Evé­ne­ment Paie­ments : vers une « nou­velle vague »

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A l’aube de l’adop­tion de la DSP2, le mar­ché des paie­ments pour­suit son évo­lu­tion, ryth­mée par dif­fé­rentes ini­tia­tives no­tam­ment dans le do­maine du wal­let, ain­si que par une vo­lon­té de mo­der­ni­sa­tion of­fi­cia­li­sée dé­but juin par les As­sises des moyens de paie­ment (lire nu­mé­ro pré­cé­dent). En ligne de mire : in­ter­opé­ra­bi­li­té et con­ver­gence dans un mar­ché où la quête de vo­lume a toute son im­por­tance. Ana­lyse.

«Il existe une vraie guerre des wal­lets ». La dé­cla­ra­tion de Pas­cal Burg, di­rec­teur, ca­bi­net Ed­gar Dunn & Com­pa­ny, re­flète la si­tua­tion du mar­ché du wal­let en juin 2015, à la croi­sée de dif­fé­rentes évo­lu­tions ré­gle­men­taires : en­trée en vi­gueur des re­com­man­da­tions du fo­rum eu­ro­péen Se­cure Pay, adop­tion im­mi­nente de la DSP2, ou en­core As­sises des moyens de paie­ment. Par­mi les offres pré­sentes, des wal­lets de scheme à l’image de V.me by Vi­sa et Mas­ter­pass, ain­si que la so­lu­tion des banques fran­çaises Pay­lib, et des wal­lets plus aty­piques comme Fi­vo­ry qui s’est ré­cem­ment al­lié à To­tal. « Cer­tains wal­lets sont fo­ca­li­sés sur la proxi­mi­té et d’autres sur le paie­ment à dis­tance. Il existe des wal­lets de banques, des wal­lets de schemes et des wal­lets de com­mer­çants », ana­lyse Pas­cal Burg. De quoi confir­mer que nous as­sis­tons à « une deuxième vague sur le mar­ché des moyens de paie­ment », la pre­mière ayant été por­tée par la carte ban­caire.

L’EN­JEU DE LA DSP2

Ro­nan Har­douin, avo­cat, ca­bi­net Ulys, rap­pelle de son cô­té qu’il existe « plé­thore de qua­li­fi­ca­tions ju­ri­diques et donc pas de droit ap­pli­cable à la no­tion de wal­let en tant que tel ». A la DME1, com­plé­tée par la DME2 consi­dé­rée comme di­rec­tive d’har­mo­ni­sa­tion to­tale, et à la DSP, s’ajou­te­ra pro­chai­ne­ment la DSP2 qui vise à amé­lio­rer le fonc­tion­ne­ment du mar­ché et à sou­te­nir toutes les po­li­tiques, no­tam­ment la pro­tec­tion des don­nées, ou en­core la lutte contre le fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme. « L’un des points cen­traux de la DSP2 est l’au­then­ti­fi­ca­tion forte », pré­cise l’in­té­res­sé, ajou­tant que le texte de­vrait être adop­té d’ici à la fin de l’an­née.

Pour Au­ré­lien La­chaud, di­rec­teur du dé­ve­lop­pe­ment des mar­chés de paie­ment, La Banque Pos­tale, « la guerre des wal­lets est stra­té­gique pour les banques » et s’ins­crit dans un ob­jec­tif clair : « gar­der le client ». Et l’en­jeu n’est pas des moindres. Car comme le rap­pelle l’in­té­res­sé, « le moyen de paie­ment

qui fonc­tionne le mieux est la carte de paie­ment. Donc le client n’a pas réel­le­ment be­soin du wal­let ». D’où la né­ces­si­té « d’uni­for­mi­sa­tion ». Et c’est d’ailleurs sur cette ligne que s’ins­crit le po­si­tion­ne­ment de La Banque Pos­tale, qui a lan­cé en mai 2015 une ap­pli­ca­tion bap­ti­sée « mes paie­ments », axée sur la con­ver­gence. Même po­si­tion­ne­ment pour le wal­let Pay­lib, qui, outre l’in­té­gra­tion de Bour­so­ra­ma, Cré­dit Mu­tuel Ar­kéa et Cré­dit Agri­cole, a éga­le­ment noué un par­te­na­riat avec Mas­ter­card dans un ob­jec­tif de con­ver­gence et d’in­ter­opé­ra­bi­li­té in­ter­na­tio­nale. « L’offre de por­te­feuille élec­tro­nique doit se po­si­tion­ner comme un por­te­feuille de ser­vices pour créer une ré­cur­rence d’usages », dé­clare l’in­té­res­sé, rap­pe­lant que La Banque Pos­tale tra­vaille, comme d’autres en­ti­tés fi­nan­cières, sur la bio­mé­trie avec l’ini­tia­tive Talk to Pay lan­cée il y a trois ans, ain­si que sur SEPA­mail qui de­vrait pro­chai­ne­ment voir éclore de nou­veaux ser­vices. Les titres res­tau­rant dé­ma­té­ria­li­sés sont éga­le­ment l’un des su­jets de ré­flexion de l’en­ti­té fi­nan­cière. Un en­goue­ment pour les nou­veaux ou­tils no­tam­ment jus­ti­fié par l’of­fen­sive claire des ac­teurs du Web, comme Google ou en­core Apple, sou­cieux de pé­né­trer un mar­ché des paie­ments riche en po­ten­tia­li­tés.

L’IM­POR­TANCE DES AC­TEURS DU WEB ET DES FIN­TECHS

Et de fait, le géant du Web Pay­pal, qui n’a ja­mais ca­ché ses am­bi­tions sur le mar­ché des paie­ments, pro­pose de­puis quelques mois une nou­velle ex­pé­rience bap­ti­sée One Touch qui s’ins­crit dans la po­li­tique de sim­pli­fi­ca­tion du paie­ment dé­fen­due par l’ac­teur d’in­ter­net. « Nous avons une ap­proche mo­bile first », dé­clare Ca­ro­line The­lier, di­rec­tor, glo­bal consu­mer pro­duct and in­no­va­tion, Pay­pal, ajou­tant que « deux mil­liards de por­teurs de smart­phones sont re­cen­sés dans le monde et ils se­ront quatre mil­liards en 2020 » et que le mo­bile re­pré­sente un mil­liard de paie­ments pour Pay­Pal. « Nous vi­sons de nou­velles uti­li­sa­tions, no­tam­ment au­tour du shop­ping avec de la fi­dé­li­té ou en­core de la géo­lo­ca­li­sa­tion », illustre-t-elle. In­ter­ro­gée sur l’ex­pé­ri­men­ta­tion me­née à Nan­cy sur le monde phy­sique, l’in­té­res­sée af­firme que Pay­pal « a ac­com­pa­gné l’ex­pé­rience en France à Nan­cy grâce à une vé­ri­table col­la­bo­ra­tion avec la ville et les com­mer­çants lo­caux ». Elle ajoute que la ville n’est pas le seul ter­rain d’ex­pé­ri­men­ta­tion de Pay­pal dans ce do­maine puisque l’en­ti­té « sème des graines dans dif­fé­rents mar­chés » en fonc­tion des usages et ha­bi­tudes lo­cales. C’est éga­le­ment sur cette ligne ba­sée sur l’adap­ta­tion que se po­si­tionne la start-up Flooz, qui a lan­cé le mois der­nier une offre po­si­tion­née sur « la so­cia­li­sa­tion du paie­ment ». « A la dif­fé­rence des en­ti­tés fi­nan­cières qui lancent une offre de paie­ment puis ajoutent des ser­vices, nous sommes par­tis de la créa­tion d’un ré­seau so­cial et y avons ajou­té le paie­ment », ré­sume Yan­nick Bor­go­ma­no, fon­da­teur de Flooz. L’ap­pli­ca­tion in­clut ain­si un fil d’ac­tua­li­té, la pos­si­bi­li­té de « li­ker » et com­men­ter des paie­ments, de payer et même ré­cla­mer de l’ar­gent. La start-up, liée à Ren­ta­bi­li­web, compte 4 000 ins­crip­tions, 6 000 té­lé­char­ge­ments et 85 % de paie­ments par­ta­gés. Le bu­si­ness mo­del re­pose sur un pour­cen­tage en cours de dé­fi­ni­tion ap­pli­qué sur le marchand, sa­chant que le paie­ment est gra­tuit pour l’uti­li­sa­teur. La start-up pro­pose éga­le­ment ses ser­vices aux as­so­cia­tions et va no­tam­ment tra­vailler avec Si­dac­tion et Res­tos du coeur. De quoi jus­ti­fier la dé­cla­ra­tion de Ber­nard Ra­mé, bu­si­ness line pay­ments & cards di­rec­tor, So­pra Ban­king Soft­ware : « Il y a un mo­dèle à ré­in­ven­ter entre les banques et les fin­techs. Il est im­por­tant d’adop­ter une dé­marche prag­ma­tique et de trou­ver des formes de co­opé­ra­tion qui res­pectent L’ADN des fin­techs car la prio­ri­té est l’ex­pé­rience client ». Et d’ajou­ter : « Nous as­sis­tons à un chan­ge­ment de pa­ra­digme : nous pas­sons du moyen de paie­ment au moyen de payer ». A des wal­lets de mar­chands, d’émet­teurs ou en­core évé­ne­men­tiels, s’ajou­te­ront pro­chai­ne­ment des wal­lets af­fi­ni­taires ci­blant des seg­ments spé­ci­fiques comme les pro­fes­sion­nels et les en­tre­prises qui consti­tuent une cible à fort po­ten­tiel en termes d’équi­pe­ment en moyens de paie­ment élec­tro­nique. A suivre.

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