“le pré­sident rea­gan peut prendre des dé­ci­sions ter­ribles sans consul­ter per­sonne ! ”

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tions et les sa­cri­fices par la force se­ra rui­né. « Don­nez-moi la li­ber­té ou don­nez-moi la mort », di­sait le ré­vo­lu­tion­naire américain Pa­trick Hen­ry. Le choix des di­ri­geants de l’Amé­rique la­tine est main­te­nant entre l’an­nu­la­tion de la dette et la mort po­li­tique.

P — que se pas­se­rait-il, à votre avis, si le monde in­dus­tria­li­sé re­fu­sait d’an­nu­ler la dette?

FC—Si les né­go­cia­tions n’abou­tissent à au­cune so­lu­tion, le tiers monde im­po­se­ra sa so­lu­tion – une an­nu­la­tion uni­la­té­rale de la dette.

P—S’il est peu pro­bable que le monde suive la di­rec­tion que vous pré­co­ni­sez, que voyez-vous comme ré­sul­tat fi­nal?

FC — Si nous vou­lons de­ve­nir des fous fu­rieux, si nous vou­lons conti­nuer la course aux ar­me­ments et main­te­nir cet in­juste ordre éco­no­mique, nous conti­nue­rons sur la voie me­nant à la fa­mine de grande échelle, de grands conflits so­ciaux et – ce qui est en­core pire et pro­bable –, un grand conflit nu­cléaire, jus­qu’à ce que tous les gens, ceux qui sont sains d’es­prit et les fous, soient rayés de la sur­face de la terre.

P—Nous ap­pro­chons du terme de cet en­tre­tien, pas­sons à un su­jet plus per­son­nel : êtes-vous en­core un avide lec­teur ?

FC—oui, bien que mes goûts aient chan­gé avec le temps. Dans ma jeu­nesse, les ro­mans m’in­té­res­saient beau­coup plus que main­te­nant. En pri­son, je li­sais des oeuvres lit­té­raires, éco­no­miques, his­to­riques et po­li­tiques mais, de­puis, j’ai une pré­fé­rence pour des livres d’his­toire, des bio­gra­phies. J’ai lu les mé­moires de Chur­chill, as­sez com­plexes, celles de De Gaulle, aus­si. J’ai aus­si lu de nom­breux livres sur les guerres mon­diales, ceux trai­tant des ac­tions me­nées aus­si bien par les puis­sances oc­ci­den­tales que par les So­vié­tiques. De temps en temps, je re­viens vers les ra­cines de ma langue et je re­lis don Qui­chotte de Cer­vantes, l’une des plus belles oeuvres ja­mais écrites. S’il n’y avait pas de longs pas­sages nar­ra­tifs un peu en­nuyeux, j’en li­rais un ex­trait tous les jours. J’ai aus­si lu toutes les oeuvres d’He- ming­way, la plu­part des écrits de García Már­quez – ro­mans, ou­vrages his­to­riques, ar­ticles de jour­naux. Mais comme nous sommes amis, je ne vais pas vous faire ici l’éloge de son tra­vail.

P — vous avez men­tion­né Don qui­chotte. y a t-il des pro­pos de Don qui­chotte aux­quels vous vous iden­ti­fiez ?

FC—Eh bien, je pense que Don Qui­chotte res­semble à un ré­vo­lu­tion­naire, en par­ti­cu­lier dans son dé­sir de jus­tice, dans cet es­prit du che­va­lier er­rant qui re­dresse par­tout les torts et com­bat les géants. il a été dit que Don Qui­chotte avait été écrit pour ri­di­cu­li­ser les ro­mans de che­va­le­rie. En fait, je pense que c’est l’une des exal­ta­tions les plus mer­veilleuses des rêves de l’homme et de l’idéa­lisme. Nous avons les deux per­son­nages : San­cho, avec ses pieds sur le sol, re­gar­dant tous les pro­blèmes et donnant des conseils, un mo­dèle de pru­dence qui se sou­vient de tous les dé­tails ; et Don Qui­chotte, qui rêve tou­jours d’une cause à dé­fendre. La fo­lie de Don Qui­chotte et la fo­lie des ré­vo­lu­tion­naires sont si­mi­laires. Je suis sûr que Don Qui­chotte n’au­rait pas hé­si­té à faire face au géant du Nord.

P—Au dé­but de notre en­tre­tien, nous vous avons de­man­dé si vous vous consi­dé­riez comme un dic­ta­teur. vous le niez tou­jours ?

Je di­rais que je suis un type de dic­ta­teur sui ge­ne­ris, qui a été sou­mis à l’op­pres­sion, la tor­ture, les de­mandes et les im­po­si­tions d’un jour­na­liste et d’un lé­gis­la­teur des Etats-Unis, et qui a mon­tré qu’il était prêt à dis­cu­ter ou­ver­te­ment, fran­che­ment et sé­rieu­se­ment de n’im­porte quel su­jet.

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