Pré­payé : des tech­no­lo­gies ma­tures pour l’ère di­gi­tale

Point Banque - - SOMMAIRE -

Si le pré­payé connaît en France un suc­cès moins im­por­tant qu’à l’in­ter­na­tio­nal, ses usages ne s’en sont pas moins dif­fu­sés pro­gres­si­ve­ment, dans le monde de l’en­tre­prise comme au­près des par­ti­cu­liers. La chaîne de va­leur tech­nique est so­lide, de­puis les ter­mi­naux de paie­ment jus­qu’aux plates-formes de ser­vices à va­leur ajou­tée, en pas­sant par les ser­veurs d’au­to­ri­sa­tion. De quoi confir­mer sa pro­pen­sion à af­fron­ter la ré­vo­lu­tion de la dé­ma­té­ria­li­sa­tion, sur le mo­bile ou ailleurs. Etat des lieux.

Le pré­payé reste un mar­ché de niche en France, contrai­re­ment à d’autres pays no­tam­ment an­glo-saxons, et mal­gré le suc­cès d’offres bien an­crées dans la vie cou­rante (titres res­tau­rants, cartes de stationnement, cartes car­bu­rants…). En de­hors de ces best-sel­lers, la carte pré­payée re­char­geable, est sur­tout des­ti­née à un pu­blic non ban­ca­ri­sé (jeunes gé­né­ra­tions, in­ter­dits ban­caires) ou à des po­pu­la­tions spé­ci­fiques (voya­geurs, in­ter­nautes ne sou­hai­tant pas com­mu­ni­quer leurs co­or­don­nées ban­caires, ré­si­dents d’ori­gine étran­gère in­té­res­sés par les fa­ci­li­tés de trans­fert, à faible coût, de fonds à l’étran­ger). Et si elle a connu une ex­po­si­tion mé­dia­tique im­por­tante avec le lan­ce­ment d’offres comme le compte Ni­ckel – qui re­ven­di­quait dé­jà 300 000 clients mi-2016 – son usage reste en re­trait des autres moyens de paie­ment. No­tam­ment face à la carte dé­bit/ cré­dit, par­ti­cu­liè­re­ment uti­li­sée dans l’hexa­gone. « Aux Etats-unis ou au Royaume-uni, les cartes pré­payées sont pro­po­sées aux clients de­vant les caisses des su­per­mar­chés et font par­tie du quo­ti­dien des consom­ma­teurs » ex­plique ain­si Ch­ris­tophe Bour­bier, PDG et fon­da­teur de Li­mo­ne­tik, un des spé­cia­listes fran­çais dont la plate-forme de ser­vices et d’au­to­ri­sa­tion gère les so­lu­tions pré­payées par­mi un to­tal de 85 moyens de paie­ment. Dans les pays émer­gents, le pré­payé ren­contre éga­le­ment le suc­cès au­près de po­pu­la­tions à la re­cherche de moyens de paie­ment ne les obli­geant pas à ou­vrir de compte ban­caires. C’est le cas en Afrique ou au Moyen-orient où la dé­li­vrance des sa­laires en fin de mois, aux po­pu­la­tions émi­grées pour tra­vailler sur les grands chan­tiers, est réa­li­sée via des cartes, en confor­mi­té avec la ré­gle­men­ta­tion lo­cale qui in­ter­dit le ver­se­ment d’es­pèces. Le pré­payé pro­pose aus­si des so­lu­tions d’ordre so­cial : Geof­froy Se­ghet­ti, res­pon­sable pro­duits pour l’eu­rope de l’ouest chez Mas­ter­card évoque par exemple le cas des po­pu­la­tions vi­vant dans des camps de ré­fu­giés au Li­ban et aux­quelles sont four­nies des cartes de paie­ment, « un plus pour la di­gni­té de la per­sonne »

Concer­nant les par­ti­cu­liers aus­si, l’ima­gi­na­tion est au pou­voir et les offres se di­ver­si­fient

sou­ligne-t-il. Plus proche de nous, la banque pos­tale ita­lienne a ren­con­tré le suc­cès en pro­po­sant le ver­se­ment des pen­sions de ses clients âgés sur des cartes qui leur per­mettent d’évi­ter de trans­por­ter sur eux des sommes d’ar­gent im­por­tantes, dans un pays où la part des tran­sac­tions en es­pèces est en­core im­por­tante.

Des uti­li­sa­tions de plus en plus di­ver­si­fiées

Les moyens de paie­ment pré­payé peuvent être à des­ti­na­tion des par­ti­cu­liers ou ré­ser­vés à des usages pro­fes­sion­nels. Ain­si, « il faut dis­tin­guer deux grandes uti­li­sa­tions par les en­tre­prises. Le mar­ché de la ré­com­pense (in­cen­tive and re­wards) leur per­met d’of­frir des sommes re­la­ti­ve­ment im­por­tantes (plu­sieurs mil­liers d’eu­ros) à des com­mer­ciaux ayant réus­si leurs ob­jec­tifs. Par ailleurs, les so­lu­tions fa­ci­li­tant le paie­ment dans des cir­cuits res­treints (clo­sed loop) les aident à op­ti­mi­ser des frais liés aux dé­pla­ce­ments de leurs col­la­bo­ra­teurs par exemple » conti­nue Ch­ris­tophe Bour­bier. Ré­cem­ment, des cartes pré­payées mul­ti-de­vises ont fait leur ap­pa­ri­tion pour les grands voya­geurs pro­fes­sion­nels, par exemple chez Glo­bal Ex­change (avec Mas­ter­card). Le spé­cia­liste de l’im­pres­sion de cartes Evo­lis a de son cô­té conçu une borne d’im­pres­sion de cartes per­son­na­li­sées à im­plan­ter dans les aé­ro­ports (voir en­ca­dré)

Concer­nant les par­ti­cu­liers aus­si, l’ima­gi­na­tion est au pou­voir, et les offres se di­ver­si­fient. « Nous opé­rons en marque blanche pour des en­seignes et des ac­teurs dé­si­rant pro­po­ser un moyen de paie­ment simple pour des po­pu­la­tions ou dans des es­paces dé­li­mi­tés », ex­plique Phi­lippe Aïm, DG de Crea­card. Par­mi les nom­breux clients de la so­cié­té, un conseil gé­né­ral (ce­lui de l’es­sonne) sou­hai­tant of­frir à ses jeunes ha­bi­tants une somme à af­fec­ter à des achats de pres­ta­tions spé­ci­fiques (au­to-écoles, centres de loi­sirs, etc) ; Mais aus­si le ges- tion­naire d’un stade de foot­ball (FC Nantes) qui pro­pose un moyen de paie­ment simple dans l’en­ceinte spor­tive.

Si les exemples ne manquent pas, c’est parce que la pa­lette tech­no­lo­gique et fonc­tion­nelle est large : titres pré­payés pri­va­tifs (clo­sed-loop) ou ban­caires (open et fil­te­red-loop), sup­ports mul­tiples (cartes à pistes, à code barre, à puce, NFC, vir­tuelle ou en­core in­té­gra­tion dans des wal­lets), et ap­pli­ca­tions di­ver­si­fiées (in­cen­tive, sa­laires, ar­gent de poche, mul­ti­ser­vices, paie­ment, etc).

Les ac­teurs, qu’ils s’agissent de banques et d’éta­blis­se­ments de paie­ment en di­rect, ou d’en­seignes com­mer­ciales ou d’émet­teurs de titres de ser­vices par l’in­ter­mé­diaire de pro­gram ma­na­gers (avec agré­ment IOBSP) mul­ti­plient les ini­tia­tives. Il s’agit avant tout de s’adap­ter aux usages des consom­ma­teurs, qui évo­luent. « Le pré­payé, comme tout moyen de paie­ment, c’est avant tout une ques­tion de pré­fé­rence consom­ma­teur » sou­ligne Geof­froy Se­ghet­ti. D’ailleurs, Da­vid De­champs, di­rec­teur gé­né­ral de Mas­ter­card Eu­rope pour le Be­ne­lux, ajou­tait ré­cem­ment, dans le cadre du lan­ce­ment ré­cent de la carte ban­caire re­char­geable Blue Way en Bel­gique, que « les per­sonnes at­ta­chées aux es­pèces peuvent (ain­si) ti­rer pro­fit de la sécurité, du cô­té pra­tique et du contrôle of­ferts par le pré­payé ».

Les titres res­tau­rants aus­si

Ob­jet de la vie cou­rante, le titre-res­tau­rant et ses dé­cli­nai­sons (pour les va­cances, pour les ca­deaux du co­mi­té d’en­tre­prise ou pour l’achat de ser­vices à do­mi­cile) sont aus­si des ser­vices pré­payés. Sous forme pa­pier his­to­ri­que­ment et dé­sor­mais, de­puis avril 2014 en France pour le titre res­tau­rant, sous forme dé­ma­té­ria­li­sée. «Grâce à nos in­ves­tis­se­ments an­té­rieurs dans notre fi­liale Pre­pay So­lu­tions (une joint-ven­ture avec Mas­ter­card, NDLR), nous étions prêts au jour J, d’au­tant que nous avions em­ma­ga­si­né de l’ex­pé­rience dans de nom­breux pays qui avaient dé­jà gé­né­ra­li­sé la carte de paie­ment » ex­plique Yous­sef El Ha­mou­chi, Di­rec­teur Mar­ke­ting Pro­duits, chez Eden­red (Ti­cket Res­tau­rant®). De­puis cette date, plus de 300 000 sa­la­riés fran­çais bé­né­fi­ciaires du Ti­cket Res­tau­rant® sont « pas­sés » à la carte. Et les res­tau­ra­teurs agréés par le CNTR ont pu ra­pi­de­ment ac­cep­ter le nou­veau moyen de paie­ment. Com­ment ? Nous avons sto­cké sur notre pla­te­forme d’au­to­ri­sa­tion les élé­ments nous per­met­tant de vé­ri­fier ins­tan­ta­né­ment, lors d’une de­mande de tran­sac­tion, l’éli­gi­bi­li­té du ter­mi­nal de paie­ment du com­mer­çant (grâce à son iden­ti­fiant pré­sent dans chaque tran­sac­tion de paie­ment). En com­bi­nant cette in­for­ma­tion à celles dont nous dis­po­sons sur le solde du compte et les en­cours sur les pla­fonds quo­ti­diens, nous pou­vons dé­li­vrer l’au­to­ri­sa­tion en temps réel».

A l’exemple d’eden­red, la plu­part des émet­teurs de cartes pré­payées peuvent s’ap­puyer sur les struc­tures exis­tantes pour le dé­bit/cré­dit, et no­tam­ment les ré­seaux de paie­ment tels que Mas­ter­card ou Vi­sa pour ache­mi­ner les tran­sac­tions. « Il faut ou­blier le terme « pré­payé ». Tout ce qui existe sur les cartes tra­di­tion­nelles peut être mis sur du pré­payé » mar­tèle Geof­froy Se­ghet­ti. De son cô­té, Ober­thur Tech­no­lo­gies dé­crit la so­lu­tion four­nie à son client belge Buy Way : « elle com­bine la tech­no­lo­gie EMV pour la sécurité, un sys­tème d’en­voi de code PIN ain­si qu’un em­bal­lage in­vio­lable unique pour la dis­tri-

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