Chère Miss Aout 1965

Playboy (France) - - La Vie Secrète Des Playmates -

Je te connais peu. Je sais que tu t’ap­pelles Lin­da K.Bal­com, que ton nom de scène d’ac­trice et de mo­dèle, c’est Lan­nie, que tu es née à Clark­dale, Ari­zo­na, et que tu as été Play­boy Bun­ny au Chi­ca­go club. Chère Lan­nie, je t’écris car tu me plais. Je suis une fan des six­ties, or avec tes seins dé­voi­lés, ta coif­fure ul­tra-chou­crou­tée, tes marques de bron­zage, et ton pa­nier de pic­nique en osier, tu re­pré­sentes par­fai­te­ment l’es­prit des playmates des an­nées soixante. il fau­dra at­tendre quelques an­nées avant de voir le bas, avant de dé­cou­vrir des toi­sons blondes, brunes, ou rousses. tu ne montres pas tout, toi, mais ton sou­rire so­laire, tes formes, et ta pose, sont Bri­gitte-Bar­desques, et donc puis­sam­ment sexy.

tu me plais aus­si Lan­nie car tu me rap­pelles mes 20 ans. Non, je ne suis pas vieille, je n’ai que 36 ans, mais toi tu en as 24, sur cette image du pho­to­graphe J. Bar­ry o’Rourke. Et tu me rap­pelles ma pas­sion pour le bron­zage, quand j’ai cra­mé mon ca­pi­tal so­laire, entre mes 16 et 25 ans. Chaque été, je vou­lais avoir la marque de bron­zage la plus in­tense pos­sible. J’y met­tais de l’éner­gie : des heures – que dis-je, des jours ! - pas­sés ou à la plage, ou sur des tran­sats à la cam­pagne, ou en­core sur des ter­rasses abri­tées des re­gards, à ap­pli­quer conscien­cieu­se­ment de l’huile so­laire pour bru­nir plus vite. Chaque soir, je vé­ri­fiais dans un mi­roir de salle de bains l’évo­lu­tion du contraste sur mon corps nu. Un été sans marques était le signe d’un été pour­ri. Au­jourd’hui, j’ai ar­rê­té cette quête in­cons­ciente du corps bi­co­lore, et je me tar­tine de crème « in­dice cin­quante » dès les pre­miers rayons de so­leil. Mais je re­pense par­fois avec nos­tal­gie à cette époque. Sais­tu pour­quoi ? Car lorsque je me re­trou­vais nue, la nuit, face à un amant, les par­ties de mon corps pré­ser­vées du so­leil, mes seins, mon pu­bis et mes fesses de­ve­naient comme… phos­pho­res­cents. Même nue, j’avais tou­jours un maillot. Alors très pu­dique, je me sen­tais comme jo­li­ment pro­té­gée par ces cen­ti­mètres car­rés de blan­cheur. Quand je te vois, donc, ce sont mes pre­miers émois, mes pre­mières sen­sa­tions éro­tiques, qui me re­viennent en mé­moire. Et là, mes joues ne bru­nissent pas : elles rou­gissent.

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