À Gstaad chez Mau­rice

À Gstaad chez Mau­rice A. Amon

Point de Vue - - Sommaire - Par Pho­tos

A. Amon L’er­mi­tage d’un mé­cène

De longue date et en toute dis­cré­tion, cet homme d’af­faires suisse sou­tient le mu­sée d’Art mo­derne de la Ville de Pa­ris. Il vient de créer une fon­da­tion pour ren­for­cer son ac­tion, et nous ouvre en ex­clu­si­vi­té les portes de son somp­tueux cha­let re­vu et cor­ri­gé par son ami Pe­ter Ma­ri­no. Ma­rie-Eudes Lau­riot Pré­vost Luc Cas­tel

« Grâce à mon père, j’ai eu la chance de gran­dir avec de jo­lies choses. »

Le ber­ger semble s’être ab­sen­té, mais qu’im­porte. Les mou­tons de Fran­çoisXa­vier La­lanne ne sont ja­mais loin. « L’hi­ver, ils rentrent à l’in­té­rieur », s’amuse Mau­rice A. Amon de­puis son cha­let per­ché sur les hau­teurs de Gstaad. De­puis trente ans, la sta­tion suisse est l’une des vil­lé­gia­tures fa­vo­rites de ce mé­cène dis­cret qui ré­side la plu­part du temps dans son grand ap­par­te­ment de Mo­na­co. Il est l’un des hé­ri­tiers de Sic­pa, en­tre­prise ali­men­taire fon­dée par son grand-père à Lau­sanne il y a tout juste quatre-vingt-dix ans et qui s’est spé­cia­li­sée après-guerre dans les encres sé­cu­ri­sées pour billets de banque. Mau­rice A. Amon y a long­temps tra­vaillé, voya­geant à la ren­contre des grands ar­gen­tiers de la pla­nète afin de né­go­cier les contrats. Il se consacre dé­sor­mais aux choses qu’il aime, au­des­sus des­quelles l’art règne en maître. « Grâce à mon père, j’ai eu la chance de gran­dir avec de jo­lies choses. Nous vi­vions au mi­lieu des im­pres­sion­nistes et des meubles de style. À chaque sé­jour à Pa­ris, il me fai­sait dé­cou­vrir de mer­veilleux mu­sées », ra­conte cet homme sym­pa­thique et plein d’hu­mour. À Gstaad, il s’est com­po­sé un uni­vers très per­son­nel où l’art est à la fois mo­derne et contem­po­rain, sombre et écla­tant de cou­leurs, spec­ta­cu­laire et in­time. « Ce cha­let se com­po­sait alors de plu­sieurs ap­par­te­ments. J’ai com­men­cé par ache­ter un étage, puis deux, puis les trois. » Pe­ter Ma­ri­no a eu la mis­sion de lier le tout, en ajou­tant un grand sa­lon de ré­cep­tion et des ga­rages au rez-de-chaus­sée pour les vrais bo­lides et la Buick de Ri­chard Prince, l’une des oeuvres de sa col­lec­tion qui fait face à une sé­rie de vaches de An­dy Wa­rhol, de 1986. Entre Mau­rice A. Amon et l’ar­chi­tecte-dé­co­ra­teur amé­ri­cain, une vraie amitié s’est nouée au fil des an­nées. « J’aime sa gen­tillesse, sa créa­ti­vi­té, sa force de tra­vail et sa grande culture. Nous nous té­lé­pho­nons sou­vent et nos conver­sa­tions s’avèrent tou­jours construc­tives », ajoute-t-il. Plu­sieurs sa­lons offrent un pa­no­ra­ma gran­diose sur le gla­cier des Dia­ble­rets et les tou­relles cré­ne­lées du Gstaad Pa­lace au pre­mier plan. Chaque re­coin est l’ob­jet d’un pe­tit uni­vers ar­tis­tique en par­ti­cu­lier, in­time. Par ici un pe­tit bu­reau d’Ei­leen Gray et une cou­pelle de Die­go Gia­co­met­ti, par là une sé­rie d’ani­maux en cé­ra­mique de Fran­çois Ra­ty. Au-des­sus de la che­mi­née, une sculp­ture ani­mée de Pol Bu­ry et un bois sculp­té d’Alexandre Noll. Le grand sa­lon du bas est au contraire le lieu de la dé­me­sure, à l’image des im­menses écu­reuils de Jo­han Cre­ten dé­si­gnés comme gar­diens de la pis­cine dont le bas­sin s’es­ca­mote sur com­mande sous une es­trade les soirs de ré­cep­tion. Une table de salle à man­ger et sa sé­rie de chaise de Frank Lloyd Wright trônent sous une sculp­ture abs­traite de Donald Judd, une

« J’aime la gen­tillesse et la créa­ti­vi­té de Pe­ter Ma­ri­no. Nos conver­sa­tions sont tou­jours construc­tives. »

ban­quette de Char­lotte Per­riand à la gé­niale sim­pli­ci­té a trou­vé sa place non loin du bar. « Je vis vrai­ment avec les oeuvres. Je n’achète ja­mais pour in­ves­tir, mais parce que ça me plaît », pré­cise Mau­rice A. Amon. À Gstaad, il par­vient à ne rien faire, ce qui ne lui ar­rive pas sou­vent le reste du temps. Ses pas le mènent aus­si à Pa­ris, la ville que son père Al­bert ai­mait tant. « Plus le temps passe et plus je com­prends ce qu’il a vou­lu m’in­cul­quer de la France et de sa culture que l’on res­sent si pro­fon­dé­ment. » En sa mé­moire, il a contri­bué dis­crè­te­ment et de­puis quelques an­nées à l’achat d’oeuvres du mu­sée d’Art mo­derne de la Ville de Pa­ris et à l’éclai­rage ex­té­rieur de l’édi­fice. En juin der­nier et pour pé­ren­ni­ser ces liens, il a créé une fon­da­tion à son nom, qui s’en­gage no­tam­ment et pour dix ans à fi­nan­cer la res­tau­ra­tion et l’en­tre­tien de la salle n° 1 du mu­sée qui porte dé­sor­mais, à l’amé­ri­caine, le nom d’Al­bert Amon. À 1 100 mètres d’al­ti­tude, les hau­teurs de Gstaad com­posent pour Mau­rice A. Amon le plus pré­cieux des re­fuges, à condi­tion que les mou­tons de La­lanne ac­ceptent de lui lais­ser un peu la place.

À 1 100 mètres d’al­ti­tude, le cha­let MaTa do­mine le vil­lage de Gstaad. Les mou­tons de La­lanne, le che­val et le per­son­nage de Xa­vier Veil­han se par­tagent le jar­din des­si­né par Pe­ter Ma­ri­no.

Le sa­lon du pre­mier étage cache des pe­tites mer­veilles comme ces oeuvres ci­né­tiques de Pol Bu­ry, au-des­sus de la che­mi­née, et un fau­teuil aux têtes de lionnes de Die­go Gia­co­met­ti. Près de la pis­cine cou­verte, le mo­no­chrome vert de Guillaume Le­blon sur­plombe une ban­quette Mau­ri­ta­nie de Char­lotte Per­riand.

En 1986, Mau­rice A. Amon ren­contre An­dy Wa­rhol à New York et lui passe com­mande de cette sé­rie de vaches afin de les of­frir à son père pour ses 70 ans. Elles oc­cupent dé­sor­mais le vaste ga­rage avec la Buick de Ri­chard Prince, et sont aux pre­mières loges des grandes fêtes qu’aime or­ga­ni­ser le maître des lieux. Quant aux amis de la mai­son, ils ont l’as­su­rance d’être bien trai­tés dans les étages su­pé­rieurs.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.