Jean-her­vé Lo­ren­zi : « Le pôle de com­pé­ti­ti­vi­té Fi­nance In­no­va­tion vise à rap­pro­cher tous les ac­teurs du sec­teur »

Jean-her­vé Lo­ren­zi, pré­sident du pôle de com­pé­ti­ti­vi­té Fi­nance In­no­va­tion, ré­pond aux ques­tions de Point Banque sur la si­tua­tion du mar­ché ban­caire face aux mu­ta­tions tech­no­lo­giques et géos­tra­té­giques.

Point Banque - - BRIEFING - Pro­pos re­cueillis Par An­dréa Tou­cin­ho Pho­tos cy­ril ETIEN

Quelle est l’ac­ti­vi­té du pôle de com­pé­ti­ti­vi­té Fi­nance In­no­va­tion ? Com­ment tra­vaillez-vous avec les or­ga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles et les en­ti­tés fi­nan­cières sur les évo­lu­tions du mar­ché ban­caire ?

Le pôle de com­pé­ti­ti­vi­té Fi­nance In­no­va­tion vise à rap­pro­cher tous les ac­teurs du sec­teur en met­tant en lu­mière tout ce qui a un ca­rac­tère in­no­vant. Six branches com­posent ce pôle à sa­voir banque, as­su­rance, ges­tion d'ac­tifs, im­mo­bi­lier, chiffre et RSE. Nous en­tre­te­nons des liens ré­gu­liers avec Pa­ris Eu­ro­place et notre ac­tion re­pose sur trois axes. D'une part, le dé­ve­lop­pe­ment d'une usine à pro­jets avec près de 350 fin­techs la­bel­li­sées. D'autre part, la pro­mo­tion et la dif­fu­sion des boîtes à ou­tils fi­nan­cières pou­vant éga­le­ment ser­vir à d'autres pôles de com­pé­ti­ti­vi­té. En­fin, la pro­mo­tion de ré­flexions in­no­vantes sur les sec­teurs concer­nés.

La par­ti­cu­la­ri­té des mar­chés de la banque et des moyens de paie­ment re­pose sur une ou­ver­ture à de nou­veaux ac­teurs. Quel pa­no­ra­ma dres­sez-vous de ces fin­techs qui fleu­rissent dans le sec­teur ? Com­ment tra­vaillez-vous avec ces en­ti­tés ?

Les fin­techs fonc­tionnent à l'image des so­cié­tés in­for­ma­tiques de dif­fé­rents sec­teurs d'ac­ti­vi­té : elles ont vo­ca­tion à trans- for­mer et chal­len­ger les ac­teurs et à ren­for­cer le mar­ché. C'est d'ailleurs pour­quoi beau­coup d'entre elles s'in­té­ressent aux moyens de paie­ment, à la fi­nance col­la­bo­ra­tive, ou en­core aux ro­bot ad­vi­sors, qui

font l'ob­jet de nom­breuses in­no­va­tions. Face à cette ten­dance, le sys­tème ban­caire est ca­rac­té­ri­sé par deux at­ti­tudes à sa­voir une re­la­tive in­quié­tude face à ces nou­veaux concur­rents et, en pa­ral­lèle, une ten­dance à fa­vo­ri­ser et donc à ren­for­cer la col­la­bo­ra­tion. En France, la deuxième op­tion est pri­vi­lé­giée, no­tam­ment grâce à l'ac­tion de la Fé­dé­ra­tion ban­caire fran­çaise (FBF).

Un mot sur le mar­ché des paie­ments, mar­qué par l’ou­ver­ture et la glo­ba­li­sa­tion. Com­ment les Ga­fa im­pactent-ils ce sec­teur ?

L'ar­ri­vée des Ga­fa dans le mar­ché des paie­ments consti­tue sans conteste un bou­le­ver­se­ment ma­jeur, à l'image d'autres ac­teurs. Lors­qu'orange crée une banque, par exemple, ce­la consti­tue un chan­ge­ment de dé­cor consi­dé­rable et l'évo­lu­tion doit être exa­mi­née de fa­çon soi­gnée. Les Ga­fa ont une par­ti­cu­la­ri­té : ils se veulent por­teurs du monde de de­main ce qui pose le pro­blème du mo­no­pole de pen­sée et d'ac­tion, en sa­chant que ces der­niers n'ont pas, contrai­re­ment aux banques, vo­ca­tion à fi­nan­cer l'éco­no­mie.

La DSP2 ouvre la porte à de nou­velles in­no­va­tions, agré­ga­tion d’in­for­ma­tions et ini­tia­tion de paie­ment. Quels se­ront se­lon vous les im­pacts sur le mar­ché ?

Tous les élé­ments liés à l'in­tro­duc­tion de nou­velles tech­no­lo­gies, qu'il s'agisse d'agré­ga­tion d'in­for­ma­tions ou d'ini­tia­tion de paie­ment, ou en­core, autre su­jet éga­le­ment d'ac­tua­li­té, d'uti­li­sa­tion de la don­née, sont por­teurs du meilleur comme du pire. Ils sont po­si­tifs dans le sens où ils peuvent fa­vo­ri­ser des fi­nan­ce­ments nou­veaux et ca­rac­té­ri­ser le dé­bi­teur de fa­çon plus pré­cise, mais né­ga­tifs dans la me­sure où ils com­portent un risque ma­jeur, à sa­voir le fait que le ca­rac­tère au­to­ma­ti­sé re­tire toute réa­li­té à l'acte fi­nan­cier. Or, la banque est un mé­tier très re­la­tion­nel et étroi­te­ment lié à une no­tion de confiance.

Com­ment ré­agis­sez-vous aux évo­lu­tions ré­gle­men­taires ré­centes en termes de ré­gu­la­tion comme Bâle III et Sol­ven­cy II ?

Concer­nant la ré­gu­la­tion ban­caire, Bâle III et Sol­ven­cy II ont sans conteste un im­pact sur la si­tua­tion. Le monde a be­soin de fi­nan­ce­ment et d'in­ves­tis­se­ment, et donc, par consé­quent, de prise de risque. Or, tout ce qui a été en­vi­sa­gé de­puis la crise de 2008 va dans le sens d'une mé­fiance ab­so­lue à l'égard du sys­tème ban­caire. La consé­quence est que le sha­dow ban­king va pro­ba­ble­ment se dé­ve­lop­per, avec l'émer­gence de solutions al­ter­na­tives non ré­gu­lées. D'où la né­ces­si­té, pour les au­to­ri­tés, de veiller à un équi­libre du ra­tio risque/ré­gu­la­tion.

L’ac­tua­li­té géo­po­li­tique, no­tam­ment le Brexit, n’est pas sans im­pact sur le mar­ché ban­caire. Quelle est la ré­ac­tion de Fi­nance In­no­va­tion sur ce su­jet ? Pen­sez-vous, à l’ins­tar d’autres or­ga­ni­sa­tions fi­nan­cières, que la Place fi­nan­cière de Pa­ris a une carte à jouer dans ce contexte ?

Le Brexit a ac­cé­lé­ré cer­taines évo­lu­tions mais ses ef­fets concrets ne sont pour l'ins­tant pas avé­rés. La Place fi­nan­cière de Pa­ris doit jouer un rôle et nous tra­vaillons avec Pa­ris Eu­ro­place sur ce su­jet. Pa­ris dis­pose ain­si de nom­breux avan­tages et atouts no­tam­ment un ré­seau fi­nan­cier dé­ve­lop­pé com­po­sé de banques, de com­pa­gnies d'as­su­rance, ou en­core de so­cié­tés de ges­tion d'ac­tifs qui s'ajoute à un en­semble de fin­techs in­no­vantes, sans ou­blier l'ins­ti­tut du ba­che­lier qui dis­pose de 47 chaires et oeuvre à la va­lo­ri­sa­tion de la re­cherche.

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