Le mar­ché des paie­ments n’est plus seule­ment hexa­go­nal

Point Banque - - CARTES MAG - Ber­nard Cohen-ha­dad, pré­sident de la com­mis­sion fi­nan­ce­ment de la CPME

Où en sommes-nous en ma­tière de paie­ments ? On peut le dire avec des chiffres. Il y en a de plus en plus, ils sont in­con­tes­tables, et tous les ar­ticles spé­cia­li­sés comme les in­ter­ven­tions sa­vantes sur le su­jet y font jus­te­ment ré­fé­rence. En ce do­maine, le Co­mi­té Na­tio­nal des Paie­ments Scrip­tu­raux (CNPS) fait, de­puis un an, un tra­vail re­mar­quable de ré­colte, de par­tage et d’échanges d’in­for­ma­tions vis-à-vis de ses membres : ins­ti­tu­tions fi­nan­cières, en­tre­prises et in­dus­triels de toutes tailles, as­so­cia­tions de consom­ma­teurs… C’est une nou­veau­té et une bonne chose. Mais on peut es­sayer d’ap­pro­cher les paie­ments, aus­si, en fai­sant ap­pel aux usages, aux at­tentes des uti­li­sa­teurs de la mon­naie et au four­mille­ment d’idées et de pro­duits qui sur­gissent spon­ta­né­ment dans l’in­dus­trie des paie­ments en France, en Eu­rope et dans le monde.

Tout d’abord, si nous vou­lons me­ner à bien le dé­fi de l’évo­lu­tion po­si­tive des nou­veaux usages des ins­tru­ments de paie­ment nous de­vons pen­ser d’abord que la France est en Eu­rope. C’est une la­pa­lis­sade, j’en conviens, mais il est indispensable de ne pas ou­blier que le mar­ché des paie­ments n’est plus seule­ment hexa­go­nal même si cer­tains dis­cours po­li­tiques ex­trêmes veulent nous faire croire que le re­tour au franc, le dé­ve­lop­pe­ment des es­pèces, ou le lea­der­ship de l’uti­li­sa­tion du chèque se­raient sources d’aug­men­ta­tion du pou­voir d’achat voire de pro­grès éco­no­mique. L’es­pace eu­ro­péen, le for­mi­dable mar­ché eu­ro­péen des paie­ments est au contraire l’une des plus belles évo­lu­tions en ma­tière d’usage des mon­naies qui nous a été pos­sible de voir dans notre ré­gion du monde. Et il est utile ! C’est pour ces rai­sons que nous ne pou­vons que nous fé­li­ci­ter de la qua­li­té de ré­flexion, de la trans­pa­rence et du tra­vail en pro­fon­deur qui se fait, en toute li­ber­té des par­ti­cu­la­ri­tés na­tio­nales, au sein de l’eu­ro Re­tail Pay­ment Board (ERPB). Notre in­dus­trie des moyens de paie­ment doit pen­ser prio- ri­tai­re­ment ses pro­duits et son dé­ve­lop­pe­ment non seule­ment pour le mar­ché fran­çais mais aus­si pour le mar­ché eu­ro­péen. Et ce n’est pas in­com­pa­tible.

En­suite, nous ne de­vons pas sous-es­ti­mer notre ca­pa­ci­té d’in­no­va­tion ni notre ca­pa­ci­té de per­cer sur le mar­ché eu­ro­péen voire mon­dial, même si elle est de niche. Notre in­dus­trie des moyens de paie­ment four­mille d’idées, d’ex­pé­ri­men­ta­tions et de lan­ce­ments de pro­duits in­no­vants, is­sus d’équipes pe­tites ou iso­lées ou nés de par­te­na­riats larges, com­muns et construc­tifs. Il faut en­cou­ra­ger cette vague de créa­tions mul­tiples et ai­der les pro­jets les plus no­va­teurs à trou­ver des fi­nan­ce­ments et de s’ou­vrir au plus grand nombre. C’est le rôle des banques pri­vées ou pu­blique et des autres in­ves­tis­seurs. C’est aus­si le rôle de l’etat de conti­nuer d’af­fir­mer un choix po­li­tique clair et de faire tom­ber cer­taines bar­rières nor­ma­tives. Ne soyons donc pas trop fri­leux en la ma­tière même si cer­tains par­le­men­taires par manque d’in­for­ma­tions trainent le pas ! Nous de­vons avoir confiance en nos en­tre­prises, al­ler de l’avant, ga­gner du ter­rain et ne pas ra­len­tir la course à l’in­no­va­tion, aux ap­pli­ca­tions et au dé­ve­lop­pe­ment du nu­mé­rique comme no­tam­ment l’uti­li­sa­tion de toutes les pos­si­bi­li­tés du smart­phone même s’il ne fai­sait pas à l’ori­gine par­tie de nos choix ou de nos tra­di­tions.

En­fin, la ques­tion de la sécurité et celle des coûts des ins­tru­ments de paie­ments sont prio­ri­taires. Elles ne doivent ce­pen­dant pas vi­cier, à prio­ri, nos choix. La sécurité est le pos­tu­lat de tout échange. Elle est ga­rante de la paix pu­blique et so­ciale. Toute mon­naie dé­ma­té­ria­li­sée avant d’être pra­tique doit être d’abord sûre ! Et nous de­vons tra­vailler tous en­semble pour sé­cu­ri­ser sans contraindre ni com­plexi­fier plus que d’usage et de rai­son. La réa­li­té des coûts doit être ap­pré­hen­dée sous un nou­vel angle. Ar­rê­tons de dire que ce­la coûte avant de pen­ser ce que ce­la peut rap­por­ter. Re­gar­der dans le ré­tro­vi­seur n’a ja­mais amé­lio­ré nos condi­tions de vie.

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