REN­CONTRE Lu­ka Mo­dric

Planète Foot - - ÉDITO - Par Re­naud Des­ciance

Élu meilleur joueur de la FI­FA/The Best de l'an­née 2018, le nu­mé­ro 10 du Real et ca­pi­taine de la Croa­tie avait des da­miers et même des étoiles plein les yeux. C'est ému, heu­reux et fier que le Mo­zart du foot a re­çu son trophée. Avec des tré­mo­los dans la voix mais tou­jours des ac­cords par­faits dans le choix des mots.

Pla­nète Foot : Lu­ka Mo­dric The Best. Ça fait quoi de se sa­voir le meilleur ?

Lu­ka Mo­dric! : C'est un sen­ti­ment in­croyable. Dans un pre­mier temps, j'était dé­jà fier et tel­le­ment heu­reux de me re­trou­ver là. Alors, re­ce­voir ce prix... C'est une soi­rée spé­ciale qui comp­te­ra dans ma vie et un mo­ment très, très par­ti­cu­lier dans ma car­rière de foot­bal­leur.

Le mode de scru­tin réunis­sait les joueurs, les en­traî­neurs, les jour­na­listes et même les sup­por­ters. Bref, tout le monde a mis son vote dans la ba­lance. Que res­sens-tu à l'idée d'être re­con­nu d'une fa­çon aus­si large, en ras­sem­blant tous les pu­blics ?

Ce­la fait par­tie de l'émo­tion aus­si. C'est quelque chose de très im­por­tant à mes yeux, il n'y a pas, en fait, de plus belle ré­com­pense que d'avoir été élu par une telle di­ver­si­té. Tu te rends compte le nombre de per­sonnes qui ont vo­té... Je leur suis re­con­nais­sant, à tous ceux qui ont été avec moi, à tous ceux qui m'ont sou­te­nu pen­dant tout ce temps et qui conti­nuent d'être à mes cô­tés.

« La fi­nale de la Coupe du monde ? Il y a la fier­té d'avoir écrit une page his­to­rique du sport croate, mais je reste sur­tout dé­goû­té par notre manque de ba­ra­ka. »

Bon, hon­nê­te­ment Lu­ka, entre Lio­nel Mes­si et Cris­tia­no Ro­nal­do, il n'y avait de place pour per­sonne de­puis dix ans. Ce titre peut-il être, en plus d'un mar­queur fort, le pre­mier d'une longue sé­rie pour toi ?

Ouh là, je ne pense pas à ça. Je pro­fite, je suis dans l'émo­tion de ce trophée, en fait. On ver­ra pour la suite. Il y a tel­le­ment d'autres grands joueurs. Leo et Cris­tia­no, bien sûr, mais tel­le­ment d'autres en­core!!

Ce prix, c'est aus­si la ré­com­pense du foot­bal­leur, de ton style, de ta fa­çon de voir ton sport, non ?

Ga­gner ce trophée en ter­mi­nant de­vant ces noms-là est sur­tout une source de fier­té pour moi. Plus que le style, ce­la me per­met sur­tout de com­prendre que le tra­vail porte ses fruits, tou­jours. Au cours de cette in­ou­bliable soi­rée, tous mes rêves sont de­ve­nus réa­li­té.

Tous les ga­mins rêvent de ça : de­ve­nir le meilleur joueur du monde. Était-ce aus­si ton cas ?

Au dé­but, quand tu com­mences à jouer au foot, c'est tou­jours la même chose. Tu rêves à plein de trucs. Moi, j'ai tou­jours été du genre à vou­loir être le meilleur. Bien sûr que j'ai rê­vé d'at­teindre ce ni­veau!! Mais pour y par­ve­nir, j'ai tra­vaillé tel­le­ment dur, je me suis consa­cré en­tiè­re­ment à la tâche. Il faut croire en soi, tou­jours, y com­pris dans les mo­ments dif­fi­ciles. La vie n'est pas tou­jours un sou­rire, je suis bien pla­cé pour le sa­voir avec ce que j'ai vé­cu au cours de mon en­fance (sur fond de guerre dans les Bal­kans) mais, même dans les mo­ments dif­fi­ciles, il faut re­gar­der de­vant, ne rien lâ­cher et, donc, croire en soi. Et puis, je n'y suis pas ar­ri­vé tout seul, non plus. Mes co­équi­piers, ma fa­mille, mes amis, tous m'ont ai­dé. Le cercle est très im­por­tant.

Cette ré­com­pense est aus­si le fruit d'une sai­son ex­cep­tion­nelle, même s'il n'y a pas eu la vic­toire fi­nale en Coupe du monde. Qu'en re­tiens-tu ?

Une an­née ma­gni­fique. Sans au­cun doute l'une des plus belles de ma car­rière. L'une des plus riches aus­si, avec les émo­tions qui se sont gref­fées à la fois sur le plan col­lec­tif et sur le plan in­di­vi­duel. J'ai la sa­tis­fac­tion d'avoir réus­si de grandes choses avec mon club, le Real Ma­drid, et mon pays, la Croa­tie, mais je suis éga­le­ment fier de re­ce­voir des tro­phées in­di­vi­duels comme ce prix The Best ou ce­lui du meilleur joueur de la Coupe du monde. Ce sont des sen­ti­ments mê­lés.

La fi­nale contre la France, c'est la grosse dé­cep­tion ou ce­la reste quand même un grand mo­ment de ton an­née, de ta car­rière ?

Ça a été le match le plus im­por­tant de ma car­rière. Re­pré­sen­ter son pays en fi­nale de la Coupe du monde, l'évé­ne­ment spor­tif le plus im­por­tant de la pla­nète, c'est quelque chose d'unique. Il y avait, en plus pour moi, la mo­ti­va­tion d'être le ca­pi­taine de l'équipe. Bien sûr, la dé­faite a consti­tué une énorme dé­cep­tion, tout ne s'est pas dé­rou­lé comme on au­rait vou­lu mais, mal­gré ça, je consi­dère comme un suc­cès le fait d'être al­lé jus­qu'en fi­nale. Nous avons réus­si quelque chose qui res­te­ra gra­vé dans l'his­toire. Alors, oui, il y a la fier­té d'avoir écrit une page his­to­rique du sport en Croa­tie. Mais, sur la fi­nale en elle-même, je reste sur­tout dé­goû­té par notre manque de ba­ra­ka. Il y a d'abord ce but contre son camp de Ma­rio Mand­zu­kic et puis, après notre éga­li­sa­tion, la poisse avec ce pe­nal­ty. À 2-1 ce­la de­ve­nait com­pli­qué d'au­tant qu'en face, c'était du so­lide avec des joueurs fran­çais de grande qua­li­té et une grosse or­ga­ni­sa­tion.

« Avec notre sé­lec­tion­neur (Zlat­ko Da­lic) et tout son staff, nous avons créé un groupe for­mi­dable, uni, en to­tale sym­biose avec nos sup­por­ters. Oui, cette équipe a un ave­nir. »

Com­ment vois-tu l'ave­nir de la Croa­tie sur l'échi­quier in­ter­na­tio­nal ? Votre épo­pée de 2018 peut-elle être la base de quelque chose de plus fort en­core ?

Avec notre sé­lec­tion­neur (Zlat­ko Da­lic) et tout son staff, nous avons créé un groupe for­mi­dable, uni, en to­tale sym­biose avec nos sup­por­ters. Oui, cette équipe a un ave­nir. Ob­jec­tif Eu­ro 2020. Pour moi, jouer avec la sé­lec­tion, por­ter ce maillot à da­mier, même à l'en­traî­ne­ment, m'a tou­jours pro­cu­ré et me pro­cure tou­jours un bon­heur im­mense.

Dans ces sen­sa­tions qui s'en­tre­mêlent, com­ment as-tu fait pour sur­mon­ter les em­bûches, les mo­ments dif­fi­ciles dont tu par­lais tout à l'heure ?

Le cercle, le cercle. En res­tant en­tou­ré par la fa­mille, par des êtres qui te sont chers. Même quand les autres, ceux qui sont en de­hors du cercle, n'y croient plus, il faut conti­nuer à res­ter po­si­tif, conti­nuer d'avan­cer, tra­vailler dur, bien sûr, ne ja­mais se lais­ser ga­gner par la dis­trac­tion. Res­ter concen­tré sur son mé­tier sans ja­mais bais­ser les bras. C'est une obli­ga­tion quo­ti­dienne, mais c'est la base des choses qu'il faut constam­ment avoir à l'es­prit.

A contra­rio, quand tu te re­tournes et que tu contemples cette for­mi­dable an­née, com­ment comptes-tu t'y prendre pour al­ler en­core plus haut, faire mieux ?

Je cherche tou­jours à être le meilleur, à tous les points de vue. Mais là, avec ces tro­phées dans les mains, ça ne va pas être fa­cile. Si j'ar­rive à res­ter à ce ni­veau, ce se­ra in­croyable! ! Ce n'est pas fa­cile d'ar­ri­ver au som­met, mais y res­ter... Ça fait quelques an­nées que j'y suis, j'es­père sim­ple­ment que ce­la va du­rer en­core quelque temps.

En de­hors du foot, Lu­ka Mo­dric est le meilleur/The Best en quoi ?

Ouah, je suis quel­qu'un de simple, d'as­sez mo­deste. Je pri­vi­lé­gie la fa­mille et les amis. Je ne vais pas être très ori­gi­nal, mais je choi­si­rais peut-être d'être le meilleur dans le temps pas­sé avec ma fa­mille. Par­ta­ger de grands mo­ments avec elle. Comme lors de cette cé­ré­mo­nie, par exemple. Je sais que tous ceux qui m'aiment n'étaient pas pré­sents mais je compte bien en pro­fi­ter avec eux, avec eux tous.

Le meilleur joueur de la Coupe du monde (Lu­ka à gauche) et le meilleur jeune de la Coupe du monde (Ky­lian à droite). L'une des images fortes de l'an­née.

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