102e Giro I Mon­tagne & chro­nos, l’ita­lie in­nove en­core.

Planète Cyclisme - - ÉDITO-SOMMAIRE -

Les su­per­stars ita­liennes Vin­cen­zo Ni­ba­li et Fa­bio Aru sont sé­duites par un Tour d'ita­lie une nou­velle fois ex­trê­me­ment mon­ta­gneux. L'or­ga­ni­sa­tion in­nove avec trois contre-la-montre in­di­vi­duels dont deux ar­rivent en côte ! Les grimpeurs ont dé­sor­mais le choix entre deux cartes de Grand Tour. L'une mon­ta­gneuse, l'autre mon­ta­gneuse ! Un choix cor­né­lien.

Les sprin­teurs ne se­ront pas plus heu­reux au Tour d'ita­lie que sur le Tour de France. Élia Vi­via­ni, qui avait rem­por­té quatre étapes et le maillot par points du Giro 2018, fai­sait grise mine en dé­cou­vrant la carte de cette 102e édi­tion avec au grand maxi­mum six op­por­tu­ni­tés à sai­sir pour les bo­lides. Comme Ar­naud Dé­mare, dé­pi­té de­vant le par­cours aus­si dur de la Grande Boucle, le sprin­teur ita­lien ne s'est pas at­tar­dé de­vant les ca­mé­ras. Bas­ta ! Mau­ro Ve­gni, le grand or­don­na­teur du Giro, n'hé­site pas à qua­li­fier lui-même sa course : « Le plus dur des 20 der­nières an­nées ! » Ve­gni n'est pas à une exa­gé­ra­tion près, mais il jus­ti­fie un Tour d'ita­lie ex­trê­me­ment dif­fi­cile en di­sant : « Ce n'est pas parce qu'il a quelque chose comme 46.000 mètres de dé­ni­ve­lé sur les trois se­maines, mais parce que c'est la ma­nière dont le par­cours a été des­si­né avec 25.000 mètres sim­ple­ment en 4-5 étapes. » Bra­vo au “Thier­ry Gou­ve­nou ita­lien”, les grimpeurs peuvent en ef­fet se frot­ter les mains. Entre le Giro et le Tour, ils sont ser­vis. On dé­couvre que cinq étapes ar­ri­ve­ront en al­ti­tude, soit le même nombre que sur le Tour de France. Mais il faut y ajou­ter deux étapes de contre-la-montre in­di­vi­duel qui se ter­minent éga­le­ment par une as­cen­sion. Ce se­ra le cas le pre­mier jour à Bo­logne (11 mai) avec la mon­tée du sanc­tuaire de la Ma­done de San Lu­ca sur 2 km à 9,7%. Fa­bio Aru, deux fois sur le po­dium du Giro mais qui avait aban­don­né au prin­temps der­nier lors de la 19e étape, pense que la pre­mière étape à Bo­logne peut faire des dé­gâts : « C'est une étape qu'il ne faut pas prendre à la lé­gère, car on peut perdre dé­jà une mi­nute le pre­mier jour et ce n'est pas la meilleure chose à faire pour dé­bu­ter le Giro. » En­fin, avant le pre­mier re­pos à San Ma­rin, plus de 34 km se­ront en­core au pro­gramme d'un chro­no in­di­vi­duel avec une route qui monte sur une dou­zaine de ki­lo­mètres à par­tir de Fae­ta­no pour ter­mi­ner à 648 mètres d'al­ti­tude. Les spé­cia­listes de l'ef­fort so­li­taire ne se­ront pas for­cé­ment avan­ta­gés sur ces deux types de chro­no.

Ni­ba­li, Aru sur le Giro, Sa­gan ré­flé­chit !

Si Elia Vi­via­ni est sur les routes ita­liennes en mai pro­chain, il a vrai­ment deux bonnes chances de ba­tailler pour la vic­toire d'étapes, sur les étapes 10 et 11 qui n'ont pas la moindre côte à pro­po­ser. Mais à par­tir de la 13e étape, les choses sé­rieuses com­men­ce­ront en mon­tagne, avec 2.247 mètres de dé­ni­ve­lé entre Pi­ne­ro­lo et le lac Ser­ru où le Colle del Ni­vo­let, très ra­re­ment uti­li­sé par les cou­reurs du Giro, se­ra au pro­gramme. Le len­de­main, entre Saint-vincent et la splen­dide sta­tion de Cour­mayeur dans la val­lée d'aoste, 4.000 mètres de dé­ni­ve­lé se­ront ré­par­tis sur quatre grosses as­cen­sions dans un for­mat très court de 131 km. Le Giro n'est pas le der­nier pour co­pier le Tour de France qui a ex­pé­ri­men­té des étapes courtes en mon­tagne cette an­née et re­nou­velle l'ex­pé­rience en 2019.Vin­cen­zo Ni­ba­li, qui a rem­por­té deux fois le Tour de Lom­bar­die, se­ra sur des routes qu'il ex­celle lors de la 15e étape entre Ivrea et Côme. Les 67 der­niers ki­lo­mètres sont pra­ti­que­ment un co­pier-col­ler de la Clas­sique ita­lienne à par­tir de la mon­tée du Ghi­sal­lo. Mau­ro Ve­gni pense que le Si­ci­lien se­ra au ren­dez-vous du Giro en mai pro­chain. « Je n'ai au­cune cer­ti­tude pour le mo­ment, mais je le sens bien re­ve­nir sur nos routes » dit le pa­tron de RCS Sport, or­ga­ni­sa­teur de l'évé­ne­ment qui a vu triom­pher Ni­ba­li par deux fois en 2013 et 2016. « Je le sou­haite en tout cas comme j'es­père que Fa­bio Aru se­ra aus­si au dé­part. Je pense que c'est im­por­tant que les deux cou­reurs Ita­liens fa­vo­ris - Ni­ba­li et Aru - soient pré­sents. C'est im­por­tant pour eux, comme pour nous. Le Tour d'ita­lie a be­soin d'ita­liens pour ex­ci­ter les sup­por­ters ita­liens » rap­pelle le boss du Giro.

Le grim­peur D’UAE Team Emi­rates, Fa­bio Aru, a sur­tout poin­té la 16e étape entre Lo­vere et Ponte di Le­gno comme l'épou­van­tail de cette édi­tion. « Un jour comme ça, c'est as­sez pour rendre le Giro dif­fi­cile. Elle arr ive après la jour­née de re­pos, c'est ce qui la rend dé­li­cate à né­go­cier. » Le Sarde a com­pris que les 5.700 mètres de dé­ni­ve­lé que pro­posent le Ga­via (2.618 m) et le Mor­ti­ro­lo (1.854 m) à 28 km de l'arr ivée se­ront le mo­ment-clé de ce Tour d'ita­lie. Aru a sur­tout rap­pe­lé qu'il n'avait ja­mais ava­lé un tel dé­ni­ve­lé sur une jour­née ! « J'ai dû faire une fois 5.200 mètres. Ceux qui pensent qu'un ex­tra de 500 mètres, ce n'est pas beau­coup, c'est qu'ils ne connaissent rien au cy­clisme. Ces 500 mètres re­pré­sentent un en­fer. C'est une dif­fé­rence aus­si large qu'un océan. » Après ce sum­mum du Giro, les fa­vo­ris - ce qu'il en reste - au­ront en­core trois ar­ri­vées en al­ti­tude à An­ter­sel­va, puis à San Mar­ti­no di Cas­troz­za dans les Do­lo­mites en ve­nant de Tré­vise. À la veille de l'arr ivée à Vé­rone, la 20e étape clôt le cha­pitre avec trois som­mets dans les Do­lo­mites pour un dé­ni­ve­lé po­si­tif de 5.000 mètres sur 193 km de course. Le maillot rose de­vra s'ac­cro­cher ou se conqué­rir sur le Man­ghen, avant le Pas­so Rolle et la mon­tée fi­nale vers Ave­na avec 6 km à près de 9%. Ce pro­gramme ef­frayant pour­rait re­tar­der les plans de Pe­ter Sa­gan qui n'a ja­mais en­core cou­ru le Tour d'ita­lie. Le triple cham­pion du monde a par­ti­ci­pé à 11 Grand Tour entre Vuel­ta et Tour de France, sans ja­mais prendre le dé­part d'un seul Giro ! Son spon­sor Hans­grohe ai­me­rait le voir chan­ger de chal­lenge à la conquête d'un autre maillot par points, mais pour l'ins- tant, son coach est ré­ti­cent à le faire zap­per la cam­pagne des clas­siques de pr in­temps qui sont un ter rain de conquête éga­le­ment pour le Slo­vaque. Mau­ro Ve­gni a noué des contacts avec les spon­sors de Sa­gan et les né­go­cia­tions conti­nuent. « Je se­rai sur la lune si Sa­gan dé­ci­dait de cou­rir le Giro. Je pense qu'un cou­reur de son ca­libre, comme Ch­ris Froome l'a fait cette an­née, doit cou­rir le Tour d'ita­lie au moins une fois dans sa carr ière » note Ve­gni.

Froome ne se­ra pas de la par­tie

Ch­ris­to­pher Froome, in­vi­té à Mi­lan pour dé­cou­vrir le me­nu 2019 - sans au­cun chèque de bien­ve­nue a prio­ri - a dé­sor­mais toutes les cartes en main pour choi­sir entre le Giro et le Tour. Mais il y a peu de chance que le Bri­tan­nique prenne une deuxième fois le r isque de cou­rir ces deux Grand Tour la même sai­son comme il l'a fait cette an­née. Si le Giro est bien taillé pour lui, le Tour de France l'est tout au­tant. Et la pos­si­bi­li­té d'en­trer dans le club des quin­tuples vain­queurs du Tour (avec An­que­til, Mer­ckx, Hi­nault et In­du­rain) est trop ten­tante pour lui l'an pro­chain. Froome au­ra 34 ans en mai pro­chain et, même s'il re­grette le manque de chro­no sur la Grande Boucle (il y en a 3 à son avan­tage sur le Tour d'ita­lie), Mau­ro Ve­gni au­ra du mal à l'at­ti­rer, même avec un chèque de 2 M€. Le boss du Giro ne se fait d'ailleurs pas trop d'illu­sion. Froome était à Mi­lan par cour­toi­sie, en étant le der­nier vain­queur du Tour d'ita­lie. Mais il a dé­jà la tête dans les nuages des Py­ré­nées et des Alpes fran­çaises après avoir étu­dié le tra­cé de la Grande Boucle à Par is. Ve­gni de­vra se conten­ter d'un autre lea­der du Team Sky sur son Giro. « Ch­ris m'a dit qu'ils avaient une équipe de lea­der pour chaque Grand Tour et qu'ils ont les cou­reurs pour faire ça. Il y au­ra un de leur chef de file sur le Tour d'ita­lie. » Les or­ga­ni­sa­teurs es­pèrent que Ge­raint Tho­mas re­vien­dra à la tête du Team Sky après son aban­don mal­heu­reux en 2016. À dé­faut de Tho­mas, Team Sky pour­rait tou­jours en­voyer au feu son jeune pro­dige Egan Ber­nal, qui s'est ré­vé­lé sur le Tour cette sai­son. Une hy­po­thèse sér ieu­se­ment en­vi­sa­gée par le staff des di­rec­teurs spor­tifs. Reste à avoir l'aval de Dave Brails­ford, le ma­na­ger de l'équipe, avant de lan­cer le jeune Co­lom­bien dans le grand bain d'un Giro tou­jours bouillant.

Ch­ris (Froome) m'a dit qu'ils avaient une équipe de lea­ders pour chaque Grand Tour et qu'ils ont les cou­reurs pour faire ça. Il y au­ra un de leur chef de file sur le Tour d'ita­lie.” MAU­RO VE­GNI (RCS SPORT)

Vic­to­rieux du 2e chro­no du Giro et des deux sur la Vuel­ta en 2018, Den­nis se­ra gâ­té s’il est au dé­part de Bo­logne.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.