. Phé­no­mé­nal Evenepoel

Planète Cyclisme - - ÉDITO - SOMMAIRE -

La Bel­gique s'en­flamme au­tour du phé­no­mène Rem­co Evenepoel, un p'tit jeune qui a sur­vo­lé la ca­té­go­rie Ju­niors cette sai­son. Une pépite en or qui a réa­li­sé un dou­blé his­to­rique au Cham­pion­nat du monde en ra­flant le maillot arc-en-ciel sur la course en ligne et en contre-la-montre. Sur­nom­mé le pe­tit Cannibale, le Fla­mand a de l'ap­pé­tit, alors qu'il re­join­dra la Quick•step Floors en 2019. Por­trait de l'en­fant pro­dige du cyclisme belge.

Les cham­pion­nats du monde sont une caisse de ré­son­nance in­com­pa­rable pour f aire le buzz, pour peu que vous re­par­tiez avec un maillot arc-en-ciel. C'est en­core mieux avec deux maillots évi­dem­ment ! L'ex­ploit réa­li­sé par le jeune belge Rem­co Evenepoel, 18 ans, dans la ca­té­gor ie des Ju­niors est in­com­pa­rable. In­com­pa­rable, car per­sonne avant lui n'avait ja­mais réa­li­sé ce dou­blé, route et contre-la­montre. Mais le Fla­mand roule dé­jà dans une autre di­men­sion. En 3D. Ed­dy Mer­ckx, in­ter ro­gé par les mé­dias belges, est di­thy­ram­bique pour dé­cr ire le pe­tit Cannibale. « Il peut me sur­pas­ser évi­dem­ment. Je n'ai ja­mais vu un cou­reur à ce ni­veau aus­si jeune » s'ex­clame le plus grand cham­pion du sport cy­cliste, pour­tant avare de com­pli­ments quand il s'ag it de ju­ger le po­ten­tiel des jeunes. Adou­bé par le Cannibale, Evenepoel est sur or­bite désor mais. Les Ju­niors qui ont cou­ru f ace à lui cette sai­son ont vu plus sou­vent son dos­sard que son vi­sage. « Il part quand il veut » ra­con­tait le Fran­çais Hu­go Page « et tu ne le re­vois ja­mais. » Lors du contre-la-montre des mondiaux, il a re­lé­gué le mé­daillé d'ar­gent, l'aus­tra­lien Lu­cas Plapp à 1'23’’ sur un peu moins d'une tren­taine de ki­lo­mètres ! Le cou­reur de l'hé­mi­sphère sud igno­rait le po­ten­tiel de la star­lette : « En Aus­tra­lie, nous ne connais­sons pas le ni­veau réel des Eu­ro­péens, car on n'a pas l'oc­ca­sion de cou­rir contre eux. Mais nous sa­vions que Rem­co a dé­jà si­gné c hez Quick•step. Il est ex­cep­tion­nel. Je n'avais pas les jambes pour r iva­li­ser avec lui. » L'ita­lien

Ales­san­dro Fan­cel­lu, mé­daillé de bronze de la course en ligne en Au­triche, reste ad­mi­ra­tif de­vant un tel ta­lent : « Nous avons es­sayé d'at­ta­quer Rem­co d'en­trée de jeu, mais quand il est re­ve­nu (après sa chute), c'était im­pos­sible de te­nir son sillage. À l'ave­nir, je ne sais pas, j'es­père qu'un jour, il se­ra bat­table. » Ce se­ra à l'étage su­pér ieur. Pa­tr ick Le­fé­vère, le boss de la dream team belge, n'est pas un in­con­di­tion­nel de la new ge­ne­ra­tion, mais il ne ferme pas les yeux quand elle est ta­len­tueuse. Mi­chal Kwiat­kows­ki hier, Fer­nan­do Ga­vir ia au­jourd'hui, de­main Rem­co Evenepoel.

Les cram­pons avant les pé­dales au­to­ma­tiques

Avant ses titres de cham­pion d'eu­rope l'été der­nier et du monde cet au­tomne, le kid a me­né une autre vie. Dans le football. Il était même ca­pi­taine des Diables Rouges en moins de 17 ans. For­mé à An­der­lecht avant d'al­ler ma­nier le bal­lon au PSV Eind­ho­ven et un re­tour dans son club de coeur, l'ado­les­cent a pour­tant fi­ni par être dé­goû­té du soc­cer. Re­lé­gué sur le banc des Mauves en 2016, il a mal vé­cu ce mo­ment où le club avait re­cru­té un joueur du Stan­dard de Liège plus per­for mant. Evenepoel ira au clash avec ses dir igeants avant de par­tir à Ma­lines et de rac­cro­cher les cram­pons au dé­but de l'an­née 2017. Il f al­lait re­bon­dir. Vite. Sans bal­lon désor mais. Joer i de Knop, le re­por­ter du Het Laatste Niews connait très bien le jeune pro­dige. Il parle d'un ado qui a tou­jours été hy­per ac­tif et d'un jeune homme ex­trê­me­ment ma­ture désor mais : « Il n'al­lait pas res­ter sans r ien faire. Il aime le sport, mais sur­tout il a des ca-

“Il peut me sur­pas­ser évi­dem­ment. Je n'ai ja­mais vu un cou­reur à ce ni­veau aus­si jeune.” ED­DY MER­CKX

pa­ci­tés phy­sio­lo­giques hors norme. Au test vo2max, il est à 82. Il a bi­fur­qué ra­pi­de­ment vers le cyclisme, avec un réel ap­pé­tit. » Son père, Pa­tr ick Evenepoel an­cien cou­reur, connut son heure de gloire en rem­por­tant le Grand Pr ix de Wal­lo­nie ( en 1993). Une car r ière hon­nête dans les équipes Coll­strop et His­tor-sig­ma, au mi­lieu des an­nées 90. Rem­co chasse sur la route à son tour, mais vers d'autres som­mets. « En Bel­gique, les gens disent que je gagne les doigts dans le nez, mais tout vient d'un dur tra­vail » ra­conte le Fla­mand. Je­té au sol dans la course en ligne des cham­pion­nats du monde à Inns­bruck, son come- back par mi les ca­dors en tête de la course a dé­mon­tré une vo­lon­té et une force in­ouïe pour re­tour­ner une si­tua­tion com­pro­mise. « Il a du ca­rac­tère, c'est évident » note Joer i De Knop. « Il a une forte per­son­na­li­té et comme il dit sou­vent, la course est par­fois mon meilleur en­trai­ne­ment. » Evenepoel gagne beau­coup. En peu de temps, il a f ait son trou pour mieux en­se­ve­lir ses ad­ver­saires. « Mais il reste mo­deste et spon­ta­né. C'est ce qui est at­ta­chant aus­si chez lui » rap­pelle le re­por­ter fla­mand. De son cô­té, le nou­veau cham­pion du monde Ju­niors ra­con­tait cette pér ipé­tie comme une simple mésa­ven­ture qui avait ap­por­té du sel à la course. « J'ai c hu­té au mau­vais mo­ment avant la côte de Gna­den­wald. Je suis re­par­ti avec deux bonnes mi­nutes de re­tard, mais je n'ai ja­mais pa­ni­qué. Je sup­pose que tout le monde a vu la c hute. C'était une chute stu­pide. » Qu'il se ras­sure ! Les ca­mé­ras ne l'ont ja­mais quit­té. Un tra­vel­ling de ci­né­ma, du dé­but à la fin sur sa per­sonne. Rem­co Evenepoel était le fil conduc­teur de la re­trans­mis­sion en live.

Il a un plan B

Les cham­pion­nats du monde ont mon­tré une image sym­pa du jeune Fla­mand. Quand il a rem­por­té le contre- la- montre in­di­vi­duel, il avait une pen­sée im­mé­diate

pour Igor De­craene dé­cé­dé en 2014. « Je vou­lais ga­gner pour la Bel­gique, mais c'était im­por­tant aus­si de le faire pour Igor qui m'a pré­cé­dé il y a cinq ans et qui n'est plus de ce monde. » Le Bruxel­lois - il vit à Schep­daal - ra­con­tait qu'il avait été chez les parents du jeune cham­pion et rap­por­tait une anec­dote qui va­lait bé­né­dic­tion dans sa quête de ces deux titres mondiaux : « Ils m'ont dit “Tu es le seul cou­reur que nous vou­lons voir ga­gner le cham­pion­nat du monde”. » La Bel­gique dé­couvre une graine de cham­pion et sou­haite que ses es­poirs ne soient pas dou­chés. Si Rem­co pou­vait s'or ien­ter vers les Grand Tour, le pays se­rait ra­vi. Mais Rem­co a dé­jà pré­ve­nu : « Je ne veux pas en­tendre que je suis le nou­veau Ed­dy Mer­ckx. Je veux être quel­qu'un de neuf. » En­trai­né par un an­cien run­ner, Fred Van­der­ven­net qui fut trois fois cham­pion de Bel­gique, Evenepoel au­ra un pro­gramme de course sur me­sure l'an pro­chain chez Quick• Step Floors. Son coup de rein fait mer­veille chez les Ju­niors, mais le Worldtour n'est pas une cour de ré­cré et il fau­dra frot­ter avant de bien tour ner les jambes. La Quick• Step Floors de­vrait l'ali­gner en dé­but de sai­son sur des épreuves comme l'oro y Paz en Co­lom­bie et le Tour de San Juan en Ar­gen­tine. Les dir igeants fla­mands ne s'in­quiètent pas pour le mettre aux tra­vaux pra­tiques. La Bel­gique a l'équi­valent de la Coupe de France avec le Na­po­leon Games Cy­cling, un cir­cuit na­tio­nal où le pro­dige fe­ra ses classes. Ce pro­gramme de roo­kie se­ra agré­men­té de quelques stages en al­ti­tude. Joer i De Knop rap­pelle que la nou­velle ve­dette adore la mon­tagne et ne de­vrait pas se conten­ter des Ar­dennes belges pour im­pac­ter le plus vite pos­sible chez les pros. Le kid de Schep­daal est lan­cé comme une mé­téo­rite dans l'uni­vers d'un cyclisme mo­derne. Une étoile qui ne de­mande qu'à br iller sur le cir­cuit mon­dial, même si 2019 se­ra une an­née d'apprentissage. Mais il garde mal­gré tout un plan B. On ne sait ja­mais ! Sa car r ière est sur de bons rails, mais il ai­me­rait bou­cler son cycle d'étu­diant en psy­cho­lo­gie. Il s'est spé­cia­li­sé en sport et es­père qu'il pour­ra conti­nuer ses études, même en poin­tillé mal­gré le pro­gramme de courses avec la Quick•step. « Il veut dé­cro­cher son di­plôme » rap­pelle le jour­na­liste du Het Laatste Niews : « il au­ra tou­jours cette ga­ran­tie, si ça de­vait mal tour­ner. » Evenepoel est fort dans la tête comme dans ses jambes. « Je ne suis pas stu­pide » a- t- il conclu à Inns­bruck.

“En Bel­gique, les gens disent que je gagne les doigts dans le nez, mais tout vient d'un dur tra­vail.” REM­CO EVENEPOEL

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