GAS­PARD GANT­ZER, L’IN­TER­VIEW

Playboy (France) - - Sommaire - En­tre­tien de Guillaume Fé­dou & Ra­phaël Tur­cat Pho­to­gra­phies Guillaume Bel­vèze

Frin­guant, dis­po­nible, connec­té, gas­pard gant­zer ne semble pas trop abî­mé par ses 3 longues an­nées pas­sées aux cô­tés du pré­sident hol­lande au titre de conseiller en chef de sa com­mu­ni­ca­tion, poste oc­cu­pé par un cer­tain Franck Lou­vrier avant lui du temps de Sar­ko­zy et sur­tout par Aqui­li­no Mo­relle, amou­reux de Mon­te­bourg et des chaus­sures ci­rées, que gas­pard a rem­pla­cé en choi­sis­sant un pe­tit bu­reau à l’en­trée de l’Ely­sée cou­pé du faste du Pa­lais mais en vi­gie to­tale sur tout ce qui pou­vait y en­trer ou en sor­tir. un Smart­phone dans chaque main, bran­ché en per­ma­nence sur des ré­seaux so­ciaux qui ont pour­tant failli cau­ser sa chute à plu­sieurs re­prises, avec ce pé­tard ex­hu­mé dans ses pho­tos Fa­ce­book prises en soi­rée, puis ré­cem­ment suite l’élec­tion de son ami Em­ma­nuel Ma­cron, lors­qu’il s’est fait étriller par les Twit­tos pour avoir été pa­ra­chu­té en île et Vi­laine pour les lé­gis­la­tives, notre in­vi­té Play­boy est d’abord un Pa­ri­sien comme on en fait plus. Né et gran­di dans le xVème, cet en­fant de la classe moyenne su­pé­rieure (père os­théo­pathe par­ti vivre à Nîmes, mère pé­diatre à Paris) a la vie pa­ri­sienne bien de­vant lui.

Mal­gré des er­reurs qu’il re­con­nait sans dif­fi­cul­té, ce­lui qui voue une ad­mi­ra­tion sans borne à Ber­trand De­la­noë (son seul men­tor avoué en po­li­tique pour qui il tra­vaille après avoir été le di­rec­teur de ca­bi­net de son ad­joint à la Culture, Ch­ris­tophe gi­rard) a dû­ment été for­mé aux exi­gences du temps néo-mé­dia­tique. L’un de ses re­grets reste sans doute cette vi­site chez une Fran­çaise, Lu­cette, qui n’avait rien de­man­dé sauf un nou­veau té­lé­vi­seur, peu­têtre, aux gen­tilles per­sonnes de la mai­rie ve­nues frap­per à sa porte pour lui an­non­cer la ve­nue du Pré­sident de la Ré­pu­blique (sans doute dé­jà la plus mau­vaise idée de gis­card à l’époque). C’était ri­di­cule et gas­pard n’en est pas fier, et même s’il n’est évi­dem­ment pas seul sur le coup, il as­sume. Sur les livres qui ont tor­pillé le quin­quen­nat, il ré­pond tout aus­si fran­che­ment dans cette in­ter­view don­née au Zim­mer, son ca­fé pré­fé­ré sur la place du Châ­te­let où il re­trouve (Ha­sard? Non je ne crois pas) des cou­sines à lui :amou­reux fou du PSg ce type EST Paris, ce­lui des af­faires, du pou­voir, des mé­dias, de tout, il fait par­tie de la bande à Fo­giel en cette ren­trée sur rTL rue Bayard et tel un Na­po­léon en mode Pont d’Ar­cole s’ap­prête à pu­blier un livre sur ses Trois glo­rieuses pas­sées aux cô­tés du Pré­sident à la de­mande de la di­rec­trice des édi­tions Fayard. Avant un re­tour en po­li­tique?

P—Play­boy a choi­si comme thème de ren­trée la ville de Paris, son rayon­ne­ment mais aus­si ses vé­ri­tés, sa place dans le pays, que cer­tains jugent hy­per­tro­phiée. Et tu nous as sem­blé (on se tu­toie car nous sommes de la même gé­né­ra­tion) l’in­car­ner au moins à l’égal d’une NKM (rires)

G — Je ne suis pas ob­jec­tif s’agis­sant de Paris, car j’ai gran­di et étu­dié ici, j’ai tra­vaillé pour cette ville... Je l’aime éper­du­ment. Quelques rares in­fi­dé­li­tés : long­temps pen­dant mes va­cances, je suis al­lé à Nîmes où ha­bite mon père. Puis je suis par­ti un an à New York dans le cadre de Scien­ces­po, plus tard à l’ENA j’ai vé­cu six mois à Ba­ma­ko, six mois à Gre­noble et six mois à Stras­bourg. Alors oui, notre pays est cen­tra­li­sé, ja­co­bin. Paris re­groupe la plu­part des centres éco­no­miques, cultu­rels et mé­dia­tiques. il y a cette po­la­ri­té que l’on re­trouve dans les images, à la té­lé­vi­sion… Pour au­tant, est-ce que la place de la ca­pi­tale est hy­per­tro­phiée ? Je ne sais pas. il y a eu pas mal d’ef­forts de dé­cen­tra­li­sa­tion, la créa­tion des grandes ré­gions, plus de pou­voirs don­nés aux grandes mé­tro­poles comme Bor­deaux, Nantes ou Tou­louse… Quand j’étais à l’Ely­sée avec Hol­lande, nous nous sommes énor­mé­ment dé­pla­cés, sur tout le ter­ri­toire. Pas un seul dé­par­te­ment ne nous a échap­pés et je pense qu’on peut très bien conce­voir sa vie au­tre­ment qu’en vi­vant à Paris même si moi j’y suis très heu­reux.

P—On as­siste à un mou­ve­ment de ré­ha­bi­li­ta­tion (partielle, certes) du bi­lan de hol­lande à la fa­veur des bon si­gnaux en­voyés par le monde éco­no­mique.

G — J’ai tou­jours pen­sé que Hol­lande avait eu beau­coup de mé­rite. Je reste mar­qué à vie par son at­ti­tude lors des at­ten­tats, de jan­vier et no­vembre 2015, à Paris, jus­te­ment, même s’il y en a aus­si eu ailleurs, en isère et à Nice no­tam­ment. Ce qu’il a fait pen­dant ces jour­nées-là pour sou­der le pays a été ex­cep­tion­nel. Le 11 jan­vier 2015 par exemple, il a réus­si à faire ve­nir à Paris Mer­kel, ibra­him Bou­ba­car Keï­ta, Ren­zi, Ab­bas, Ne­ta­nya­hou et 4 mil­lions de Fran­çais der­rière eux… Ce genre de mo­ment, ce genre d’images et les mots qu’il a pu pro­non­cer ont été dé­ci­sifs et ont per­mis au pays de se te­nir de­bout. Nous avons su trou­ver en nous des res­sorts po­si­tifs, la li­ber­té d’ex­pres­sion, l’ir­ré­vé­rence, l’in­so­lence qui sont des va­leurs fran­çaises mais aus­si pa­ri­siennes.

P—On a dit qu’il en­dos­sait en­fin le cos­tume (La Fin du Stage de Fran­çoise Fres­soz) à la suite de ces at­ten­tats mais n’estce pas un peu dé­ri­soire quand on pense au rôle de co­or­di­na­tion que Hol­lande a te­nu pen­dant ces deux jour­nées ter­ribles de jan­vier 2015 ?

G — Hol­lande a te­nu un rôle opé­ra­tion­nel bien sûr, co­or­don­nant avec Valls et Ca­ze­neuve les ac­tions de po­lice, de gen­dar­me­rie et de ren­sei­gne­ment mais, le plus im­por­tant, c’est le ma­gis­tère de la pa­role pour te­nir les gens en­semble. C’est ça le plus dif­fi­cile. Le 13 no­vembre 2015 au soir, nous nous sommes ren­dus en ur­gence de­vant le Ba­ta­clan où l’am­biance - et ce n’est pour­tant pas le quar­tier le plus fer­mé de Paris - était épou­van­table. Des gens hur­laient des pro­pos ra­cistes par la fe­nêtre, ap­pe­laient à la ven­geance… C’était mons­trueux, beau­coup avaient en­vie d’en dé­coudre. Les dis­cours étaient ex­trê­me­ment rudes et la tâche du Pré­sident, donc notre tâche à tous, a été d’évi­ter un dé­but de guerre ci­vile.

P—Tu as l’air per­son­nel­le­ment en­core très tou­ché par ces évè­ne­ments.

G — Le Ca­rillon, le Pe­tit Cam­bodge, la Belle Equipe, c’était là où j’al­lais, où tu al­lais sans doute. Toi, moi, comme plein d’autres, au­rions pu nous re­trou­ver là-bas. il y a eu 130 morts et des cen­taines de bles­sés. Nous au­rions pu bas­cu­ler du mau­vais cô­té et en­trer dans une spi­rale de ven­geance et de di­vi­sion. Mais je pense que nous avons su dé­pas­ser ce­la et peut-être même en som­mes­nous res­sor­tis meilleurs.

P—à ce mo­ment pré­cis une sorte de consen­sus au­tour de la “pré­si­den­tia­li­sa­tion” de Fran­çois Hol­lande se fait jour… On a dit par­tout que c’était un “sans­faute ”.

G — oui, je me sou­viens no­tam­ment quand Hol­lande, après l’énon­cé des noms de vic­times dans la cour des in­va­lides le jour de l’hom­mage na­tio­nal, un mo­ment dé­chi­rant, a pro­non­cé un très beau dis­cours sur la “gé­né­ra­tion Ba­ta­clan ”. Cette gé­né­ra­tion, ce n’est pas une seule­ment ques­tion d’âge, mais de culture et de mode de vie. une gé­né­ra­tion qui aime la mu­sique, la fête, les bars, les res­taus, les soi­rées entre potes du ven­dre­di soir. Ce genre de mo­ments a été très fort. il y en a eu beau­coup d’autres pen­dant le quin­quen­nat, comme lors­qu’il a em­pê­ché la Grèce d’être ex­clue de la zone eu­ro, ou quand il a te­nu bon face à la Ma­nif pour tous, qui pou­vait rap­pe­ler les ma­nifs de droite pour l’école libre ayant me­né au re­trait de la loi Sa­va­ry en 84 sous Mit­ter­rand.

P — Il s’agit sur­tout d’une ré­éva­lua­tion sur la part éco­no­mique de son quin­quen­nat, mar­quée par le CICE et la loi Ma­cron, jus­te­ment, qui pro­fite aus­si des taux d’in­té­rêt ex­cep­tion­nel­le­ment bas en France de­puis quelques an­nées. Du coup cha­cun veut dire “c’est moi qui l’ai fait”, comme dans la pu­bli­ci­té.

G — At­ten­dez c’est très sé­rieux et im­por­tant, là : si les taux d’in­té­rêt sont ex­cep­tion­nel­le­ment bas, et qu’ils le res­tent, ce n’est pas par l’opé­ra­tion du Saint-Es­prit ! Ce­la vient de la Banque cen­trale eu­ro­péenne au­près de la­quelle la France a pe­sé. Entre 2012 et 2014, la France n’a ces­sé de ré­pé­ter à l’Al­le­magne qu’il fal­lait lais­ser Ma­rio Dra­ghi in­jec­ter des li­qui­di­tés sur les mar­chés contre l’avis de Mer­kel. Hol­lande a ga­gné ce bras de fer. Par ailleurs, si on em­prunte au­jourd’hui avec des taux d’in­té­rêt plus bas, c’est aus­si parce que l’on a as­sai­ni les fi­nances pu­bliques. Alors, bien sûr, il y a aus­si la conjonc­ture mon­diale, mais on ne peut pas dire qu’elle est la seule cause de la re­prise éco­no­mique en France.

P—qu’est-ce qui a clo­ché alors si Hol­lande a tout réus­si ? La com­mu­ni­ca­tion?

G — La com­mu­ni­ca­tion est loin d’avoir été par­faite. Je le concède bien vo­lon­tiers. L’af­faire Lu­cette par exemple… C’était to­ta­le­ment im­pro­vi­sé. Cette pauvre Lu­cette Bro­chet avait été brie­fée en amont par un em­ployé de mai­rie trop zé­lé. Ce n’était pas brillant. Mais je crois que le vrai pro­blème n’a pas été la com­mu­ni­ca­tion. Nous avons sur­tout souf­fert des di­vi­sions au sein du gou­ver­ne­ment et de la ma­jo­ri­té de gauche au Par­le­ment. Cer­tains étaient plus at­ti­rés par leur suc­cès per­son­nel que par la réus­site col­lec­tive. un suc­cès bien re­la­tif d’ailleurs pour cer­tains… (sou­pir) Ce néo-nar­cis­sisme contem­po­rain par­fois proche de la té­lé-réa­li­té a don­né une piètre image de la classe po­li­tique.

P — Tu as com­men­cé avec ro­bert Za­ra­der et main­te­nant tu t’as­so­cies à De­nis Pin­gaud dans ta société so­bre­ment in­ti­tu­lée “2017”. Com­ment quel­qu’un is­su de la classe moyenne et qui n’a pas connu 68 peut-il se re­trou­ver avec ces trots­kistes ?

G — (Grand rire) Très bonne ques­tion… Je n’ai dé­cou­vert que tar­di­ve­ment que De­nis Pin­gaud, mon as­so­cié dans “2017 ”, avait été trots­kiste. C’est une sorte de secte à la­quelle je ne com­prends rien. il faut soit en être un his­to­rien soit l’avoir vé­cu de l’in­té­rieur. J’avoue que leur pas­sion pour la po­li­tique, leur sens de la conquête du pou­voir et leur ca­pa­ci­té à em­me­ner l’opi­nion avec eux me fas­cinent. ils sont très ha­biles dans l’éva­lua­tion des rap­ports de force. Le mau­vais cô­té ce sont leurs guerres de cha­pelle, et cet en­trisme qui mène à la du­pli­ci­té… Mais bon, c’est tout de même le pas­sé. Ce­la a un cô­té un peu vintage, très 20 ème siècle.

P—Sans doute ai­dé de trots­kistes pa­ten­tés, on ne ci­te­ra pas de noms, Hol­lande prend le pou­voir en 2012, quand tu es en­core conseiller de Ber­trand De­la­noë à la mai­rie de Paris, et dis­pose d’ab­so­lu­ment tous les pou­voirs, na­tio­naux et lo­caux. gou­ver­ne­ment, As­sem­blée, puis le Sé­nat qui bas­cule à gauche pour la pre­mière fois de son his­toire, les ré­gions, les dé­par­te­ments, les grandes villes… . Et quand Hol­lande ar­rive au pou­voir avec tout ça, il dit “on aug­mente le SMIC de 0,3 % ”. un peu trop nor­mal non ? Voire norm­core...

G — La prise de fonc­tion d’Hol­lande est ex­trê­me­ment sé­rieuse et rai­son­nable en ef­fet. A l’époque, je tra­vaillais avec De­la­noë, et de l’ex­té­rieur j’ai trou­vé le dé­but de man­dat un peu sage. on at­ten­dait qu’il se passe un truc par jour après le man­dat de Sar­ko, et Hol­lande vou­lait tel­le­ment rompre avec lui qu’il a pré­fé­ré prendre son temps, en ap­pa­rence. il vou­lait à tout prix évi­ter cette im­pres­sion d’ur­gence sar­ko­zyste. Ma­cron a com­mis un peu la même er­reur en mi­sant tout sur l’Eu­rope et l’in­ter­na­tio­nal au dé­but de son man­dat. il se fait au­jourd’hui rat­tra­per par la si­tua­tion que vivent les gens. il y a une forme de dis­tor­sion entre son image maî­tri­sée et les at­tentes des Fran­çais, même si le Pré­sident a en­core beau­coup d’atouts en main.

P — Tu nous parles de De­la­noë, jus­te­ment on se de­man­dait si ce n’était pas lui le meilleur com­mu­ni­cant que tu aies connu.

G — Le meilleur com­mu­ni­cant c’est De­la­noë, clai­re­ment. Deux ans avec lui ça vaut deux cent ans avec n’im­porte qui.

P—De l’ex­té­rieur ça avait l’air plu­tôt sym­pa et fa­cile de bos­ser avec quel­qu’un comme De­la­noë, l’“ho­mo fes­ti­vus” qui a fait Paris-Plage, l’Au­to­lib…

G — C’est vrai que quand j’ai dit à mes co­pains de l’ENA que j’al­lais bos­ser dans la com, dé­jà ils ont pen­sé que j’étais per­du pour la cause. Mais quand je leur ai dit que c’était pour as­su­rer celle de De­la­noë, c’est comme si je leur di­sais que je par­tais aux Ba­ha­mas ! ils ne se ren­daient pas compte du ni­veau d’exi­gence du maire de Paris en ma­tière de com­mu­ni­ca­tion. il li­sait tout, com­pul­sait tout, et sur­tout il avait com­pris que le plus im­por­tant c’était d’écou­ter les gens. Rien ne rem­place le contact di­rect dans la rue, le mé­tro, le ca­fé, et ça De­la­noë le fai­sait très bien. Comme il est de­ve­nu connu et ne pou­vait pas sor­tir en se ca­mou­flant der­rière un cha­peau ou une fausse barbe, c’était à nous d’al­ler hu­mer le ter­rain. Bonne école.

P — hol­lande a beau­coup fait ça aus­si, non ?

G — C’est ce qu’Hol­lande fait à la fin, oui, mais un peu tard sans doute. Et puis De­la­noë avait une ri­gueur dans la com­mu­ni­ca­tion. il ne lais­sait rien au ha­sard. un jour de 2011 il m’a en­gueu­lé comme du pois­son pour­ri car je lui avais pro­po­sé une émis­sion sur RTL pour le len­de­main ma­tin alors qu’il y avait un dé­bat de la pri­maire so­cia­liste qu’il ne pou­vait pas voir à la té­lé le soir même. il m’a dit “mais com­ment tu peux m’en­voyer dans une ma­ti­nale où Apa­thie va for­cé­ment me par­ler du dé­bat? Er­reur Gas­pard, si tu me pro­grammes une émis­sion le ma­tin tu dois re­gar­der ce que je fais la veille ”. Quand on fai­sait une in­ter­view, il as­su­rait la re­lec­ture, le titre, le choix des pho­tos. De­la­noë li­sait tout et écou­tait tout ce qui se di­sait sur Paris. il m’ap­pe­lait souvent le sa­me­di après­mi­di, “dis donc Gas­pard j’es­père que tu as vu. Heu­reu­se­ment que je suis là pour faire ton tra­vail car je viens de re­gar­der le jour­nal sur FR3 Île de France, il y a eu un re­por­tage sur la pro­pre­té dans le XVème ar­ron­dis­se­ment, et des choses fausses ont été dites, sans qu’on puisse ra­pi­de­ment ap­por­ter une ré­ponse ”. il ne lais­sait vrai­ment rien pas­ser !

P—De­la­noë au­rait pu être pré­sident se­lon toi ?

G — il était bien po­si­tion­né en 2008, sa ré­élec­tion à Paris en avait fait l’homme le plus po­pu­laire à gauche et de loin, mais il avait trop che­mi­né en de­hors des cou­rants du PS et du coup man­quait de sou­tien au sein du par­ti. il te­nait à res­ter libre et in­dé­pen­dant, il n’était prêt à faire les sa­cri­fices pour se fa­der Sol­fé­ri­no à l’époque… Et puis ce n’est pas simple de se bâ­tir un des­tin na­tio­nal quand on est aus­si pa­ri­sien que De­la­noë ! Chi­rac avait réus­si car il avait un pied en Cor­rèze, un “ar­rière-pays ”… C’est la contra­dic­tion fran­çaise, on est un pays cen­tra­li­sé fier de sa ca­pi­tale mais qui la ja­louse aus­si beau­coup. Qu’est-ce qu’il a de plus dé­tes­té qu’un Pa­ri­sien sur le ter­ri­toire na­tio­nal? on adore la ville de Paris mais les Pa­ri­siens n’ont pas bonne presse en pro­vince. Moi j’ai cir­cu­lé une grande par­tie de l’été avec ma plaque 75 et je sen­tais bien que l’on me re­gar­dait de biais quand même (rires).

P—Tu es sans doute plus à l’aise dans la rue de rennes ? (*of­fi­ciel­le­ment in­ves­ti pour les lé­gis­la­tives à Rennes, il dé­cline po­li­ment en ar­guant que “ce n’est pas une bonne idée” et in­voque ses at­taches pa­ri­siennes même s’il semble qu’il y ait eu une pres­sion de Jean-Yves le Drian, ndr)

G — Ahah, tu fais al­lu­sion au mon­tage sur Twit­ter (voir pho­to) ! Aux der­nières lé­gis­la­tives j’ai failli me pré­sen­ter en Île et Vi­laine, bon ça n’a pas fait long feu. Je pen­sais avoir l’ha­bi­tude des cri­tiques, car je m’étais quand même bien fait at­ta­quer le jour de mon ar­ri­vée à l’Ely­sée, quand un type qui avait fouillé dans mon Fa­ce­book a trou­vé une vieille pho­to de soi­rée avec un pé­tard. Après ça j’ai du faire at­ten­tion à tout ce que je pos­tais, on ne pou­vait pas me voir au ski ou en soi­rée, ni à la plage ! Le pire c’est qu’une co­pine m’avait conseillé de net­toyer mon Fa­ce­book

et j’avais com­men­cé à le faire mais y’avait tel­le­ment de pho­tos ! il y en a for­cé­ment un qui al­lait tom­ber sur une pho­to de soi­rée où l’on me ver­rait avec une ci­ga­rette qui fait rire.

P—Tu t’en es plu­tôt bien sor­ti, la po­lé­mique n’a pas du­ré une semaine.

G — L’er­reur au­rait été de nier, j’ai as­su­mé et donc ça a te­nu deux jours. Sur les lé­gis­la­tives à Rennes, je trou­vais que c’était ex­ces­sif, les ré­ac­tions ont souvent été plus vio­lentes que le mon­tage dont tu parles. Au dé­part c’était l’idée de Ma­cron, il sa­vait que je vou­lais être élu. J’ai été ten­té, mais en tant que Pa­ri­sien jus­qu’au bout des ongles, ce­la au­rait été un re­non­ce­ment…

P—Tu n’étais sans doute pas as­sez “en marche ”, ou ne mar­chais pas as­sez vite…

G — C’était sur­tout un signe du des­tin, même si je ne suis pas dé­vot : il fal­lait que je reste. Si un jour je me lance en po­li­tique, ce se­ra à Paris, au moins on ne di­ra plus que je vais en pro­vince par “op­por­tu­nisme ” (al­lu­sion à la ré­ac­tion de la can­di­date PS Gaëlle An­dro en Île et Vi­laine ré­vul­sée par ce “pa­ra­chu­tage ” qui au­ra du­ré 24 heures, ndr)

P — Sous l’éti­quette En Marche ?

G — J’ai beau­coup d’ami­tié et même d’ad­mi­ra­tion pour Em­ma­nuel Ma­cron que je connais de­puis de très nom­breuses an­nées mais je ne me re­con­nais pas non plus to­ta­le­ment dans l’ADN d’En marche, le cô­té ni de droite ni de gauche, qui de­vient “et de droite et de gauche”, c’est pas mon truc. Je sou­haite que ça aille pour lui mais c’est fi­na­le­ment mieux comme ça, que je sois en de­hors. Ma bê­tise est de ne pas avoir dit non tout de suite à cette in­ves­ti­ture, au lieu de me ra­vi­ser au bout de 24 heures.

P—Ne ris­quais-tu pas de perdre contact avec ton ca­ma­rade de l’ENA ?

G — on a tou­jours eu de bonnes re­la­tions avec Em­ma­nuel, sauf entre sep­tembre et dé­cembre 2016, après qu’il ait quit­té le gou­ver­ne­ment pour lan­cer sa cam­pagne.

P — il y aus­si cette pho­to prise sur le per­ron de l’Ely­sée après sa no­mi­na­tion à Ber­cy, vous avez l’air si heu­reux d’être en­semble au som­met (pho­to page 80)… Comme un ef­fet de gé­né­ra­tion.

G — C’est vrai que l’on s’est tou­jours sou­te­nus mu­tuel­le­ment. on a des liens forts, et en­core au­jourd’hui, même si l’on est clai­re­ment pas­sés dans une autre phase, lui comme moi. une page se tourne cette an­née, c’est pour ça que j’ai ap­pe­lé ma société “2017 ”. Je suis fi­na­le­ment as­sez sou­la­gé de par­tir dans le pri­vé. on par­lait de mon compte Fa­ce­book tout à l’heure. Avec le re­cul, c’est tout de même as­sez usant de de­voir faire at­ten­tion à tout, tout le temps. La po­li­tique est souvent un fes­ti­val d’hy­po­cri­sie au nom d’une exi­gence de trans­pa­rence qui d’ailleurs n’en est pas une.

P—Ra­conte nous une soi­rée entre étu­diants avec Ma­cron, vous sor­tiez beau­coup pen­dant vos an­nées à l’ENA ?

G — Beau­coup de dî­ners, d’apé­ros, à l’aca­dé­mie de la Bière de Stras­bourg, la Biers­tube qui n’a plus de se­crets pour moi. on sor­tait, mais les boîtes de nuit c’était pas vrai­ment son truc… En re­vanche on s’est fait deux ou trois ka­rao­kés, no­tam­ment un ka­rao­ké à Stras­bourg qui s’ap­pe­lait le Bun­nies, c’est ca­deau pour Play­boy, vrai­ment bas de gamme mais très sym­pa, on a chan­té Que je t’aime de John­ny, Qu’est-ce que tu fais pour les va­cances de Da­vid & Jo­na­than. Bon j’au­rais pré­fé­ré du Pete Do­her­ty mais trouve-moi le ka­rao­ké où l’on pour­rait chan­ter du Ba­by­shambles ! Même les Doors…

P—une co­pine qui était au ly­cée jé­suite de la Pro­vi­dence avec lui à Amiens m’a dit qu’il avait eu une pé­riode Joe Sa­tria­ni, les che­veux longs…

G — Ahah je n’ai ja­mais en­ten­du cette his­toire ! Pour moi Ma­cron aime plu­tôt Az­na­vour, John­ny… et De Gaulle ou Mit­ter­rand en po­li­tique ! La ver­ti­ca­li­té en mu­sique et en po­li­tique se ré­pondent (rires)

P — Ain­si il ai­mait les chan­teurs ju­pi­té­riens, avec des grosses voix ?

G — Je te laisse cette ex­pres­sion... Plus sé­rieu­se­ment Em­ma­nuel, quand il dé­cide se faire sa pho­to of­fi­cielle il met Sten­dhal et Gide en évi­dence sur la table, j’adore l’idée des livres mais pour­quoi n’y a t-il pas Des­pentes et Houellebecq à la place? Ce­la se­rait plus in­at­ten­du non ? Pour re­ve­nir à la po­li­tique, quand on cherche à com­pa­rer Em­ma­nuel Ma­cron à d’autres di­ri­geants, on de­vrait pen­ser à Jus­tin Tru­deau mais bi­zar­re­ment per­sonne n’y pense. C’est sim­ple­ment qu’Em­ma­nuel n’est pas ob­sé­dé par les trucs de sa gé­né­ra­tion, il est au-de­là des gé­né­ra­tions, et c’est aus­si sa force.

P — un ef­fet Bri­gitte ?

G — Non je crois qu’elle est peut-être plus bran­chée que lui ! Sans doute se com­plètent-ils sur ce plan. En tous cas ils sont ex­trê­me­ment amou­reux, avec beau­coup d’at­ten­tions l’un pour l’autre. C’est im­pres­sion­nant quand on les voit en­semble.

P—re­ve­nons au mé­tier. Au-de­là de telle ou telle pé­ri­pé­tie, Léo­nar­da ou la pluie sur île de Sein, ou le scoo­ter ou je ne sais quoi en­core, deux livres tor­pillent le quin­quen­nat. L’un qui était in­ar­rê­table, ce­lui de Trier­wei­ler, et l’autre to­ta­le­ment ar­rê­table, ce­lui de Da­vet et Lhomme.

G — oui sur Mer­ci pour ce mo­ment on ne pou­vait rien faire, il s’agis­sait d’une opé­ra­tion édi­to­riale ex­trê­me­ment bien me­née, le choc a été tel­le­ment fort, dans l’his­toire de l’édi­tion on n’a ja­mais vu ça, 1 mil­lions d’exem­plaires…

P — Et l’autre? Da­vet et Lhomme ?

G — Quand je suis ar­ri­vé à l’Ely­sée, on m’a très vite dit qu’il re­ce­vait des jour­na­listes qui le sui­vaient de­puis 2012. il pen­sait re­si­tuer son ac­tion dans le long cours, pour dé­pas­ser le day to day bu­si­ness. Le Pré­sident vou­lait re­mettre son ac­tion en pers­pec­tive. Ce­la avait du sens, au dé­part je me suis dit “pour­quoi pas ?” Et puis le tan­dem Da­vet et Lhomme était un choix ico­no­claste mais au moins ils étaient in­dé­pen­dants et res­pec­tés, et sur­tout je me suis dit qu’il sa­vait for­cé­ment ce qu’il fai­sait. Jus­qu’à ce que je re­çoive une très très grosse alerte au mois de no­vembre 2014. Da­vet et Lhomme ve­naient de sor­tir Sar­ko m’a tuer en in­tro du­quel ils fai­saient état d’une conver­sa­tion que Jean-Pierre Jouyet avait eue avec Fran­çois Fillon, confiée en off. Fillon au­rait de­man­dé au Se­cré­taire Gé­né­ral de l’Ely­sée de “ta­per sur Sar­ko­zy ”. Ce­la a fait tout un pa­ta­quès. il y a eu un pro­cès, que Jouyet a ga­gné d’ailleurs, mais cette his­toire m’a fait prendre conscience de beau­coup de choses. Da­vet et Lhomme n’avaient eu au­cun état d’âme en cas­sant le off de leur dis­cus­sion avec Jouyet, et avaient même dif­fu­sé des en­re­gis­tre­ments du dé­jeu­ner. Alors, j’ai dit à Hol­lande, “estce qu’on peut leur faire confiance ? ” Jouyet était le meilleur ami de Hol­lande, je lui ai dit “tu as vu ce qu’ils ont fait à ton Se­cré­taire Gé­né­ral, ton meilleur ami, est-ce peut-on vrai­ment croire ces jour­na­listes ?”

P—Mais il est tom­bé ac­croc à eux, j’ima­gine, et vou­lait ra­con­ter la suite.

G — Non au dé­part il es­pace les ren­contres avec eux, il semble suivre mon conseil mais je me rends compte peu à peu qu’il conti­nue à les voir, en main­te­nant le flou au­tour de ces ren­dez-vous, et quand je lui en parle il as­sure qu’“il n’y au­ra pas de pro­blème avec le livre ”. C’est vrai que le livre n’est pas né­ga­tif pour Hol­lande quand on le lit en en­tier. on y en­tend une per­son­na­li­té à part, le lec­teur res­sent la com­plexi­té des dé­ci­sions, c’est un livre très hu­main, mais on au­rait du re­lire les ci­ta­tions at­tri­buées au Pré­sident. Sauf que per­sonne n’y est par­ve­nu. C’est la que l’on voit que Hol­lande sait très bien ce qu’il fait, il vou­lait ce livre tel quel ! Quand je le voyais par­ler avec des jour­na­listes po­li­tiques, il gé­rait tou­jours à la per­fec­tion, avec un art de mettre en va­leur son ac­tion. J’avais confiance, comme toute l’équipe.

P—Et lui avait confiance en Da­vet et Lhomme au point de ré­vé­ler des af­faires d’Etat, comme les “mis­sions ho­mo” consis­tant à éli­mi­ner des cibles ter­ro­ristes en se­cret.

G — Avec eux il était en confiance, oui, c’est cer­tain ! Trop peut-être. Je ne suis pas d’ac­cord avec toi sur les opé­ra­tions “ho­mo ” à do­mi­cile (exé­cu­tions ci­blées de ter­ro­ristes) il les avait dé­jà évo­quées pu­bli­que­ment, on le sa­vait tous, et dans un bou­quin de Vincent Nou­zille, Les Tueurs de la Ré­pu­blique, tout était ex­pli­qué par le me­nu. Non ce qui a po­sé pro­blème ce sont toutes les ap­pré­cia­tions per­son­nelles qu’il pou­vait don­ner sur Ay­rault, Bar­to­lone, ou en­core sur les ma­gis­trats qu’il au­rait trai­tés de lâches, pro­pos qui lui ont cau­sé le pire des torts.

P—Sans doute avait-il peur d’être ba­layé par l’His­toire et vou­lait-il lais­ser sa propre trace ?

G — C’est l’ob­jet prin­ci­pal du livre, à l’évi­dence. Sauf que per­sonne ne l’a lu en en­tier.

P—Ce n’est pas ta faute donc, ce Pré­sident qui n’au­rait pas du dire ça et en­core moins le lais­ser pu­blier en l’état ?

G — Ma seule fai­blesse a été de ne pas me­su­rer suf­fi­sam­ment ce qui était en train de se tra­mer. J’avais fait mon bou­lot en le pré­ve­nant dès 2014, mais après c’était lui le boss.

P — Fal­lait-il re­mettre de la ver­ti­ca­li­té dans tout ça ? ré­ha­bi­li­ter la chain of com­mand.

G — on ne peut pas tout faire et en­core moins dé­ci­der à sa place, c’est lui le Pré­sident élu par les Fran­çais. il y a des mo­ments où il est face à lui-même. un peu comme pour son dis­cours d’adieu, l’émo­tion était trop forte pour que l’on puisse s’im­mis­cer. Le truc po­si­tif c’est que pour une fois nous avons réus­si à sur­prendre la presse.

P— De­puis sa prise de pa­role au der­nier­fes­ti­val d’An­gou­lême, il “im­prime ” en­fin.

G — oui il ap­pa­raît plus dé­lié, plus libre, au­jourd’hui. C’est bien nor­mal, pour le coup !

P—Es-tu res­té avec Hol­lande jus­qu’à la der­nière heure afin de pas­ser pour “le plus fi­dèle d’entre tous ” ?

G — Par fi­dé­li­té, oui, mais aus­si par in­té­rêt , car c’est ab­so­lu­ment unique comme ex­pé­rience. Et comme j’avais ra­té la der­nière an­née avec De­la­noë, ce que je re­grette (il est nom­mé au Quai d’or­say comme conseiller de Fa­bius avant de re­joindre la Pré­si­dence, ndr) je me suis dit ce coup-ci j’al­lais res­ter jus­qu’au bout. Bon il me reste le dé­but à faire, je n’ai ja­mais fait le dé­but (rires) !

P — Pas d’amer­tume donc à pro­vi­soi­re­ment quit­ter la po­li­tique ?

G — une page s’est tour­née, et j’aime bien l’idée des sé­quences dans la vie. J’avoue que ce­la m’au­rait en­nuyé de re­tour­ner dans l’ad­mi­nis­tra­tion, de prendre un poste de haut-fonc­tion­naire ou d’al­ler dans un grand groupe pri­vé pour faire le char­gé de mission au­près d’un pa­tron. J’avais en­vie de li­ber­té. C’est pour ça que j’ai créé “2017 ”, avec De­nis Pin­gaud et Ro­man Abreu. L’idée est de conseiller des di­ri­geants de grands groupes ou de start-ups. En re­vanche, je ne conseille­rai pas le gou­ver­ne­ment ac­tuel. A titre bé­né­vole je peux conti­nuer à dis­cu­ter avec mes amis dans l’en­tou­rage d’Em­ma­nuel Ma­cron. Quand ils me pro­posent de dé­jeu­ner ou de boire un ca­fé, je le fais avec plai­sir, mais ce ne sont pas mes clients.

P — un conseil gra­tuit à don­ner à l’équipe de Ma­cron?

G — Être soi-même…

P — un peu fa­cile, comme conseil.

G — Tu veux faire mi­nistre quand t’es mi­nistre, faire maire quand t’es maire… or, je crois que l’on a élu Em­ma­nuel Ma­cron pour ce qu’il était, pour qui il était, et non pas pour sim­ple­ment in­car­ner une fonc­tion. Je pense qu’il ga­gne­rait à re­trou­ver le souffle et l’es­prit qu’il avait dé­ve­lop­pés pen­dant sa cam­pagne. Celle d’une mo­der­ni­té po­si­tive, op­ti­miste. Le slo­gan de Jup­pé, l’iden­ti­té Heu­reuse, était un bon slo­gan mais pas por­té par la bonne per­sonne. Jup­pé donne plu­tôt l’image d’aus­té­ri­té, de ri­gueur, de sé­rieux, tan­dis que Ma­cron in­carne la “po­si­tive at­ti­tude ” de Lo­rie (rires). En ce mo­ment, on est peut être trop sur le ré­ga­lien.

P—C’est soi-di­sant ce que les Fran­çais de­mandent.

G — Les Fran­çais sou­haitent que ça marche. C’est ce à quoi ils ont cru pen­dant la cam­pagne. il y a un truc que Ma­cron sait bien faire, c’est par­ler de l’ave­nir, don­ner une vi­sion. C’est son cô­té pro­phète de la nou­velle éco­no­mie à la Elon Musk, Steve Jobs… Quand il a fait son bou­quin Ré­vo­lu­tion ça m’a fait pen­ser aux fa­meuses Key­notes de Steve Jobs qui com­men­çaient tou­jours par “this is a re­vo­lu­tion ” avant de pré­sen­ter ses nou­veaux pro­duits en pu­blic… La “start up na­tion”, dont cer­tains se moquent, c’est mo­bi­li­sa­teur, on se dit “ça va mar­cher”. Ma­cron avait réus­si à re­prendre ce que Sar­ko­zy avait très in­tel­li­gem­ment fait en 2007, cette éner­gie du “En­semble tout de­vient pos­sible ”. on peut y ar­ri­ver. Après presque dix ans de crise, les at­ten­tats, on a ce pré­sident jeune-là avec qui on peut y ar­ri­ver, or en ce mo­ment l’on res­sent moins cet état d’es­prit.

P—Est-ce lié à l’Ely­sée, sorte de châ­teau mau­dit qui plom­be­rait tous les élans ?

G — Y’a un truc phy­sique avec ce lieu. Les nou­veaux pré­si­dents se disent tous que s’ils sont élus, ils fe­ront dif­fé­rem­ment et une fois qu’ils sont de­dans - c’est pour ça que per­son­nel­le­ment j’ai tou­jours te­nu à être dans un pe­tit bu­reau à l’en­trée du bâ­ti­ment, pour ne pas suc­com­ber au faste des “ors de la Ré­pu­blique” - ils sont sai­sis par la peur de ne pas être re­con­nus comme lé­gi­times ou à leur place. D’où leur ob­ses­sion de “faire pré­sident ” et le sou­dain goût du pro­to­cole, des cé­ré­mo­nies, des dé­pla­ce­ments à l’étran­ger… Alors que ce qu’on at­tend d’eux c’est qu’ils gardent l’es­prit mo­bile, frais, libre et même créa­tif de la cam­pagne.

P—Sar­ko sem­blait ne pas être trou­blé mais plu­tôt confor­té par ce faste…

G — oui on ou­blie d’ailleurs que Sar­ko a fait un très bon dé­but de man­dat, même s’il rate les pre­miers jours après l’élec­tion, avec le Fou­quet’s et le yacht. Après son in­ves­ti­ture, ça marche. L’ou­ver­ture, le porte-pa­ro­lat avec Mar­ti­non, il y a un style. Le cô­té “Je fais mon jog­ging”, c’était mo­derne par rap­port aux images du RPR de 86 avec Ca­ri­gnon, Lon­guet et Bau­dis pull sur les épaules. C’était le mai 81 de la droite, en­fin dé­com­plexée… Tout s’est fra­cas­sé sur la vie pri­vée puis la crise, qui ar­rive en même temps que les images à Eu­ro­dis­ney… “Avec Car­la c’est du sé­rieux ”, là c’est plus pos­sible. Même avec le re­cul on a en­core du mal y croire.

P—Hol­lande a lui tout de suite ri­mé avec scou­moune, quand Sar­ko sem­blait avoir la ba­ra­ka…

G — C’est vrai qu’il n’a pas été épar­gné, même par la mé­téo ! Dans mon an­cienne équipe, nous avons gar­dé l’en­trée “Île de Sein ” sur nos smart­phones. Sans se concer­ter on l’a tous re­gar­dée ce 25 août et… il fai­sait très beau ! “So­leil ra­dieux sur l’île de Sein le 25 août 2017 ”, c’est in­juste !

P — On di­sait aus­si que hol­lande était très drôle en pri­vé alors qu’on ne peut pas dire au­jourd’hui qu’il ait spé­cia­le­ment fait “rire la France ”, sauf à ses dé­pens…

G — C’est ce que je di­sais, il faut oser être soi-même tout en ha­bi­tant la fonc­tion, ce qui est évi­dem­ment très dif­fi­cile. Per­so j’étais pour qu’il se lâche et que les gens le voient tel qu’il est, ce qui au­rait peut-être ef­fa­cé les “sans-dents ” mais c’était trop tard. Je me sou­viens d’une fois au Ma­roc où il a dit “gou­ver­ner c’est pleu­voir ” en ar­ri­vant dans le pays avec la pluie après deux mois de sé­che­resse ! il est su­per bon en ré­par­tie, alors qu’il passe en­core pour quel­qu’un de froid, de tech­no dans une par­tie de l’opi­nion.

P—Tu penses pou­voir faire des mi­racles au­jourd’hui ?

G — Au­jourd’hui je pro­fite à fond de la li­ber­té, je dis­cute, je tra­vaille, j’écris un livre qui sort bien­tôt chez Fayard, et je ré­flé­chis à Paris, grâce à Play­boy (rires). Je suis de près le Grand Paris, la can­di­da­ture aux Jo. “L’éco­no­mie dans la ville ” m’in­té­resse, et j’ai­me­rais bien contri­buer à ai­der sur le pro­blème de lo­ge­ment ab­so­lu­ment énorme quand tu n’es ni éli­gible au lo­ge­ment social ni mil­liar­daire. C’est l’en­fer quand tu es seule­ment étu­diant ou jeune ac­tif. La pol­lu­tion de l’air, la pro­pre­té, il y a des pro­grès à faire. un jour­na­liste écri­vait ré­cem­ment avoir vu des rats dans les Tui­le­ries, au Champ de Mars, bou­le­vard Ri­chard-Le­noir…

P — Et tu se­rais pour une ville plus connec­tée on ima­gine.

G — oui le cô­té smart ci­ty j’y crois énor­mé­ment, nous ne sommes pas du tout au bout des pos­si­bi­li­tés du nu­mé­rique pour amé­lio­rer la ville. Les in­fos sur la cir­cu­la­tion dans les trains et le mé­tro doivent être plus ac­ces­sibles, di­gi­ta­li­sées comme celles sur le tra­fic. il faut aus­si fa­ci­li­ter le re­cours aux ser­vices, pu­blics comme pri­vés. Quand tu vois la per­méa­bi­li­té de Über ou Airbnb sur le mar­ché pa­ri­sien, ça ne marche pas seule­ment parce que c’est pas cher, mais parce que c’est fa­cile, l’ac­cès est im­mé­diat. Si on en­le­vait tous ces obs­tacles la ville re­par­ti­rait.

P — Can­di­dat au grand Paris donc.

G — Pour l’ins­tant, la prio­ri­té c’est d’en­tre­prendre et de réus­sir avec l’agence “2017 ”. Mais j’ai tou­jours su que je se­rais can­di­dat à une élec­tion mais la­quelle et quand ça je sais pas en­core. La vie est longue !

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