Pa­ra­doxe pa­trio­tique

Pneumatique - - ÉDITORIAL - Ro­main Ba­ly, ré­dac­teur en chef

En ce dé­but d’an­née, Em­ma­nuel Ma­cron est de­ve­nu le meilleur VRP du sa­voir­faire fran­çais. Le 22 jan­vier der­nier, le chef de l’état a convié au châ­teau de Ver­sailles 140 pa­trons de grands groupes à par­ti­ci­per au som­met « Choose France ». À mi-che­min entre opération de sé­duc­tion et de com­mu­ni­ca­tion, ce ren­dez-vous au­ra fi­na­le­ment per­mis de van­ter le « made in France » tout en convain­cant plu­sieurs mul­ti­na­tio­nales (Fa­ce­book, Google, SAP, Toyo­ta…) d’in­ves­tir mas­si­ve­ment dans l’hexa­gone. Une opération cou­ron­née de suc­cès avec plus de 3 mil­liards d’eu­ros de pro­jets an­non­cés ! Trois jours plus tard, le pré­sident re­pre­nait son bâ­ton de pè­le­rin. En vi­site au centre tech­no­lo­gique de La­doux, près de Cler­mont-fer­rand, Em­ma­nuel Ma­cron se mon­trait di­thy­ram­bique au su­jet de Mi­che­lin, une « en­tre­prise mo­dèle » , qua­li­fiée de « re­pré­sen­tant éco­no­mique em­blé­ma­tique » de la France, consi­dé­rée comme un

« ac­teur à la fois du lo­cal et du mon­dial » . Au­tant d’actes et de pro­pos flat­teurs cen­sés por­ter la bonne pa­role, mais qui s’ins­crivent en réa­li­té dans un contexte in­dus­triel beau­coup plus sombre. De sur­croît dans le sec­teur au­to­mo­bile. Mi-jan­vier, AR In­dus­tries, der­nier fa­bri­cant de jantes en France, était pla­cé en re­dres­se­ment ju­di­ciaire, moins de quatre ans après avoir été confron­té à la même épreuve. Un coup dur pour l’ex-fran­çaise de roues dont l’équi­libre de­meure in­stable mal­gré un por­te­feuille clients ron­flant qui com­prend no­tam­ment PSA, l’al­liance, Fiat ou Seat. Quelques jours plus tard, on ap­pre­nait que l’usine Bosch de Ro­dez était elle aus­si en dif­fi­cul­té. Pas de plan so­cial ici, mais la crainte de voir dis­pa­raître entre 300 et 800 postes, sans mo­der­ni­sa­tion de cet ou­til spé­cia­li­sé dans les in­jec­teurs die­sel. Chez AR In­dus­tries comme chez Bosch, les re­pré­sen­tants syn­di­caux ont ap­pe­lé leur di­rec­tion à réagir, l’état à les sou­te­nir et… les groupes au­to­mo­biles fran­çais à faire preuve de pa­trio­tisme ! « Les construc­teurs fran­çais ne passent pas as­sez de com­mandes, dé­plore-t-on dans les rangs du fa­bri­cant de jantes. Il faut que l'état réus­sisse à les convaincre de leur res­pon­sa­bi­li­té au­près de la fi­lière. »

À l’heure de pro­mou­voir ses atouts, ses com­pé­tences et son ex­cel­lence à la face du monde, de s’ex­por­ter ici ou là ou en­core d’ac­cueillir et de choyer de nou­velles mul­ti­na­tio­nales, la France n’est-elle pas en train de pas­ser à cô­té de l’es­sen­tiel ? Une in­dus­trie ne se­ra ja­mais aus­si forte que si ses membres se montrent res­pon­sables, unis et sou­cieux des in­té­rêts na­tio­naux.

À l’heure de pro­mou­voir ses atouts, ses com­pé­tences et son ex­cel­lence à la face du monde, la France n’es­telle pas en train de pas­ser à cô­té de l’es­sen­tiel ?

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