ALE­JAN­DRO VAL­VERDE LE CHER­CHEUR D'OR

Planète Cyclisme - - CHAMPIONNAT DU MONDE - ÉLITE HOMMES -

Val­verde avait deux rêves dans sa vie. Rem­por­ter le Tour de France et ga­gner le Cham­pion­nat du monde. « Ça n'a pas mar­ché pour le Tour, mais je suis en­fin cham­pion du monde » di­til après une quête dans la course au titre dé­bu­tée à Ha­mil­ton en 2003. Le Mur­cian avait 23 ans à l'époque, mais se mon­trait dé­jà im­pa­tient de rem­por­ter des titres. Il dut se conten­ter d'une mé­daille d'ar­gent au Ca­na­da der­rière son co­équi­pier Igor As­tar­loa. Mais­val­verde s'était dé­jà fait un nom dans le mi­lieu après une 3e place à la Vuel­ta, alors qu'il avait rem­por­té deux vic­toires d'étapes, au Port d'en­va­li­ra et au som­met de la Pan­de­ra. Au dé­but des an­nées 2000, le na­tif de Mur­cie jongle brillam­ment entre Grand Tour et Clas­sique et se forge une ré­pu­ta­tion de pun­cheur. Il rem­porte une étape sur le Tour à Cour­che­vel de­vant Arm­strong. L'es­pagne est un ma­gni­fique ter­rain de jeu, mais il est en­core bat­tu à Ma­drid par Tom Boo­nen lor s du Mon­dial 2005. Un an plus tar d, à Salz­bourg, c'est une pe­tite m usique de jour , r yth­mée par Pao­lo Bet­ti­ni et Erik Za­bel, qui le fait tom­ber sur la 3e marche du po­dium. Ce­lui que l’on sur nomme el Imbatido (l’in vin­cible) de­puis ses déb uts dans le cyclisme est mau­dit, mais ne doute pas qu'il se­ra “the best” un jour. « J'ai lut­té pen­dant tant d'an­nées pour ce que je re­cueille au­jour d'hui. C'est quand même as­sez in­croyable. » Les cham­pion­nats du monde qui s ui­virent furent au­tant de dés­illu­sions. Que ce soit à Val­ken­burg (2012), Flor ence (2013) ou Pon­fer r ada (2014), où à chaque fois le Mur­cian se conten­tait de la mé­daille de br onze. « Je n'ai ja­mais dou­té » dit-il. « Je suis rev enu au Mon­dial, quels que soient les pro­fils, tou­jours avec la même rage, la même vo­lon­té de ga­gner. J'ai tou­jours cru en moi. » Val­verde est un fi­dèle. Fi­dèle à la Mo­vis­tar de- puis 8 ans, il pri­vi­lé­gie les épreuves qu'il af­fec­tionne pour les mêmes rai­sons. Il a cou­ru pas moins de 13 fois ses deux clas­siques ar­den­naises pré­fé­rées (la Flèche Wal­lonne et Liège-bas­togne-liège), mais il a été éga­le­ment sé­lec-

tion­né une dou­zaine de fois au Cham­pion­nat du monde. « C'est le cou­reur de base de la sé­lec­tion » note Je­sus Her­ra­da. « Son ex­pé­rience pour l es jeunes est un atout dans les Mondiaux. Si on veut ap­prendre vite sous le maillot es­pa­gnol, i l vaut mieux qu’ale­jan­dro soit là. » C'est ain­si que le l ea­der de la Mo­vis­tar est de­ve­nu l ' un des cou­reurs les plus sou­vent convo­qués et les plus pro­li­fiques de la “se­lec­cion” au­jourd'hui.

Après 15 ans de fortune di­verses aux cham­pion­nats du monde, Ale­jan­dro Val­verde, 38 ans, porte en­fin le maillot arc-en-ciel. L'es­pa­gnol s'est consti­tué un pal­ma­rès riche de 122 vic­toires entre po­lé­miques, contro­verses et l'affaire Puer­to. Val­verde souffle tou­jours sur les braises. Por­trait d'un homme brû­lant.

C'est le plus fort qui est cham­pion du monde cette an­née. Ce n'est pas tou­jours le plus fort qui gagne, mais Val­verde a été le meilleur. C'est lui le plus com­plet de ces der nières sai­sons. Bra­vo à lui.” RO­MAIN BAR­DET ( ÉQUIPE DE FRANCE)

Le meilleur pun­cheur du monde

L'es­pa­gnol col­lec­tionne pas moins de 9 vic­toires dans les Ar­dennes en­tr e l a Flèche Wal­lonne et Liège, mais il n'a ja­mais été aus­si fier de por­ter le maillot arc-en-ciel après une si longue at­tente. Le Tour de Lom­bar die de vrait le v oir étren­ner son nouv eau maillot cet au­tomne , mais il est évident que c'est une 19 e s ai­son qui l ' at­tend l'an pr ochain. « Il y aur a une ex­ci­ta­tion s up­plé­men­taire à cou­ri r avec ce maillot » no­tait Val­verde en Au­tr iche. « C'est une res­pon­sa­bi­li­té d'as­su­mer un nouv eau rôle en tant que c ham­pion du monde. » Un sta­tut qui ne le dé­range ab­so­lu­ment pas, tant il a été n°1 mon­dial de nom­breuses fois à l'is­sue d'une sai­son Worldtour. Que ce soit Bar­det, Ala­phi­lippe, Pi­not ou Gal­lo­pin, tous lui ont r en­du hom­mage. « C'est le plus for t qui est c ham­pion du monde cette an­née » re­le­vait Ro­main Bar­det. « Ce n'est pas tou­jours l e plus fort qui gagne, mais Val­verde a été le meilleur. C'est lui le plus com­plet de ces der nières sai­sons. Bra­vo à lui. » Même son de cloche pour Thi­baut Pi­not : « Après tous ces po­diums en car­rière sur l es Mondiaux, c ' est mé­ri­té pour lui. »

Dif­fi­cile d'ou­blier le pas­sé

Entre 2010 et 2011, ce sont des pages blanches qui com­posent le stor y-board de la star es­pa­gnole. Deux ans pen­dant les­quels il s'est en- trai­né comme s'il al­lait s'ali­gner sur une épreuve en ligne. Sus­pen­du par le Tri­bu­nal Ar­bi­tral du Sport, Val­verde a tou­jours nié avoir pris de L'EPO, mais le nom de son chien (Pi­ti), re­trou­vé sur une poche de sang, l'a confon­du dans cette vaste affaire Puer­to ré­vé­lée en 2006. Greg van Aver­maet, qui dé­fen­dait les cou­leurs de la sé­lec­tion belge à Inns­bruck, a li­vré son sen­ti­ment après la vic­toire de l'es­pa­gnol : « Val­verde mé­rite son titre de cham­pion du monde. Il est le meilleur cou­reur de sa gé­né­ra­tion. » Le Fla­mand ne tient pas à re­muer le cou­teau de la po­lé­mique au­tour de la plaie tou­jours à vif du cyclisme : « Je ne pense pas qu'il faut re­ve­nir sur le pas­sé » a-t-il cou­pé court, lais­sant en­tendre que « Val­verde res­tait tou­jours très consis­tant pour ga­gner de grandes courses. » Le nou­veau cham­pion du monde avait fait comme beau­coup de fa­vo­ris, il s'était pré­pa­ré sur la Vuel­ta où il avait rem­por­té 2 étapes por­tant son to­tal à 11 suc­cès sur le seul Tour d'es­pagne (qu’il a rem­por­té en 2009). Si Val­verde avait dé­si­gné le Fran­çais Ju­lian Ala­phi­lippe comme son digne suc­ces­seur au som­met du Mur de Huy au prin­temps der­nier, il a dé­mon­tré qu'il res­tait en­core le maître ab­so­lu quand il faut ma­noeu­vrer avec les meilleurs grimpeurs en fin de sai­son après une jour­née de course de 250 km ! D'ailleurs, quand on lui rap­pe­lait son âge avan­cé, car il au­ra bien 39 ans en avril pro­chain,val­verde dé­tour­nait le pro­pos sur le ton de l'hu­mour : « Je ne sa­vais pas que je suis le deuxième cham­pion du monde le plus âgé (après Joop Zoe­te­melk). Mais ça veut sur­tout dire que les vieux cy­clistes peuvent en­core ga­gner. » Val­verde in­trigue en­core au­jourd'hui. « Il gagne beau­coup, alors for­cé­ment il dé­range » re­lève un agent de cou­reurs. « Cer­tains vou­draient qu'il ne coure plus du tout. Ça per­met­trait d'ou­blier le pas­sé. Avec Val­verde, on res­sort tou­jours les vieilles his­toires. » Sans doute parce que le cham­pion lui­même n'a pas fait son mea-culpa. L'arc-en-ciel fait tou­jours un heu­reux, mais il laisse aus­si comme une traî­née de poudre qu'on suit à la trace sur des che­mins plus sombres. Val­verde pré­fère ne pas ré­pondre. Il était plus lo­quace pour ra­con­ter son sprint face à Bar­det, Woods et Du­mou­lin. « J'ai pris mes res­pon­sa­bi­li­tés de me­ner le groupe quand Du­mou­lin nous a re­joint. Je me suis dit que l'un de nous n'au­rait pas de mé­daille. Une fois ar­ri­vé aux 350 mètres, c'était ma dis­tance fa­vo­rite pour lan­cer mon sprint. Ça a été un sprint très long. » Val­verde trou­ve­ra la paix au­près des fans : « Les gens qui m'aiment » conclut-il. Comme s'il avait com­pris que même ce titre de cham­pion du monde n'at­té­nue­rait pas les dé­bats qu'il sus­cite sur la scène in­ter­na­tio­nale, 6 ans après avoir pur­gé deux ans de sus­pen­sion.

Quand Quin­ta­na fé­li­cite Val­verde, la Mo­vis­tar est fière.

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