RÉ­GIS FOLBAUM

« La Banque Pos­tale reste, au sein du groupe La Poste, op­por­tu­niste en termes de par­te­na­riats »

Point Banque - - BRIEFING - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR AN­DRÉA TOUCINHO PHO­TOS CY­RIL ETIEN

Après plu­sieurs an­nées au sein de Mas­ter­card, Ré­gis Folbaum, ré­cem­ment nom­mé di­rec­teur des paie­ments de La Banque Pos­tale, nous livre son ana­lyse sur l’évo­lu­tion du mar­ché et ses am­bi­tions et pro­jets pour l’en­ti­té fi­nan­cière.

Vous ve­nez de prendre la di­rec­tion des paie­ments de La Banque Pos­tale après quelques an­nées pas­sées chez Mas­ter­Card. Quels sont vos pro­jets pour l’en­ti­té ? En tant que Di­rec­teur des Paie­ments de La Banque Pos­tale, j'ai une triple res­pon­sa­bi­li­té. D'une part, je di­rige les équipes du siège qui sont en charge de l'en­semble des fonc­tions du Mé­tier Paie­ments : chefs de pro­duits, MOA, in­no­va­tion et dé­ve­lop­pe­ment… et celles qui as­surent avec moi la re­pré­sen­ta­tion de place de La Banque Pos­tale. D'autre part, j'as­sume la res­pon­sa­bi­li­té hié­rar­chique de nos ac­ti­vi­tés de pro­duc­tion lo­gées au Centre des Paie­ments à Limoges. En­fin, les équipes d'or­ga­ni­sa­tion de la Di­rec­tion des Paie­ments animent fonc­tion­nel­le­ment les fi­lières moyens de paie­ment des centres fi­nan­ciers de La Poste. Par­mi les prin­ci­paux pro­jets fi­gure la construc­tion d'usines de paie­ment ro­bustes, ef­fi­caces et peu coû­teuses avec no­tam­ment l'élar­gis­se­ment du pé­ri­mètre fonc­tion­nel de Tran­sac­tis aux cô­tés de nos par­te­naires So­cié­té Gé­né­rale et So­pra Ban­king Ser­vices. L'idée est la mise en com­mun de nos forces et la construc­tion d'un par­te­na­riat adap­té aux pro­chaines étapes du mar­ché des paie­ments.. En­fin, nous par­ti­ci­pons, au sein du groupe La Poste, au dé­ve­lop­pe­ment de so­lu­tions de paie­ments in­no­vantes pour nos clients par­ti­cu­liers et per­sonnes mo- rales pour leur faire bé­né­fi­cier de l'état de l'art tout en res­tant en adé­qua­tion avec notre po­si­tion­ne­ment de banque ci­toyenne.

Comment ana­ly­sez-vous l’évo­lu­tion du po­si­tion­ne­ment de La Banque Pos­tale dans le do­maine des paie­ments ? La stratégie de La Banque Pos­tale se dé­cline en quatre vo­lets. Le pre­mier, c'est l'en­ri­chis­se­ment de nos offres mo­né­tiques tant pour les per­sonnes phy­siques que pour les per­sonnes mo­rales. Le deuxième, c'est la pour­suite des pro­jets com­mu­nau­taires aux­quels nous par­ti­ci­pons (Pay­lib, Core EU, Stet ou en­core Se­pa­mail). Le troi­sième, c'est un tra­vail sur les élé­ments de dif­fé­ren­cia­tion de La Banque Pos­tale en par­ti­cu­lier liés aux in­no­va­tions comme Talk to Pay qui se­ra in­té­gré à l'ap­pli­ca­tion « Mes Paie­ments ». Concer­nant ce der­nier as­pect, nous pré­voyons d'ajou­ter de nou­veaux ser­vices dans « Mes Paie­ments » de ma­nière agile avec le paie­ment mo­bile Pay­lib HCE dès le pre­mier tri­mestre 2017 et l'au­then­ti­fi­ca­tion par bio­mé­trie vo­cale, sur la­quelle nous avons de très bons re­tours, d'ici le troi­sième tri­mestre 2017 (et dis­po­nible très pro­chai­ne­ment pour nos clients de Lab). Le qua­trième et der­nier vo­let, c'est de nous pré­pa­rer à la deuxième di­rec­tive sur les ser­vices de paie­ment (DSP2) et à la nou­velle vague d'in­no­va­tions qui se­ra ap- por­tée no­tam­ment par l'ins­tant pay­ment.

La Banque Pos­tale s’est no­tam­ment dis­tin­guée sur le mar­ché du wal­let avec son en­ga­ge­ment dans Pay­lib et le lan­ce­ment de l’ap­pli­ca­tion « Mes Paie­ments ». Quels sont vos pro­jets dans ce do­maine ? Quid de votre stratégie en ma­tière de conver­gence entre dis­tance et proxi­mi­té et entre paie­ment et nou­veaux ser­vices ? « Mes Paie­ments » est une ap­pli­ca­tion pi­vot qui offre un bou­quet de ser­vices de paie­ments au choix à nos clients. L'une des prio­ri­tés est l'ac­cé­lé­ra­tion de la migration du 3D Se­cure par SMS au 3D Se­cure « nou­velle gé­né­ra­tion in-app » et le dé­ploie­ment d'autres formes d'au­then­ti­fi­ca­tion ren­for­cée, non seule­ment sur le paie­ment en ligne mais éga­le­ment sur l'ac­cès à la banque à dis­tance. Ce­la s'ajoute au dé­ploie­ment du paie­ment mo­bile Pay­lib HCE et à l'ar­ri­vée du paie­ment P2P avec Pay­lib par la suite.

Quelques mots sur la sé­cu­ri­té. La Banque Pos­tale a mar­qué l’ac­tua­li­té du mar­ché des paie­ments avec l’ini­tia­tive Talk to Pay la bio­mé­trie vo­cale. Comment va évo­luer cette so­lu­tion en 2017 ? Le lan­ce­ment com­mer­cial de Talk to Pay se­ra ef­fec­tif en 2017. Outre l'in­no­va­tion d'usage de la bio­mé­trie vo­cale, Talk to Pay est une al­ter­na­tive aux cartes à CVV dy­na­mique que lancent cer­tains de nos

confrères. Quant à la sé­cu­ri­té, elle est ef­fec­ti­ve­ment un su­jet sur le­quel nous tra­vaillons beau­coup. En de­hors des équipes de la Di­rec­tion des Paie­ments, cette vi­gi­lance conti­nue s'exerce à plu­sieurs ni­veaux. D'une part, chez Tran­sac­tis, où les équipes ont les com­pé­tences et la ca­pa­ci­té de lut­ter contre la fraude avec des in­ves­tis­se­ments pro­dui­sant un ROI très sa­tis­fai­sant. D'autre part, au Centre des Paie­ments de Limoges, nous tra­vaillons sur les dif­fé­rents types de fraude et les règles de ges­tion qui sont sui­vies et mises à jour en per­ma­nence.

Outre la bio­mé­trie vo­cale, en­vi­sa­gez-vous d’autres so­lu­tions ?

La bio­mé­trie vo­cale nous pa­raît comme la plus in­té­res­sante car elle est plus dif­fi­cile à com­pro­mettre que d'autres formes de bio­mé­trie et son uni­ver­sa­li­té (elle fonc­tionne sur tous les mo­biles) ré­pond à notre po­si­tion­ne­ment de banque ci­toyenne. Néan­moins, dans une lo­gique de trans­ver­sa­li­té, nous al­lons tra­vailler avec nos équipes in­for­ma­tiques sur d'autres so­lu­tions de lutte contre la fraude afin de ré­pondre tou­jours mieux à l'évo­lu­tion des usages.

Comment ré­agis­sez-vous aux évo­lu­tions sé­cu­ri­taires pro­po­sées par la DSP2 et la qua­trième di­rec­tive lutte an­ti-blan­chi­ment ? Sur le su­jet de la lutte an­ti-blan­chi­ment, je rap­pelle que La Banque Pos­tale n'émet pas de cartes pré­payées ano­nymes, nous en­vi­sa­geons donc très se­rei­ne­ment les évo­lu­tions sé­cu­ri­taires pro­po­sées dans ce do­maine. De ma­nière gé­né­rale, il nous pa­raît im­por­tant que les dif­fé­rents ac­teurs aient le même ni­veau de de­voirs et d'obli­ga­tions sur la sé­cu­ri­té des don­nées et la pro­tec­tion des don­nées pri­vées de nos conci­toyens. Sur le su­jet plus spé­ci­fique de la DSP2, les dis­cus­sions évo­luent sur le RTS sé­cu­ri­taire et La Banque Pos­tale pense être bien po­si­tion­née pour at­teindre le ni­veau d'exi­gence re­quis en sa­chant qu'il convient d'être at­ten­tif à l'équi­libre entre er­go­no­mie et sé­cu­ri­té. A ce titre, nous pré­co­ni­sons une ap­proche ba­sée sur les risques per­met­tant d'iden­ti­fier les be­soins en termes de ni­veau d'au­then­ti­fi­ca­tion.

Quelles op­por­tu­ni­tés iden­ti­fiez-vous dans le contexte de la DSP2 ? Quid de votre stratégie en ma­tière d’agré­ga­tion d’in­for­ma­tion ? La Banque Pos­tale ne res­te­ra pas pas­sive par rap­port à l'op­por­tu­ni­té que sus­citent l'agré­ga­tion d'in­for­ma­tion et l'ini­tia­tion de paie­ment mais il est trop tôt pour en par­ler pu­bli­que­ment plus en dé­tail.

La Banque Pos­tale a re­joint le dis­po­si­tif Se­pa­mail.eu qui a ré­cem­ment été l’ob­jet d’un pre­mier lan­ce­ment avec Cré­dit Agri­cole e-fac­ture. Comment en­vi­sa­gez-vous cette évo­lu­tion ? La Banque Pos­tale en­vi­sage le dis­po­si­tif Se­pa­mail.eu à double-titre. D'une part, pour notre clien­tèle de per­sonnes phy­siques sus­cep­tibles d'uti­li­ser le dis­po­si­tif, qui est re­la­ti­ve­ment nom­breuse et qui a dé­jà com­men­cé à s'en­rô­ler à Se­pa­mail sur leur banque en ligne. D'autre part, pour la banque des en­tre­prises, qui mal­gré un nombre de clients plus li­mi­té, adres­se­ra avec Se­pa­mail les be­soins des ETI et des bailleurs. D'où une stratégie de dé­ve­lop­pe­ment ad-hoc avec une sor­tie plus tar­dive de l'offre pour nos clients.

Comment en­vi­sa­gez-vous la mo­bi­li­té ban­caire qui s’est ré­cem­ment ajou­tée à la so­lu­tion et qui pren­dra tout son sens en fé­vrier 2017 avec la loi Ma­cron ? La mo­bi­li­té ban­caire consti­tue une double-op­por­tu­ni­té, en tant que banque et en tant qu'ac­teur des paie­ments. En tant que banque, nous avons des am­bi­tions de conquête im­por­tantes. Par ailleurs, il faut no­ter que l'usine de paie­ment dé­ve­lop­pée avec So­pra Ban­king Ser­vices et So­cié­té Gé­né­rale nous per­met de pro­po­ser la so­lu­tion Aigue Ma­rine pré­vue à cet ef­fet sur Se­pa­mail.eu, à d'autres éta­blis­se­ments ban­caires. Ce­la re­pré­sente une op­por­tu­ni­té com­mer­ciale in­té­res­sante.

Sur la stratégie na­tio­nale des moyens de paie­ment, comment en­vi­sa­gez-vous la créa­tion du Co­mi­té na­tio­nal des paie­ments scrip­tu­raux (CNPS) ? La Banque Pos­tale est membre du CNPS et par­ti­cipe ac­ti­ve­ment aux tra­vaux. Les banques ont d'ailleurs li­vré beau­coup d'en­ga­ge­ment dans le cadre de cette ins­tance et nous at­ten­dons un re­tour si­mi­laire de la part du com­merce et des par­te­naires in­di­rects que sont les col­lec­ti­vi­tés lo­cales, no­tam­ment sur l'ac­cé­lé­ra­tion du dé­ploie­ment des ter­mi­naux sans contact, l'ac­cep­ta­tion de la carte ban­caire à par­tir du pre­mier eu­ro et l'adop­tion des nou­veaux moyens de paie­ment mis en mar­ché.

Quelles sont vos am­bi­tions en ma­tière de col­la­bo­ra­tion avec les nou­veaux ac­teurs du mar­ché de la banque et des paie­ments ? Comment un ac­teur tra­di­tion­nel comme La Banque Pos­tale ré­agit-il aux am­bi­tions de mas­to­dontes comme Apple ou en­core Orange sur les mar­chés de la banque et des paie­ments ? La Banque Pos­tale reste, au sein du groupe La Poste, op­por­tu­niste en termes de par­te­na­riats. Notre stratégie nu­mé­rique est ain­si très dé­ve­lop­pée et nous sommes en­ga­gés sur ce su­jet dans plu­sieurs évo­lu­tions. La Banque Pos­tale a dé­jà réa­li­sé cer­taines ac­qui­si­tions ou par­te­na­riats, par­fois dans des do­maines plus tra­di­tion­nels comme l'as­set ma­na­ge­ment. Nous ana­ly­sons donc de ma­nière ag­nos­tique les dif­fé­rents par­te­na­riats ca­pi­ta­lis­tiques et com­mer­ciaux qui s'offrent à nous et en­vi­sa­geons de pour­suivre notre col­la­bo­ra­tion avec les fin­techs, comme ce­la fut le cas avec Talk To Pay, dans le do­maine des paie­ments.

Quelles sont les prio­ri­tés de La Banque Pos­tale en 2017 sur le mar­ché des paie­ments ? As­su­rer le bon fonc­tion­ne­ment et le dé­ve­lop­pe­ment de notre ou­til in­dus­triel Tran­sac­tis, oeu­vrer dans le sens de l'en­ri­chis­se­ment de nos offres et de nos so­lu­tions et ac­cé­lé­rer sur la mise en mar­ché de nos in­no­va­tions, en par­ti­cu­lier la com­mer­cia­li­sa­tion de Talk to Pay, le tout dans un contexte d'évo­lu­tions ré­gle­men­taires ma­jeures et où nous re­gar­dons avec un es­prit ou­vert le re­nou­vel­le­ment de notre par­te­na­riat mo­né­tique en tant qu'émet­teur.

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