Houa­ri Ya­hia, El­ci­maï : « la ré­par­ti­tion de la charge se­ra la clé du paie­ment ins­tan­ta­né »

Point Banque - - BRIEFING - PRO­POS RECUEILLIS PAR JO COHEN

La se­conde di­rec­tive sur les ser­vices de paie­ment pro­met la mise en place en Eu­rope du paie­ment ins­tan­ta­né, alias ins­tant pay­ment. Il va per­mettre le trans­fert d’ar­gent im­mé­diat, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, entre clients B2C et C2C, no­tam­ment via le nu­mé­ro de mo­bile. Houa­ri Ya­hia, Pro­duct Ma­na­ger chez l’édi­teur El­ci­maï Fi­nan­cial Soft­ware, ex­plique dans cette in­ter­view les choix ap­pli­ca­tifs et tech­niques que les banques de­vront ré­soudre pour of­frir un tel ni­veau de ser­vice.

Plu­sieurs stan­dards s’ap­prêtent à dé­bar­quer en ma­tière de paie­ments ins­tan­ta­nés dans le monde. Ce constat ne re­met-il pas en cause l’in­té­rêt même du paie­ment ins­tan­ta­né ?

Pas vrai­ment. Le stan­dard pacs qui se met­tra en place avec la DSP2 n’est se­lon moi qu’une pre­mière étape. Il y a en ef­fet d’autres stan­dards en ges­ta­tion dans d’autres par­ties du monde, no­tam­ment aux Etats-unis, en Afrique, etc. En at­ten­dant qu’une norme in­ter­na­tio­nale émerge, ce qui pren­dra plu­sieurs an­nées étant don­né la taille du chan­tier. D’ici là, une in­ter­opé­ra­bi­li­té partielle est la so­lu­tion. Des édi­teurs pro­posent, à l’ins­tar d’el­ci­maï, des plates-formes ca­pables d’as­su­rer la conver­sion des ordres dans les dif­fé­rents stan­dards.

Quelle or­ga­ni­sa­tion les banques de­vront-elles mettre en place avec l’ar­ri­vée de « l’ins­tant pay­ment » ?

La mise en place du paie­ment ins­tan­ta­né risque de créer des gou­lots d’étran­gle­ment dans les sys­tèmes de paie­ment. Com­ment évi­ter un tel scé­na­rio? La so­lu­tion se­rait-t-elle une ferme de ser­veurs ap­pli­ca­tifs, qui per­met­trait de ré­par­tir la charge afin d’of­frir un ni­veau de dis­po­ni­bi­li­té tel qu’at­ten­du par le mar­ché ? Com­pres­sion, conver­sion, syn­thé­ti­sa­tion des don­nées sont alors des pistes pos­sibles pour ré­duire les temps d’échanges entre les dif­fé­rents sys­tèmes. Les sys­tèmes amont (e/mban­king, EDI) pour­ront, par exemple, à ré­cep­tion d’un paie­ment ins­tan­ta­né, émettre di­rec­te­ment un fi­chier au for­mat pacs, com­pres­sé, à des­ti­na­tion du S.I., émettre un mes­sage syn­thé­tique à des­ti­na­tion du S.I., lui per­met­tant ain­si de créer le fi­chier pacs, sui­vi d’un en­voi asyn­chrone du fi­chier d’ori­gine ou en­core cou­pler les dif­fé­rentes so­lu­tions pro­po­sées, en fonc­tion du taux d’oc­cu­pa­tion du S.I. Au­tre­ment dit, il fau­dra

mettre en place un sys­tème hy­bride de ré­par­ti­tion de charges in­ter-ap­pli­ca­tives.

Qu’ad­vien­dra-t-il quand les ordres de paie­ments se­ront pas­sés ?

Bien que le paie­ment ins­tan­ta­né soit pré­vu dans un pre­mier temps pour les rè­gle­ments via mo­bile entre par­ti­cu­liers, sur les sites d’e-com­merce ou dans les com­merces de proxi­mi­té, ce­lui-ci peut et de­vra s’im­po­ser au-de­là de ce seul ca­nal. En ef­fet, ce mode de paie­ment fa­ci­li­te­ra éga­le­ment les échanges Btob. Pour ce faire, les banques de­vront of­frir un ser­vice de rou­tage in­tel­li­gent lors de l’ac­qui­si­tion des paie­ments via les dif­fé­rents ca­naux EDI (Ebics, Swift, PESIT, FTPS…). Ce sys­tème de split et rou­tage in­tel­li­gent doit per­mettre de trai­ter ces ordres via une fi­lière pré­vue à cet ef­fet.

Quel se­ra l’im­pact sur les en­tre­prises ?

La mise en place de ce nou­veau moyen de paie­ment ne de­vrait pas avoir d’im­pact IT au sein des en­tre­prises. Au­cune mise à jour ou trai­te­ment spé­ci­fique ne sont né­ces­saires. Cette fi­lière dé­diée, to­ta­le­ment trans­pa­rente pour l’en­tre­prise, vi­se­ra à ac­cé­lé­rer le paie­ment des fac­tures et ain­si ré­duire les re­tards de paie­ment. Les banques qui pro­po­se­ront ce type de ser­vice pour­ront vé­ri­ta­ble­ment se dé­mar­quer de la concur­rence.

Qu’en est-il alors de la maî­trise des risques et de la sécurité?

Il existe dif­fé­rentes pistes per­met­tant de maî­tri­ser le risque au­tour du paie­ment ins­tan­ta­né. A ce jour, une par­tie du risque pour­ra être mai­tri­sée via le re­gistre eu­ro­péen des nu­mé­ros de té­lé­phone se rap­por­tant aux comptes ban­caires, qui pour­ra être sto­cké dans une blo­ck­chain. En re­vanche, pour cou­vrir ce risque dans les échanges Btob,

plu­sieurs types de contrôles peuvent être mis en place, tels que le contrôle de l’iban bé­né­fi­ciaire via Se­pa­mail DIAMOND, le contrôle du pays bé­né­fi­ciaire, via un mo­dule an­ti-fraude s’ap­puyant sur une base d’ha­bi­tude client, le contrôle du lieu géo­gra­phique d’émis­sion des ordres, via un sys­tème de géo­sé­cu­ri­sa­tion dé­tec­tant les zones « in­ha­bi­tuelles » et en­fin le contrôle du mon­tant (somme uni­taire li­mi­tée à 15 000 €) et en par­ti­cu­lier le contrôle du cu­mul jour­na­lier à des­ti­na­tion d’un même Iban bé­né­fi­ciaire ou d’un sec­teur géo­gra­phique ré­cem­ment ajou­té dans les ha­bi­tudes du client par exemple. Cette liste non-ex­haus­tive n’est pas la seule ré­ponse aux pro­blé­ma­tiques de fraudes ou de cy­ber­sé­cu­ri­té, mais une piste de ré­flexion pou­vant per­mettre de faire avan­cer le dé­bat de « l’usage ver­sus la sécurité ». Dans les pro­chains mois, l’in­té­gra­tion des paie­ments ins­tan­ta­nés dans le pay­sage ban­caire eu­ro­péen se­ra une vé­ri­table ré­vo­lu­tion, im­pac­tant l’en­semble de l’éco­sys­tème. Un dé­fi de taille at­tend les ins­tances ban­caires pour la mise en place de ce type d’échange, tant sur le plan de la sécurité que de l’or­ga­ni­sa­tion.

« La mise en place du paie­ment ins­tan­ta­né risque de créer des gou­lots d’étran­gle­ment dans les sys­tèmes de paie­ment. Com­ment évi­ter un tel scé­na­rio? » Houa­ri Ya­hia, El­ci­maï

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