Yates Bro­thers Frères d’armes sur la Vuel­ta.

Bro­thers in arms

Planète Cyclisme - - ÉDITO - SOMMAIRE -

Lorsque l’on a ren­tré dans les ta­bleaux de pal­ma­rès du Tour les noms des lau­réats 2016 et 2017 dans la ca­té­gor ie du maillot blanc, on a été au­tant éton­né qu’amu­sé par cette nouveauté, puis dans le mode ques­tion­ne­ment à pro­pos de cette ca­té­gor ie bien spé­ci­fique. Meilleur jeune du Tour 2016, Adam Yates ! Tour 2017, lau­réat Si­mon Yates ! L’amu­se­ment de voir deux frères lau­réats sur la Grande Boucle s’est ar­rê­té là et ont pris place les ha­bi­tuelles ques­tions. Et main­te­nant ? Jus­qu’où les frères peuvent-ils al­ler, en­semble ou sé­pa­ré­ment, dans un pe­lo­ton ? On­tils l’étoffe pour ga­gner un jour un Grand Tour ? Sont-ils les pro­chains vain­queurs bri­tan­niques du Tour de France ou des deux autres épreuves de trois se­maines, qui semblent être leur ter­rain de jeu pré­fé­ré ? À toutes ces ques­tions, un des deux Yates bro­thers vient d’y ré­pondre en cette fin d’été au soir de la der­nière étape de la Vuel­ta à Ma­drid, Si­mon ! En une course, il a fait du pa­tron du team aus­tra­lien le plus heu­reux des pa­trons d’équipes Worldtour pour dif­fé­rentes rai­sons : « Se re­trou­ver là, main­te­nant, en vain­queur d’un pre­mier grand tour est in­croyable, mais aus­si une chose en la­quelle on a tou­jours cru. Ces der­nières an­nées, nous avons fait évo­luer l’équipe vers une équipe de courses à étapes et de grands tours. Je suis cer­tain que c’est le pre­mier suc­cès d’une longue sé­rie ! » Fier­té et émo­tion peuvent s’en­tendre dans les pro­pos du boss, qui sa­lut ses hommes : « Nous avons su nous en­tou­rer de per­sonnes ayant la même vi­sion de ce sport, les mêmes ob­jec­tifs et la même pas­sion sur­tout, Shayne Ban­nan, Matt White, Neil Ste­phens ou Ju­lian Dean. » Le staff, mais aus­si les cou­reurs idoines pour ce type de pro­jet : « C’est bon de voir les ré­sul­tats ob­te­nus par cette fa­mille au­jourd’hui, Si­mon, ses co­équi­piers et le staff ! Nous for­mons vrai­ment une grande fa­mille. » Ju­lian Dean, un des di­rec­teurs spor­tifs sur l’épreuve, est aus­si fier : « Nous avons com­men­cé cette course en se di­sant qu’il faut faire gran­dir Si­mon et l’équipe et ren­for­cer ce qui a fait nos fai­blesses et cor­ri­ger nos er­reurs pas­sées. Mais nous n’avions rien fixé ! Au fi­nal, c’est bon d’avoir ga­gné et à la fois d’avoir en­core des choses à cor­ri­ger, sur les­quelles on peut se concen­trer dé­sor­mais. » Jeune DS dans l’exer­cice de la vic­toire en Grand Tour, Dean reste calme et se­rein : « Si­mon se dé­ve­loppe très bien à pré­sent et il a con­nu une grosse pro­gres­sion cette sai­son. Il a fait d’énormes pro­grès entre sa fa­çon de cou­rir au Gi­ro et sur la Vuel­ta. Ce­la dé­montre sa vo­lon­té dans l’apprentissage de la course. » Fier de son lea­der, Dean est convain­cu par son ave­nir : « Il y a en­core des choses que nous pou­vons cor­ri­ger ou amé­lio­rer avec Si­mon. Mais quand il les com­pren­dra, il ré­pè­te­ra ce genre de vic­toires ! » Vient-on d’en prendre pour dix ans avec les Yates ou au moins avec Si­mon en Grand Tour ? L’ave­nir le di­ra. Pour le mo­ment Si­mon sa­voure et se pro­jette : « C’est in­croyable. Je n’ai pas les mots ! J’aime cou­rir à l’ins­tinct. J’es­père que je pour­rai conti­nuer ain­si et ob­te­nir au­tant de bons ré­sul­tats que ce­lui-ci. » Les DS vont se grat­ter les têtes en li­sant ces mots. Mais ce Yates, c’est de l’ins­tinct et une tête bien faite et bien plaine : « Mon mo­ment pré­fé­ré sur la course ? La 14e étape et une vic­toire pour la­quelle j’ai su tout mettre en place, tout faire et en gar­der en­core un peu même au cas où ! C’est un sen­ti­ment in­croyable. » Si­mon qui gagne, c’est le top en Es­pagne, tout au­tant qu’il avait tou­ché le fond en Ita­lie fin mai après avoir, alors qu’il était en rose, cra­qué à deux jours de l’arr ivée à Rome : « J’ai con­nu un dé­chi­re­ment en Ita­lie ! Je suis en­core cho­qué de ce qui s’est pas­sé comme je vais de­voir réa­li­ser ce qui m’ar­rive à pré­sent. » Pas­sé, pré­sent, ave­nir, Si­mon ne se perd pas dans la fo­lie de la vic­toire, comme il ne veut pas se perdre dans le fil de son his­toire pro dé­bu­tée en 2014 avec l’équipe, au mo­ment de l’ar­ri­vée com­mune des frères chez Green- EDGE avec un cer­tain Es­te­ban Chaves : « Tout a com­men­cé en 2014 quand nous avons fait si­gner ces trois jeunes ta­lents, de gros grimpeurs » sou­ligne t-on en coeur dans l’équipe. « C’est à ce mo­ment-là que nous avons com­men­cé à construire nos suc­cès d’au­jourd’hui. 2e au Gi­ro, 3e en Es­pagne, 4e en France en 2016, sans ou­blier de nom­breux top 10, le pro­jet a dé­bu­té alors pour connaître les ré­sul­tats que l’on au­jourd’hui. » Des ré­sul­tats fa­bu­leux, ceux, no­tam­ment, de deux frères jumeaux que tout ras­semble et unis au point de les con­fondre quand Adam ne porte pas une barbe nais­sante, même s’ils ne courent pas sou­vent en­semble, mais que la men­ta­li­té, l’amour de ce sport et la vo­lon­té poussent vers le haut ni­veau. « On a com-

“Il y a en­core des choses que nous pou­vons cor­ri­ger ou amé­lio­rer avec Si­mon. Mais quand il les com­pren­dra, il ré­pè­te­ra ce genre de vic­toires !”

JU­LIAN DEAN (DS DE MIT­CHEL­TON-SCOTT)

men­cé le cyclisme en même temps » sou­ligne Adam. « Par la piste vers l’âge de 10 ans, pen­dant 3-4 ans avant de faire de la route et de conti­nuer avec la piste éga­le­ment (Si­mon a été cham­pion de l’amé­ri­caine et de la course au points et cham­pion de Grande-bre­tagne). » Les deux fran­gins se­ront sé­pa­rés pour leur for­ma­tion, Adam for­mé en France et Si­mon à la Bri­tish Aca­de­my. Mais leur route se “re­croi­se­ra” à nou­veau en 2014 avec une en- trée chez les pros en même temps… au sein d’une équipe certes aus­tra­lienne, mais sur­tout an­glo­phone : « Nous avions beau­coup de pro­po­si­tions. Mais Ori­ca-gree­nedge à l’époque était la bonne op­por­tu­ni­té. Sky est une bonne équipe, avec un bon mode de fonc­tion­ne­ment, mais pour les jeunes, ce n’est pas le meilleur en­droit. Car ils n’offrent pas les mêmes op­por­tu­ni­tés sur de grosses courses que d’autres équipes. Nous avons fait le bon choix » ex­plique Adam. De­puis 2014, les Yates ont bien gran­di… Avec un pro­gramme de courses à étapes de haut ni­veau et quelques clas­siques, ils ont pro­gres­sé, mais pas tout à fait avec les mêmes ré­sul­tats et sur­tout pas tou­jours en­semble en course, en Grand Tour no­tam­ment. De­puis leurs dé­buts, ils n’ont par­ti­ci­pé qu’à trois grands tours en­semble, sur le Tour 2015 et les Vuel­ta 2017 et 2018. « Ce­la ne fait au­cune dif­fé­rence que l’on soit en­semble ou pas » di­saient-ils en­semble à leurs dé­buts pros. L’équipe et son staff ne font pas en fonc­tion de l’af­fec­tif, mais en fonc­tion des pro­grammes et des ob­jec­tifs, alors que cha­cun joue sou­vent un rôle de lea­der dé­sor­mais sur les grandes courses. C’est pour­quoi, on les voit as­sez peu fi­na­le­ment en­semble. Ils ont des qua­li­tés de grimpeurs tous les deux, mais pas for­cé­ment dans le même re­gistre : « Sur un par­cours court et pen­tu, c’est plus moi » avoue Si­mon. « Sur une as­cen­sion plus longue, Adam se­ra meilleur. » Après, ils passent leurs jour­nées en­semble, adorent cou­rir en­semble et se chambrent même, mais sur­tout ils évitent la

com­pa­rai­son, le jeu du “qui est le meilleur”. La com­pa­rai­son, ce sont les jour­na­listes qui la font au­jourd’hui, alors que les stats parlent pour eux. Si­mon, après cette Vuel­ta, compte 7 par­ti­ci­pa­tions au Gi­ro, au Tour et à la Vuel­ta, 4 vic­toires d’étapes, un maillot blanc… et un titre ! Adam, lui, a par­ti­ci­pé à 7 édi­tions au to­tal sur les trois courses, sans rem­por­ter d’étape, mais juste le maillot blanc du Tour, un an avant Si­mon, en 2016. L’ave­nir leur ap­par­tient, un ave­nir qu’ils se rêvent dans le même ordre d’idée, mais avec des pe­tits dé­tails qui changent : Adam parle de grands tours et de courses à étapes de moyennes dis­tances, alors que Si­mon évoque à la fois les grands tours et cer­taines clas­siques comme les Ar­den­naises. Am­bi­tieux, les deux gar­çons font la fier­té de l’équipe, de son pro­prié­taire et de son staff. À leurs dé­buts en pro, Si­mon avouait que l’ob­jec­tif sur une course « n’est pas de res­ter au chaud, mais d’y faire au moins un top 10 ! » C’est très sou­vent le cas au­jourd’hui. À 26 ans, il y a fort à pa­rier que l’on en prend pour long­temps avec ces fran­gins bri­tan­niques. Une Grande-bre­tagne, qui s’est of­fert les trois Grand Tour en 2018, avec les Sky Froome (Gi­ro) et Tho­mas (Tour) avant Si­mon (Vuel­ta) donc. Avec la fa­çon de les pro­gram­mer in­tel­li­gem­ment et les ré­par­tir sur les trois grands tours en sai­son, l’équipe pour­rait bien faire la passe de trois dans un fu­tur proche si les fran­gins conti­nuent à ap­prendre, pro­gres­ser, re­te­nir et re­pro­duire !

“Notre ob­jec­tif en course n’est pas de res­ter au chaud, mais de faire au moins un top 10 !” SI­MON YATES

Win­ning team au­tour de Si­mon Yates : Haig, le fran­gin,tren­tin, How­son, Mez­gec, Al­ba­si­ni et Ed­mond­son.

Si­mon Yates a bien ap­pris de son aban­don au Gi­ro.

Vic­toire à Les Praeres pour Si­mon Yates qui récupère dé­fi­ni­ti­ve­ment le maillot rouge cé­dé deux jours avant à Her­ra­da.

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