Les états d’art de Gwen­do­lyn Gour­ve­nec

On l’a dé­cou­verte aux cô­tés de Lorànt Deutsch ou Di­dier Bour­don dans Un vil­lage presque par­fait. Elle prête cette fois ses traits à la cé­lé­bris­sime Ma­de­moi­selle Chiffre du Pe­tit Spi­rou, dans une co­mé­die* de Ni­co­las Bary. Elle y in­carne ce cé­lèbre pro­fesse

Point de Vue - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par Fan­ny del Vol­ta

L’uni­vers du réa­li­sa­teur Ni­co­las Bary est sin­gu­lier et poé­tique. De ses tour­nages, on res­sort tou­jours avec une âme d’en­fant. C’est son re­gard tein­té d’innocence qui me touche sin­cè­re­ment. En fin d’an­née, je se­rai à l’af­fiche d’un film de Marc Du­gain : L’Échange des prin­cesses, adap­ta­tion d’un ro­man de Chan­tal Tho­mas, re­trace l’his­toire des ma­riages pro­met­tant l’in­fante d’Es­pagne à Louis XV et Ma­de­moi­selle de Mont­pen­sier à l’hé­ri­tier du trône es­pa­gnol, pour conso­li­der les liens entre les deux royaumes. Mon rôle est ce­lui d’une gou­ver­nante aux in­fluences né­fastes.

Ré­cem­ment, je me suis pas­sion­née pour les des­tins de femmes. L’As­tra­gale, d’Al­ber­tine Sar­ra­zin, est le ré­cit d’une écor­chée vive qui se laisse gui­der par son coeur. L’au­teure était aus­si re­belle qu’in­tègre et vi­vait à 100 à l’heure. Si­non, c’est par la bande des­si­née de Ca­tel et Boc­quet que j’ai pu dé­cou­vrir Olympe de Gouges. Femme de lettres, per­son­nage po­li­tique, elle a oeu­vré pour l’abo­li­tion de l’es­cla­vage comme pour les droits de la femme. Elle était pré­cur­seur en tout et a pro­non­cé cette phrase que je trouve d’une grande force : « Je ne connais au­cun par­ti. Le seul qui m’in­té­resse vi­ve­ment est ce­lui de la pa­trie, ce­lui de la France. »

La Vie et l’OEuvre de Phi­lippe Ignace Sem­mel­weis, thèse de Louis-Fer­di­nand Cé­line sur le mé­de­cin hon­grois qui dé­cou­vrit l’asep­sie avant Pas­teur, est mon livre de che­vet. Il re­trace le par­cours hors norme de cet obs­té­tri­cien qui avait com­pris que l’hy­giène du per­son­nel hos­pi­ta­lier consti­tuait un en­jeu pri­mor­dial pour ré­duire la mor­ta­li­té des jeunes ac­cou­chées. La fa­cul­té a re­je­té ses thèses. In­com­pris, il a été in­ter­né dans un asile où il est mort de sep­ti­cé­mie, après avoir re­çu de mau­vais trai­te­ments. Ce des­tin tra­gique a non seule­ment ser­vi à Cé­line quand il était étu­diant en mé­de­cine, mais il est aus­si de­ve­nu une vé­ri­table ma­tière lit­té­raire. Pel­léas et Mé­li­sande, de Claude De­bus­sy, est une oeuvre com­plexe, tis­sée au­tour du mythe de Tris­tan et Yseut. J’ai ap­pris à la com­prendre et à l’ai­mer avec le temps. Bob Wil­son vient de la mettre en scène à l’opé­ra Bas­tille.

J’ai eu un vrai coup de coeur pour son es­thé­tique si par­ti­cu­lière, presque mi­ni­ma­liste, où l’image laisse toute sa place à la mu­sique. Si­non, j’ai aus­si vu ré­cem­ment La Veuve joyeuse, de Franz Lehár, à l’opé­ra Bas­tille. Il est rare de voir jouer un opé­ra si lé­ger dans cette ins­ti­tu­tion. J’ai beau­coup ai­mé. Le spec­tacle s’est ache­vé sur un french can­can ju­bi­la­toire de dix mi­nutes. Un fi­nal à cou­per le souffle et dy­na­mi­sant à sou­hait.

À l’étran­ger, je ne rate pas une oc­ca­sion de dé­cou­vrir un mu­sée ou une de­meure d’ar­tiste. La Ca­sa Azul de Fri­da Kah­lo, à Mexi­co, m’a beau­coup mar­quée. On peut vrai­ment par­ler de l’uni­vers d’une grande dame. Tout comme La Chas­co­na, à San­tia­go du Chi­li, re­flète les pe­tits grains de fo­lie du poète Pa­blo Ne­ru­da. Si­non, je suis fé­rue de pho­to­gra­phie, un art ins­tan­ta­né et, à mon sens, ul­tra-ac­ces­sible. J’aime la poé­sie de Sa­rah Moon, l’ex­cen­tri­ci­té d’Ali­cia Sa­vage ou en­core l’art avec le­quel Do­mi­nique Is­ser­mann a ren­du grâce au corps de la femme, no­tam­ment à tra­vers son tra­vail avec Lae­ti­tia Cas­ta. J’ai hâte de pou­voir dé­cou­vrir l’oeuvre d’Ir­ving Penn, au Grand Pa­lais.

Les deux films qui m’ont don­né en­vie de de­ve­nir co­mé­dienne sont Mille­nium Mam­bo, de Hou Hsiao Hsien, et Head-on de Fa­tih Akin. Le pre­mier s’ouvre sur l’un des plus beaux plans-sé­quences que j’ai ja­mais vus au ci­né­ma. L’ac­trice Shu Qi y est su­blime et, comme chez de nom­breux réa­li­sa­teurs asia­tiques, le rythme est sai­sis­sant. Quant au se­cond, il ré­vèle une jeu­nesse, ap­par­te­nant à la com­mu­nau­té tur­co-al­le­mande, qui brûle sa vie à chaque ins­tant. Un monde entre folk­lore et mo­der­ni­té. Au théâtre, j’ai beau­coup ai­mé la pres­ta­tion des ar­tistes du col­lec­tif fla­mand tg Stan. Ils ont no­tam­ment re­pris Art, de Yas­mi­na Re­za, il y a quelques an­nées, no­tam­ment au théâtre de la Bas­tille. Leur jeu est d’une ori­gi­na­li­té folle. Il re­pose beau­coup sur l’im­pro­vi­sa­tion. Mais il est du coup im­pos­sible de sa­voir quelle est la part jouée ou la part im­promp­tue du spec­tacle. C’est dé­rou­tant, mais le spec­ta­teur se laisse vo­lon­tiers prendre au jeu. * Le Pe­tit Spi­rou de Ni­co­las Bary, en salle.

« Je suis fé­rue de pho­to­gra­phie, un art ins­tan­ta­né et, à mon sens, ul­tra-ac­ces­sible. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.