40 Dun­kerque

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Une page d’his­toire en Ci­né­ma­scope

Avec In­cep­tion, In­ters­tel­lar ou sa tri­lo­gie Bat­man, Ch­ris­to­pher No­lan est de­ve­nu cé­lèbre pour ré­con­ci­lier le grand pu­blic avec le ci­né­ma d’au­teur. Dans le très at­ten­du Dun­kerque qui sort cette se­maine, il re­cons­ti­tue l’en­cer­cle­ment des troupes al­liées dans le Nord en mai 1940. Une su­per­pro­duc­tion à grand spec­tacle presque en­tiè­re­ment tour­née en France. Par Em­ma­nuel Ci­rodde

Les ha­bi­tants de la sous-pré­fec­ture du Nord n’en re­viennent pas. Le long de la vaste plage noyée de fu­mée, des mil­liers d’hommes courent sous les bombes tan­dis que d’im­menses na­vires de guerre bouchent l’ho­ri­zon. De mai à juin 2016, le ci­néaste an­glais Ch­ris­to­pher No­lan a in­ves­ti ce mor­ceau de lit­to­ral fran­çais pour y re­cons­ti­tuer l’opé­ra­tion Dy­na­mo, page d’his­toire tra­gique de la Se­conde Guerre mon­diale mar­quée par la re­traite en ca­tas­trophe de 400 000 sol­dats des forces al­liées par la mer. Un com­bat hé­roïque, « mi­racle de la dé­li­vrance » se­lon Wins­ton Chur­chill, qui fit tout de même près de 18 000 morts par­mi les troupes an­glaises, ca­na­diennes, belges et fran­çaises. Sans comp­ter les 34 000 pri­son­niers. Les images de cette ba­taille en Ci­né­ma­scope rap­pellent celles du Jour le plus long. À la dif­fé­rence no­table que le noir et blanc fait ici place à de splen­dides to­na­li­tés bleu pé­trole ac­cen­tuant l’in­ten­si­té dra­ma­tique du mo­ment. En re­tra­çant le des­tin de quelques per­son­nages, le réa­li­sa­teur couvre plu­sieurs as­pects de la tra­gé­die. Ken­neth Bra­nagh in­carne ain­si un com­man­dant de la Royal Na­vy et Tom Har­dy – qui a dé­jà été di­ri­gé par No­lan dans In­cep­tion et The Dark Knight Rises – un pi­lote de Spit­fire qui tente de cou­vrir le re­pli des troupes. Il mêle éga­le­ment la pe­tite his­toire à la grande en confiant à Mark Ry­lance le rôle d’un ci­toyen an­glais dé­ci­dant de tra­ver­ser la Manche dans l’autre sens à la barre de son mi­nus­cule voi­lier pour ral­lier Dun­kerque et par­ti­ci­per à cette opé­ra­tion de sau­ve­tage déses­pé­rée. « Comme tous les Bri­tan­niques, je suis tra­vaillé par le mythe de Dun­kerque de­puis le plus jeune âge », a confié Ch­ris­to­pher No­lan au ma­ga­zine Stu­dio Ci­né Live. Sur la plage, les 2 000 fi­gu­rants pa­tientent dans le vent en at­ten­dant la prise sui­vante. Plu­tôt que de s’adon­ner à une re­cons­ti­tu­tion ar­ti­fi­cielle en images de syn­thèse, le met­teur en scène a pré­fé­ré fil­mer d’au­then­tiques na­vires de guerre. Ce sou­ci de réa­lisme est lié à sa vo­lon­té de ne pas tom­ber dans la sur­en­chère vio­lente. « Dun­kerque n’est pas conçu comme un film de guerre, pré­cise-t-il, mais comme un film ca­tas­trophe. Le spec­ta­teur avance avec les per­son­nages vers l’in­con­nu. » Le ci­néaste avait dé­jà usé de cette no­tion de dé­ca­lage sty­lis­tique dans In­ters­tel­lar, oeuvre de science-fic­tion qui re­ce­lait un bou­le­ver­sant mé­lo. Cette fois, même si nous connais­sons les dé­tails de cette éva­cua­tion pla­ni­fiée par le vice-ami­ral Ber­tram Ram­say, le réa­li­sa­teur en­tend nous ré­ser­ver beau­coup de sur­prises. Dun­kerque, de Ch­ris­to­pher No­lan, avec Tom Har­dy, Mark Ry­lance, Ken­neth Bra­nagh…

Ch­ris­to­pher No­lan (ci-contre avec Ken­neth Bra­nagh) a mis en scène cette fresque his­to­rique re­la­tant la re­traite des troupes al­liées à Dun­kerque, en 1940. Un ré­cit entre ciel, terre et mer, dans le­quel Tom Har­dy (ci-des­sous) in­carne un pi­lote de la RAF, et Mark Ry­lance (en bas à gauche) un ci­toyen bri­tan­nique ve­nu prê­ter main-forte à bord de son voi­lier.

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