Be­noit Le­grand, PDG D’ING France « En plus de cette me­nace de désintermédiation, nous as­sis­tons à une me­nace de ré­in­ter­mé­dia­tion »

Point Banque - - POINTS MAJEURS -

La désintermédiation est-elle une me­nace pour les banques ?

Oui mais en plus de cette me­nace de désintermédiation, nous as­sis­tons à une me­nace de ré­in­ter­mé­dia­tion. Si la désintermédiation consiste pour des ac­teurs comme Pay­pal, Google ou Apple à s’in­crus­ter dans la chaine de va­leur et of­frir un nou­veau ser­vice au client, la ré­in­ter­mé­dia­tion se concré­tise par la créa­tion de plates-formes qui vont aus­si s’im­mis­cer au coeur de la chaine de va­leur. Elles vont pro­po­ser toute une gamme de pro­duits en jouant le rôle d’in­ter­mé­diaire, de com­pa­ra­teur ou d’agré­ga­teur des be­soins ban­caires du client. Elles risquent de de­ve­nir le vé­ri­table in­ter­mé­diaire entre le client et la banque.

C’est un risque ?

Oui il est latent car en cas de ré­in­ter­mé­dia­tion, nous ris­quons de nous re­trou­ver dans une nou­velle si­tua­tion oli­go­po­lis­tique. Si des plates-formes comme Ama­zon se dé­ve­loppent, les banques risquent de se re­trou­ver comme de simples four­nis­seurs de pro­duits bas de gamme. C’est un peu le sché­ma ac­tuel de la grande dis­tri­bu­tion avec des marques qui se battent pour avoir leur place dans les rayons.

Pour­tant, la désintermédiation peut consti­tuer une op­por­tu­ni­té pour les banques ?

Oui car elle donne des pos­si­bi­li­tés com­plè­te­ment in­édites de créa­tion de nou­veaux pro­duits et ser­vices. Aus­si, le mo­no­pole n’est plus dans la tête de cer­tains pro­ducts ma­na­gers de banque mais dans celle de tout ci­toyen. Dans cette lo­gique, les fin­techs es­saient de s’at­ta­quer à une si­tua­tion de rente et nous as­sis­tons au même phé­no­mène que dans le sec­teur des com­pa­gnies aé­riennes et des taxis où la tech­no­lo­gie a per­mis de cas­ser les bar­rières en ren­dant un meilleur ser­vice au client. L’op­por­tu­ni­té pour les banques est d’uti­li­ser ces tech­no­lo­gies pour ac­qué­rir de nou­veaux clients et ac­croître la qua­li­té du ser­vice.

Quels sont les en­jeux ?

Je vois deux en­jeux ma­jeurs. Le pre­mier ce sont les prix qui ont com­men­cé à mettre les re­ve­nus des banques sous pres­sion. Le se­cond se concré­ti­se­ra dans la mo­bi­li­té ban­caire puisque tout nous porte à croire que nous al­lons vers une si­tua­tion si­mi­laire à celle de la té­lé­pho­nie mo­bile lorsque la loi a im­po­sé la por­ta­bi­li­té du nu­mé­ro de té­lé­phone. Free Mo­bile s’est en­gouf­fré dans cette op­por­tu­ni­té rè­gle­men­taire et 10 mil­lions de Fran­çais ont chan­gé d’opé­ra­teur. Au­jourd’hui, seuls 3 % des Fran­çais changent de banque chaque an­née (contre 10 % en Eu­rope) et sans doute que l’un des en­jeux de la désintermédiation va être de bri­ser l’im­mo­bi­lisme du mar­ché.

Que peuvent-elles faire ?

Elles doivent re­pen­ser leurs mo­dèles de fonc­tion­ne­ment. La clé du dé­bat est cultu­relle, c’est un mode de pen­ser qui doit être re­vu pour le mettre au plus proche du client et s’ou­vrir à des plates-formes ex­té­rieures pour com­prendre ses vrais be­soins. Ce chan­ge­ment est à 180° car il s’agit en sub­stance de l’ac­cep­ta­tion par les banques qu’elles ne pour­ront plus im­po­ser leur struc­ture de coût aux clients sans mieux ré­pondre à leurs at­tentes. L’en­vi­ron­ne­ment est prêt, les clients et les tech­no­lo­gies aus­si et il suf­fit d’une étin­celle comme la mo­bi­li­té ban­caire ou un en­trant qui im­pose un nou­veau stan­dard pour dé­clen­cher un choc violent.

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