Ju­lian Alaphilippe, le bon­heur par­ta­gé

Planète Cyclisme - - ÉDITO-SOMMAIRE -

Ju­lian Alaphilippe a te­nu son pa­ri, rem­por­ter une Clas­sique dans les Ar­dennes cette sai­son. La Flèche Wal­lonne res­te­ra sa pre­mière prise à seule­ment 26 ans. L'au­ver­gnat a même ajou­té la Cla­si­ca San Se­bas­tian après avoir rem­por­té deux étapes sur le Tour de France avec le maillot de meilleur grim­peur à Pa­ris. Une sai­son de tous les re­cords pour l'un des meilleurs pun­cheurs du monde.

L'hi­ver der­nier, sur la Cos­ta blan­ca, à Calpe exac­te­ment, Ju­lian Alaphilippe rôde le mo­teur. Phi­lippe Gil­bert a dé­jà al­lon­gé les sor­ties dé­but jan­vier et l'au­ver­gnat n'est pas loin de le suivre : « Ce deuxième camp d'en­traî­ne­ment est très im­por­tant. Il jette les bases de la sai­son. Tu ral­longes les sor­ties et tu roules de plus en plus fort » re­lève le Fren­chy. Un mois plus tard, Alaphilippe lève dé­jà les bras en Co­lom­bie, sur la Oro y Paz. Sa force, même très tôt dans la sai­son, est dans son ex­plo­si­vi­té ! Il règle au spr int Ser­gio He­nao et Nai­ro Quin­ta­na sur une étape en al­ti­tude. En une se­maine, il a cu­mu­lé près de 950 km, du dé­ni­ve­lé et sur­tout de la com­pèt' ! « C'est tou­jours bon de re­trou­ver des sen­sa­tions sur une épreuve d'une se­maine. Je lan­çais bien ma sai­son dès le mois de fé­vr ier. » Re­tour en Eu­rope avec des doses d'en­traî­ne­ments de plus en plus in­tenses, programmées par son cou­sin, Franck Alaphilippe. Il est dans les clous pour par­tir au Moyen-orient fin fé­vr ier. Une se­maine au Tour d'abu Dha­bi où le pe­lo­ton s'est gr imé World­tour. Cinq jours de course dans le dé­sert où Ale­jan­dro Valverde, Wil­co Kel­der man, Mi­guel An­gel Lo­pez trustent les trois pre­mières places au gé­né­ral, mais le pun­cheur de la Quick• Step Floors est dans leur sillage à la 4e place. Par is-nice est le pre­mier grand ren­dez­vous 2018 de Ju­lian. C'est sa troi­sième par­ti­ci­pa­tion à la Course au So­leil et le pre­mier grand test de la sai­son. Le Fran­çais n'a pas été loin du maillot jaune après l'étape de Vence, mais il est lar­gué sur les rampes de la Col­miane. Il boucle son Par is-nice à plus de 14’ du jeune Marc So­ler, mais l'es­sen­tiel est ailleurs. Il est sur la bonne voie avec en ligne de mire la

cam­pagne des Ar­den­naises. Son pre­mier bloc de tra­vail se pour­suit avec Mi­lan-san Re­mo (35e) et le Tour du Pays Basque où, d'en­trée de jeu, il prend deux étapes en bat­tant à chaque fois au spr int le Slo­vène Pr imoz Ro­glic. À la fin du Pays Basque (ter mi­né aus­si à la 35e place), Alaphilippe est à une se­maine des Ar­den­naises qu'il n'a ja­mais abor­dées en aus­si bonne condi­tion. Men­ta­le­ment, phy­si­que­ment, il est au top. Il ac­croche le top 10 sur l'am­stel Gold Race avant de rem­por­ter sa pre­mière Clas­sique, la Flèche Wal­lonne, au nez et à la barbe d’ale­jan­dro Valverde (quin­tuple vain­queur et re­cord­man de l’épreuve). Est-ce une pas­sa­tion de pou­voir entre le Mur­cian et l'au­ver­gnat ? Ça y res­semble et Valverde n'a pas as­sez de mots pour faire l'éloge du jeune Fran­çais. Quatre jours plus tard, le di­manche sur la Doyenne Liège- Bas­togne- Liège, 104e édi­tion, Ju­lian Alaphilippe fa­vo­rise le jeu des Quick• Step pour faire ga­gner Bob Jun­gels. Le Fran­çais nage en plein bon­heur. Entre sa réus­site per­son­nelle et celle de son équipe, il monte cres­cen­do dans la sai­son. Un 2e bloc tour­né vers le Tour L'heure est à la ré­cu­pé­ra­tion en Au­vergne fin avr il. Une ré­gion pro­pice à la dé­com­pres­sion où Ju­lian se bal­lade dans le San­cy dans la chaîne des Puys : « C'est im­por­tant de se ressourcer en pleine sai­son. Ça per­met de dé­com­pres­ser. J'ai be­soin de ce break pour mieux me re­lan­cer avec une nou­velle éner­gie » note l'au­ver­gnat, qui re­part au char­bon sur un deuxième bloc de tra­vail à un mois du Cri­tér ium du Dau­phi­né. L'épreuve fran­çaise est idéale dans la pers­pec­tive du Tour de France. Sur­tout qu'il y a du co­pier­col­ler avec cer­taines étapes. Bles­sé la sai­son pré­cé­dente, le Fran­çais n'a pas mis les pieds sur cette épreuve de­puis 2016. Il va re­nouer avec la vic­toire lors de la 4e étape au som­met de Lans- en- Ver­cors, en dé­gom­mant les fa­vor is Dan Mar­tin, Ge­raint Tho­mas, Ro­main Bar­det ! Alaphilippe leur a mon­tré qu'il n'était pas le meilleur pun­cheur du monde pour r ien. Son dé­mar­rage à 300 mètres de la ligne dans un vi­rage pen­tu est une pure mer­veille. Son bi­lan du Dau­phi­né est bon, même s'il a dé­cro­ché à Val­mo­rel et à la Ro­sière. Son but était ailleurs. Le Cri­tér ium du Dau­phi­né était un ex­cellent trem­plin pour être au top cinq se­maines plus tard sur le Tour. L'ob­jec­tif était de ra­fler une ou deux étapes sur la Grande Boucle ! Il tra­verse la sai­son sans ac­croc. Pas de bles­sure, ja­mais souf­frant, il roule au rythme de la Quick•step qui can­ni­ba­lise la sai­son (38 vic­toire au sor­tir du Dau­phi­né dé­jà).

« Une dy­na­mique fan­tas­tique pour tous les cou­reurs » rap­pelle Alaphilippe. L'au­ver­gnat dé­barque en Ven­dée avec la ba­nane. Il compte dé­jà cinq vic­toires après six mois de com­pé­ti­tion. Le Tour de France va lui don­ner l'oc­ca­sion de gon­fler ses stats. Il rem­porte une pre­mière vic­toire en so­lo au Grand-bor­nand, avant de ré­ci­di­ver à Ba­gnères- de- Lu­chon. Deux étapes de mon­tagne qui lui ont per­mis de prendre le pou­voir au clas­se­ment des gr im­peurs. Il ne lâ­che­ra plus le maillot à pois jus­qu'à Par is. Il a tra­ver­sé ce Tour de France comme un ovni, lais­sant War­ren Bar­guil le lau­réat du meilleur gr im­peur 2017 à pra­ti­que­ment 80 points ! Maj­ka est en­core plus loin. Alaphilippe a joué avec les élé­ments et confir mé qu'il avait pas­sé un cap cette sai­son. En re­gar­dant dans le ré­tro, il avoue avec fier­té : « Toutes ces vic­toires cette an­née m'ont ap­por­té de la confiance et du bon­heur. De­puis le mois de jan­vier, ce­la a été une su­per sai­son pour moi » confesse alors l'au­ver­gnat.

Une fin de sai­son moins heu­reuse

Une se­maine après le Tour, l'au­ver­gnat a tou­jours la gr in­ta pour al­ler cher­cher la vic­toire à San Se­bas­tian. Une 2e clas­sique dans la poche après une se­maine de cr itér iums, le cham­pion de la Quick• Step Floors reste sur son nuage. De bain de foule en bain de foule, il est bien la nou­velle co­que­luche du cy­clisme fran­çais. L'ef­fet Tour de France évi­dem­ment où il a ré­ga­lé le pu­blic pen­dant trois se­maines : « Après le Tour de France, c'était au jour le jour. J'avais be­soin de ré­cu­pé­rer. J'ai fait un break. Quand j'ai re­mis en route pour me pré­pa­rer au Tour de Grande-bre­tagne, je me suis concen­tré à ce mo­ment-là pour le Cham­pion­nat du monde. J'étais dans un 3e bloc de tra­vail avec l'ob­jec­tif Mon­dial puis le Tour de Lom­bar­die. » Alaphilippe ne fait pas les choses à moi­tié. Il rem­porte une étape et le clas­se­ment gé­né­ral de l'autre cô­té du Chan­nel ! Les ca­dors qui ont co­ché Inns­bruck sur leurs ta­blettes sont de l'autre cô­té des Py­ré­nées, sur la Vuel­ta. Le pun­cheur de la Quick•step le sait et doit se pré­pa­rer en consé­quence. Cy­rille Gui­mard, le sé­lec­tion­neur na­tio­nal, l'a mis “tête de gon­dole” dès le mois d'août avec Ro­main Bar­det pour le Mon­dial. Alors, il en­chaîne avec le Tour de Slo­va­quie. Une autre épreuve d'une se­maine qu'il do­mine de la même ma­nière que le Tour de Grande-bre­tagne.vic­toire d'étape et clas­se­ment gé­né­ral ! Il ne res­tait plus qu'à peau­fi­ner la for me en Au­vergne. Au­tour du San­cy. Quand il dé­barque en Au­triche à 48 heures du Cham­pion­nat, Alaphilippe a une pan­carte dans le dos. Celle du fa­vor i. Il a une sai­son de rêve derr ière lui, une équipe de France à son ser­vice et un Ro­main Bar­det qui an­nonce : « Si Ju­lian est avec nous dans le der­nier mur, ce se­ra tout pour lui, car c'est l'un des meilleurs pun­cheurs du monde, si ce n'est le meilleur. » Mais Alaphilippe a fi­ni par cra­quer dans le Höt­tin­ger Höll. « Ça m'a lâ­ché d'un coup, à la moi­tié de la mon­tée. J'ai eu des crampes. C'était hor r ible. Je zig­za­guais sur la route » confesse le Fran­çais à l'is­sue du Mon­dial qu'il ter mi­ne­ra à la 8e place à 43’’ du groupe Valverde-bar­det-woods-dumoulin qui a dé­bou­lé au spr int pour le maillot arc-en-ciel. Le Fran­çais avait sé­ché au pire mo­ment : « Phy­si­que­ment, j'étais sû­re­ment en­ta­mé. C'était sans doute trop dur pour moi. Je n'avais pas as­sez de jambes pour ga­gner. » Ri­deau sur la sai­son. On ne ver ra plus Alaphilippe en course. Quelques jours avant le Tour de Lom­bar­die, le Fran­çais dé­clare qu'il ne se­ra pas au dé­part de la Clas­sique des feuilles mortes. 4.000 mètres de dé­ni­ve­lé, c'est trop. Au sor­tir du Cham­pion­nat du monde, Alaphilippe avait 74 jours de course (11.600 km en­vi­ron). C'est beau­coup plus que les sai­sons pré­cé­dentes où il était en moyenne à 63 jours de com­pé­ti­tion, ex­cep­tion f aite de 2017 où il pla­fon­nait à 58 jours à cause d'un long break après une opé­ra­tion du ge­nou. La sai­son a été longue et ma­gni­fique, même si elle se ter­mine dans la dou­leur, par un échec au Cham­pion­nat du monde. Il res­te­ra un fa­bu­leux re­cord avec la Quick•step Floors et un comp­teur en­fin ou­vert à titre per­son­nel sur les clas­siques.

Toutes mes vic­toires m'ont ap­por­té de la confiance et du bon­heur. C'est une su­per sai­son.” JU­LIAN ALAPHILIPPE (QUICK•STEP FLOORS)

s rt o Sp e- ss re P , rs o l F ep St k• ic u Q / es ag m I ty et G 33_PLANÈTE CY­CLISME 84

Au Tour de Grande-bre­tagne dé­but sep­tembre, l eurs maillots ont chan­gé de cou­leur s , mais les sour i res de Ju­lian et Ge­raint Tho­mas en pleine dis­cus­sion sont les mêmes.

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