Les états d’art de Diane Du­cret

Point de Vue - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par Ma­rie-Émi­lie Four­neaux

Dans son neu­vième ro­man*, l’au­teur du best-sel­ler Femmes de dic­ta­teur ra­conte le des­tin de deux Al­le­mandes op­po­sées au ré­gime na­zi, deux « in­dé­si­rables » dont le Ca­ba­ret bleu, mon­té au camp de Gurs en plein coeur des Py­ré­nées, nour­rit tous les es­poirs. Une force de vie, mal­gré l’ad­ver­si­té, que par­tage la jo­lie ro­man­cière à l’ac­cent du sud-ouest.

Les spec­tacles hu­mo­ris­tiques sont de vraies bouf­fées d’air. J’ai be­soin de cette lé­gè­re­té quand je suis en phase d’écri­ture. Je me suis fait une vé­ri­table cure de « seuls en scène » ces der­niers temps : Ca­mille Cha­moux, Fran­çois-Xa­vier De­mai­son, Mi­chaël Gre­go­rio… Les re­gards sans conces­sion de Jé­ré­my Fer­ra­ri et Blanche Gar­din m’ont par­ti­cu­liè­re­ment plu, comme l’écri­ture ci­se­lée de Ben dans Éco-res­pon­sable. Le co­mé­dien Oli­vier Broche est ex­cellent dans Moi et Fran­çois Mit­ter­rand que j’ai vu au théâtre La Pé­pi­nière à Pa­ris. Une pièce qui mêle le tendre et le po­li­tique. Dé­li­cieuse aus­si, la co­mé­die Les Faux Bri­tish m’a fait pen­ser à l’ir­ré­sis­tible film de Mel Brooks, Les Pro­duc­teurs. J’adore les talk-shows amé­ri­cains : The To­night Show de Jim­my Fal­lon, The Late Late Show de James Cor­den ou en­core The El­len DeGe­neres Show. Leur fa­çon d’abor­der les pro­blé­ma­tiques est tou­jours in­té­res­sante à voir. Leurs per­cep­tions en disent éga­le­ment long sur nous. Et puis c’est très drôle ! Je re­garde aus­si beau­coup de do­cu­men­taires sur les chaînes His­toire, Pla­nète+ ou Na­tio­nal Geo­gra­phic. Ma pas­sion pour l’his­toire s’est épa­nouie pen­dant ma col­la­bo­ra­tion à l’émis­sion Des ra­cines et des ailes. En Égypte, on a fait ou­vrir pour nos ca­mé­ras les tombes de la val­lée des Reines. Au Sou­dan, on est al­lés sur les traces de la ci­vi­li­sa­tion per­due de Mé­roé… Ce que je li­sais dans les livres n’était plus abs­trait, mais s’éta­lait sous mes yeux. C’est une émo­tion sans pa­reille, qui vous sub­merge. Les apho­rismes de Kha­lil Gi­bran sont une per­pé­tuelle source d’ins­pi­ra­tion. J’ai ci­té ce­lui-ci, ti­ré du Pro­phète, dans Cor­pus equi, l’un de mes ro­mans : « Plus pro­fon­dé­ment le cha­grin creu­se­ra votre être, plus vous pour­rez conte­nir de joie. » Je me re­plonge aus­si ré­gu­liè­re­ment dans les mé­moires de Marc Au­rèle. J’ai une vieille édi­tion du XIXe siècle que j’adore avec sa re­liure en cuir et son pa­pier ta­ché. Les écrits des ci­vi­li­sa­tions an­tiques re­gorgent de sa­gesse, de poé­sie hu­maine, de di­gni­té et de cou­rage. Ces va­leurs ne sont pas beau­coup mises en va­leur dans la lit­té­ra­ture d’au­jourd’hui. Le fait qu’elles nous soient par­ve­nues, après des mil­lé­naires, leur donne un écho d’au­tant plus fort. Tra­hir de He­len Dun­more fait par­tie de mes livres à lire cet été. Un ami me l’a ra­me­né d’un sa­lon lit­té­raire. Sur fond de com­plot des blouses blanches après la guerre, c’est l’his­toire d’un père qui re­fuse de voir la ma­la­die de son fils. Il y est ques­tion de sa jambe, ce qui m’évoque un peu mon ex­pé­rience [Diane a su­bi, il y a quelques an­nées, de lourdes opé­ra­tions suite à un ac­ci­dent de che­val, ndlr]. J’écris d’ailleurs en ce mo­ment un livre très per­son­nel sur le ton de la co­mé­die dra­ma­tique. Je pense l’ap­pe­ler La meilleure fa­çon de mar­cher est celle des fla­mants roses. Il y a quelque chose de dé­li­cat dans leur dé­marche, comme s’ils étaient des dan­seurs cas­sés. On a tous des ac­ci­dents de dif­fé­rentes sortes dans la vie, mais c’est à cha­cun de dé­ci­der s’il reste boi­teux ou s’il « de­vient » un fla­mand rose. Au ré­veil, les ma­ti­nales ra­dio me font re­prendre contact avec le monde. J’ai be­soin de ces voix aux mille et unes his­toires. En tra­vaillant, j’écoute beau­coup de pia­no so­lo, de Cho­pin au jazz contem­po­rain sous les doigts de Lu­do­vi­co Ei­nau­di ou de Ya­ron Her­man qui est un ami. Et pour la dé­tente, j’avoue être très rin­garde ! J’adore la mu­sique des an­nées 1980, aus­si bien fran­çaise qu’amé­ri­caine, mais aus­si le funk et la soul. En ce mo­ment, je fais tour­ner en boucle les titres de Lio­nel Ri­chie, Wham! et Billy Ocean. Chaque été, je re­tourne à

Biar­ritz, là où sont mes ra­cines. J’y fais des choses simples : me bai­gner sur la splen­dide côte des Basques, faire du paddle sur l’océan ou en­core du vé­lo dans la fo­rêt de Hos­se­gor. Avant d’al­ler à la plage, je fais par­fois un saut au Books­tore, une pe­tite li­brai­rie au charme fou avec son gros es­ca­lier en bois. Quand je ne dé­cide pas d’al­ler sur un coup de tête au fes­ti­val d’Avi­gnon, mon autre cou­tume es­ti­vale, pour y voir des amis jouer… J’irai au mois d’août à Flo­rence, une ville que je ne connais pas en­core. J’ai hâte de res­pi­rer un peu de cette Re­nais­sance ita­lienne que j’adore ! J’ai vé­cu à Rome et c’était un bon­heur de cô­toyer en per­ma­nence toute cette beau­té gra­tuite. Chaque coin de rue crée l’émer­veille­ment : ici une fon­taine du Ber­nin sur la­quelle vous pou­vez vous as­seoir en at­ten­dant un ren­dez-vous, là des ves­tiges an­tiques… En Ita­lie comme en Grèce, l’art s’étale à ciel ou­vert. C’est la rai­son pour la­quelle je ne fré­quente pas beau­coup les mu­sées. Je n’aime pas ce qui est cou­pé de la vie. *Les In­dé­si­rables, Flam­ma­rion, 320 p., 19,90

Un été entre Biar­ritz et la dé­cou­verte de Flo­rence, qui de­vrait com­bler cette amou­reuse de l’Ita­lie où « l’art s’étale à ciel ou­vert ».

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