Evé­ne­ment

Si l’on en croit les ré­sul­tats d’une en­quête ré­cente, la loi Macron en­trée en vi­gueur le 6 fé­vrier 2017 ne de­vrait pas mo­di­fier les pa­ra­mètres de la mo­bi­li­té ban­caire tels qu’on les connait au­jourd’hui en France. Elle ne se­rait qu’une fa­ci­li­ta­trice de mob

Point Banque - - SOMMAIRE - Vé­ro­nique Pier­ron

La loi Macron, fa­ci­li­ta­trice et non ini­tia­trice de mo­bi­li­té

La loi Macron sur la mo­bi­li­té ban­caire vat-elle im­pul­ser un mou­ve­ment de mo­bi­li­té chez les clients des banques ? Pas si sûr. Si les banques et no­tam­ment les nou­veaux ac­teurs ont pu pen­ser que l'ar­ticle 43 de la loi Macron qui en­tre­ra en vi­gueur le 6 fé­vrier 2017, fe­ra bou­ger les lignes de la concur­rence ban­caire, une en­quête ré­cente n'en­té­rine pas ces es­poirs. « Les banques en ligne et les néo-banques ont sou­le­vé une cer­taine ef­fer­ves­cence quant à l'ar­ri­vée de cette loi mais les ré­sul­tats de notre étude « Mo­bi­li­té ban­caire » montrent que 53 % des clients des banques ne connaissent pas le nou­veau dis­po­si­tif », ob­serve Sté­phane Da­li­fard, vice-pré­sident du CGI bu­si­ness con­sul­ting qui a réa­li­sé cette étude en jan­vier avec l'édi­teur de lo­gi­ciel SAB. Pis en­core, seules 17 % des per­sonnes in­ter­ro­gées pensent que ce nou­veau dis­po­si­tif pour­rait les in­ci­ter à chan­ger de banque. « Les banques vont de­voir pro­cé­der à un tra­vail d'in­for­ma­tion au­près de leur clien­tèle et je pense que pour les éta­blis­se­ments tra­di­tion­nels, la loi peut consti­tuer une op­por­tu­ni­té car elle leur donne des ar­gu­ments pour ren­for­cer leurs po­si­tions sur cer­tains pôles comme la sé­cu­ri­té des don­nées ban­caires », ex­plique Em­ma­nuel No­blanc, res­pon­sable mar­ke­ting chez SAB. Loi ou non, les chiffres de la mo­bi­li­té ne bou­ge­ront sans doute pas puisque 27 % des Fran­çais connec­tés montrent une in­ten­tion de chan­ger de banque dans les six pro­chains mois, mais seuls 4% de ma-

nière très cer­taine. Pour preuve, d'après le rap­port Inès Mer­ce­reau sur la por­ta­bi­li­té du compte ban­caire, 4,5% des Fran­çais ont chan­gé de banque en 2014 contre 10 % en moyenne en Eu­rope. Ce qui re­pré­sente tou­te­fois le vo­lume non né­gli­geable du trans­fert de 14 400 comptes par jour ou­vré trai­tés par les banques.

Les banques en ordre de marche

C'est ain­si que l'ar­ticle 43 de la loi Macron doit per­mettre au client sou­hai­tant chan­ger de banque, de faire ap­pel à un ser­vice de trans­fert au­to­ma­ti­sé de sa do­mi­ci­lia­tion ban­caire, mis en place dans sa banque d'ac­cueil. Une pré­pa­ra­tion d'en­ver­gure pour les banques qui a né­ces­si­té la coor­di­na­tion de nom­breux ac­teurs mais aus­si la mise en place d'un pi­lo­tage cen­tral. « Les banques ont joué le jeu en ins­tal­lant ce nou­vel éco­sys­tème quand bien même les en­jeux der­rière étaient un peu fan­tas­més mais elles ont consi­dé­ré qu'il fal­lait pro­po­ser cette pos­si­bi­li­té de mo­bi­li­té », sou­ligne Em­ma­nuel No­blanc. Les banques ont dû en pre­mier pro­cé­der à l'adhé­sion à la mes­sa­ge­rie Se­pa­mail et son ap­pli­ca­tion Aigue-ma­rine, dé­diée à la mo­bi­li­té puis elles ont choi­si un pres­ta­taire tech­nique ré­fé­ren­cé per­met­tant à l'éta­blis­se­ment d'être at­tei­gnable via cette mes­sa­ge­rie sé­cu­ri­sée.

En­suite, elles ont pro­cé­dé à l'in­ter­fa­çage de cette ap­pli­ca­tion char­gée d'au­to­ma­ti­ser la col­lecte des don­nées dans le SI, avec le ou les ca­naux de banque di­gi­tale - site In­ter­net ou ap­pli­ca­tion mo­bile - pro­po­sant aux clients de trai­ter tout ou par­tie de l'en­trée en re­la­tion. Ce pro­ces­sus stra­té­gique doit en ef­fet être com­plé­té de la pro­po­si­tion du nou­veau dis­po­si­tif ap­por­té par la loi Macron : l'éla­bo­ra­tion et la si­gna­ture du man­dat de mo­bi­li­té ad-hoc. Au­jourd'hui, le nou­veau pro­ces­sus se struc­ture et les banques sont en train de pro­cé­der aux der­niers tests. Pour­tant, comme le re­marque Sté­phane Da­li­fard, « la loi ne suf­fit pas à elle seule à pro­vo­quer le chan­ge­ment de banque, elle est un fa­ci­li­ta­teur et non un in­ci­ta­teur ».

Les frais res­tent la pre­mière rai­son de chan­ge­ment

Pour­quoi les clients des banques en chan­ge­raient-ils ? A cette ques­tion, l'étude de CGI Con­sul­ting et SAB montre que pour 62 % des per­sonnes in­ter­ro­gées, l'aug­men­ta­tion des frais est de loin l'une des trois prin­ci­pales rai­sons la plus fré­quem­ment ci­tée. Clients qui ne sont pas non plus in­dif­fé­rents aux offres pro­mo­tion­nelles des banques concur­rentes (32 %) et de la gra­tui­té des ser­vices nu­mé­riques qu'elles peuvent leur pro­po­ser (28 %). La sous­crip­tion d'un prêt n'ar­rive qu'en qua­trième po­si­tion pour 24% des Fran­çais in­ter­ro­gés. Par contre, lors­qu'on leur de­mande d'ex­pri­mer les freins pour chan­ger de banque, 54% disent être sa­tis­faits de leur banque et 32 % pensent que la proxi­mi­té de l'agence ban­caire est ras­su­rante même s'ils ne s'y rendent presque ja­mais. Plus dé­con­cer­tant, pour 27 % des clients, les banques sont toutes les mêmes et il ne sert à rien d'en chan­ger. « En fait, les Fran­çais per­çoivent as­sez peu de concur­rence entre les banques tant dans leurs pro­duits que leurs ser­vices et seules les néo banques ou les banques en ligne sont per­çues comme dif­fé­rentes car moins chères et of­frant de larges pos­si­bi­li­tés de sous­crip­tion de pro­duits à dis­tance, pré­cise Sté­phane Da­li­fard. Mais les banques tra­di­tion­nelles conservent mal­gré tout, une image de sé­cu­ri­té et de sta­bi­li­té ». Né­gli­ger l'ef­fet de la loi sur la mo­bi­li­té se­rait tou­te­fois une er­reur. Au Royaume-uni par exemple, six mois après l'en­trée en vi­gueur de la loi idoine en 2013, la mo­bi­li­té était pas­sée à 14 % au dé­tri­ment des quatre prin­ci­pales banques à ré­seau bri­tan­niques, Bar­clays, HSBC, Lloyds et Royal Bank of Scot­land. « Elles ont en­re­gis­tré une at­tri­tion com­prise entre 1% et 7% qui n'a pour­tant pas pro­fi­té aux banques en ligne mais à des ac­teurs plus tra­di­tion­nels dont l'image était meilleure comme San­tan­der, ana­lyse Sté­phane Da­li­fard. « Au­jourd'hui, on est re­tom­bé à des taux de mo­bi­li­té à 3 % donc in­fé­rieurs à ceux de la France », conclut-il. A suivre…

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