Les SUV sortent du bois !

Pneumatique - - DOSSIER -

En quête de crois­sance, le mar­ché des pneu­ma­tiques re­trouve son dy­na­misme

sur le seg­ment du Sport Uti­li­ty Ve­hicle. L’an der­nier, les en­ve­loppes des­ti­nées aux SUV (in­cluant les cros­so­vers, les pick-up et les 4 × 4) ont to­ta­li­sé 1,99 mil­lion de ventes. Pour les ma­nu­fac­tu­riers, les né­go­ciants-spé­cia­listes et les ré­seaux spé­cia­li­sés, leur pro­gres­sion constante ouvre de nou­velles pers­pec­tives de com­merce.

Les SUV ont le vent en poupe ! Sous leur style ba­rou­deur chic, ces mo­dèles font le bon­heur des construc­teurs. La pro­li­fé­ra­tion des 4 × 4 ur­bains gagne à pré­sent l’en­semble des seg­ments, jus­qu’aux mo­dèles fa­mi­liaux et ci­ta­dins. Les ventes de SUV at­teignent un ni­veau re­cord ; elles to­ta­lisent plus de 30 % des im­ma­tri­cu­la­tions en France, se­lon les don­nées croi­sées du CCFA et du ca­bi­net Ja­to Dy­na­mics. L’an der­nier, la ca­té­go­rie a trus­té trois des cinq pre­mières places au pal­ma­rès des mo­dèles les plus ven­dus dans l’hexa­gone. « Les SUV ré­pondent à l'évo­lu­tion des at­tentes des consom­ma­teurs qui se tournent vers des mo­dèles aux car­ros­se­ries plus mas­sives, et plus hautes. Ils cor­res­pondent sou­vent à des achats plai­sir » , dé­crypte Lau­ra Os­tyn, res­pon­sable des gammes pneu­ma­tiques VL d’eu­ro­mas­ter. En toute lo­gique, le mar­ché du pneu­ma­tique bé­né­fi­cie à plein du nou­veau pro­fil du parc rou­lant en cir­cu­la­tion. Car si la pre­mière main­te­nance reste l’apa­nage des conces­sion­naires et des agents de marque, les ré­seaux spé­cia­li­sés (centres au­tos, fast-fit­ters et spé­cia­listes) prennent l’avan­tage dès le se­cond ré­équi­pe­ment. Sur un mar­ché du TC4 flat, à − 1,1 % sur les onze pre­miers mois de 2017, les gammes des­ti­nées aux SUV (Sport Uti­li­ty Ve­hicle) af­fichent leur dy­na­misme. La crois­sance s’est confir­mée l’an der­nier, avec une pro­gres­sion de 9,8 % des ventes (contre 6,1 % en 2016). Une bouf­fée d’oxy­gène per­cep­tible dès 2010. « Le taux de crois­sance n'est pas ex­cep­tion­nel com­pa­ré aux pneus quatre sai­sons ou au run­flat, sou­ligne Phi­lippe Car­toux, res­pon­sable du seg­ment pneu­ma­tique de Spee­dy. En re­vanche, une telle bonne san­té sur la du­rée est in­édite. » Et de pré­ci­ser : « Nous as­sis­tons à un trans­fert des vo­lumes du tou­risme vers les SUV. »

Un mar­ché pre­mium

Mar­ché aux mul­tiples vi­sages, le seg­ment des SUV doit être dif­fé­ren­cié du 4 × 4 se­lon

Ma­thieu Mau­rage, res­pon­sable du sec­teur pneu­ma­tique de Feu Vert. La ca­té­go­rie est née ré­cem­ment, sous l’im­pul­sion des construc­teurs qui ont créé un seg­ment de vé­hi­cule hy­bride entre la ber­line clas­sique et le tout-ter­rain. « Mais il s'agit de 4 × 4 ur­bains qui ne voient ja­mais, ou peu, les che­mins de terre. » La ma­jo­ri­té des mo­dèles est d’ailleurs équi­pée d’un pro­fil tou­risme en pre­mière monte. Pour le res­pon­sable, la

pre­mière ca­rac­té­ris­tique d’un pneu SUV est sa di­men­sion, su­pé­rieure à 16 ou 17 pouces. Un constat par­ta­gé par Lau­ra Os­tyn, dont le ré­seau Eu­ro­mas­ter dis­tri­bue chaque an­née 1,7 mil­lion d’en­ve­loppes VL, par­mi les­quelles 5,5 % de gammes 4 × 4 et SUV. « Le pneu­ma­tique à vo­ca­tion ex­clu­sive des Sport Uti­li­ty Ve­hicle n'existe pas en tant que tel. Il est le plus sou­vent dé­ri­vé des gammes tou­risme, avec des en­ve­loppes par­fois iden­tiques entre une Clio IV et un Dus­ter. » Ré­so­lu­ment por­teur, le seg­ment se dis­tingue par la ty­po­lo­gie de sa clien­tèle, ini­tia­le­ment CSP+, et af­fi­chant un pou­voir d’achat su­pé­rieur à la moyenne. « Elle est aus­si un peu plus âgée, de 35 à 60 ans, et a sou­vent des en­fants » , in­dique Her­vé Da­bin, P-dg du ré­seau Vul­co. Ce pro­fil se ré­vèle fa­vo­rable aux no­tions de sé­cu­ri­té, de confort, et aux re­com­man­da­tions tech­niques. « Le SUV reste un mar­ché pre­mium, avec des vé­hi­cules haut de gamme et fa­mi­liaux, et des conduc­teurs sen­sibles à la no­tion de sé­cu­ri­té » , confirme Ma­thieu Mau­rage.

Nou­velles contraintes de sto­ckage et de dis­po­ni­bi­li­té

La ten­dance conduit les ré­seaux à mettre l’ac­cent sur la for­ma­tion des équipes. Car les ca­rac­té­ris­tiques des SUV gé­nèrent des ques­tions sup­plé­men­taires com­pa­rées à une ber­line. Ils im­posent un ar­gu­men­taire « poin­tu », jus­ti­fié par des ca­rac­té­ris­tiques propres à une trans­mis­sion 4 × 4 ou 4 × 2, qui dif­fèrent d’un cros­so­ver deux roues mo­trices. « Ex­pli­quer les re­com­man­da­tions en res­pec­tant les mêmes gammes et in­dices de vi­tesse que la monte d'ori­gine, c'est la force d'un ré­seau phy­sique, consi­dère Ma­thieu Mau­rage. À nous de for­mer nos tech­ni­ciens pour qu'ils soient en me­sure de ren­sei­gner les clients. »

D’au­tant que les gammes de pneu­ma­tiques SUV s’élar­gissent, et di­ver­si­fient leurs pro­fils : rou­tier, mixte, tout-ter­rain, spor­tif… À chaque usage cor­res­pond une ré­fé­rence. Pour fa­ci­li­ter la re­cherche, Spee­dy a ajou­té l’on­glet « route » et « hors route » dans les cri­tères de sé­lec­tion de ses gommes. Al­lo­pneus mise sur son call-cen­ter pour prendre le re­lais et ac­com­pa­gner les e-ache­teurs. Car si les uti­li­sa­teurs de 4 × 4 se tour­naient au­tre­fois da­van­tage vers les né­go­ciants spé­cia­listes, la ten­dance est moins mar­quée sur les SUV grand pu­blic. L’orien­ta­tion du mar­ché im­plique éga­le­ment de faire évo­luer les stra­té­gies en termes de sto­ckage et de dis­tri­bu­tion. Le dé­ve­lop­pe­ment des Sport Uti­li­ty Ve­hicle s’ac­com­pagne en ef­fet de l’ap­pa­ri­tion de nou­velles di­men­sions. À titre d’exemple, le ca­ta­logue du fast-fit­ter est pas­sé de 180 à 240 ré­fé­rences en six ans. Une réa­li­té qui com­plique la tâche des centres. « Nous avons in­ves­ti dans des ou­tils de pla­ni­fi­ca­tion et de re­com­man­da­tion des stocks. Nous tra­vaillons à an­ti­ci­per la de­mande en fonc­tion des vé­hi­cules en cir­cu­la­tion, car nos sur­faces de sto­ckage n'aug­mentent pas ! » , pré­cise Phi­lippe Car­toux chez Spee­dy. Pour tous les ré­seaux, le SUV peut gé­né­rer ra­pi­de­ment une im­mo­bi­li­sa­tion de tré­so­re­rie im­por­tante. Un casse-tête qui doit com­po­ser avec la né­ces­si­té de dis­po­ser du bon ré­fé­ren­ce­ment pour sa­tis­faire ra­pi­de­ment les consom­ma­teurs. Le centre au­to à la « patte de l’ex­pert » a donc ini­tié un contrôle jour­na­lier de ses as­sor­ti­ments. « Nous vé­ri­fions les ro­ta­tions, et nous ef­fec­tuons des ar­bi­trages en fonc­tion no­tam­ment des vé­hi­cules qui entrent dans nos ate­liers » , dé­taille Ma­thieu Mau­rage chez Feu Vert. Une « vraie » com­plexi­té qui sup­pose aus­si de créer des al­liances avec les ma­nu­fac­tu­riers et les gros­sistes afin de bé­né­fi­cier de plu­sieurs li­vrai­sons par jour. Pour ré­pondre à cet en­jeu, No­rau­to a trou­vé la pa­rade en met­tant l’ac­cent sur le web-to-store.

Des en­ve­loppes plus tech­niques

À la croi­sée du tou­risme et du off-road, les gammes SUV af­fichent un air de fa­mille tou­jours plus mar­qué avec les pro­fils rou­tiers. Car les usages ont évo­lué au cours des der­nières an­nées. Le sec­teur du 4 × 4 cède sa vo­ca­tion ini­tiale à une uti­li­sa­tion es­sen­tiel­le­ment sur route. « Le SUV a pris sa place pour des cri­tères émo­tion­nels, de po­ly­va­lence, mais aus­si ra­tion­nels en termes de sé­cu­ri­té. Des be­soins de per­for­mances en termes de frei­nage, de du­ra­bi­li­té et de la­bel­ling sont

ap­pa­rus » , re­marquent Ana Cons­tan­ti­nes­cu et Ma­rion Mail­ho, res­pec­ti­ve­ment res­pon­sables de la marque Brid­ges­tone et Fi­res­tone (France et Be­ne­lux). Se­lon le ma­nu­fac­tu­rier, le mar­ché des SUV re­groupe deux ty­po­lo­gies de clien­tèle, qui ré­pondent à des be­soins dif­fé­rents. D’une part, l’ama­teur de na­ture (chas­seur, pê­cheur, pas­sion­né…) qui sup­pose des pro­fils off-road. D’autre part, le père de fa­mille dont le SUV re­lève de contraintes fa­mi­liales avec une uti­li­sa­tion si­mi­laire à une ber­line. Dès lors, les en­ve­loppes à vo­ca­tion tout­ter­rain laissent la place à des pro­fils tou­risme af­fi­chant des in­dices de charges « ex­tra load », qui peuvent sup­por­ter jus­qu’à 800 kg par roue. Les en­ve­loppes doivent en ef­fet ré­pondre à des vé­hi­cules au centre de gra­vi­té su­ré­le­vé et au poids pro­non­cé. Au­tant de forces sup­plé­men­taires qui viennent « stres­ser » le pneu, im­po­sant un dé­ve­lop­pe­ment spé­ci­fique en termes de di­men­sions. Les flancs sont aus­si ren­for­cés pour as­su­rer la sta­bi­li­té qui de­meure le chal­lenge des en­ve­loppes SUV. « Elles font ap­pel à des cri­tères en termes de ré­sis­tance au rou­le­ment qui n'exis­taient pas sur les mo­dèles 4 × 4 tra­di­tion­nels, qui échap­paient à la no­tion même de la­bel­ling » , ob­serve en­core Ana Cons­tan­ti­nes­cu.

Pré­cau­tions d’usage

L’évo­lu­tion du parc rou­lant sou­lève toute

fois de nou­velles pro­blé­ma­tiques. « Les SUV gé­nèrent des sur­coûts en termes d'en­tre­tien, no­tam­ment lors des rem­pla­ce­ments de pneus, aux­quels ne sont pas tou­jours pré­pa­rés les au­to­mo­bi­listes, en par­ti­cu­lier sur le VO. Les clients cherchent alors à faire des éco­no­mies en se four­nis­sant sur In­ter­net » , dé­plore Pas­cal Gra­das­si, di­rec­teur com­mer­cial de Point S. Sur des en­ve­loppes à plu- sieurs cen­taines d’eu­ros, les écarts de prix se ré­vèlent en ef­fet dé­mul­ti­pliés. Mais un SUV quatre roues mo­trices sup­pose de conser­ver les rap­ports de ponts. Les usures de pneus entre les es­sieux doivent être aus­si équi­va­lentes, au risque de dé­gra­der la mé­ca­nique de ma­nière pré­ma­tu­rée. Ré­sul­tat : le sec­teur voit le nombre de li­tiges croître avec les clients qui ren­contrent des pro­blèmes de trans­mis­sion

faute d’avoir soi­gné la monte pneu­ma­tique. « Les au­to­mo­bi­listes ne connaissent sou­vent pas les ca­rac­té­ris­tiques d'un SUV. Il faut faire

preuve de pé­da­go­gie » , in­siste le di­ri­geant. Pour les ré­seaux, l’une des dif­fi­cul­tés vis-àvis du client fi­nal qui dis­pose d’une « quatre roues » est alors d’ex­pli­quer la né­ces­si­té de rem­pla­cer les pneu­ma­tiques par… quatre.

« Le mes­sage est dif­fi­cile à re­layer » , concède

Trois SUV sur quatre sont équi­pés d’une monte su­pé­rieure à 17 pouces.

Les pneu­ma­tiques SUV gagnent tous les seg­ments du mar­ché.

Les SUV af­fichent un taux de contrôle de géo­mé­trie su­pé­rieur à la moyenne.

Les Sport Uti­li­ty Ve­hicle pri­vi­lé­gient les pro­fils rou­tiers.

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