors, il fau­dra at­tendre que Val­verde prenne sa re­traite, que Pe­ter Sa­gan ar­rête de nous en­nuyer et que le pe­tit pro­dige Belge (Rem­co Evenepoel) ne vienne pas trop ra­pi­de­ment nous per­tur­ber. L'his­toire s'écrit aus­si à tra­vers ça. » L'im­pa­tience guette l'équipe de France. À ce ni­veau, c'est sû­re­ment bon signe. Alors que Ro­main Bar­det se pro­je­tait sur le Tour de Lom­bar­die après un 10e po­dium cette sai­son : « Il reste en­core de belles courses, dont le Lom­bar­die pour bien clô­tu­rer la sai­son » concluait l'au­ver­gnat.

Trois lea­ders unis dans la dé­faite, Pi­not, Bar­det et Ala­phi­lippe, après la 2e place du cou­reur des ag2r La Mon­diale.

Ale­jan­dro Val­verde a bien été par­fait sur ce Mon­dial. Ro­main Bar­det a es­sayé dans la der­nière dif­fi­cul­té… En vain.

De l’en­traî­ne­ment dans l’en­fer à la course, tous les Bleus ont abat­tu un tra­vail énorme qui a failli payer. Pi­not et Bar­det, à gauche, étaient prêts. Roux, lui, a rou­lé comme un chef.

Tape ami­cale du pa­tron, Cy­rille Gui­mard, à un de ses lea­ders, Ju­lian Ala­phi­lippe, avant la course.

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