Thi­baut Pi­not I Quel ave­nir pour notre hé­ros du Tour de Lom­bar­die ?

Planète Cyclisme - - ÉDITO-SOMMAIRE -

Par­ler de l’ave­nir du vain­queur en Lom­bar­die, c’est dé­jà évo­quer son pas­sé. En re­mon­tant jus­qu’à l’hi­ver der­nier avec Sé­bas­tien Jo­ly, son DS pré­sent à ses cô­tés sur les courses ita­liennes, on com­prend les chan­ge­ments chez le cou­reur, com­ment il en est ar­ri­vé à rem­por­ter son pre­mier Mo­nu­ment et on dé­crypte un ave­nir pos­si­ble­ment ra­dieux et chan­geant d’un de nos hé­ros de la sai­son.

Les choses sont étranges en sport. Alors que l’on pour­rait vivre sur un nuage chez Grou­pa­ma-fdj, la vic­toire de Thi­baut Pi­not en Lom­bar­die a ra­vi sur le mo­ment. Et très vite, on a bas­cu­lé dans l’après. « On est tou­jours dans l’émo­tion et la pro­jec­tion. Sans cesse. Cou­reurs et staff. » Sé­bas­tien Jo­ly, jeune DS de 39 ans, dans l’équipe fran­ci­lienne de­puis 2015, est tou­jours dans cette phase, alors qu’il n’avait pas cou­pé dé­but no­vembre, comme tout le monde, pen­ché sur un tra­vail ad­mi­nis­tra­tif et un pro­jet tex­tile no­tam­ment avant un peu de congés et… la re­pr ise, du 24 au 27 no­vembre pour un stage de co­hé­sion, alors que les cou­reurs coupent 4 à 5 se­maines. Les contours de la sai­son 2019 sont tra­cés de­puis un dé­br ief , dé­jà, à Be­san­çon quelques jours au­pa­ra­vant avec tout le staff . Peut- on par­ler d’un avant et d’un après Tour de Lom­bar­die pour Thi­baut et l’équipe ? « Ce n’est pas l’apo­gée d’une car r ière. C’est plus une évo­lu­tion gé­né­rale. Il se bo­ni­fie avec le temps. C’est une construc­tion faite pe­tit à pe­tit et là, à 28 ans, il ob­tient son plus beau suc­cès. Et je pense que le plus beau est à ve­nir. » En­core cou­reur quand il a quit­té la FDJ fin 2009 alors que Thi­baut si­gnait pro, Seb’ se sou­vient d’un mo­ment en course où il a fait connais­sance avec son fu­tur pou­lain : « Au Rhône-alpes Isère Tour 2011 (que Thi­baut avait fi­ni 2e). On était échap­pé en­semble… Il a bien chan­gé, il a bien ap­pris et il a sa­cré­ment évo­lué dans tous les do­maines. C’est un cou­reur un peu par­ti­cu­lier. » Thi­baut est de­ve­nu un cou­reur « épa­noui et se­rein. En tant qu’homme, c’est ce qui compte avant tout. Ça re­jaillit sur l’équipe. »

Au mo­ment d’évo­quer son ave­nir, son pro­gramme, ses en­vies, il faut se pen­cher sur son pas­sé. Au­tomne- hi­ver 2017, in­ter­sai­son 2018. Pi­not sort d’une longue sai­son à 77 jours et 12.500 km en course en­vi­ron, avec une 4e place au Giro et un 3e aban­don en 6 Tour de France.

2017-2018, l’in­ter­sai­son cru­ciale

Un mo­ment-clé se­lon Sé­bas­tien dans la construc­tion de sa sai­son, ses suc­cès fu­turs et son ave­nir à moyen ter me : « En ac­cord avec lui, on avait dé­ci­dé de dé­ca­ler son pic de for me. Il n’était plus ques­tion d’être en for me à Tir­re­no ou sur la Ru­ta del Sol comme ces deux der­nières sai­sons. Mais en fait d’arr iver tar­di­ve­ment au Ca­ta­logne sans être un cou­reur “pro­té­gé”, rôle dé­vo­lu à Da­vid Gau­du. » Le DS re­vient sur l’ar r ivée de son pou­lain au stage de Calpe : « Il était vrai­ment dé­ten­du. C’était un vrai plus dans sa pré­pa­ra­tion. Il a aus­si fait énor­mé­ment de ski de fond. Ça lui a per­mis d’être moins la tête dans le gui­don et d’avoir une pré­pa­ra­tion plus gé­né­rale que vé­lo, vé­lo… C’est im­por­tant de faire autre chose. Ça lui a per­mis d’arr iver au Haut-var et de jouer avec les meilleurs sans avoir eu un gros hi­ver fon­cier. Il est al­lé en­suite au Ca­ta­logne dans le même but. Ça l’a ras­su­ré et l’a mis sur les bons rails en vue du Giro. » Les fon­da­tions po­sées, Thi­baut est lan­cé vers le pre­mier gros ob­jec­tif d’une sai­son qui doit le voir dou­bler en­core Gi­roTour, comme en 2017 !

L’aban­don au Giro a tout chan­gé

Ce 2e Tour d’ita­lie de suite, ré­cla­mé par Thi­baut, a tout chan­gé dans la sai­son du cou­reur. Un 2e Giro avec une pan­carte dans le dos après sa 4e place en 2017 et qui ne va pas tour­ner comme l’au­raient vou­lu le staff pré­sent et son lea­der, dont Sé­bas­tien qui l’a sui­vi sur ses courses Ita­liennes : « Le plan au dé­part, c’était Giro- Tour, en lor­gnant un peu un

“D’émi­lie” au “Lom­bar­die”, des vic­toires lo­giques sur une “course d’une se­maine”

Cham­pion­nat du monde dif­fi­cile. Mais suite à son aban­don dou­lou­reux, il était de­ve­nu plus sage et lo­gique de ne pas l’ali­gner au Tour pour qu’il ré­cu­père par­fai­te­ment. » On au­rait dû par­ler du Tour d’ita­lie, de vic­toires d’étapes, d’un pre­mier po­dium, mais c’est un aban­don et un re­vi­re­ment de si­tua­tion qu’il f aut évo­quer. Qui va chan­ger son ave­nir, peu­têtre, comme dans “Re­tour vers le fu­tur” : « Tout ce qui a sui­vi a me­né à un des meilleurs en­sei­gne­ments de son an­née, car il a dû cou­per très lon­gue­ment. » À bout de souffle, ma­lade et in­ca­pable de prendre le dé­part de la der­nière étape - de plat - à Rome, il quitte la course et va cou­per du­rant plus de deux mois : « Il a réus­si à avoir une vraie plage de ré­cu­pé­ra­tion, phy­sique et men­tale. Ça lui a fait le plus grand bien. On sait de­puis qu’il peut avoir une plage de re­pos de plus d’un mois et re­de­ve­nir com­pé­ti­tif après. » En juillet, Thi­baut a rou­lé avec son pote An­tho­ny Roux dans le Sud de la France, sur les routes du nou­veau cham­pion de France . Il y avait du bon­heur à ce mo­ment-là. Puis il est re­ve­nu en Po­logne, où on l’a vu au ni­veau avec les meilleurs sans être à son top, avant d’ar­ri­ver sur la Vuel­ta dans les meilleures condi­tions, sans pres­sion, prêt à en dé­coudre. Thi­baut est re­lan­cé… « Il a eu une fin de sai­son sans pres­sion, sur la Vuel­ta, au Mon­dial et en Ita­lie » re­prend Sé­bas­tien Jo­ly. « C’est un Thi­baut épa­noui et li­bé­ré qui est arr ivé en Ita­lie avec l’en­vie d’en dé­coudre, avec une grande sé­ré­ni­té. Content de re­trou­ver son noyau d’équipe, il n’avait pas vu cer­tains de­puis le Giro, d’autres de­puis la Po­logne. Il était heu­reux d’être là, pas­sant du Mon­dial au Giro dell’emi­lia pas en­core à son meilleur ni­veau, mais où il sa­vait qu’il al­lait pro­gres­ser de jour en jour. » Thi­baut consi­dère cette f ameuse se­maine ita­lienne comme une nou­velle course à étapes dans sa sai­son ( la 7e). Du Giro dell’emi­lia au Tour de Lom­bar­die, ce sont 5 courses en 8 jours avec du mau­vais temps, des routes r udes, des trans­ferts, des re­cos et deux jours de re­pos avant le Tour de Lom­bar­die. Une se­maine vers la consé­cra­tion, un abou­tis­se­ment : « Le sa­me­di d’emi­lia, Thi­baut était là pour faire la course. Il sa­vait qu’au G.P. Be­ghel­li, il ne la fe­rait pas, mais que sur toutes les autres, il al­lait se battre avec les meilleurs sans se prendre la tête, pour s’amu­ser. Il était frais. Au fond de nous, on le sa­vait ca­pable de faire de grandes choses. Quand on l’a vu arr iver avec cet état d’es­pr it, cette fraî­cheur, on a com­pris qu’il al­lait se pas­ser quelque chose en Lom­bar­die où il était le plus fort. » Vic­tor ieux de Mi­lan- Tur in avant de tr iom­pher au Tour de Lom­bar­die, il achève ma­gni­fi­que­ment sa 9e sai­son pro. Sa très dure se­maine ita­lienne a confir mé un des en­sei­gne­ments de son an­née : « Il a be­soin de cou­rir. Ju­lien, son frère, m’a dit : “Seb’, t’em­bête pas pour les com­pos d’équipe en Ita­lie. Fais le cou­rir toute la se­maine, ne le mé­nage pas même si c’est dif­fi­cile”. Et il a rou­lé comme sur une course d’une se­maine. À Be­ghel­li, il était un peu moins in­ves­ti. Mais il sa­vait qu’il al­lait pro­gres­ser. Ça lui a per­mis de dé­rou­ler, puis de ré­cu­pé­rer, d’arr iver aux Val­li Va­re­sine pour se re­mettre en route en vue de Mi­lan-tu­rin avant deux jours de re­pos - ti­ming par­fait - et c’était par­ti pour la Lom­bar­die ! »

Les en­sei­gne­ments d’une sai­son folle

Thi­baut nous a fait vi­brer ! Du beau bou­lot qui amène des ques­tions. Au­rait- il ga­gné en Lom­bar­die s’il n’avait pas aban­don­né au Giro ?… Il au­rait fait le Tour et le Mon­dial, pas la Vuel­ta où il a rem­por­té deux belles étapes. Sa fin de sai­son au­rait été dif­fé­rente. Seb’ le re­con­naît : « Une se­conde par­tie de sai­son mo­di­fiée et folle à cause de son aban­don au Giro, où j’ai ra­re­ment vu un cou­reur al­ler aus­si loin dans la souf­france, au bout de lui-même. Il s’est construit avec cette dés­illu­sion qui lui a don­né énor­mé­ment de force et de res­source. C’est un cou­reur har­gneux. Son vi­sage en course le dé­montre. Ce­la lui a don­né un plus pour cette fin de sai­son re­la­ti­ve­ment belle. » Il avance une autre idée pour évo­quer ses “pro­grès” : « C’est un cou­reur qui évo­lue per­pé­tuel­le­ment. Il y a quelques an­nées, il était dif­fi­ci­le­ment ca­na­li­sable avec des équi­piers qui lui de­man­daient de res­ter avec lui. Il fal­lait al­ler le cher­cher au fond de la cave par­fois. De­puis 2-3 ans, il a sa place dans le pe­lo­ton. Il est res­pec­té par rap­port à ça, son équipe avec. » Il s’est fait sa place, a im­po­sé ses équi­piers et il est plus

se­rein. « Il a une équipe qui lui res­semble. Spor­ti­ve­ment et hu­mai­ne­ment. Avec Mat­thieu La­da­gnous, William Bon­net et Jé­ré­my Roy sur le plat, Sé­bas­tien Rei­chen­bach quand la route s’élève dans le fi­nal, Georg Pried­ler en fin sur du plat ra­pide ou sur un fi­nal plus pun­chy comme An­tho­ny Roux. En­fin, il adore cour ir avec Da­vid Gau­du et in­ver­se­ment. Les deux se com­plètent bien. Et je veux ci­ter Mo­lard et d’autres de la Vuel­ta, De­lage, Du­chesne. » Sa garde rap­pro­chée est large. Jo­ly sou­ligne que Thi­baut arr ive à tra­vailler avec un plus grand nombre de cou­reurs, contents de tra­vailler avec lui, autre évo­lu­tion dans l’at­ti­tude du cou­reur.

Et main­te­nant que va-t-il faire ?

En 2019, l’équipe chan­ge­ra peu. Si Roy ar rête et Vi­chot part, deux Suisses et un Aus­tra­lien ar r ivent de la BMC (Fran­ki­ny, Küng, Scot­son). Le groupe se­ra ren­for­cé, comme ses convic­tions et ses en­vies : « Du cô­té de son ca­len­drier, Thi­baut n’a plus be­soin de mettre beau­coup de courses pour arr iver en for me sur un ob­jec­tif. Par­fois, il met­tra une course d’une se­maine en moins sur un pic de forme, alors qu’avant il en ra­jou­tait une. Sa der­nière in­ter­sai­son lui a fait prendre conscience qu’il n’a plus be­soin de s’in­fli­ger toutes ces courses. Il est ca­pable d’ar­ri­ver à son meilleur ni­veau au meilleur mo­ment. Il va en­ta­mer sa 10e an­née pro. Il a trou­vé son équi­libre, arr ive à ma­tu­ri­té, se connaît bien. Ju­lien et tout le staff aus­si. » Thi­baut veut re­ve­nir sur le Tour ! Les dé­cla­ra­tions de Marc Ma­diot après le Giro an­non­çant avec fer me­té la fin de sa “pa­ren­thèse Giro” ne changent rien. On sent cette en­vie réelle. « C’est le genre de cou­reur à qui on ne peut pas faire pas­ser quelque chose s’il n’en a pas en­vie. Si­non ça ne fonc­tion­ne­rait pas. Ces deux der­nières an­nées vont lui per­mettre d’abor­der son 7e Tour dans les meilleures condi­tions. » Mais il n’y a pas que le Tour dans la vie, qui l’a raillé si sou­vent ! Sé­bas­tien en ri­gole : « Ça ne le gêne pas. Il a prou­vé sur les routes, no­tam­ment en Lom­bar­die, que les choses ont chan­gé (il re­tient ses pa­roles). Des choses res­tent entre nous ! Au Lom­bar­die, per­sonne ne des­cen­dait mieux que lui. » Thi­baut a des en­vies d’ailleurs aus­si, de nou­veau­té, que Sé­bas­tien confirme… ou pas : « Il ai­me­rait dé­cou- vrir Liège Bas­togne-liège. Il l’a évo­qué après la Lom­bar­die. Il faut voir com­ment ce­la peut pas­ser dans son pro­gramme. Il peut être à Liège en 2019… ou 2020 avec un ca­len­drier bien construit. Et il peut y être très per­for­mant. » Une clas­sique faite pour ses qua­li­tés qui né­ces­si­te­rait des mo­di­fi­ca­tions dans son pro­gramme et sa pré­pa­ra­tion : « Il faut voir sa pré­pa­ra­tion et sa ré­cu­pé­ra­tion. On tra­vaille des­sus. Ce se­ra an­non­cé aux spon­sors et aux par­te­naires… avant la presse. » Ques­tion : et si Thi­baut de­ve­nait un cou­reur de clas­siques, de coups, plus qu’un cou­reur de Grand Tour où il faut être per­for­mant du­rant trois se­maines stres­santes ? « Dans son pro­gramme, les deux types de courses ne sont pas in­com­pa­tibles. Il faut voir ses en­vies et les stra­té­gies de l’équipe sur les­quelles on a dé­jà tra­vaillées. » La ren­trée des classes à la FDJ, c’est du 24 au 27 no­vembre, avant deux stages en Es­pagne (Calpe) de mi-dé­cembre jus­qu’aux fêtes, puis un autre mi-jan­vier. Mais, il pour­rait y avoir de gros chan­ge­ments et une sur­prise dans son plan­ning avant sa re­prise en course, que le staff dé­voi­le­ra dans un fu­tur proche, puis plus tard dans sa sai­son avant le Tour. Épa­noui et se­rein,thi­baut nous ré­serve d’autres sur­prises en 2019.

Thi­baut s’est construit avec sa dés­illu­sion du Giro qui lui a don­né énor­mé­ment de force et de res­source. C’est un cou­reur har­gneux. Son vi­sage en course le dé­montre. Ça lui a don­né un plus pour cette fin de sai­son re­la­ti­ve­ment belle.” SÉ­BAS­TIEN JO­LY ( SON DI­REC­TEUR SPOR­TIF)

Sur le Giro, Sé­bas­tien Jo­ly (ci-des­sous avec son frère Ju­lien en de­brie­fing) n’a ja­mais vu un cou­reur al­ler aus­si loin dans la souf­france. Un contraste avec ses vic­toires (sur Mi­lan-tu­rin à droite) et son at­ti­tude avec ses équi­piers.

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