Quelles uti­li­sa­tions des don­nées dans le monde ban­caire ?

Point Banque - - ÉDITORIAL - ANDRÉA TOUCINHO, di­rec­trice des ré­dac­tions

Une nou­velle étape ré­gle­men­taire a été fran­chie, le 14 avril 2016, avec l’adop­tion, par le Par­le­ment eu­ro­péen, du rè­gle­ment re­la­tif à la pro­tec­tion des don­nées per­son­nelles. Long­temps at­ten­du, ce texte, qui en­tre­ra en vi­gueur en 2018 et in­clut dif­fé­rentes dis­po­si­tions no­tam­ment sur le droit à l’ou­bli ou en­core le consen­te­ment clair et ex­pli­cite de la per­sonne concer­née quant à l’uti­li­sa­tion de ses don­nées per­son­nelles, se veut le re­flet d’un contexte où la da­ta semble plus que ja­mais dé­ter­mi­nante dans le monde ban­caire, et ce à plu­sieurs titres. D’abord, sur le su­jet sé­cu­ri­taire puisque, rap­pe­lons-le, le sco­ring des risques reste l’une des pra­tiques pri­vi­lé­giées de la lutte contre une fraude qui se veut de plus en plus so­phis­ti­quée à l’ère 2.0 face au dé­ve­lop­pe­ment de nou­velles me­naces. En­suite, et de plus en plus, comme un élé­ment ma­jeur de la re­la­tion client et de la stra­té­gie mar­ke­ting. Ci­tons comme exemples l’émer­gence des Card Lin­ked Of­fers (CLO) dans plu­sieurs ré­gions du monde et ré­cem­ment en France sous l’im­pul­sion de cer­tains pres­ta­taires, ou en­core les pra­tiques liées au da­ta­mi­ning où l’ana­lyse fine des pra­tiques du client de­vrait per­mettre, à terme, de pro­po­ser des pro­duits en adé­qua­tion avec chaque pro­fil et de construire une re­la­tion de plus en plus per­son­na­li­sée avec le client fi­nal. Une si­tua­tion en passe d’évo­luer, no­tam­ment dans le sec­teur des paie­ments, sous l’ini­tia­tive de cer­tains ac­teurs du Web et de fin­techs conscientes de l’en­jeu de la don­née client, mais éga­le­ment du cô­té des banques sou­cieuses de ren­for­cer la proxi­mi­té avec le client fi­nal et de lui pro­po­ser des ser­vices ré­pon­dant à ses be­soins, se­lon ses pré­fé­rences en termes de pra­tiques et usages.

Mais la don­née se veut éga­le­ment pri­mor­diale à l’échelle so­cié­tale, dans le contexte de la lutte contre le blan­chi­ment de ca­pi­taux, la fraude fis­cale et le fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme qui connait une nou­velle im­pul­sion sous l’ef­fet des mo­di­fi­ca­tions de la qua­trième di­rec­tive lutte an­ti-blan­chi­ment et des me­sures na­tio­nales vi­sant no­tam­ment à ren­for­cer le KYC. Chiffre clé rap­por­té par Ber­cy le 18 avril 2016 : la hausse de 8 % des en­quêtes réa­li­sées par Trac­fin en 2015, confir­mant que le ren­sei­gne­ment fi­nan­cier se veut de plus en plus éla­bo­ré dans une ac­tua­li­té mar­quée par le ren­for­ce­ment sé­cu­ri­taire. Un ac­crois­se­ment d’ac­ti­vi­té qui s’ex­plique no­tam­ment par « l’ar­ri­vée à ma­tu­ri­té des me­sures de vi­gi­lance pour lut­ter contre la fraude fis­cale et la par­ti­ci­pa­tion ac­tive des pro­fes­sion­nels dé­cla­rants à la lutte contre le fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme », in­dique Ber­cy, sup­po­sant que la ten­dance de­vrait se pour­suivre en 2016 sous l’ef­fet des nou­velles me­sures. La don­née : en­jeu ma­jeur de la re­la­tion ban­caire de de­main ? Telle est l’in­ter­ro­ga­tion qui mé­rite d’être po­sée à date alors même que le su­jet se veut aus­si bien mar­ke­ting et stra­té­gique que sé­cu­ri­taire et so­cié­tal. A suivre.

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