CO­LETTE ME DOWN

co­lette ferme ses portes au mois de dé­cembre et Guillaume Sal­mon, porte-pa­role du temple de la mode, va vo­guer vers d’autres cieux. Le mo­ment idéal pour boire le thé.

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co­lette ferme ses portes au mois de dé­cembre, où al­lons-nous faire nos ca­deaux main­te­nant ?

oui, après vingt ans d’exer­cice, Co­lette Rous­saux a dé­ci­dé de fer­mer le magasin, et comme co­lette ne peut-être co­lette sans Co­lette, sa fille, Sa­rah An­del­man, part éga­le­ment pour d’autres aven­tures. il est pos­sible que Saint Laurent re­prenne le lieu mais sans conti­nuer le concept. Plus de co­lette donc ! Mais je te ras­sure, il y a cer­tai­ne­ment plein d’autres en­droits dans Paris où l’on peut ache­ter ses ca­deaux.

Tu sais à quoi on re­con­naît un vrai Pa­ri­sien ?

Non.

Sor­ti de son quar­tier, il est in­ca­pable de se rendre dans un en­droit éloi­gné sans aide. Si je te donne ren­dez-vous à La­marck-Cau­lain­court, tu as be­soin de consul­ter un plan ?

Non, je connais as­sez bien Paris, même les quar­tiers pé­ri­phé­riques, ce en quoi je ne dois pas être un vrai Pa­ri­sien. Je suis ar­ri­vé de Bre­tagne lorsque j’avais 3 ans. on a ha­bi­té à Paris puis en ban­lieue. Sur­tout, ce qui me dif­fé­ren­cie peut-être des “vrais ” Pa­ri­siens, c’est que je conti­nue à al­ler un week-end par mois dans la mai­son fa­mi­liale, c’est in­dis­pen­sable. J’ai un be­soin vis­cé­ral de cette terre, de cette mer, de ce vent, d’iode mais aus­si de ga­let­tes­sau­cisses et de koui­gn amann… Je suis tel­le­ment at­ta­ché à cette terre qu’à choi­sir entre quinze jours au Bré­sil et Di­nard, mon choix est vite fait.

Paris ar­rive-t-elle à se re­nou­ve­ler grâce à l’ap­port des pro­vin­ciaux ?

Le provincial qui monte – ou des­cend – à la ca­pi­tale a plus faim que les autres, il veut conqué­rir, et c’est lo­gique. il a un cô­té Ras­ti­gnac, sans que ce soit pé­jo­ra­tif. Mais sans faire de name-drop­ping, il y a pleins de vrais Pa­ri­siens qui qui créent, qui dé­ve­loppent et en­tre­prennent ! Je me mé­fie souvent des théo­ries. on dit le Pa­ri­sien râ­leur, fer­mé, à l’in­verse du New-Yor­kais qui de­vient ton meilleur ami le soir-même mais ne te re­con­naît pas le len­de­main. Là en­core, je ne suis pas d’ac­cord :je croise beau­coup de gens à Paris, que ce soit pour mon bou­lot ou dans la rue, et je les trouve plu­tôt ou­verts, ser­viables, at­ten­tifs, même s’il faut par­fois grat­ter le ver­nis.

Tu étais ven­deur chez co­lette avant d’en de­ve­nir le rP en chef. que t’es-tu dit quand tu as dé­cro­ché le job ?

oui j’ai été ven­deur pen­dant trois ans avant de suc­cé­der à Vic­toire de Taillac, puis de tra­vailler avec Na­dège win­ter, et en­fin, d’en­fi­ler la cas­quette seul. Je me suis sur­tout dit :“Co­ol, j’ai un job ”, ah ah ah ! J’avais fait des études ca­tas­tro­phiques, des mi­temps de concep­teur-ré­dac­teur en agence de pub tout aus­si ra­tés. Là, chez co­lette, c’était une belle oc­ca­sion de croi­ser beau­coup de monde, de dé­cou­vrir des mi­lieux dif­fé­rents tout en gar­dant une va­leur qui est fon­da­men­tale pour moi, l’hu­mi­li­té – même si je re­con­nais que ce n’est pas très humble de dire ça.

Tu vis près de la Bas­tille, pour­quoi ce quar­tier ?

Parce que j’en suis fou. Mais je pré­fère dire Faid­herbe que Bas­tille. J’aime la di­ver­si­té de ce quar­tier, le fait que ce soit un fau­bourg, jus­te­ment. Dé­jà, il y a plein de bons res­tos, le mar­ché d’Aligre, les pas­sages. Le ma­tin, je m’ins­talle au Bi­dule, un ca­fé qui offre une vue im­pre­nable sur le fau­bourg Saint-An­toine et sa di­ver­si­té ar­chi­tec­tu­rale. Quand j’ha­bi­tais Vin­cennes et que je ren­trais la nuit chez moi, je pre­nais le Noc tam­bus, je pas­sais par ce quar­tier et je me di­sais :“C’est bien, ici. ” C’est comme ça que j’en suis tom­bé amou­reux. D’ailleurs, si j’étais Chi­ca­no, je me se­rais fait ta­touer “Faid­herbe ” en lettres go­thiques sur le torse.

Paris, c’est une ville ex­trême ?

oui, on peut tout faire, tout voir, tout et son contraire. Sur­tout, Paris a un trait in­com­pa­rable avec les autres ca­pi­tales in­ter­na­tio­nales :c’est une ville à taille hu­maine. une ville qui s’est bat­tue, qui a lut­té, qui s’est li­bé­ré. Notre Fluc­tua Nec Mer­gi­tur n’est pas là par ha­sard. Avec co­lette, on a fê­té nos vingt ans au mu­sée des Arts Dé­co, on a or­ga­ni­sé une fête sur la grande roue ou un car­na­val aux Tui­le­ries pen­dant deux jours. Mais tu sais, je suis un gars tran­quille. J’aime les plai­sirs simples, comme tra­ver­ser les Tui­le­ries, me balader sur la nou­velle place de la Ré­pu­blique ou pro­fi­ter des éclai­rages de­puis les ponts de Paris. Et puis j’ai un pê­ché mi­gnon :je vais au Parc des Princes de­puis le dé­but des an­nées 2000. Ce n’était pas la pé­riode ibra ou Ney­mar, plu­tôt celle de Fa­brice Pan­crate et de Charles-Edouard Co­ri­don. un en­fer. Et, pour­tant, on se di­sait chaque an­née que ça al­lait être la bonne. Paris était, est et res­te­ra tou­jours ma­gique.

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