Piste I Les bo­lides ont en­va­hi l’écrin de St-quen­tin.

Planète Cyclisme - - ÉDITO-SOMMAIRE -

Ma­thilde Gros et Sé­bas­tien Vi­gier donnent un coup de jeune à l'équipe de France sur piste. Il était temps à moins de deux ans de l'échéance olym­pique. Si le Sprint reste dans le coup avec le Tigre Greg Bau­gé et Mi­chaël D'al­mei­da, l'en­du­rance n'a pas les mêmes atouts. Re­por­tage sur la pre­mière manche de Coupe du Monde à Saint-quen­tin-enY­ve­lines.

Les routes sont dé­ser­tées par les cy­clistes aux pre­miers fr imas de l'au­tomne. Le pla­fond est bas et laisse peu d'es­poir aux cy­clistes, à moins de mi­grer sur un vélodrome. La route c'est mort, vive la piste ! Saint-quen­tin-en-yve­lines a ou­vert le bal de la Coupe du Monde en oc­tobre. « Ça fai­sait un bail qu'il n'y avait plus de Coupe du monde en France » note le sprin­teur Fran­çois Per­vis. « la der­nière, c'était en 1996 à Hyères ! Je m'en sou­viens très bien, c'était ma pre­mière an­née de vé­lo ! » “Pu­tain, 22 ans !” comme di­sait Chi­chi - Jacques Chi­rac - aux Gui­gnols de l’in­fo de Ca­nal + de la belle époque. La France était alors un fleu­ron de la dis­ci­pline et dé­cro­chait des mé­dailles avec des vé­lo­dromes pour­ris ! Main­te­nant qu'elle a un des plus bels ou­tils du monde à 30 mi­nutes de Par is, elle peine à s'im­po­ser en En­du­rance et s'ac­croche au Spr int dans les roues des Hol­lan­dais, Aus­tra­liens, Bri­tan­niques. Les vic­toires sont rares en Coupe du monde. Ne par­lons pas des Jeux. Les Bleus ont dé­goû­té des en­traî­neurs che­vron­nés comme Flor ian Rous­seau, Be­noit Vê­tu, Jus­tin Grace, sans ou­blier Laurent Ga­né, Franck Du­ri­vaux, fi­na­le­ment lâ­chés par la Fé­dé­ra­tion. Dé­sor­mais, les Fran­çais bossent avec des coaches in­ex­pér imen­tés, Ste­ven Hen­ry à l'en­du­rance et le duo Cla­ra San­chez- Her­man Ter r yn au Spr int. Mais tout va bien af­fir me l'an­cien vice-cham­pion olym­pique de vi­tesse, Gré­go­ry Bau­gé : « La re­la­tion est très bonne avec Cla­ra San­chez et Her­man, il y a un bon fee­ling entre tout le monde. C'est im­por­tant que ça se passe bien au ni­veau des re­la­tions hu­maines. Je me fais plai­sir sur mon vé­lo, même si l'en­traî­ne­ment n'est pas tou­jours fa­cile. » Il n'y a pas que les séances d'en­traî­ne­ment qui ne sont pas f aciles. Si la Vi­tesse s'en sort en­core grâce à un mix entre l'ex­pér ience des an­ciens ( Bau­gé, D'al­mei­da) cou­plé au ta­lent d'un jeune loup, Sé­bas- tien Vi­gier chez les hommes, et la cham­pionne d'eu­rope Ma­thilde Gros chez les femmes, l'en­du­rance tire la langue comme les mau­vais élèves dans le dos des pro­fes­seurs d'une classe de cancres, où Ben­ja­min Tho­mas sur­nage à l'om­nium. À 18 mois des Jeux Olym­piques de To­kyo, la France n'a pas de temps à perdre.

Ben­ja­min Tho­mas au four et au mou­lin

Entre les deux manches de Coupe du monde dis­pu­tées en France et à Mil­ton

au Ca­na­da, l'équipe de France était iden­tique, à un nom près, Fran­çois Per­vis ! L'an­cien cham­pion du monde de Vi­tesse, deux fois ti­tré aus­si sur le Kei­rin, avait fait le choix des 6 jours de Londres après avoir été éjec­té de l'équipe de Vi­tesse à quelques jours de la pre­mière manche à Saint- Quen­tin ! Il fût rem­pla­cé par le jeune Ben­ja­min Éde­lin, le pen­sion­naire de L'US Cré­teil, pour le voyage au Ca­na­da. Les coaches sont pr is entre deux eaux à une pér iode char­nière dans l'op­tique des Jeux. Il y a la né­ces­si­té de mar­quer des points qua­li­fi­ca­tifs pour To­kyo et l'en­vie d'ou­vr ir l'équipe de France à une nou- velle gé­né­ra­tion où Rayan He­lal et Mel­vin Lan­der­neau, sur­nom­mé “Black Kent”, res­tent pour l'ins­tant en chambre d'ap­pel chez les Es­poirs. Les cou­reurs doivent éga­le­ment prendre part à trois manches de Coupe du monde dont une hors conti­nent ! Coach Ter­ryn no­tait pour l'ou­ver­ture de la Coupe du monde en France : « C'est dé­li­cat. Dans ce laps de temps qui nous sé­pare de To­kyo, on doit com­po­ser avec des cou­reurs ex­pér imen­tés, dé­jà mé­daillés olym­piques, qui sont tou­jours per­for mants et des jeunes sur les­quels on peut comp­ter dès cette an­née et qui fe­ront des manches de Coupe du monde. On doit trou­ver un bon équi­libre pour avoir la meilleure équipe de France pos­sible avec l'ob­jec­tif d'être le meilleur pos­sible au Ja­pon. » Ste­ven Hen­ry tient le même dis­cours en croi­sant les doigts avec une autre pro­blé­ma­tique. Celle des équipes sur route, World­tour et Con­ti­nen­tal, en es­pé­rant qu'elles jouent le jeu de l'équipe de France pour lais­ser une porte de sor­tie aux cou­reurs tou­jours in­té­res­sés par la piste. C'est le cas chez Vi­tal Concept- B& B Hô­tels avec Bryan Co­quard et Adr ien Ga­rel ou Ben­ja­min Tho­mas chez Grou­pa­ma-fdj. Mais pour ces for­çats des tours de roue, la sai­son s'étire comme une his­toire sans fin, au r isque d'abou­tir à du hors piste. Fâ­cheux évi­dem­ment. Ben­ja­min Tho­mas, cham­pion du monde de l'om­nium 2017 qui ma­nie aus­si bien l'ita­lien - il vit sur les bords du lac de Garde avec une Ita­lienne - que sa ma­chine dans la course aux points, reste un fon­du de la piste : « J'ai re­trou­vé avec bon­heur l'at­mo­sphère des grands soirs sur la piste de Saint-quen­tin. Tu sens le pu­blic te pous­ser à la mai­son. Ma sai­son a été longue (il était à la Vuel­ta), mais je suis content de faire des manches de Coupe du monde pour mar­quer des points. » Quand on lui de­mande s'il est in­quiet par rap­port à l'équipe de Pour­suite où les temps sont

bien en- des­sous des ad­ver­saires, les Da­nois, An­glais, Ita­liens, Al­le­mands et NéoZé­lan­dais, il ré­pond : « On a ter­mi­né 8e aux Eu­rope et à la 7e place à SaintQuen­tin-en-yve­lines. Il ne faut pas des­cendre plus bas. Et même es­sayer d'ac­cro­cher le po­dium pour faire des points. Au moins top 5. » En­fin, un pis­tard réa­liste.

Vi­gier et Gros, deux pit­bulls dans un che­nil

Comme des che­vaux qui rentrent à l'écur ie, les pis­tards re­viennent aux pad­docks les traits ti­rés, la bouche ou­verte, les cuisses bien dures. Un bref dé­br ief' avec les coaches, qu'ils sont dé­jà sur les rou­leaux pour une quin­zaine de mi­nutes. Ma­thilde Gros, la nou­velle star du spr int fé­mi­nin, cham­pionne d'eu­rope du Keir in, joue dans la cour des grandes à seule­ment 19 ans. Elle a dé­ser­té les ter rains de bas­ket et fonce de­puis tête bais­sée sur les par­quets de vélodrome. Après une cam­pagne de Keir in au Ja­pon, elle est tom­bée de haut en Coupe du monde lors de la pre­mière manche à Saint-quen­ti­nen- Yve­lines. Zé­ro mé­daille ! Le temps d'une bou­de­rie au ves­tiaire, elle re­ve­nait pim­pante de­vant les mé­dias : « Ok ! Je n'ai pas pu prendre de mé­daille, mais j'ai la rage et ça me donne l'en­vie de ra­mas­ser toutes les mé­dailles pos­sibles. » Le len­de­main, elle était éjec­tée de la fi­nale du Keir in après avoir été bat­tue la veille pour la mé­daille de bronze en Vi- tesse après une sor­tie de cou­loir f ace à Da­ria Sh­me­le­va. La poisse. Ma­thilde Gros est un po­ten­tiel à po­lir. Mais avant de br iller au plus haut ni­veau, elle va de­voir ré­flé­chir et tra­vailler sa mé­thode. La Pro­ven­çale re­gorge de force et de puis­sance pour battre les meilleures spr in­teuses du monde. Mais elle doit mettre en place des stra­té­gies. Après son double échec en France et avant de s'en­vo­ler sur la deuxième manche de Coupe du monde, elle dé­cla­rait : « Zé­ro mé­daille ! C'est le jeu ! Je ne peux pas ga­gner tout le temps. Je vais pré­pa­rer beau­coup plus de tac­tiques, faire plus de vi­déos et je vais ga­gner à nou­veau. Je garde confiance. » La jeune Fran­çaise a un dé­bit de pa­roles aus­si ra­pide que ses dé­parts en Vi­tesse. For­cé­ment, il y a des ra­tés. Tout l'in­verse de Sé­bas­tien Vi­gier, la nou­velle star du Spr int chez les hommes. Entre Bau­gé et D'al­mei­da, le Fran­ci­lien est dé­jà une va­leur sûre dans le bu­si­ness de la piste. Double cham­pion d'eu­rope de Vi­tesse en 2017, il s'était fait un nom en pre­nant la mé­daille de bronze dans les tour­nois de Vi­tesse par équipe et in­di­vi­duel à Apel­doorn aux Cham­pion­nats du Monde. À Saint-quen­tin avec les di­no­saures Bau­gé et D'al­mei­da, il fut en­core par­fait pour don­ner aux Bleus la mé­daille d'ar­gent dans le tour­noi de Vi­tesse. « Vi­gier, c'est la star de de­main » nous dit le cham­pion du monde en titre, l'aus­tra­lien Mat­thew Glaet­zer. « Il est puis­sant et je le vois bien do­mi­ner as­sez vite notre dis­ci­pline. En­fin, le plus tard se­ra le mieux. » Le p'tit gars de Pa­lai­seau, qui ne vit que pour la piste, au­ra 23 ans au mo­ment des Jeux Olym­piques de To­kyo. Il sait qu'il est le grand es­poir du Spr int fran­çais. Alors pour re­je­ter toute pres­sion, il s'éclate sur les jeux vi­déo quand il a du temps libre : « Je suis très bran­ché Call of Du­ty. Ça fight ! J'adore ça. C'est un peu comme nous les spr in­teurs sur la piste. La guerre est par­tout en fait (Il r igole). Ça saigne bien. Il faut dé­com­pres­ser, si­non on se loupe après en com­pé­ti­tion. » Taillé comme un dé­mé­na­geur bre­ton,vi­gier a ap­pr is à dé­con­nec­ter de l'uni­vers de la piste : « J'ai eu du mal, mais ça a été né­ces­saire, si­non je bouf­fais piste le ma­tin, le mi­di et le soir. C'était un rythme in­fer­nal. Main­te­nant, j'ar­rive à cou­per. Quand je suis avec des amis, je ne pense plus à mon mé­tier de pis­tard. » Le Fran­ci­lien, conseillé par le Tigre Greg Bau­gé et Fran­çois Per­vis, pousse comme un pit­bull au mi­lieu d'un che­nil d'aboyeurs. « Il faut avoir la rage dans notre sport, si­non tu te fais bouf­fer » conclut le jeune spr in­teur.

La vieille garde tou­jours dans les rangs

Her­man Ter­ryn et Cla­ra San­chez ont ra­bi­bo­ché les vieux gro­gnards Gre­go­ry Bau­gé et Fran­çois Per­vis. À 33 ans, le Gua­de­lou­péen est à nou­veau le dé­mar­reur de l'équipe de France du Spr int ! Il lance Vi­gier et Mi­chaël D'al­mei­da est en­core l'un des meilleurs fi­nis­seurs au monde ! L'équipe de France reste dans le jeu d'un po­dium mon­dial. Bau­gé y voit même une pe­tite lu­mière pour le tour­noi de Vi­tesse in­di­vi­duel : « Les spr ints, ce sont des duels. Ça va fi­nir par me sour ire. Mes temps sont de bon au­gure pour la suite. » Le bon­heur des uns fait le mal­heur des autres. Exit Per­vis de la Vi­tesse ! Alors qu'une fe­nêtre s'était ou­verte pour le Mayen­nais en dé­but d'an­née. À quelques jours de la pre­mière manche de Coupe du monde en France, Per­vis a été écar­té. Il a dé­jà don­né en tant que rem­pla­çant et ne veut plus en en­tendre par­ler. « Si je vais aux Jeux Olym­piques, ce n'est pas pour être le 4e homme en Vi­tesse ! » dit-il. « J'ai été rem­pla­çant dé­jà à Londres en 2012. Ça ne sert à r ien. Si je vais au Ja­pon, c'est pour faire des mé­dailles. » Per­vis sait ce­pen­dant qu'il doit faire des­cendre le chro­no s'il veut re­trou­ver sa place dans le tr io de Vi­tesse. « Je dois éle­ver mon ni­veau et éga­le­ment ci­bler un peu mieux mes ob­jec­tifs désor mais. J'ai fait 17'’4 sur un test de sé­lec­tion, c'est quand même un temps qu'on ne fait pas tous les jours. Je l'ai fait sans pré­pa­ra­tion spé­ci­fique. Je me suis dit qu'avec une pré­pa jus­te­ment, je pou­vais des­cendre ce chro­no. » Pro­blème, Per­vis n'a pas fait mieux de­puis. Bau­gé, lui, a ex­plo­sé le chro­no. D'où le nou­veau choix des coaches. Mais Per­vis sait sur­tout que s'il veut ob­te­nir un vi­sa pour le Ja­pon, son billet passe par une qua­li­fi­ca­tion dans les épreuves in­di­vi­duelles de Spr int. Le ciel s'est as­som­brit sou­dai­ne­ment à Saint- Quen­tin pour le Mayen­nais qui a zap­pé le Ca­na­da pour rou­ler aux 6 Jours de Londres. Her man Ter r yn et Cla­ra San­chez ont quand même de quoi se ré­jouir entre les am­bi­tions lég itimes de Gros et Vi­gier, alors que Bau­gé et D'al­mei­da sont tou­jours dans le coup pour To­kyo, même s'ils au­ront res­pec­ti­ve­ment 35 et 33 ans en 2020. « On a un groupe un peu plus dense, avec de la jeu­nesse » note l'ex­pér imen­té Bau­gé. « C'est ex­cellent pour l'ému­la­tion de cha­cun. On a un peu plus d'as­su­rance qu'à cer­taines époques. » L'op­ti­misme du spr in­teur fran­çais étonne le head coach de l'équipe du Ja­pon, Be­noît Vê­tu ( en pho­to ci- contre) : « J'ai pas­sé quelques an­nées en équipe de France. Je connais bien la mai­son. Mais que ce soit Mo­re­lon, Quin­tyn, Rous­seau ou moi, on n'au­rait ja­mais été sa­tis­fait avec ce type de ré­sul­tats évi­dem­ment (Une mé­daille sur cette pre­mière manche de Coupe du monde). On au­rait même du mal à l'ava­ler. » Vê­tu, qui a rem­por­té des titres avec la Chine avant de s'exi­ler au Ja­pon pour si­gner un bail de 4 ans au- de­là des Jeux 2020, ter mine : « Nous ( avec le Ja­pon), chaque fois qu'on va pou­voir mettre la pige aux autres, on va le faire. On court pour ga­gner. Je n'ima­gine même pas qu'on ne puisse pas être com­pé­ti­tif en Coupe du monde et en­suite aux J.O.. Il n'y a que les An­glais qui ont réus­si à faire ça. Et il faut dire quand même, que sou­vent ils sont cham­pions du monde l'an­née qui pré­cède les Jeux. » Le Ja­pon est re­par­ti avec de l'or au Keir in évi­dem­ment de Saint- Quen­tin. C'est cette mé­daille qui est pr ior itaire chez les Ja­po­nais dans deux ans. Les Fran­çais sont pré­ve­nus. Sur tous les fronts, les com­bats se­ront sai­gnants. Pas uni­que­ment sur Plays­ta­tion. Ce se­ra bien sur la piste.

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