Com­ment les banques re­fondent-elles leurs mo­dèles ?

Point Banque - - POINTS MAJEURS - PATRICE REMEUR

« Mo­dèle éco­no­mique ori­gi­nal du sec­teur ban­caire fran­çais, la banque uni­ver­selle re­groupe au sein d’une même ins­ti­tu­tion la pa­lette com­plète des mé­tiers ban­caires, des ac­ti­vi­tés de dé­tail et de fi­nan­ce­ments spé­cia­li­sés à la banque de fi­nan­ce­ment et d’in­ves­tis­se­ment, en pas­sant par la ges­tion d’ac­tifs et l’as­su­rance », ana­lyse Ma­rie-anne Bar­bat-laya­ni, di­rec­trice gé­né­rale de la Fé­dé­ra­tion ban­caire fran­çaise (FBF). Si le mo­dèle est riche, ori­gi­nal et a mon­tré une cer­taine ro­bus­tesse, il est au­jourd’hui en re­fonte per­ma­nente. Ana­lyse.

Si bon nombre de me­sures so­li­di­fient le sys­tème ban­caire et sont ac­cueillies fa­vo­ra­ble­ment, d’autres pé­na­lisent les éta­blis­se­ments

Le contexte ré­gle­men­taire, éco­no­mique, tech­no­lo­gique et po­li­tique im­pose des chan­ge­ments ra­pides. De toute l’his­toire, ja­mais les banques n’au­ront connu un rythme de trans­for­ma­tion de leur en­vi­ron­ne­ment ré­gle­men­taire aus­si sou­te­nu que de­puis 2008. Pas moins de 41 di­rec­tives et rè­gle­ments eu­ro­péens et près de 400 actes dé­lé­gués et actes pour leur ap­pli­ca­tion ont été éla­bo­rés à l’échelle eu­ro­péenne en moins de quatre ans ! Et le ca­len­drier est en­core char­gé. Si bon nombre de me­sures so­li­di­fient le sys­tème ban­caire et sont ac­cueillies fa­vo­ra­ble­ment, d’autres pé­na­lisent les éta­blis­se­ments.

Cer­taines des me­sures pri­ve­raient les banques d’une par­tie de leurs ca­pa­ci­tés. La trans­for­ma­tion de leur bilan, im­po­sée par le ré­gu­la­teur, avec une dé­fi­ni­tion plus pré­cise des fonds propres et des ca­pi­taux, a en­trai­né une hausse des fonds propres, un ca­drage de la taille des éta­blis­se­ments et une course vers la col­lecte des dé­pôts. « Le ra­tio de le­vier et les dis­po­si­tions ap­pli­cables aux éta­blis­se­ments sys­té­miques conduisent les banques à li­mi­ter la taille de leurs bi­lans. Ce­ci pose pro­blème à des banques qui conservent les cré­dits à leurs bi­lans, contrai­re­ment aux banques amé­ri­caines qui les ti­trisent mas­si­ve­ment via des agences sou­te­nues par les pou­voirs pu­blics. Les ra­tios de li­qui­di­té pé­na­lisent l’ac­ti­vi­té clas­sique de trans­for­ma­tion », ana­lyse la FBF. Ré­sul­tat, les banques fran­çaises et eu­ro­péennes pour­raient re­cu­ler sur cer­tains mar­chés en rai­son des ré­serves ré­gle­men­taires, et les fi­nan­ce­ments dé­li­vrés pour­raient être à termes moins im­por­tants.

Cette si­tua­tion ré­gle­men­taire frei­ne­rait les ca­pa­ci­tés et op­por­tu­ni­tés pour les banques fran­çaises qui pèsent plus de 8 000 mil­liards d’ac­tifs en va­leur comp­table. Le nou­veau ra­tio TLAC (To­tal Loss Ab­sor­bing ca­pa­ci­ty ou Ca­pa­ci­té d’ab­sorp­tion des pertes), ins­tau­ré par le Conseil de sta­bi­li­té fi­nan­cière, ap­pli­cable à comp­ter de 2019 et vi­sant à ré­duire da­van­tage les risques de faillites en im­po­sant aux banques sys­té­miques de dé­te­nir l’équi­valent de 16 % à 20 % de leurs ac­tifs pon­dé­rés, fait re­dou­ter à la pro­fes­sion une ac­cé­lé­ra­tion des ef­fets né­fastes et des dif­fi­cul­tés à ar­ti­cu­ler l’en­semble avec

les dis­po­si­tifs com­mu­nau­taires. La mo­di­fi­ca­tion de la com­po­si­tion des bi­lans gé­né­rée par la ré­gle­men­ta­tion a chan­gé les com­por­te­ments. Les banques pri­vi­lé­gient ain­si des ac­tifs moins ris­qués, plus li­quides, et ont ré­duit leurs ac­ti­vi­tés de te­nue de mar­ché. Au fi­nal, « la ren­ta­bi­li­té de leurs ca­pi­taux propres (4,5 % en 2014 pour les prin­ci­pales banques fran­çaises) reste très in­fé­rieure aux ni­veaux d’avant-crise et à celle des banques amé­ri­caines », ob­serve la FBF. Pa­ral­lè­le­ment, le re­cours à des ac­ti­vi­tés moins ou non ré­gle­men­tées, re­grou­pées dans le « sha­dow ban­king » qui pè­se­rait plus de 70 000 mil­liards de dollars (soit la moi­tié moi­tié du sys­tème ban­caire tra­di­tion­nel), pro­gresse en rai­son des be­soins des éta­blis­se­ments et des ac­teurs éco­no­miques. Pri­vées de leurs ca­pa­ci­tés d’in­ves­tis­se­ments pour leurs ac­ti­vi­tés de mar­chés par la loi sur la sé­pa­ra­tion des ac­ti­vi­tés ban­caires, les banques d’im­por­tance sys­té­miques sont ame­nées à trou­ver des stra­té­gies de com­pen­sa­tion et d’autres so­lu­tions.

La ré­gle­men­ta­tion pro­voque éga­le­ment des brèches dans le mo­no­pole ban­caire et amène une dés­in­ter­mé­dia­tion qui s’ac­cé­lère. Dé­sor­mais, les en­tre­prises ou col­lec­ti­vi­tés (ré­gions Bre­tagne, Nord-pas-de-ca­lais…) sont de plus en plus nom­breuses à se tour­ner di­rec­te­ment vers les mar­chés ou vers des in­ter­mé­diaires tels que des plates-formes de crowd­fun­ding par exemple. Le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, bien que ré­si­duel au­jourd’hui, pour­rait at­teindre dans quelques an­nées 1 565 mil­liards de dollars. Il peut of­frir des coûts de prêts bien plus faibles : 1,7 % contre 5.3 %, se­lon une étude de Gold­man Sachs re­la­tée dans la Re­vue d’éco­no­mie Fi­nan

cière nu­mé­ro 118. Les ac­teurs de la dés­in­ter­mé­dia­tion pour­raient jouer un rôle im­por­tant dans les pro­chaines an­nées. Par exemple aux US, le non bank len­ding dans le sec­teur du cré­dit im­mo­bi­lier pos­sède dé­jà une place im­por­tante. « Près de 45 % des nou­veaux cré­dits ont été ori­gi­nés par des non-banques en 2014, contre 15 % en 2001…. Cette pro­gres­sion s’ex­plique en par­ti­cu­lier par une très grande ra­pi­di­té dans le temps de va­li­da­tion des dos­siers (fa­ci­li­tée par des règles de sous­crip­tions moins strictes), des condi­tions de fi­nan­ce­ment at­trac­tives dans un contexte de taux très faibles, ain­si qu’une struc­ture de coût ré­duite », ob­servent Vincent Ja­met et Alexandre-phi­lippe Vi­nel, dans un ar­ticle in­ti­tu­lé « l’ave­nir de la banque de dé­tail aux Etats-unis : entre plu­ra­li­té et hy­bri­da­tion des mo­dèles in­dus­triels ».

L’en­semble de ces élé­ments peut pé­na­li­ser les banques eu­ro­péennes mais aus­si la so­li­di­té éco­no­mique eu­ro­péenne sou­hai­tée. « Alors que la concur­rence in­ter­na­tio­nale est vive, les ré­gu­la­teurs, mais aus­si les su­per­vi­seurs, doivent ga­ran­tir une éga­li­té de concur­rence entre les mo­dèles ban­caires, et te­nir compte des risques du dé­ve­lop­pe­ment du « sha­dow ban­king » et de la vo­la­ti­li­té des mar­chés qui bé­né­fi­cient de moins en moins de l’ac­ti­vi­té sta­bi­li­sa­trice des grands te­neurs de mar­ché que sont les BFI. C’est un en­jeu ma­jeur pour l’union ban­caire et le nou­veau su­per­vi­seur de la zone eu­ro, qui doit à la fois ajus­ter son ac­tion aux dé­fis du fi­nan­ce­ment et prendre toute sa place dans les tra­vaux eu­ro­péens et mon­diaux sur la ré­gu­la­tion ban­caire », pré­ve­nait Ma­rie-anne Bar­bat-laya­ni, di­rec­trice gé­né­rale de la Fé­dé­ra­tion ban­caire fran­çaise en juin der­nier.

Le contexte éco­no­mique re­con­fi­gure les banques

Le rythme de crois­sance à l’échelle mon­diale est im­por­tant et mo­di­fie la concur­rence. En ef­fet, les zones oc­ci­den­tales ra­len­tissent alors que celles des pays émer­gents pro­gressent. Pour 2017, le FMI pré­voit une crois­sance dans les pays avan­cés de moins de 2 %, alors que les pays émer­gents et pays en dé­ve­lop­pe­ment de­vraient connaître un taux de 4,5 %. La Chine at­tein­dra une crois­sance de 6,5 %.

Ces ten­dances ré­cur­rentes sur le com­por­te­ment des banques, qui se re­po­si­tionnent sur les mar­chés et sur les dif­fé­rentes zones les plus pro­pices pour la banque de dé­tail et d’in­ves­tis­se­ments. Elles se trans­forment pour tou­cher ces nou­veaux mar­chés ou conso­li­der leur place. Ain­si par exemple, So­cié­té Gé­né­rale s’est re­struc­tu­rée sur les mar­chés en Eu­rope Cen­trale et orien­tale et en Afrique, ce qui per­met à la banque de voire bon­dir son ré­sul­tat brut d’ex­ploi­ta­tion d’une crois­sance de près de 10 % au 2e tri­mestre 2016, alors que ses ré­sul­tats liés à la grande clien­tèle et aux in­ves­tis­seurs sont en baisse. Dans le même temps, les banques asia­tiques, sti­mu­lées par la mon­dia­li­sa­tion et par l’af­fai­blis­se­ment des grandes banques, prennent des parts de mar­chés à l’in­ter­na­tio­nal. En outre, « le re­trait des banques eu­ro­péennes du cré­dit à l’asie a ou­vert la voie à d’autres éta­blis­se­ments à vo­ca­tion plus ré­gio­nale. Les banques chi­noises et ja­po­naises, par exemple, ont par­tiel­le­ment com­blé le vide. En Afrique, l’ex­pan­sion des banques pan­afri­caines dans l’en­semble du conti­nent a ren­for­cé les liens fi­nan­ciers entre pays afri­cains », constate un rapport du FMI. Plus ré­cem­ment, les banques amé­ri­caines re­viennent sur le de­vant de la scène. Les banques fran­çaises et eu­ro­péennes se­ront donc confron­tées à des ar­bi­trages. Autre élé­ment si­gni­fi­ca­tif : les zones dé­ve­lop­pées sont éga­le­ment celles qui vieillissent le plus. Les per­sonnes âgées de plus de 65 ans re­pré­sentent près de 19 % de la po­pu­la­tion de l’union eu­ro­péenne à 28, par exemple.

Le rythme de crois­sance à l’échelle mon­diale est im­por­tant et mo­di­fie la concur­rence

D’autres élé­ments re­con­fi­gurent éga­le­ment le com­por­te­ment des banques, comme les pers­pec­tives d’in­ves­tis­se­ment à long terme, la sta­bi­li­té éco­no­mique…

Le taux de dé­pen­dance des per­sonnes âgées de L’UE-28 s’éta­blis­sait à 28,8 % au 1er jan­vier 2015. Se­lon Eu­ro­stat, les per­sonnes de plus de 65 ans en 2080 re­pré­sen­te­ront près de 30 % de la po­pu­la­tion. Ces chiffres si­gni­fient que les per­sonnes re­trai­tées re­pré­sen­te­ront le seg­ment de clien­tèle le plus im­por­tant, com­po­sé de 126 mil­lions de per­sonnes. Ce seg­ment est éga­le­ment ce­lui qui dé­tient la ma­jo­ri­té des ri­chesses et dont le pa­tri­moine est le plus éle­vé. A titre d’illus­tra­tion, en France, les se­niors dis­posent de 400 mil­liards de re­ve­nus dis­po­nibles et dé­tiennent plus de 60 % du pa­tri­moine des mé­nages.

Sur les mar­chés dé­ve­lop­pés, les banques sont donc ame­nées à s’orien­ter da­van­tage vers les be­soins des per­sonnes les plus âgées. Elles de­vront in­ven­ter des prêts hy­po­thé­caires, des sys­tèmes de ga­ran­ties dif­fé­rents, de nou­veaux prêts pour l’amé­na­ge­ment des do­mi­ciles ou des ac­qui­si­tions im­mo­bi­lières, des as­su­rances adap­tées, des so­lu­tions d’épargnes dé­diées, des ser­vices an­nexes pour mieux les connaître et les ac­com­pa­gner… Elles doivent consi­dé­ra­ble­ment mo­di­fier leurs stra­té­gies et se do­ter des res­sources hu­maines pour fi­dé­li­ser et conseiller de ma­nière adap­tée ce pu­blic. Elles de­vront éga­le­ment pro­ba­ble­ment chan­ger leurs pers­pec­tives en consi­dé­rant dé­sor­mais que les cré­dits se­ront un moyen pour cap­ter du­ra­ble­ment cette clien­tèle.

Sur les mar­chés émer­gents, elles de­vront, a contra­rio, sé­duire les jeunes pour les ac­com­pa­gner tout au long de leur vie et les ac­com­pa­gner dans leurs be­soins crois­sants. Elles de­vront éga­le­ment s’adap­ter aux spé­ci­fi­ci­tés lo­cales, cultu­relles et gé­né­ra­tion­nelle avec la mise en place de pro­duits fi­nan­ciers dé­diées, éthiques ou low cost…

D’autres élé­ments re­con­fi­gurent éga­le­ment le com­por­te­ment des banques, comme les pers­pec­tives d’in­ves­tis­se­ment à long terme, la sta­bi­li­té éco­no­mique…

Les tech­no­lo­gies bou­le­versent le sec­teur

L’adop­tion mas­sive de l’in­ter­net par la po­pu­la­tion ap­porte des trans­for­ma­tions ra­di­cales au sein des banques. Avec 83 % de la po­pu­la­tion eu­ro­péenne dis­po­sant d’in­ter­net, les clients sont de­ve­nus mieux in­for­més, plus exi­geants et sou­haitent dis­po­ser de ser­vices dé­diés au mo-

Le nu­mé­rique im­pacte à la fois les pra­tiques de l’en­semble des ac­teurs, l’éco­no­mie mais aus­si les tem­po­ra­li­tés

ment, lieu et par le ca­nal qu’ils choi­sissent. Par­ti­cu­liers, en­tre­prises, ins­ti­tu­tion­nels ou as­so­cia­tions ac­cèdent dé­sor­mais à leur banque par l’in­ter­net pour réa­li­ser tout ou par­tie de leurs opé­ra­tions ban­caires. En France comme ailleurs, cette ten­dance pro­gresse chaque an­née. 79 % des Fran­çais réa­li­se­raient des opé­ra­tions cou­rantes en ligne en 2016, contre 74 % un an plu­tôt se­lon la FBF. Les banques ac­cé­lèrent ain­si leurs mu­ta­tions vers le web et le mo­bile. Elles pro­posent des ser­vices dé­ma­té­ria­li­sés de bout en bout pour ré­pondre au nu­mé­rique et aux nou­veaux modes de consom­ma­tion. Pa­ral­lè­le­ment, toutes les banques ré­or­ga­nisent leurs ré­seaux d’agences pour fa­ci­li­ter le pas­sage du phy­sique au vir­tuel et vice-ver­sa. Elles ré­in­ventent éga­le­ment leurs re­la­tions clients et leur com­mu­ni­ca­tion.

Avec l’ac­cé­lé­ra­tion des tech­no­lo­gies telles l’in­ter­net mo­bile, l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, l’iot, la voi­ture au­to­nome, l’im­pres­sion 3 D, la blo­ck­chain… mais aus­si la mul­ti­pli­ca­tion de nou­veaux usages (ges­tion fi­nan­cière au­to­ma­ti­sée, tran­sac­tion bour­sière en temps qua­si réel avec des titres nu­mé­riques, au­to­ma­ti­sa­tion des tran­sac­tions, re­dé­fi­ni­tion des prêts pour l’ac­qui­si­tion de biens, créa­tion de plates-formes ser­vi­cielles, re­fonte de cré­dit à l’image de Ford Cré­dit link qui pro­pose la lo­ca­tion P2P pour payer le prêt…), le nu­mé­rique vient dé­sor­mais per­tur­ber non seule­ment les ten­dances éta­blies et pré­vi­sibles, mais aus­si les groupes his­to­riques. Les tech­no­lo­gies di­gi­tales mo­di­fient donc sub­stan­tiel­le­ment les fonc­tions clés des éta­blis­se­ments : les in­ter­ac­tions entre les ac­teurs (clients, col­la­bo­ra­teurs, four­nis­seurs…), la pro­duc­tion, la prise de dé­ci­sion et l’in­no­va­tion du sec­teur ban­caire.

Le nu­mé­rique im­pacte à la fois les pra­tiques de l’en­semble des ac­teurs, l’éco­no­mie mais aus­si les tem­po­ra­li­tés. A titre d’illus­tra­tion, les échanges mon­diaux de don­nées ont été mul­ti­pliés par 45 en moins de 10 ans. Plus du tiers de la crois­sance du PIB mon­dial pro­vient des don­nées. Qu’est-ce que ce­la si­gni­fie pour les banques ? Qu’elles de­vront s’ins­crire dans ce chan­ge­ment fon­da­men­tal de la crois­sance des don­nées et de l’ac­cé­lé­ra­tion de la vi­tesse des échanges des don­nées. Elles de­vront être ca­pables de ré­pondre ra­pi­de­ment et pré­ci­sé­ment aux be­soins de clients ha­bi­tués à l’ins­tan­néi­té. Elles de­vront pour ce­la trai­ter et com­prendre ces don­nées pour les ex­ploi­ter, pour construire des ser­vices adap­tés aux clients. Par exemple, en fonc­tion des risques (change, po­li­tique, ma­tières pre­mières…) émer­gents et iden­ti­fiés d’un grand groupe, elles pour­ront l’ac­com­pa­gner pour faire face à ces contraintes et pro­po­ser par an­ti­ci­pa­tion des so­lu­tions de tré­so­re­rie ou d’in­ves­tis­se­ments. Elles de­vront éga­le­ment rendre ex­ploi­tables les don­nées pour leurs clients. Elles pour­ront, de­puis ces don­nées, créer des in­for­ma­tions, des si­mu­la­tions, des pré­vi­sions et conseils à va­leur ajou­tée pour les fi­dé­li­ser ou les conqué­rir quand le chan­ge­ment de banque ne se­ra plus qu’à un clic. Il suf­fit de re­gar­der, outre-manche, l’ini­tia­tive du gou­ver­ne­ment bap­ti­sée « mi­da­ta », per­met­tant à cha­cun de té­lé­char­ger ses tran­sac­tions cou­rantes et de les ré­in­jec­ter dans des com­pa­ra­teurs en ligne. Ce der­nier pré­co­nise, se­lon le pro­fil, l’éta­blis­se­ment le plus adap­té et donne la pos­si­bi­li­té de chan­ger de banque. En France, Banque Pos­tale, Axa, Cré­dit Coo­pé­ra­tif, Orange et So- cié­té gé­né­rale ex­pé­ri­mentent ce type de so­lu­tion avec Mes In­fos. Cré­dit Agri­cole et Cré­dit Mu­tuel Ar­kéa le font éga­le­ment avec Lin­xo, de­ve­nu mar­ket­place de ser­vices fi­nan­ciers. Les banques, comme d’autres ac­teurs his­to­riques, ne pour­ront plus se re­tran­cher der­rière des in­fra­struc­tures ou des bar­rières ré­gle­men­taires pour conser­ver leurs clients. Elles doivent in­no­ver en per­ma­nence pour amé­lio­rer l’ex­pé­rience des clients et adres­ser de nou­veaux mar­chés.

Le contexte po­li­tique mon­dial

La dé­ci­sion du Brexit de l’été 2016 gé­nère éga­le­ment des in­cer­ti­tudes pour les banques eu­ro­péennes. La Grande-bre­tagne va perdre son pas­se­port eu­ro­péen. Elle est l’un des mar­chés prin­ci­paux dans le monde et la pre­mière place fi­nan­cière. Les banques prennent en compte ces chan­ge­ments.

L’élec­tion de Do­nald Trump et ses prises de dé­ci­sions re­la­tives au libre-échange, sa po­li­tique étran­gère… amènent un re­po­si­tion­ne­ment des banques qui dé­pendent du com­merce mon­dial. Les élec­tions dans plu­sieurs pays eu­ro­péens (Pays-bas, France et Al­le­magne) en­clenchent un mou­ve­ment d’at­tente. La mon­tée des par­tis po­li­tiques ex­tré­mistes dans plu­sieurs pays de L’UE fait craindre un af­fai­blis­se­ment de l’uni­té eu­ro­péenne et des in­ves­tis­se­ments sur la zone. Les an­nonces de la Rus­sie, le pos­sible écla­te­ment de la bulle im­mo­bi­lière chi­noise, l’aug­men­ta­tion de cy­be­rat­taques réa­li­sées par cer­tains pays… sont au­tant de fac­teurs qui en­traînent des chan­ge­ments consé­quents et donc un re­po­si­tion­ne­ment ra­pide dans une fe­nêtre tem­po­relle ré­duite. L’agi­li­té n’est plus un concept ou une dé­marche mais une né­ces­si­té.

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