« On peut se de­man­der si la DSP2 ne pré­fi­gure pas l’émer­gence d’ac­teurs qui au­ront la re­la­tion di­recte avec le consom­ma­teur »

Point Banque - - POINTS MAJEURS -

Comment abor­dez-vous la DSP2 ? Nous avons an­ti­ci­pé. Dès 2012, bien avant que la DSP2 ne germe dans l’es­prit du ré­gu­la­teur eu­ro­péen, nous avons pris une par­ti­ci­pa­tion mi­no­ri­taire dans la fin­tech Lin­xo. L’idée était de per­mettre à notre fi­liale banque en ligne For­tu­neo de pour­suivre sa po­li­tique de proxi­mi­té avec les consom­ma­teurs en met­tant en place sur son site pu­blic, un ser­vice d’agré­ga­tion de comptes ban­caires et d’en­ri­chir ce ser­vice avec des offres de pro­mo­tions de la part des grandes en­seignes du com­merce. Ce par­te­na­riat avec Lin­xo est riche puisque la fin­tech fait à la fois du Btoc et du Btob, en équi­pant un cer­tain nombre de grands éta­blis­se­ments de la place en marque blanche.

Elle fait un peu le même mé­tier que vous ! En ef­fet, notre par­te­na­riat avec Lin­xo entre de plein champ dans la stratégie du Cré­dit Mu­tuel Arkéa : ce qui nous dis­tingue en tant que groupe ban­caire, c’est jus­te­ment cette di­men­sion de pres­ta­taires de ser­vices à la fois pour des éta­blis­se­ments ins­tal­lés et pour les nou­veaux en­trants comme les fin­techs, aux­quelles la rè­gle­men­ta­tion va don­ner une lé­gi­ti­mi­té. Dans ce contexte, quels chan­ge­ments vont être por­tés par la DSP2 ? Elle va ac­cé­lé­rer l’émer­gence de ser­vices ban­caires réa­li­sés par des ac­teurs non ban­caires. Et ce, grâce aux deux ni­veaux de cette rè­gle­men­ta­tion consti­tuée par l’ac­qui­si­tion d’in­for­ma­tions re­la­tives aux comptes de paie­ments d’une part, et par la fa­cul­té de gé­né­rer des mou­ve­ments entre comptes de paie­ments éma­nant de plu­sieurs éta­blis­se­ments d’autre part, pour peu que dans les deux cas, le client consom­ma­teur ait don­né man­dat à l’opé­ra­teur. Cette nou­velle lé­gi­ti­mi­té va-telle créer une at­taque au sta­tut ban­caire et à la place des banques vis-à-vis de leurs clients ? C’est en tous les cas un évè­ne­ment im­por­tant à consi­dé­rer avec beau­coup d’at­ten­tion car la pire des at­ti­tudes se­rait de le né­gli­ger ou pis en­core, de vou­loir s’y op­po­ser ! La DSP2 s’ins­crit dans un mou­ve­ment plus large que ce­lui im­pul­sé ces der­nières an­nées. Ce qui manque en­core à Paypal pour­tant uti­li­sé par des mil­lions de consom­ma­teurs, c’est l’uni­ver­sa­li­té de la fa­cul­té de paie­ment et le ca­rac­tère no­made de l’ins­tru­ment de paie­ment. La DSP2 s’ins­crit dans cette tra­jec­toire qui est celle de l’ac­ces­sion à beau­coup de nou­veaux ac­teurs, grands ou pe­tits, au monde des paie­ments. Pour­tant la DSP2 va aus­si per­mettre à la fin­tech de jouer le rôle de la banque au­près des clients… Tous les opé­ra­teurs ins­tal­lés doivent, en ef­fet, être vi­gi­lants face à ce phé­no­mène qui res­semble à ce­lui ori­gi­né par Uber qui n’est autre qu’un opé­ra­teur de trans­port sans voi­ture. Ce type d’ac­teur uti­lise la di­gi­ta­li­sa­tion pour jouer le rôle d’in­ter­mé­diaire entre le consom­ma­teur et l’or­ga­nisme ou la per­sonne qui offre un pro­duit ou un ser­vice sans avoir ni la struc­ture, ni les coûts, ni la dif­fi­cul­té de ges­tion. C’est vrai­ment une idée ré­vo­lu­tion­naire. Et fi­na­le­ment, on peut se de­man­der si la DSP2 ne pré­fi­gure pas l’émer­gence d’ac­teurs qui au­ront la re­la­tion di­recte avec le consom­ma­teur pour lui pro­po­ser les ser­vices et les pro­duits d’une banque ?

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