Les états d’art de Lo­li­ta Cham­mah

Après le beau film Drôles d’oi­seaux d’Élise Gi­rard et en at­ten­dant d’ap­pa­raître dans la sé­rie Au­rore de Lae­ti­tia Mas­son sur Arte, l’ac­trice est à l’af­fiche du bou­le­ver­sant Bar­rage, de Lau­ra Schroe­der. Un drame sobre qui évoque le des­tin d’une jeune femme

Point de Vue - - Sommaire - Par Em­ma­nuel Ci­rodde

Bar­rage res­semble à un film nor­dique, les sen­ti­ments même les plus in­tenses y sont évo­qués avec pu­deur, mal­gré le bouillon­ne­ment in­té­rieur. Le dé­cor de lacs en fo­rêt contri­bue aus­si à ins­tal­ler cette at­mo­sphère. Le coeur de l’his­toire évoque les re­trou­vailles d’une mère avec sa fille qu’elle n’a pas vue pen­dant dix ans et qui a été éle­vée par sa grand-mère. Je suis Ca­the­rine, cette jeune femme « entre-deux », qui ap­prend au­tant à de­ve­nir ma­man qu’à de­ve­nir fille. Dans Co­pa­ca­ba­na, le duo que nous for­mions avec ma mère Isa­belle Hup­pert était au centre de l’his­toire. Ici, cette re­la­tion est se­con­daire. La réa­li­sa­trice ne pen­sait pas au dé­part à nous unir à nou­veau. Ce­la s’est fait presque comme ça. Elle m’a d’abord confié le rôle, puis a pen­sé à elle. Jouer une mère dans un ré­cit aus­si fort s’est avé­ré bou­le­ver­sant. Je m’aper­çois en ce mo­ment qu’on me

pro­pose des rôles de jeunes femmes tom­bées de la lune. Elles ont toutes leur dif­fé­rence. Dans Bar­rage, Ca­the­rine est une fille très dure et très fra­gile. Mais on ne sait pas d’où elle vient, tout comme Ma­vie que j’in­ter­pré­tais dans Drôles d’oi­seaux, d’Élise Gi­rard, mon pré­cé­dent film. Ce per­son­nage avait un cô­té hé­roïne d’un ro­man du XIXe siècle. En­fant, je me sou­viens

avoir vu Ma­ry Pop­pins, Chan­tons sous la pluie et Un amour de Coc­ci­nelle. Je m’étais consti­tué une pe­tite vi­déo­thèque dont je vi­sion­nais les titres en boucle. À la même époque, j’ai eu une pé­riode Char­lie Cha­plin – dont je montre au­jourd’hui les films à mon fils âgé de 5 ans – et je me sou­viens d’avoir été fas­ci­née par Ma­ri­lyn Mon­roe et ses robes in­croyables dans Les hommes pré­fèrent les blondes d’Ho­ward Hawks. Cer­tains films peuvent m’ob­sé­der, comme Res­pi­ro d’Ema­nuel Cria­lese avec Va­le­ria Go­li­no. J’ai re­vu ré­cem­ment une sé­rie de mer­veilles des an­nées 1950 de Dou­glas Sirk et Vin­cente Min­nel­li. Un autre sou­ve­nir ré­cent : Nos meilleures an­nées, un film ita­lien ma­gni­fique de Mar­co Tul­lio Gior­da­na, qui dure six heures. Un chef-d’oeuvre ab­so­lu ! J’adore le ci­né­ma ita­lien, y com­pris ce­lui qui se tourne au­jourd’hui. Et pro­chai­ne­ment, j’ai hâte de voir 120 bat­te­ments par mi­nute de Ro­bin Cam­pillo, qui a été pri­mé à Cannes.

Au théâtre, je suis al­lée voir Sou­dain l’été der­nier, de Ten­nes­see Williams mis en scène par Sté­phane Braun­sch­weig à l’Odéon, et l’adap­ta­tion d’Un amour im­pos­sible de Ch­ris­tine An­got aux Ate­liers Ber­thier. J’avais beau­coup ai­mé le livre, pas­sion­nant ré­cit sur la re­la­tion mère-fille. Ma mère m’a sou­vent em­me­née au théâtre dans mon en­fance. L’été, nous al­lions au fes­ti­val d’Avi­gnon et je me sou­viens des spec­tacles d’Éric La­cas­cade. Il avait pré­sen­té trois pièces de Tche­khov, dont La Mouette que je suis re­tour­née voir trois ou quatre fois de suite. En mu­sique, mes goûts vont du clas­sique au rap

en pas­sant par Daft Punk et les chan­sons ita­liennes. Les pop-stars comme Beyon­cé, La­na Del Rey ou Ri­han­na me fas­cinent. Elles ont des voix su­blimes et des uni­vers très sin­gu­liers, si dif­fé­rents de ce­lui des ac­teurs. Avec son al­lure d’hé­roïne de ro­man mo­derne, Amy Wi­ne­house était elle aus­si ex­tra­or­di­naire. Une étoile fi­lante… J’ai dé­cou­vert et ai­mé Fai­ry Tale, le très beau pre­mier ro­man d’Hé­lène Zim­mer. Elle y dresse le por­trait poi­gnant d’une jeune femme contant sa des­cente aux en­fers dans un mi­lieu très simple. Après Chan­son douce de Leï­la Sli­ma­ni qui a rem­por­té le prix Gon­court, qui m’a beau­coup plu, ma pro­chaine lec­ture se­ra un autre Gon­court, ce­lui de la nou­velle, qu’a rem­por­té Ra­phaël Ha­roche avec Re­tour­ner à la mer. Ado­les­cente, Le Jour­nal d’Anne Frank m’avait mar­quée. À cette époque, je me sou­viens avoir lu d’autres ré­cits d’en­fance pas­sée sous les bombes, dont La Jeune Fille et la Guerre de Sa­ra No­vic. J’ai en­suite pris goût à la lit­té­ra­ture du XIXe siècle. Lorsque j’étu­diais l’art dra­ma­tique, j’ai­mais tra­vailler les pièces de Mus­set ou d’Ib­sen, no­tam­ment Une mai­son de pou­pée. L’été, j’adore al­ler au Fes­ti­val de Lo­car­no. La ville au bord du lac est ma­gni­fique. J’aime d’ailleurs beau­coup la Suisse et ses pay­sages de mon­tagne et d’eau. Le can­ton du Tes­sin, mais aus­si des villes comme Zu­rich. J’ai pas­sé pas mal de temps à Lau­sanne et Ge­nève où j’ai joué au théâtre. J’ai aus­si ap­pré­cié de pas­ser trois mois au Luxem­bourg pour le tour­nage de Bar­rage. Si tous les ans je vais à Saint-Jeande-Luz, j’aime beau­coup chan­ger de des­ti­na­tion. Après la Sar­daigne et la Corse, cet été se­ra sans doute grec. Bar­rage, de Lau­ra Schroe­der.

Entre Saint-Jean-de-Luz et le Fes­ti­val de ci­né­ma de Lo­car­no, la co­mé­dienne a ses ha­bi­tudes es­ti­vales.

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