LA VIE SE­CRÈTE DES PLAYMATES — CA­MILLE EM­MA­NUELLE

Playboy (France) - - Sommaire -

Chère whit­ney Kaine, lorsque Play­boy pu­blie le nu­mé­ro de sep­tembre 1976, avec cette pho­to de Philip Di­won, tu viens tout juste de fê­ter tes 20 ans.

Tu ne le sais pas, mais tu vas de­ve­nir un ar­ché­type, au sens jun­gien d’une image ori­gi­nelle qui existe dans l’in­cons­cient. Mais oui, rien que ce­la. L’ar­ché­type de l’éro­tisme se­ven­ties. Je suis cer­taine que si je mon­trais l’image à des di­zaines de per­sonnes au­tour de moi, même des per­sonnes nées en 1990, et que je leur de­man­dais : « Quand cette pho­to a-t-elle été prise ? », on me ré­pon­drait im­mé­dia­te­ment : « Dans les an­nées 70. » Pour­quoi ? Pour tes très longs che­veux avec ta frange au mi­lieu. Pour ton vi­sage et ton sou­rire na­tu­rels. Pour ton corps mince, et tes seins de taille moyenne. Pour tes chaus­settes hautes en laine jaune. Pour ta che­mise de l’ar­mée et la plaque mi­li­taire entre tes deux seins – nous sommes juste quelques mois après la fin de la guerre du Viet­nam. Et… et… pour ces ma­gni­fiques poils pubiens que l’on de­vine à contre-jour. Tu n’es pas la pre­mière play­mate à af­fi­cher un mont de Vé­nus. C’est en jan­vier 1971 que Play­boy fait scan­dale, avec la pho­to­gra­phie de la très blonde Liv Lin­de­land. La force éro­tique de ta pho­to, whit­ney, ré­side dans le fait que l’on ne voit fi­na­le­ment très peu ton sexe, ca­ché par la che­mise. Ce que l’on voit, ce que l’on ne peut s’em­pê­cher de re­gar­der, ce sont tes poils châ­tains, in­dis­ci­pli­nés, éclai­rés par une lu­mière do­rée. un jour, whit­ney, j’ai fait un cal­cul. 3 600 eu­ros. L’équi­valent de trois al­lers-re­tours Pa­risNew York, de soixante livres de La Pléiade, de douze dî­ners à la Tour d’Ar­gent, d’un Ves­pa neuf, d’un des­sin ori­gi­nal de Coc­teau… 3 600 eu­ros. Voi­là ce que j’ai dé­pen­sé chez l’es­thé­ti­cienne pour me faire épi­ler le pubis, et ce­ci pen­dant quinze ans, entre mes 15 et mes 30 ans. 3 600 eu­ros et des heures de tor­ture, pour­quoi ? Parce qu’un pe­tit ami de l’époque m’avait dit qu’il trou­vait ça plus « sexy » et plus co­ol pour les cun­ni ? Je vois mal en quoi ma toi­son gê­ne­rait l’aven­ture d’une langue ou de doigts. Parce que je me sens plus « nette » ? Le poil n’a rien de sale. Parce que je trouve ça plus agréable ? Non, si je suis trop épi­lée je ne peux plus dou­ce­ment ca­res­ser mon pubis quand, le soir, je lis ou ré­flé­chis dans mon lit, une de mes ac­ti­vi­tés pré­fé­rées. Donc pour­quoi me suis-je im­po­sé, pen­dant toutes ces an­nées, ces séances dou­lou­reuses, à la fois pour mon por­te­feuille et la peau dé­li­cate de ma chatte ? J’ai tout bê­te­ment sui­vi la mode, et la mode, de­puis les an­nées 1990, n’était pas au poil pu­bien. Au­jourd’hui, j’ai ces­sé d’écou­ter ces in­jonc­tions mo­dernes, et je trouve qu’il n’y a rien de plus éro­tique que de glis­ser sa main dans le jean de son amou­reux/amou­reuse et d’ap­pro­cher cette toi­son ca­chant l’ob­jet de son dé­sir. J’aime cette dé­fi­ni­tion de Ro­land Barthes sur l’éro­tisme : « L’en­droit le plus éro­tique d’un corps n’est-il pas là où le vê­te­ment bâille ? C’est l’in­ter­mit­tence qui est éro­tique : celle de la peau qui scin­tille entre deux pièces ; c’est le scin­tille­ment même qui sé­duit ou en­core : la mise en scène d’une ap­pa­ri­tion-dis­pa­ri­tion. » Sans poils, tout est à nu. Plus de ma­gie, plus de mys­tère. Quand je vois ta pho­to, whit­ney, je pense à cette « in­ter­mit­tence éro­tique ». Et je suis en­core plus ra­vie d’avoir je­té mon abon­ne­ment chez Bo­dy-Mi­nute. Peut-être qu’un jour, mon par­te­naire dé­cou­vri­ra mon sexe avec cette même lu­mière, ce même contre-jour do­ré. Alors, je lui di­rai fiè­re­ment : « Je suis comme whit­ney. »

Pho­to­gra­phie Tom Dixon

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