Ro­main Bar­det, ga­gner plus en 2019

« Ro­main Bar­det a be­soin de ga­gner plus »

Planète Cyclisme - - ÉDITO-SOMMAIRE -

En 2018, nos lea­ders fran­çais ont brillé en Grand Tour et ailleurs. Si Thi­baut Pi­not a rem­por­té sa pre­mière Clas­sique comme Ju­lian Alaphilippe, en re­vanche, Ro­main Bar­det, mal­gré quelques belles places par ailleurs, n’a pas at­teint ses ob­jec­tifs sur le Tour de France, son unique cible en­core sur les courses de trois se­maines cette sai­son. Dé­brief avec Ju­lien Jurdie, son di­rec­teur spor­tif, avant la re­prise et le pre­mier stage de l’équipe à Vau­ja­ny en no­vembre. UNE SAI­SON 2018 PLEINE ET SA­TIS­FAI­SANTE

63 jours de courses et plus de 10.000 km à tra­vers 22 épreuves ( dont cinq seule­ment par étapes), voi­ci un pro­gramme très char­gé, moins long en ki­lo­mètres qu’en 2017, mais avec deux fois plus de courses. Donc for­cé­ment dif­fé­rent, avec des chan­ge­ments et des dé­cou­vertes vou­lues, mais aus­si une ana­lyse qui se re­joint par­fois avec le dé­br ief des an­nées pré­cé­dentes. Ju­lien Jurdie, le di­rec­teur spor­tif de Ro­main Bar­det chez ag2r La Mon­diale, nous parle des huit mois de courses de son pou­lain (ce­la au­rait dû faire 9, mais il n’a pas cou­ru en mai, entre Liège-bas­togne-liège et le Dau­phi­né). « Ro­main fait une sai­son pleine. Quand on le voit être ac­teur et ga­gner au SudAr­dèche fin fé­vr ier puis faire un su­per po­dium aux Strade Bianche, une course qui ne lui conve­nait ab­so­lu­ment pas, et conclure sa sai­son par un su­perbe po­dium au Cham­pion­nats du monde avant trois der­nières courses ita­liennes dé­but oc­tobre, ajou­tez-y un po­dium à Liège-bas­togne-liège, au Dau­phi­né et un par­cours de com­bat­tant sur les routes du Tour, même sans réus­site, où on l’a vu agres­sif, 6e au gé­né­ral à Par is et à la ba­garre à l’alpe-d’huez et à La­runs, for­cé­ment il manque peut- être une ou deux vic­toires, mais cer­tai­ne­ment, pour le 9e cou­reur mon­dial UCI, c’est une sai­son bien pleine avec beau­coup de sa­tis­fac­tions. »

PAS DE GRAND RE­GRET ET LIÈGE PEU D’ER­REURS… PEUT-ÊTRE

Il y a deux fa­çons de voir le bi­lan de Ro­main. Il n’a ga­gné qu’une fois et réa­li­sé un to­tal de neuf 2e et 3e place. Ou alors, il a ga­gné une épreuve et il a réus­si à ter­mi­né 9 autres fois sur le po­dium frô­lant la vic­toire sur de belles courses, dont un Mo­nu­ment et lors du f ameux Mon­dial. Cha­cun choi­si­ra sa vi­sion des choses. Mais tou­jours est-il qu’en 2018, Ro­main a chan­gé pas mal de choses, bou­le­ver­sé son ca­len­dr ier et su tout de même sou­vent jouer la gagne, même si ce­la n’a ja­mais réus­si au fi­nal. For­cé­ment, les ex­pér iences sont bonnes et quand on fait 2e des Strade Bianche ou 3e à Liège, on ne peut pas qu’être dé­çu, comme le dit Jurdie. Étre là pour jouer la gagne, ça veut dire quelque chose et c’est dé­jà beau­coup. « Ro­main est sou­vent tom­bé sur un os sur cer­taines épreuves. Gian­ni Mos­con était dif­fi­cile à battre au Tour de Tos­cane. Il ter mine 2e aux Strade Bianche en étant par­ti as­sez tôt ( der r ière un énorme Tiesj Be­noot). Si je pense qu’à

Liège-bas­togne-liège il y avait un peu mieux à faire (il est bat­tu au spr int par Mi­chaël Woods et sur­tout par Bob Jun­gels vain­queur, énor me comme son équipe), le po­dium mal­gré tout était im­pres­sion­nant. Non, au fi­nal, on n’a pas de grand re­gret à avoir. Main­te­nant, il va fal­loir bien dé­br ie­fer tout ce­la, ana­ly­ser ces per­for­mances, ces po­diums et ces “dé­faites” pour être en­core plus fort en 2019 ! »

DES POINTS À AMÉ­LIO­RER

Ces nom­breux po­diums montrent à la fois les li­mites du lea­der des ag2r La Mon­diale comme ses pro­grès. Si Ju­lien es­time qu’à Liège- Bas­togne- Liège, tout en étant fier du ré­sul­tat, qu’il y avait peu­têtre mieux à faire que cette 3e place (le 2e meilleur ré­sul­tat d’un Fran­çais - de­puis le suc­cès d’hi­nault en 1980 - après les 2e place d’alaphilippe en 2015 et de Ja­la­bert en 1997 et 98), on s’aper­çoit que ces fois­là, comme au Mon­dial, il était dans le coup pour la gagne au bon mo­ment. Ini­tia­teur ou sui­veur du bon coup, il montre qu’il dé­gaine moins vite que par le pas­sé, ce qui était son pr in­ci­pal dé­faut. Ro­main sait cal­cu­ler ses ef­forts, quand il faut par­fois sa­voir at­tendre jus­qu’au der­nier mo­ment. Calme et sé­ré­ni­té, il f aut désor mais sa­voir mettre la balle au fond comme di­rait un foot­bal­leur en im­po­sant sa frêle sil­houette, do­maine où il va de­voir pro­gres­ser ou com­pen­ser. « Des amé­lio­ra­tions men­tales, phsiques, spor­tives à pré­voir ? Je pense que phy- si­que­ment, il va en­core pro­gres­ser en 2019. Men­ta­le­ment, il a be­soin de beau­coup de sé­ré­ni­té. C’est quel­qu’un qui a une ten­dance à dé­gai­ner as­sez vite. La sai­son 2018, jus­te­ment, lui a ap­por­té beau­coup de sé­ré­ni­té dans ses ju­ge­ments. Je pense à Liège où il a su at­tendre le bon mo­ment pour at­ta­quer. Ça, c’est un bras de le­vier que l’on va conti­nuer à tra­vailler. Être plus calme et plus se­rein dans le fi­nal des courses. On sait que les courses se gagnent sur une at­taque en pr in­cipe dans les der­niers ki­lo­mètres. Et Ro­main a main­te­nant les qua­li­tés et les ca­pa­ci­tés pour in­fluer sur un fi­nal de course, comme il l’a fait à Inns­bruck. Ce­la nous laisse de bonnes idées pour l’an pro­chain. »

À 28 ANS, C’EST LE MO­MENT DE METTRE LA BALLE AU FOND

Ju­lien Jurdie, dans son ana­lyse, in­siste sur le phy­sique de Ro­main. À 28 ans, il arr ive dans ses bonnes an­nées et le DS sent qu’il change phy­si­que­ment. Ro­main sait faire mal au bon mo­ment. Il semble man­quer peu de choses pour pas­ser de l’autre cô­té de la bar­rière, fran­chir cette li­mite entre la 2e place et la 1re. « Il arr ive dans ses belles an­nées. Il va avoir 3- 4- 5 belles an­nées du­rant les­quelles il se­ra très fort phy­si­que­ment. Il va ac­quér ir beau­coup d’ex­pér ience et d’ana­lyse. C’est jus­te­ment dans cette ana­lyse-là qu’il de­vra être fort pour at­ta­quer au bon mo­ment et faire mal aux ad­ver­saires au bon mo­ment pour al­ler cher­cher ces su­perbes vic­toires qui lui manquent. Il y a beau­coup de po­diums. Avec cette ma­tur ité phy­sique qui arr ive, il va fal­loir mettre dans le mille. Je suis op­ti­miste, car Ro­main fait tout pour être per­for mant ! 2019 se­ra une très belle an­née. »

2019, L’AN­NÉE DU CHAN­GE­MENT ?

En 2018, le staff de l’équipe et son lea­der ont chan­gé des élé­ments au ca­len­dr ier de ce der­nier. Tir­re­no, les courses d’un jour de fé­vr ier, À Tra­vers la Flandre et sur­tout une deuxième moi­tié de sai­son bous­cu­lée par le Mon­dial, Ro­main a tes­té cette an­née, réus­si et ap­pr is. Des es­sais sou­vent concluants. Qu’en se­ra-t-il en 2019 ? Ju­lien Jurdie évoque le Giro, mais son cou­reur peut- il se per mettre de zap­per le Tour au pro­fit de la course en Ita­lie qu’il ai­me­rait en­fin dé­cou­vr ir ou de dou­bler les deux et se pré­sen­ter amoin­dr i en France, alors la course va pas­ser chez lui à Brioude ? Non… Mais la ques­tion de ce 2e Grand Tour se re­po­se­ra, comme celle de re­dou­bler Liège et Lom­bar­die et re­bâ-

tir un pro­gramme, une même sai­son, au­tour de ces quatre grosses épreuves, deux Grand Tour et deux Mo­nu­ment. « Comme en 2018, Ro­main a en­core des en­vies de chan­ge­ments, de dé­cou­verte. C’est im­por­tant de mettre du chan­ge­ment dans sa pla­ni­fi­ca­tion. Ce se­ra le job de l’hi­ver pour ana­ly­ser tous les par­cours. On at­ten­dait avec en­vie les par­cours du Tour et du Giro avant de dé­ci­der en no­vembre ou dé­cembre le pro­gramme de Ro­main, avec peut-être des en­vies… Ce­la peut être un dou­blé Giro- Tour, le Giro… ou que le Tour aus­si. Le pro­fil 2019 de la course fran­çaise donne des pistes pour se dire que chez ag2r La Mon­diale on va se lan­cer une fois en­core que dans cette ba­taille pour y être à 100%. Il faut ana­ly­ser 2018 et bien dé­brie­fer avant de choi­sir. »

PEUT- IL SE MOUVOIR EN COU­REUR DE CLAS­SIQUE ?

La pro­blé­ma­tique ne semble pas la même que pour Thi­baut Pi­not. Mais la ques­tion mé­rite d’être po­sée. Si l’in­ca­pa­ci­té de­puis 2014 du cou­reur de la Grou­pa­ma-fdj de re­mon­ter sur le po­dium du Tour peut l’ame­ner à se pen­cher sur le dos­sier des clas­siques après son suc­cès en Lom­bar­die, on peut se de­man­der si un jour un Bar­det sans suc­cès sur le Tour peut chan­ger du tout au tout dans ses ob­jec­tifs ? Seules deux clas­siques cor­res­pondent à ses qua­li­tés et leur pla­ce­ment au ca­len­dr ier per­met­tra à Ro­main de les in­clure dans un pro­gramme élar­gi. « Seules deux clas­siques cor­res­pondent par­fai­te­ment à ses qua­li­tés, Liège-bas­togne- Liège et le Tour de Lom­bar­die. Je tiens à sa­luer la per­for mance de toute notre équipe sur ces courses d’un jour, avec la vic­toire d’oli­ver Nae­sen ( Plouay) ou les po­diums de Be­noît Cos­ne­froy (Par is-tours) et Sil­van Dillier (Rou­baix). C’est clair que l’équipe ag2r La Mon­diale a mar­qué ces courses d’un jour de son em­preinte cette an­née. Ro­main a les ca­pa­ci­tés de ga­gner à Liège ou en Lom­bar­die dans une sai­son bien pla­ni­fiée. Dès que Ro­main est sur une course, c’est pour la ga­gner. On va voir. Il peut une même sai­son vi­ser une clas­sique et un Grand Tour. »

UN RÊVE EN JAUNE

En six par­ti­ci­pa­tions, il a presque connu tous les hon­neurs sur le Tour de France. Vic­toire d’étape, por­teur du maillot blanc, clas­se­ment par équipe et po­dium sur les Champs, il ne lui reste, avant d’es­pé­rer fran­chir la fa­meuse der­nière marche, qu’à por­ter le maillot jaune au moins une jour­née. S’il n’y a pas été loin en 2017, il n’est tou­jours pas de­ve­nu le 267e cou­reur por­teur dans l’his­toire de la tu­nique jaune de lea­der du Tour au moins une jour­née. Un rêve et une vo­lon­té plus qu’une ob­ses­sion. Ce se­rait mé­ri­té pour Ro­main. « Il a un peu tout goû­té sur le Tour. Il ne lui reste plus qu’à dé­cou­vrir, por­ter le maillot jaune au moins une jour­née. Ce se­rait une dés­illu­sion qu’il ne le porte pas ces pro­chaines an­nées. Il le mé­rite par son tra­vail et sa dé­ter mi­na­tion. Pour un grim­peur, on sait que la tâche est dif­fi­cile. Il en a la ca­pa­ci­té. C’est un de ses ob­jec­tifs pr ior itaires à l’ave­nir, mais ce n’est pas une ob­ses­sion. Dans nos dis­cus­sions, il est mar­qué par ça et veut ap­par­te­nir à ces cou­reurs qui ont por­té la tu­nique ! »

s rt o Sp e- ss re P

Pre­mier po­dium sur un Mo­nu­ment - à Liège - en 2018, un grand mo­ment dans sa sai­son mal­gré la “dé­faite”.

Ds-lea­der, Jurdie-bar­det, duo per­for mant d’une équipe ag2r La Mon­diale tou­jours plus proche des meilleures.

Vers La­runs, Bar­det at­taque pour mettre en dif­fi­cul­té Ro­glic, Dumoulin, Froome, Krui­js­wijk et Tho­mas.

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