De Gendt-wellens,warbasse-dunne, deux cy­clos pour l’amour du vé­lo

Planète Cyclisme - - ÉDITO-SOMMAIRE -

Ce n'est pas un mé­tier le cy­clisme, c'est une pas­sion ! Très sou­vent, les cou­reurs ont cette ré­plique pour ex­pli­quer leur ob­ses­sion à conti­nuer, mal­gré les dif­fi­cul­tés et les tour ments de leur sport qui touchent même leur in­té­gr ité phy­sique sur les routes d'en­traî­ne­ment. Cette pas­sion est lé­gi­time, mais sur­tout bien réelle quand on voit ce que Tho­mas de Gendt et Tim Wellens ont réa­li­sé à l'is­sue du Tour de Lom­bar­die cet au­tomne. Les deux cou­reurs belges ont un tel amour de leur mé­tier, que la Clas­sique ita­lienne ne suf­fi­sait pas pour clore leur sai­son. Ils sont re­par­tis en Bel­gique en duo, comme deux vieux potes, sur les routes pour un pér iple de 1.000 ki­lo­mètres à tra­vers six pays eu­ro­péens ! Un exer­cice de cy­clo­tou­ristes, mais quand on est pro comme de Gendt et Wellens, le road tr ip prend une autre di­men­sion na­tu­rel­le­ment. Tho­mas de Gendt, meilleur gr im­peur de la Vuel­ta cette an­née, jus­ti­fie cette es­ca­pade à deux : « Le but était de faire quelque chose qui change de nos en­traî­ne­ments ou des courses, quelque chose de fun à vé­lo. On peut faire du vé­lo sans pres­sion. C'était le but re­cher­ché avec Tim. » Les cou­reurs du World­tour et ceux du Con­ti­nen­tal­pro n'ont ja­mais le loi­sir de faire du “vé­lo plai­sir” comme les ama­teurs. À tra­vers ce gé­nial “The Fi­nal Brea­ka­way” pro­gram­mé dès le mois de mai, ils ont pour la pre­mière fois de leur car r ière eu la sen­sa­tion de cou­rir li­bre­ment, comme le vent pour re­prendre la pop song “Ride like the wind” de Ch­ris­to­pher Cross. « Nous ne vou­lions pas un chal­lenge men­tal ou phy­sique. L'idée, c'était sim­ple­ment de ren­trer à la mai­son à vé­lo. Comme nous le sou­hai­tions. » Sans re­gar­der sa montre, sans un oeil r ivé sur le cap­teur de puis­sance, sans cra­cho­te­ment dans les oreillettes. Du fun pour le fun.

La ge­nèse de l'his­toire

C'est Tho­mas de Gendt qui fut à l'ini­tia­tive du pro­jet au pr in­temps der nier. En­core f al­lait- il trou­ver le bon par­te­naire de l'équipe Lot­to- Sou­dal pour l'ac­com­pa­gner ? De Gendt est ar r ivé dans l'équipe de Marc Ser­geant en 2015 quand Tim Wellens avait dé­jà po­sé ses va­lises de­puis 3 ans. Mais les deux cou­reurs sont très liés, même s'ils ne sont pas de la même gé­né­ra­tion. De Gendt vient de fê­ter ses 32 ans, alors que Wel- lens a seule­ment 27 ans. Ce der nier a été vite sé­duit par le pro­jet de Tho­mas de Gendt qui s'est oc­cu­pé de tout : la pré­pa­ra­tion tech­nique des vé­los, les plan­ning des étapes, le choix des hô­tels. « C'était fa­cile d'adhé­rer au pro­jet » note Tim Wellens, « car tout était pro­gram­mé et bien or­ches­tré. J'ai pr is ça comme une aven­ture, comme un mo­ment de par­tage avec un bon ami de mon équipe. » En mai, les deux hommes ne savent ab­so­lu­ment pas de quoi se­ra faite leur sai­son. Ce sont deux élé­ments im­por­tants de l'équipe fla­mande. De Gendt est un des meilleurs ba­rou­deurs du pe­lo­ton qui a dé­jà ga­gné des étapes sur les trois grands tours ! Il a même ter mi­né 3e au clas­se­ment gé­né­ral du Tour d'ita­lie 2012. Tim Wellens s'est dé­jà construit un chouette pal­ma­rès avec 23 vic­toires

Nous ne vou­lions pas un chal­lenge men­tal ou phy­sique. L'idée, c'était de ren­trer à la mai­son à vé­lo. Comme nous le sou­hai­tions. Li­bre­ment.” THO­MAS DE GENDT (LOT­TO-SOU­DAL)

chez les pros après 7 ans d'ex­pér ience. Mais cette aven­ture de fin de sai­son doit être un bo­nus dans leur vie de cou­reur, dans leur ap­proche de leur mé­tier. Quelle que soit l'is­sue de la sai­son, elle ne se­rait pas re­mise en cause. D'ailleurs, au coeur de l'été le 3 août, Tho­mas de Gendt ré­vèle sur quel type de Rid­ley Bikes le road tr ip se­ra ef­fec­tué. Un XT­rail sur me­sure de la marque fla­mande qui équipe les Lot­to-sou­dal en World­Tour.

Let's go ! De­puis Côme

Les deux amis n'ont pas vé­cu le même Tour de Lom­bar­die dans le clan Lot­toSou­dal. Tho­mas de Gendt a aban­don­né, comme il l'avait fait quelques jours plus tôt sur le Gran Pie­monte et éga­le­ment à Mi­lan-tu­rin. Il a 87 jours de course dans les jambes après avoir cu­mu­lé le Tour de France et le Tour d'es­pagne et il est sur la route de­puis le 16 jan­vier au Tour Down Un­der ! En clair, il est cra­mé avec près de 12.600 km au comp­teur uni­que­ment en com­pé­ti­tion. Tim Wellens n'avait pas les moyens de se mê­ler à la lutte avec la fu­sée Thi­baut Pi­not dans le fi­nal de ce Lom­bar­dia, mais il a fi­ni mal­gré tout à une ex­cel­lente 5e place et s'il ter mine la sai­son avec 64 jours de course de­puis le 25 jan­vier, sa deuxième par­tie de sai­son a été plus re­lax que celle de son pote de Gendt. Il n'a pas fait la Vuel­ta ni le Tour de France, mais il a rem­por­té une nou­velle étape au Giro en mai, la deuxième de sa car r ière. Wellens a en­core de l'énerg ie pour ren­trer à la mai­son en mode cy­clo. Le mo­ral n'en se­ra que meilleur. Pen­dant ce temps-là, les stars du World­tour rou­pillent. Après une sai­son érein­tante et stres­sante, Vin­cen­zo Ni­ba­li a choi­si l'île de Zan­zi­bar à un shot de la Tan­za­nie, alors que Ge­raint Tho­mas ter mine la tour­née des pubs au Pays de Galles pour fê­ter son maillot jaune. Le 14 oc­tobre au ma­tin, de Gendt et Wellens quittent les hau­teurs du lac de Côme. Di­rec­tion Flüe­len en Suisse, par le Saint-go­thard. De vrais cy­clos avec la boite à ou­tils, trousse de toi­lette, linge de re­change, ma­tér iel pho­tos, bar res éner­gé­tiques, bois­sons. Les vé­los bien char­gés font 22 kg ! Ça change des 6,8 kg du Rid­ley de com­pé­ti­tion. Les deux com­pères doivent ou­blier aus­si la voi­ture as­sis­tance de la course. L'aven­ture, c'est l'aven­ture. Cette pre­mière étape est la plus dif­fi­cile avec plus de 4.000 mètres de dé­ni­ve­lé. Les 186 km se­ront faits en 7 heures et Tho­mas de Gendt poste un tweet en soi­rée, où l'on voit Tim Wellens at­ta­quer une piz­za de­vant un Co­caCo­la : « Ma­gni­fique as­cen­sion, des­cente ra­pide et un fort vent ar r ière dans le fi­nal. » Il y au­ra ain­si tout au long des 6 jours des posts de Tho­mas de Gendt per met­tant de par­ta­ger les meilleurs mo­ments des deux cou­reurs. Puis ce fut Saint- Louis, à la fron­tière fran­co-suisse, pour une deuxième étape de 149 km avant Lu­né­ville avec l'as­cen­sion du Grand Bal­lon et 191 km au comp­teur lors du 3e jour. « On avait fait le plus dur à ce stade de l'aven­ture » note De Gendt. « Toutes les as­cen­sions qui sui­virent sur les étapes sui­vantes étaient plus courtes. Elles os­cil­laient entre 5 et 6 ki­lo­mètres max. C'était plus re­lax que le dé­but du par­cours. » Des fans, qui ont sui­vi le road tr ip sur les ré­seaux so­ciaux, re­joignent éga­le­ment les deux cou­reurs et les ac­com­pagnent quelques ki­lo­mètres. Pour d'autres sup­por­ters, c'est le mo­ment de faire un sel­fie avec eux ou de po­ser pour une pho­to même si on est équi­pé aux cou­leurs du Team Sky ! De Gendt et Wellens ne sont pas sec­taires. Ils sont sur la route des va­cances et ac­com­pa­gnés de tem­pé­ra­tures clé­mentes. Au Luxem­bourg, ils sont ac­cueillis par un autre ami, Lars Bak leur co­équi­pier chez Lot­to-sou­dal. Ils se jettent comme des morts de faim sur le gâ­teau pré­pa­ré par le co­losse da­nois qui quit­te­ra l'équipe à la fin de l'an­née. “Ve­ry bad tr ip” ver­sion belge s'in­vi­te­ra à l'aven­ture quand les deux hommes de­vront ré­pa­rer après une cre­vai­son. On voit en­core Tho­mas de Gendt au mas­tic et ré­pa­rer au som­met du Grand Bal­lon. « Mais tou­jours avec le sour ire » di­ra son co­pain. Gon-

de­range, Che vron, au­tant de villes-étapes avant l'ar r ivée fi­nale à Sem­mer­zake en pays fla­mand, après une der­nière vo­lée de 200 km à la mo yenne de 30 km/h le 19 oc­tobre. Mal­gré une der nière cre­vai­son à 5 km de la ligne ! Les enf ants de Tho­mas de Gendt sont sur le bord de la r oute pour les ap­plau­dir, alors qu'ils viennent de bou­cler exac­te­ment 1.002 km à la mo yenne de 28,5 km/h. Main dans la main pour le der­nier tour de roue.

L'es­prit d'ami­tié

Au mo­ment d'év oquer leur car r ière dans quelques an­nées, de Gendt et Wellens par­le­ront en pr emier lieu de leur s vic­toires et de leur s déf aites. Mais r ien ne dit que cette a ven­ture hu­maine ne se­ra pas un cha­pitre aus­si im­por­tant que des po­diums réa­li­sés en World­tour. Cet été, après sa vic­toir e dans le Tour de France, Ge­raint Tho­mas rap­pe­lait ses épi­sodes de jeu­nesse où il a vait par ta­gé dit-il « de l'ami­tié et des rires » dans ses pre­mières courses avec son co­pain d'en­fance Luke Rowe, son co­équi­pier au­jourd'hui chez Team Sky ! P en­dant ce road trip, Tho­mas de Gendt, dans un de ses posts après une pr emière jour née très dure avec les 44 km d'as­cen­sion du Mont Saint-go­thard, écr ivait avec hu­mour : « Pour l'ins­tant, nous sommes bons amis . Nous v er­rons après six jours si on l'est en­core. » Elle s'est ren­for­cée évi­dem­ment au ha­sar d de leur s ren­contres, de leur par­tage sur le vé­lo et en soi­rée, comme elle s'est ins­crite pour le fu­tur avec la Lot­to-sou­dal, ou ailleurs, car le b usi­ness r este le b usi­ness et r ien ne dit que Wellens et de Gendt fi­ni­ront leurs car r ières dans cette équipe . Mais peu im­por te ! Ils ont vé­cu quelque chose de par ti­cu­lier en­semb le, qui v a sou­der des liens in­dé­fec­tibles entre eux, quels que soient leurs par­cours à l'ave­nir. L'an­cien vain­queur d'étape sur le Tour de France au Mont-ven­toux en 2016 ré­sume cette se­maine vé­cue comme des cy­clos : « Ça a été une g rande aven­ture et une mer veilleuse ex­pér ience. Malg ré les ba­gag es que nous por­tions sur notre vé­lo, on a fait une moyenne d'un peu plus de 30 km/h en une se­maine . On a été chan­ceux aus­si a vec le temps . On ne re­grette pas notre aven­ture. On a été sur pr is d'a voir au­tant d'en­cou­ra­ge­ments et le nombre de per­sonnes qui nous ont sui vi. Mer­ci à tous. » Tim Wellens, avant de par­tir en va­cances avec sa com­pagne So­phie, twit­tait : « Notre voyage est ter­mi­né. Un tra­jet de Côme à Sem­mer­zake avec beau­coup de fun et des sou­ve­nirs pour la vie. Content de l'avoir fait avec Tho­mas. » Ils n'ont rou­lé que 3 km en Al­le­magne, mais ces 3 bor nes avaient un sens. Ils sou­hai­taient ren­con­trer leurs an­ciens co­équi­piers An­dré Grei­pel et Mar­cel Sie­berg qui ont pas­sé 8 ans chez Lot­toSou­dal. Grei­pel se­ra chez For­tu­neoSam­sic l'an pro­chain, alors que Si­bi, à 36 ans, va pour­suivre sa route chez Bah­rain-merida. Y avait-il un plus bel hom- mage à rendre à l'un des meilleurs spr in­teurs du monde et à son pois­son-pi­lote pen­dant plus de 10 ans ? Sû­re­ment pas et les deux bo­lides al­le­mands en gar­de­ront eux- mêmes un sou­ve­nir dé­li­cieux. Ce road tr ip au­ra été ce­lui du par­tage, de la ca­ma­ra­der ie, deux va­leurs que l'on re­trouve peu à l'échelle du sport pro­fes­sion­nel désor mais. Le temps des co­pains, le temps de l'aven­ture ne se chantent plus de­puis une bonne ving­taine d'an­nées. Maxime Mon­fort, 34 ans désor mais, mais for mé un peu à l'an­cienne, est sen­sible à ces va­leurs d'ami­tié et s'étonne de­puis deux ou trois ans de voir les jeunes ar r iver plein pot dès le pre­mier trai­ning camp dé­but dé­cembre, re­mon­tés comme des cou­cous, et au lit le soir à 21 heures ! « À de rares ex­cep­tions, c'est ter mi­né de voir, à l'is­sue du dî­ner, un jeune cou­reur par­ta­ger une bière avec un an­cien au bar. Les jeunes foncent dans leur chambre et sont sur leur or­di » nous ra­con­tait- il lors d'un stage hi­ver nal des Lot­to-sou­dal à Mal­lor­ca. Le Wal­lon, tou­jours au top, a par­ta­gé un res­tau­rant avec Tim Wellens et Tho­mas de Gendt, la veille de la der­nière étape en Bel­gique. Tho­mas de Gendt, heu­reux de son en­tre­pr ise, re­fer me le livre des sou­ve­nirs, non sans rap­pe­ler avant de re­par­tir pour une 14e sai­son de la­beur : « Nous ne pro­met­tons pas de re­com­men­cer, mais Tim et moi, nous nous sommes bien amu­sés. » Leurs fans éga­le­ment, en les sui­vant jour après jour à tra­vers les ré­seaux so­ciaux.ve­ry nice tr ip.

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