Chro­niques

Point Banque - - SOMMAIRE - HER­VÉ SI­TRUK,

Dé­but juin se sont te­nues les As­sises des moyens de paie­ment en France, à l’ini­tia­tive du CCSF, et sous les aus­pices des mi­nistres concer­nés. Cette con­fé­rence a été un suc­cès : elle a at­ti­ré le ban et l’ar­rière ban des plus grands ex­perts et so­cié­tés fran­çais des paie­ments et des banques. Et pour cause, c’était une pre­mière : la re­con­nais­sance, en­fin, par les pou­voirs pu­blics, après qua­rante ans d’in­ves­tis­se­ments et d’in­no­va­tion, et de très nom­breux rap­ports au CNCT et au CCSF de­puis 25 ans, de l’im­por­tance de l’in­dus­trie fran­çaise des paie­ments, de son ex­per­tise, de son avance eu­ro­péenne, et de sa contri­bu­tion à l’éco­no­mie et à l’em­ploi. Si on ne de­vait re­te­nir qu’un point de cette grande con­fé­rence, ce se­rait ce­lui-là. Le Club SEPA a, à son ni­veau mo­deste, contri­bué de­puis trois ans à cette re­con­nais­sance. Et, in­di­rec­te­ment, ce­la a aus­si été l’oc­ca­sion de la re­con­nais­sance de la carte ban­caire, plé­bis­ci­tée par son­dage par près de 90 % des Fran­çais, mal­gré ceux qui en pré­sa­geaient la mort pro­chaine. L’autre re­con­nais­sance ma­jeure a été celle du dy­na­misme de la Place de Pa­ris, en ma­tière d’in­no­va­tion tech­no­lo­gique, les mi­nistres in­sis­tant de fa­çon ap­pro­priée sur le fait que la France abrite aus­si une pé­pi­nière de jeunes en­tre­prises in­no­vantes, no­tam­ment dans le do­maine des paie­ments, à cô­té d’en­tre­prises in­dus­trielles et de banques de re­nom­mée mon­diale.

RE­CON­NAIS­SANCE DES POU­VOIRS PU­BLICS

Ces As­sises ont été pré­pa­rées, un peu à la hâte il est vrai, par di­vers groupe de tra­vail, qui n’ont pu qu’ef­fleu­rer le su­jet, ce que tous les ex­perts ras­sem­blés ont im­mé­dia­te­ment bien com­pris en pre­nant connais­sance - comme d’ailleurs les par­ti­ci­pants aux di­vers groupes de tra­vail - du rap­port mis à dis­po­si­tion le ma­tin même sur un site élec­tro­nique. Mais, mal­gré ce­la, il y a dé­jà quelques avan­cées, comme sur la gé­né­ra­li­sa­tion du paie­ment sans contact, l’im­por­tance d’étendre la sé­cu­ri­té des paie­ments à tous les ins­tru­ments, et la vo­lon­té d’ac­cé­lé­rer le pas­sage au nu­mé­rique et de fa­vo­ri­ser l’in­no­va­tion dans les paie­ments. Cer­taines me­sures très po­si­tives ont été an­non­cées, comme l’ac­cep­ta­tion par les centres de ges­tion agréés - en charge de la comp­ta­bi­li­té de mil­liers de PME/TPE - d’un deuxième ins­tru­ment de paie­ment, à cô­té du chèque, qui pour­rait être la carte ou un ins­tru­ment élec­tro­nique, ce qui de­vrait en fa­ci­li­ter l’ac­cep­ta­tion pour les pe­tites tran­sac­tions.

Le mi­nistre des Fi­nances Mi­chel Sa­pin a de son cô­té sur­tout in­sis­té sur le vo­let ta­ri­faire des pe­tits paie­ments, en de­man­dant une di­vi­sion au moins par deux de la par­tie fixe des com­mis­sions mi­ni­males sup­por­tées par les com­mer­çants, et L’AFB, a te­nu par un com­mu­ni­qué, à bien mettre les points sur les i en ce do­maine, qui re­lève, pour cette or­ga­ni­sa­tion, de la concur­rence entre banques. Mais par ce biais, le mi­nistre ne re­tire-t-il pas l’une des sources ma­jeures de fi­nan­ce­ment de l’in­no­va­tion dans les paie­ments, qui a conduit la France aux pre­miers rangs en Eu­rope ? Le mi­nistre a aus­si bien in­di­qué que cette réunion n’était qu’un pre­mier pas, qui de­vrait en­suite être sui­vi d’un plan stra­té­gique à l’au­tomne pro­chain et il a an­non­cé que les tra­vaux se­raient alors conduits par un nou­veau Co­mi­té, le Co­mi­té Na­tio­nal des Paie­ments, qui pour­rait prendre la suite du dé­funt - mais fort utile en son temps - Co­mi­té Na­tio­nal SEPA.

Cer­tains su­jets se sont ré­vé­lés pré­ma­tu­rés ou ar­dus, comme la dis­pa­ri­tion du chèque, mais qui reste iné­luc­table au vu de son usage dans les autres pays eu­ro­péens, la mise en oeuvre du « vi­re­ment ou pré­lè­ve­ment de proxi­mi­té » pro­mu par le com­merce, et re­te­nu par le pré­cé­dent Rap­port Pau­get/constans - pro­po­si­tion per­çue par les banques en concur­rence avec la carte ban­caire - ou l’ins­tant Pay­ment, en cours d’étude à L’ERPB, et sur le­quel il a été ju­gé bon d’in­vi­ter le re­pré­sen­tant du sys­tème de clea­ring bri­tan­nique, Vo­ca-link, pour faire la pu­bli­ci­té de son offre. Ce der­nier point est ap­pa­ru à beau­coup as­sez cu­rieux… En ef­fet, s’il est im­por­tant d’avoir une vi­sion eu­ro­péenne dans le nou­vel es­pace SEPA, et pro­ba­ble­ment po­si­tif, dans ce nou­vel en­vi­ron­ne­ment des paie­ments, d’as­so­cier nos par­te­naires eu­ro­péens lors de la pré­sen­ta­tion du plan d’ac­tion na­tio­nal, l’ab­sence à la tri­bune des re­pré­sen­tants des sys­tèmes de paie­ment fran­çais - no­tam­ment Stet et CB -, qui n’étaient pas in­vi­tés à s’ex­pri­mer, n’a pas sem­blé per­ti­nents : leurs atouts et leur place dans la zone eu­ro, et plus glo­ba­le­ment en Eu­rope, au­rait jus­ti­fié qu’ils soient ac­ti­ve­ment as­so­ciés à cette ma­ni­fes­ta­tion na­tio­nale. Il n’a pas non plus sem­blé éga­le­ment ju­di­cieux de choi­sir de faire par­ti­ci­per un re­pré­sen­tant d’un pays eu­ro­péen qui est « opt out » de l’eu­ro, et peut-être de­main de l’eu­rope, et qui veut s’af­fi­cher comme lea­der des paie­ments en Eu­rope, en concur­rence avec la France. N’au­rait-il pas mieux va­lu as­so­cier des ac­teurs de la zone eu­ro, avec les­quels les sys­tèmes fran­çais tentent de co­opé­rer, comme nos amis belges qui ont adop­té le sys­tème de clea­ring fran­çais ? Ou au moins d’en­tendre des pro­po­si­tions de co­opé­ra­tion entre places sur ces su­jets, plu­tôt qu’un dis­cours prio­ri­tai­re­ment ven­deur ? Soyons clairs : le dis­po­si­tif de paie­ment bri­tan­nique n’est pas des plus mo­dernes et des moins coû­teux d’eu­rope, mal­gré les lourds in­ves­tis­se­ments consen­tis der­niè­re­ment pour se mo­der­ni­ser, sous l’im­pul­sion des pou­voirs pu­blics, et il n’offre - à titre d’exemple - ni gra­tui­té des re­traits, ni in­ter­opé­ra­bi­li­té des paie­ments par carte, ni le ni­veau de sé­cu­ri­té du sys­tème de paie­ment fran­çais. En­fin, comme l’ont dit les mi­nistres, la France est com­pé­ti­tive et dis­pose aus­si d’une pé­pi­nière de fin­techs. Le sys­tème de paie­ment bri­tan­nique, mal­gré le suc­cès mar­ke­ting in­dé­niable du Fas­ter Pay­ment, n’est donc pas un mo­dèle pour la France. Mais, il peut en être, comme d’autres pays eu­ro­péens, un grand par­te­naire.

En­fin, dans la conti­nui­té des dé­ci­sions eu­ro­péennes, il a été ac­té que les banques n’étaient plus les seuls ac­teurs du paie­ment en France, et donc, qu’il fal­lait dé­sor­mais trou­ver un sub­sti­tut à l’in­ter­ban­ca­ri­té, qui a jus­qu’à pré­sent por­té seule, comme l’a rap­pe­lé un re­pré­sen­tant ban­caire, le coût des in­fra­struc­tures - et avec l’ef­fi­ca­ci­té qui lui est dé­sor­mais re­con­nue.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.