Agrégateurs : les lignes de front s’or­ga­nisent

Les lignes de front s’or­ga­nisent

Point Banque - - SOMMAIRE - VÉ­RO­NIQUE PIER­RON

Alors que la DSP2 se­ra trans­po­sée en droit fran­çais en jan­vier 2018, banques et fin­techs af­fûtent leurs offres en ma­tière d’agré­ga­tion d’in­for­ma­tions. Car en plus de don­ner un droit aux nou­veaux ac­teurs de faire de l’agré­ga­tion de comptes ban­caires, elle leur ouvre la porte pour l’exé­cu­tion d’opé­ra­tions de paie­ment au­près des banques de leurs clients. L’en­jeu de la ba­taille est de taille : il en va de rem­por­ter la re­la­tion client.

La guerre des agrégateurs au­ra-t-elle lieu ? Pour le mo­ment en tous les cas, les hos­ti­li­tés sont ti­mides. Les banques sont en pleine ré­flexion sur la pers­pec­tive de cette pe­tite bombe à re­tar­de­ment que consti­tue la DSP2 car comme le sou­ligne le pré­sident de Syr­tals, Laurent Rouillac, « elles ont com­pris l'in­té­rêt d'y al­ler stra­té­gi­que­ment mais n'ont pas en­core for­cé­ment in­té­gré comment le faire ». Pour­tant… les lignes du front se dé­placent comme vient de le prou­ver le Cré­dit du Nord qui pro­pose de­puis le 9 no­vembre à ses clients, un ser­vice d'agré­ga­tion bap­ti­sé « Syn­thèse mul­ti­banque » dé­ve­lop­pé en par­te­na­riat avec Bour­so­ra­ma. Bref, la DSP2 doit-elle être prise au sé­rieux par les banques comme l'af­firme Marc Hen­ri De­sportes, di­rec­teur gé­né­ral de World­line : « Les en­jeux liées à cette di­rec­tive sont consi­dé­rables et consti­tuent une vraie ré­vo­lu­tion de la re­la­tion ban­caire ».

Ré­vi­sion de la di­rec­tive des ser­vices de paie­ments adop­tée en 2007, la DSP2 qui se­ra trans­po­sée en droit fran­çais en jan­vier 2018, lance deux mis­siles qui de­vraient consi­dé­ra­ble­ment faire bou­ger les lignes de la re­la­tion au client. Les ser­vices d'agré­ga- tion d'in­for­ma­tion en pre­mier qui per­mettent aux consom­ma­teurs dis­po­sant de comptes ban­caires dans des banques dif­fé­rentes de bé­né­fi­cier d'une vi­sion conso­li­dée via une seule in­ter­face. En­suite, les ser­vices d'ini­tia­tion de paie­ment qui ouvrent la pos­si­bi­li­té au client, de de­man­der à un in­ter­mé­diaire de pré­sen­ter et d'exé­cu­ter des opé­ra­tions de paie­ments en leur nom au­près de ses banques. « C'est une dy­na­mique de fond car les don­nées ban­caires agré­gées ali­mentent une offre de ser­vices plus com­plète com­bi­nant ges­tion cou­rante, ana­lyse des dé­penses, ges­tion do­cu­men­taire ou en­core épargne pré­dic­tive », sou­ligne Fran­çois Xa­vier Clair, se­nior man­ger chez Sia Part­ners. Pour les banques, la me­nace de perdre la re­la­tion client n'est donc plus vir­tuelle.

DES STRA­TÉ­GIES EN­CORE BA­SÉES SUR LA MARQUE BLANCHE

Dan­ger d'au­tant plus im­por­tant que les fin­techs tiennent dé­jà le haut du pa­vé de l'agré­ga­tion. La France a vu naitre deux cham­pions eu­ro­péens en ce do­maine, les fin­techs Lin­xo et Ban­kin. En ré­ponse à ces me­naces, les banques ont dé­ve­lop­pé plu­sieurs

stra­té­gies dont la prin­ci­pale consiste à dé­ve­lop­per leurs agrégateurs en marque blanche. Force est de consta­ter qu'elles n'en sont qu'aux pré­mices de cette dé­marche puisque « leurs ou­tils d'agré­ga­tion de compte uti­lisent en­core sou­vent les écrans stan­dards des fin­techs alors que ces ser­vices, dis­po­nibles en API, pour­raient être per­son­na­li­sés », note Ni­co­las Miart, ma­na­ger se­nior chez Ex­ton Consul­ting. Le prin­ci­pal four­nis­seur fran­çais d'agrégateurs en marque blanche est Lin­xo. D'ailleurs, l'en­trée du Cré­dit Mu­tuel Arkéa à son ca­pi­tal en 2012 a per­mis à sa fi­liale, For­tu­neo, d'être l'une des pre­mières banques en ligne à pro­po­ser un agré­ga­teur.

Les pres­ta­tions en ma­tière d'agré­ga­tion de compte de la pe­tite fin­tech qui monte ne s'ar­rêtent pas là et Axa l'a aus­si in­té­gré en marque blanche tout comme HSBC qui sor­ti­ra bien­tôt son propre agré­ga­teur. Le groupe Cré­dit Agri­cole, en­tré au ca­pi­tal de Lin­xo au dé­but de 2016, va se lan­cer à son tour, par étapes en in­té­grant un agré­ga­teur dans toutes les marques du groupe dont la pre­mière se­ra Bfo­bank. En pa­ral­lèle, les néo banques vont s'ap­puyer sur des agrégateurs en marque blanche en les per­son­na­li­sant et il y a fort à pa­rier que de­main, Orange Bank Orange pro­po­se­ra une in­té­gra­tion plus per­son­na­li­sée grâce à l'ajout de ser­vices ad­di­tion­nels. D'autres stra­té­gies consistent à ache­ter un agré­ga­teur comme l'a fait Bour­so­ra­ma en 2015 avec Fi­du­ceo pour ver­rouiller la tech­no­lo­gie dont la mai­son mère So­cié­té Gé­né­rale va pro­fi­ter à son tour, en pré­pa­rant un tel ser­vice à ses clients.

DES EN­JEUX ES­SEN­TIELS POUR LA RE­LA­TION CLIENT

Les en­jeux sont d'im­por­tance, le pre­mier étant de pré­ser­ver la re­la­tion client comme le confirme Marc Hen­ri De­sportes : « A par­tir du mo­ment où la DSP2 per­met l'ou­ver­ture, les ac­teurs vont avoir la ca­pa­ci­té d'in­té­grer des bou­quets de ser­vices et créer ain­si une nou­velle ligne de re­ve­nus ». « Rai­son pour la­quelle la banque doit s'ou­vrir et im­po­ser un cer­tain nombre de contraintes », ajoute-t-il. Dans ce do­maine, les fin­techs sont dé­jà au garde à vous. Aux Etats-unis, l'agré­ga­teur Di­git per­met aux consom­ma­teurs d'amé­lio­rer leurs dé­penses en pré­voyant une épargne au­to­ma­tique alors que chez nos voi­sins belges, la plate-forme Zoo­mix ouvre la pos­si­bi­li­té de faire de la cen­tra­li­sa­tion de fac­tures et de les payer à par­tir d'un même en­droit. En France, la fin­tech Bud­get In­sight per­met aus­si le ra­pa­trie­ment de fac­tures. At­ten­tion, banques en dan­ger. Ces plates-formes en sim­pli­fiant les par­cours, kid­nappent aus­si la re­la­tion client. « L'agré­ga­tion d'in­for­ma­tion va être re­çue comme un vé­ri­table mo­dèle éco­no­mique et tout l'en­jeu se­ra de créer de la va­leur, ex­plique Laurent Rouillac. Si les banques res­tent im­mo­biles, elles vont perdre la re­la­tion client ».

Avec la sor­tie ré­cente en Grande-bre­tagne de son agré­ga­teur, Yolt, ING a dé­pas­sé le concept puisque l'ap­pli­ca­tion pro­met aus­si la pré­dic­tion des dis­po­ni­bi­li­tés fu­tures, as­sor­tie d'alertes et de

re­com­man­da­tions que l'uti­li­sa­teur peut ac­cep­ter de suivre d'un geste. « La ques­tion des agrégateurs est un en­jeu d'in­té­gra­tion de ser­vices qui peut dé­pas­ser la sphère ban­caire en pro­po­sant par exemple le coffre-fort élec­tro­nique ou le rè­gle­ment des fac­tures », pré­cise Fran­çois Xa­vier Clair. Pour Marc Hen­ri De­sportes, l'autre en­jeu d'im­por­tance née de la DSP2 dans le do­maine des paie­ments « est tech­ni­co-éco­no­mique car nous al­lons vers une fu­sion des usines de paie­ments entre la par­tie flux et la par­tie carte de dé­bit avec à la clé, une op­por­tu­ni­té de trans­for­ma­tion des coûts ».

LA FIN DE LA BANQUE UNI­VER­SELLE ?

Pour­tant un coup d'oeil chez nos voi­sins eu­ro­péens, per­met de consta­ter que lorsque les banques prennent l'ini­tia­tive et s'al­lient, elles se ré­ap­pro­prient le mar­ché. Aux Pays-bas, elles ont mis en place Ideal, un sys­tème de paie­ment par vi­re­ment sur les plates-formes de e-com­merce. Se­lon Cur­rence, l'as­so­cia­tion de coor­di­na­tion des sys­tèmes de paie­ments aux Pays-bas, plus de 56% des ache­teurs en ligne pré­fèrent payer avec Ideal. L'es­pace lais­sé aux nou­veaux ve­nus est dé­sor­mais ré­duit comme peau de cha­grin. Au Da­ne­mark même of­fen­sive de la Dansk Bank qui a lan­cé un ser­vice de paie­ment

mo­bile. Il fonc­tionne tel­le­ment bien que la ma­jo­ri­té des com­mer­çants l'ont adop­té en ma­ga­sin. « Face aux fin­techs qui, grâce à leur tech­nique de web scra­ping, vont bri­ser le ta­bou en ajou­tant ra­pi­de­ment le vo­let tran­sac­tion­nel à leurs ser­vices d'agré­ga­tion de compte, les ban­quiers n'au­ront pas d'autre choix que d'ac­cé­lé­rer la mise en place de stan­dards de connexion sé­cu­ri­sés », re­marque Ni­co­las Miart.

Pour­tant, si l'exis­tence de l'agré­ga­tion de compte est dé­sor­mais rè­gle­men­taire, son au­ra dans la réa­li­té et donc l'usage des consom­ma­teurs reste à prou­ver en rai­son d'une nette ten­dance de la clien­tèle à res­ter mo­no-ban­ca­ri­sée. Les lignes ont un peu bou- gé ces der­nières an­nées avec l'ar­ri­vée des banques en ligne et de leurs cam­pagnes de pro­mo­tion à l'ou­ver­ture d'un compte. Comme il y eut dans les an­nées 2000, des chas­seurs de taux, le monde ban­caire a as­sis­té à l'avè­ne­ment des chas­seurs de pro­mos. Pour­tant, l'agré­ga­tion de compte et les ser­vices qui lui se­ront com­bi­nés, est dé­jà per­çue comme une ten­dance de fond qui mar­que­ra sans doute la fin de la banque uni­ver­selle telle que nous la connais­sons au­jourd'hui, pour al­ler vers un mo­dèle plus an­glo-saxon où tous les pro­duits ban­caires ne se­ront pas for­cé­ment sous­crits dans la même banque. A suivre…

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