Tech­no­lo­gies

Pour les en­tre­prises, le paie­ment est un fac­teur dif­fé­ren­ciant et c’est d’au­tant plus im­por­tant au­jourd’hui que les com­por­te­ments des consom­ma­teurs se sont trans­for­més en quelques an­nées. Les en­jeux s’ex­priment ain­si en termes concur­ren­tiels et la tâche d

Point Banque - - SOMMAIRE - VÉ­RO­NIQUE PIER­RON

Les en­tre­prises à la re­cherche de l’ex­pé­rience ul­time de paie­ment

Dire que le do­maine des paie­ments s'est ré­vo­lu­tion­né en quelques an­nées a des al­lures de pléo­nasme car par­ler de paie­ments au­jourd'hui porte en sub­stance le mot « ré­vo­lu­tion ». Deux pa­ra­mètres dis­tincts ont tou­te­fois émer­gé. D'une part, la créa­tion d'un grand mar­ché des moyens de paie­ments eu­ro­péens. Le SEPA a ain­si trans­for­mé l'eu­rope en un vaste champ sans fron­tières où il reste en­core des moyens de paie­ments à se­mer comme le vi­re­ment ins­tan­ta­né ou ins­tant pay­ment. « En élar­gis­sant l'uti­li­sa­tion et en per­met­tant l'adop­tion de stan­dards pour les moyens de paie­ment, SCT et SDD, le SEPA a ap­por­té aux en­tre­prises et no­tam­ment aux grands créan­ciers de la va­leur en ma­tière ta­ri­faire et ju­ri­dique », sou­ligne d'em­blée Ch­ris­tophe Le­sobre, di­rec­teur ad­joint des ser­vices au paie­ment et de la confor­mi­té chez Orange et pré­sident de la com­mis­sion « mo­né­tique et moyens de paie­ment » de L'AFTE. En pa­ral­lèle, l'ap­pa­ri­tion de nou­velles solutions de paie­ments a consi­dé­ra­ble­ment mo­di­fié la fa­çon dont le consom­ma­teur ac­cède au paie­ment. Avec cette ré­serve que l'opé­ra­tion sous ja­cente reste en­core lar­ge­ment la carte ban­caire.

Pour les en­tre­prises, la tâche consiste à la fois à ra­tio­na­li­ser les moyens de paie­ment tant dans leurs struc­tu­ra­tion que dans leurs coûts et of­frir au consom­ma­teur une ex­pé­rience d'achat fluide et ac­ces­sible. « Cer­tains consom­ma­teurs res­tent at­ta­chés au mo­ment du paie­ment et comme les en­tre­prises ont be­soin de se dif­fé­ren­cier, elles doivent di­ver­si­fier ce paie­ment pour le rendre at­trac­tif », es­time Ch­ris­tophe Le­comte, ad­joint du di­rec­teur de di­vi­sion tré­so­re­rie et fi­nan­ce­ment in­tra groupe chez EDF et vice pré­sident de la com­mis­sion « mo­né­tique et moyens de paie­ments » à L'AFTE. De ce fait, les en­tre­prises sont ac­cu­lées à une lo­gique de mar­ché en ma­tière de paie­ment, celle de col­ler aux nou­veaux com­por­te­ments d'achat qui se di­gi­ta­lisent tou­jours plus. Elles doivent aus­si comp­ter sur les grandes ten­dances en ma­tière d'usage dont

la pre­mière tend à faire dis­pa­raitre le paie­ment comme chez Uber et Ama­zon alors que la se­conde pro­mue par Apple Pay en­tend faire du paie­ment l'acte le plus re­mar­quable de l'achat.

Di­ver­si­fier les paie­ments et les rendre at­trac­tifs

Pour­tant comme le si­gnale Jean-luc Du­bois, di­rec­teur des flux du Cré­dit Mu­tuel Ar­kéa : « Si la tech­no­lo­gie et l'offre pro­gressent ra­pi­de­ment, l'usage des clients, lui, est beau­coup plus lent à s'ins­tal­ler comme l'ont prou­vé ré­cem­ment le dé­ploie­ment du paie­ment carte sans contact ».

Face à ces as­pects com­por­te­men­taux du client, les en­jeux pour les en­tre­prises sont consi­dé­rables. Car même si Phi­lippe Mar­quet­ty, di­rec­teur des pro­duits paie­ment & cash ma­na­ge­ment chez So­cié­té Gé­né­rale note avec jus­tesse que « Le paie­ment est ra­re­ment un fac­teur dif­fé­ren­ciant ». Il ajoute que « les clients se rendent dans une en­seigne car elle ac­cepte une gamme de moyens de paie­ment et ne pas en pro­po­ser suf­fi­sam­ment peut en­trai­ner une perte des parts de mar­ché ». Les axes stra­té­giques pour les en­tre­prises sont donc fon­da­men­ta­le­ment concur­ren­tiels et ces der­nières doivent of­frir à leurs clients des ex­pé­riences de paie­ment à la fois, in­no­vantes, fluides, fa­ciles d'ac­cès et sé­cu­ri­sées.

« Bien sûr, l'in­no­va­tion est im­por­tante mais nous de­vons aus­si sé­cu­ri­ser et pé­ren­ni­ser ces moyens de paie­ments car toute ano­ma­lie risque d'im­pac­ter la re­la­tion com­mer­ciale », pré­cise Ch­ris­tophe Le­sobre. La dif­fi­cul­té ma­jeure des en­tre­prises pour in­té­grer un nou­veau mode de paie­ment est de par­ve­nir à une taille cri­tique, c'est à dire mettre en place des solutions em­ployées mas­si­ve­ment par les clients. Pa­ri qui sou­lève de nou­velles pro­blé­ma­tiques car « l'ins­tal­la­tion de nou­velles struc­tures de paie­ments est gé­né­ra­trice de coûts pour les en­tre­prises, ob­serve Phi­lippe Mar­quet­ty. Pour chaque moyen de paie­ment, les coûts doivent s'en­tendre au sens large, pour les chèques par exemple, ils doivent en­glo­ber le coût de trai­te­ment des im­payés ».

Des solutions moins coû­teuses que la carte ban­caire

No­tons tou­te­fois que dans ce nou­veau pay­sage, les moyens de paie­ments sont tou­jours au nombre de quatre -vi­re­ment, pré­lè­ve­ment, es­pèce et carte bleue – et s'étendent à cinq si l'on y ajoute le chèque qui drai­nait 2,5 mil­liards de tran­sac­tions en 2014. D'ailleurs, l'un des ob­jec­tifs à plus ou moins long terme est bien en­ten­du, la dis­pa­ra­tion du chèque qui de­meure un pi­lier du paie­ment à la fois pour les en­tre­prises et les par­ti­cu­liers. La ré­flexion sur son rem­pla­ce­ment est en cours au sein du Co­mi­té na­tio­nal des paie­ments scrip­tu­raux (CNPS) no­tam­ment par l'ins­tau­ra­tion du vi­re­ment ins­tan­ta­né dans les re­la­tions Btoc et via le vi­re­ment ré­fé­ren­cé dans les re­la­tions en Btob.

En pa­ral­lèle, l'uni­vers des solutions nou­velles pour payer n'a ces­sé de s'ac­croitre et bon nombre d'entre elles cherchent en­core leur mar­ché à l'ins­tar de Pay­lib. Pour les en­tre­prises, l'une des dif­fi­cul­tés est de cal­cu­ler la ren­ta­bi­li­té d'une so­lu­tion à pro­po­ser. « Le pro­blème des moyens de payer est qu'ils n'en­cap­sulent dans l'im­mense ma­jo­ri­té des cas, que la carte ban­caire qui re­vient cher, in­siste Ch­ris­tophe Le­comte. Nous at­ten­dons au­jourd'hui qu'ils en­cap­sulent un Iban, le coût se­ra alors dé­ter­mi­nant pour les en­tre­prises car ba­sé sur le Sepa ». De­main, des solutions comme Pay­lib ou Apple Pay pro­po­se­ront peut être – et d'une fa­çon in­do­lore pour le client – un vi­re­ment à la place d'un paie­ment par carte. « Pour les grandes en­tre­prises, le re­cours à la carte ban­caire est de plus en plus coû­teux en rai­son de l'em­pi­le­ment de ces coûts, et nous es­sayons de trou­ver des solutions comme l'ins­tant pay­ment car nous avons be­soin d'al­ter­na­tives à la carte, re­lève Ch­ris­tophe Le­sobre. Le vi­re­ment ins­tan­ta­né est d'ailleurs une ré­vo­lu­tion en soi ».

Vers de nou­veaux mo­dèles éco­no­miques

Pour l'ins­tant, les banques s'in­ter­rogent aus­si sur la pé­ren­ni­té et la masse cri­tique de ces nou­veaux ins­tru­ments. « Nous croyons à l'in­ter­ban­ca­ri­té qui peut pa­raitre dépassée mais qui a per­mis la pé­ren­ni­té de la carte ban­caire uti­li­sable chez tous les com­mer­çants en France de­puis les an­nées 1980. Nous de­vons nous or­ga­ni­ser pour main­te­nir la confiance to­tale des clients dans les nou­veaux moyens de paie­ments of­ferts par leurs banques », ex­plique Jean-luc Du­bois avant de lâ­cher : « C'est es­sen­tiel au mo­ment où l'éco­sys­tème des moyens de paie­ment va être bou­le­ver­sé ». Bou­le­ver­se­ment qui ap­pelle de nou­veaux pa­ra­digmes en cours de réa­li­sa­tion. Com­ment trou­ver par exemple, un nou­veau mo­dèle éco­no­mique au rem­pla­ce­ment de la carte ban­caire gé­né­ra­trice de res­sources via les com­mis­sions in­ter­ban­caires par un vi­re­ment Sepa gra­tuit ? Rap­pe­lons que la carte reste le se­cond moyen le plus uti­li­sé après les es­pèces avec 11,28 mil­liards de tran­sac­tions en 2015. « Pour les banques, trou­ver de nou­veaux mo­dèles éco-

no­miques va être né­ces­saire, car ces nou­veaux moyens de paie­ment vont né­ces­si­ter des in­ves­tis­se­ments si­gni­fi­ca­tifs », ajoute Jean-luc Du­bois.

Et ce d'au­tant plus que le rôle des banques est de construire les in­fra­struc­tures des nou­veaux modes de paie­ments qui pos­sèdent les ca­rac­té­ris­tiques d'être simples, sé­cu­ri­sés et por­teurs d'une masse cri­tique. Bref, uni­ver­sels. Or, les banques sont elles-mêmes des en­tre­prises confron­tées à des pro­blèmes de ren­ta­bi­li­té et « Le coût fi­nal de ces nou­velles in­fra­struc­tures, comme la mise en place du vi­re­ment ins­tan­ta­né, doit s'ap­puyer sur un mo­dèle éco­no­mique per­met­tant de cou­vrir à la fois les coûts d'in­ves­tis­se­ment et de fonc­tion­ne­ment, à l'ins­tar du sys­tème de carte ban­caire au­jourd'hui », pré­cise Phi­lippe Mar­quet­ty. Pour conclure, il ajoute qu'avant « d'ac­cé­der à un sys­tème d'ac­cep­ta­tion tel que Mas­ter­card ou Vi­sa, il fau­dra sans doute beau­coup de temps à ces nou­veaux ins­tru­ments ».

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