Quelle place pour les « néo-banques » ?

Point Banque - - ÉDITORIAL - ANDRÉA TOUCINHO, di­rec­trice des ré­dac­tions

Fin­techs, éta­blis­se­ments de paie­ment et de mon­naie élec­tro­nique, banques de la grande dis­tri­bu­tion, ou en­core, plus ré­cem­ment, banques éma­nant de tel­cos… L'heure est au foi­son­ne­ment et à l'ou­ver­ture sur les mar­chés fi­nan­ciers, et plus spé­ci­fi­que­ment dans les sec­teurs de la banque et des paie­ments, ca­rac­té­ri­sés par des ré­gle­men­ta­tions ou­vrant la voie à l'in­no­va­tion dans un contexte de dé­ma­té­ria­li­sa­tion et de glo­ba­li­sa­tion. Nul doute que les ac­teurs his­to­riques, mar­qués par des in­ter­faces lourdes dont les évo­lu­tions struc­tu­relles et les mi­gra­tions in­for­ma­tiques se font par­fois de fa­çon re­la­ti­ve­ment longue, ont tout à ga­gner à col­la­bo­rer avec des struc­tures agiles et in­no­vantes de type fin­techs ou en­core reg­techs pro­pices à la sou­plesse et/ou la mise en confor­mi­té sur cer­tains as­pects ré­gle­men­taires pri­mor­diaux. Et de fait, nom­breuses sont les en­ti­tés fi­nan­cières qui ont com­pris qu'elles avaient tout à ga­gner à s'as­so­cier à ces nou­veaux ac­teurs, comme le dé­montrent les ini­tia­tives en­tre­prises par Cré­dit Mu­tuel Ar­kéa, le groupe BPCE - no­tam­ment via son éta­blis­se­ment de mon­naie élec­tro­nique S-mo­ney qui a ré­cem­ment an­non­cé l'ac­qui­si­tion d'e-co­tiz, quelques mois après le ra­chat du Pot Com­mun (lire nu­mé­ros pré­cé­dents) - ou en­core, à l'échelle eu­ro­péenne, BBVA qui mise sur l'ac­qui­si­tion de fin­techs pour en­ri­chir sa pa­lette de com­pé­tences ou dé­ve­lop­per sa pré­sence à l'in­ter­na­tio­nal (lire notre nu­mé­ro de sep­tembre). Néan­moins, si l'heure est à la col­la­bo­ra­tion, de nou­veaux ac­teurs, sou­vent qua­li­fiés de « néo-banques », n'en res­tent pas moins en­clins à concur­ren­cer les ac­teurs tra­di­tion­nels avec des offres in­no­vantes pla­cées dans une lo­gique d'an­ti­ci­pa­tion de la banque de de­main. L'exemple phare de ces vel­léi­tés pour­rait être le tel­co Orange, qui am­bi­tionne de lan­cer son en­ti­té fi­nan­cière dès 2017. De quoi po­ser une in­ter­ro­ga­tion pri­mor­diale, à date, à sa­voir la place que pour­raient prendre ces « néo-banques » sur le mar­ché. Car en ef­fet, si les consom­ma­teurs – no­tam­ment les jeunes gé­né­ra­tions – sont en­clins à uti­li­ser les nou­veaux ou­tils de la banque à dis­tance et à construire une re­la­tion plus per­son­na­li­sée avec leur en­ti­té fi­nan­cière, la banque tra­di­tion­nelle n'en reste pas moins un ac­teur re­con­nu et lé­gi­time dans l'ap­port d'un ser­vice ban­caire et l'éta­blis­se­ment d'une re­la­tion de confiance avec le client fi­nal. Une ten­dance confir­mée sur le ter­rain par l'at­ta­che­ment à une re­la­tion de proxi­mi­té ma­té­ria­li­sée par l'agence ban­caire et plus par­ti­cu­liè­re­ment le conseiller, qui reste per­çue comme un com­plé­ment de la re­la­tion à dis­tance. Dès lors, quel type de rap­port banque/client se­ra ins­ti­tué par des « néo-banques » pé­né­trant un mar­ché dé­jà riche en struc­tures et ha­bi­tudes ? D'au­cuns pré­disent que les ser­vices à va­leur ajou­tée et l'adap­ta­tion aux de­mandes d'un « consom'ac­teur » de plus en plus au­to­nome et exi­geant fe­ront la dif­fé­rence dans un mar­ché re­la­ti­ve­ment concur­ren­tiel. Une ten­dance qu'il se­ra per­ti­nent d'ana­ly­ser dans les pro­chaines an­nées.

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