Amelle Chah­bi « Je suis fas­ci­née par Na­na de Zo­la. Je viens d’ailleurs d’écrire un film ins­pi­ré par le su­jet du ro­man. »

Pé­tillante, na­tu­relle, en­ga­gée, elle dé­tonne dans Qui est Chah­bi ?*, son pre­mier one-wo­man-show mis en scène par Jo­siane Ba­las­ko. Un spec­tacle hi­la­rant dans le­quel elle dresse, avec jus­tesse et in­tel­li­gence, une ga­le­rie de per­son­nages qui in­carnent la Fra

Point de Vue - - Culture - Pro­pos re­cueillis par Anne-Char­lotte Sa­lem­bier

J’ai su très jeune que je vou­lais mon­ter sur scène. Quand les sketchs des In­con­nus pas­saient à la té­lé­vi­sion, je me di­sais : « Je veux faire comme eux, je veux faire rire les gens ! » Et puis sont ar­ri­vés Smaïn, Ja­mel Deb­bouze, Gad El­ma­leh… des per­sonnes plus proches de mon par­cours, et j’ai pris conscience que c’était pos­sible. J’ai réa­li­sé que, même si c’est un mi­lieu très mas­cu­lin, il y avait peut-être une place pour moi. Et je me suis lan­cée. J’ai com­men­cé à jouer ce spec­tacle en 2016. Au dé­part, j’étais ter­ro­ri­sée, té­ta­ni­sée, je me sen­tais seule au monde, mais quelle adré­na­line ! Je suis très fière d’être al­lée au bout de ce rêve, et d’au­tant plus si j’ai réus­si à don­ner le cou­rage à d’autres femmes d’em­prun­ter le même che­min que moi. J’ai pris mes places pour le spec­tacle d’Alex Vi­zo­rek.

Son one-man-show Alex Vi­zo­rek est une oeuvre d’art a re­pris le 1er oc­tobre au théâtre de la Pé­pi­nière et je rêve d’al­ler le voir. J’ai eu l’oc­ca­sion de le ren­con­trer sur des pla­teaux de té­lé­vi­sion, ce gar­çon me fait mou­rir de rire ! Et puis il est belge… C’est éton­nant de voir à quel point la Bel­gique re­gorge d’ar­tistes à l’uni­vers par­ti­cu­lier et à l’hu­mour très fin. J’ai lu et re­lu Na­na d’Émile Zo­la. Je suis fas­ci­née par l’his­toire de cette cour­ti­sane qui, pour échap­per à son des­tin, sé­duit et ruine un à un les hommes les plus riches qui s’éprennent d’elle. C’est si­dé­rant de voir à quel point les choses n’ont pas chan­gé. Il y a eu, il y a et il y au­ra tou­jours des femmes comme Na­na. C’est in­té­res­sant d’al­ler plus loin, de se pen­cher sur leurs par­cours, de com­prendre qui elles sont, d’où elles viennent, les bles­sures qu’elles ont dû su­bir dans leur en­fance pour en ar­ri­ver là. J’en parle sou­vent dans mes sketchs et je viens d’ailleurs d’écrire un film sur ce thème, ac­tuel­le­ment en cours de fi­nan­ce­ment. C’est un su­jet très ac­tuel, dans une époque où le phy­sique pré­do­mine, et où une par­tie des jeunes filles prennent pour exemple les star­lettes des ré­seaux so­ciaux ou de la té­lé-réa­li­té. Tout à l’heure, j’irai ache­ter Sexe et Men­songes de Leï­la Sli­ma­ni, qui brise le ta­bou de la sexua­li­té des femmes au Ma­roc. C’est très cou­ra­geux de sa part d’abor­der ce pro­blème. En tant que Fran­çaise d’ori­gine ma­ro­caine, le su­jet me parle for­cé­ment. La jeu­nesse de ce pays est éprise de li­ber­té – et même si elle a un pro­fond res­pect pour les tra­di­tions et la re­li­gion mu­sul­mane – elle a en­vie de vivre comme elle l’en­tend. Il faut ces­ser cette hy­po­cri­sie.

Je re­com­mande la li­brai­rie Pe­tite Égypte, au 35, rue des Pe­tits-Car­reaux, à Pa­ris. J’y vais tout le temps. Les li­braires prennent le temps de don­ner leur avis et écrivent des pe­tits ré­su­més sur les livres qu’ils ont lus. À force d’y al­ler, ils connaissent mes goûts et me donnent des conseils de lec­ture. En gé­né­ral, ils ne se trompent pas. Une vraie li­brai­rie à l’an­cienne, où on échange, on dis­cute. Ça change d’Ama­zon ! Avec mon mé­tier, je dois me te­nir au cou­rant de

l’ac­tua­li­té qui m’ins­pire des his­toires, des scé­na­rios. Tous les ma­tins, je lis Le Pa­ri­sien. Et dès qu’un su­jet m’in­té­resse, j’achète Le Monde ou Le Fi­ga­ro pour l’ex­plo­rer plus en pro­fon­deur. Je suis éga­le­ment abon­née au Point et aux In­rocks, deux ma­ga­zines ra­di­ca­le­ment op­po­sés, dont les opi­nions peuvent to­ta­le­ment di­ver­ger sur le même su­jet, et jus­te­ment, c’est in­té­res­sant de re­cou­per les points de vue. Cy­ra­no de Ber­ge­rac, un choc. Je l’ai vu à la Co­mé­dieF­ran­çaise en classe de sixième, avec mon col­lège. Les dé­cors étaient hal­lu­ci­nants, les co­mé­diens ex­tra­or­di­naires, j’en garde un sou­ve­nir très vif. Cette pièce a éga­le­ment joué, je crois, dans mon dé­sir de mon­ter sur scène. Une oeuvre tel­le­ment poé­tique, tel­le­ment jo­lie… elle parle d’amour comme au­cune autre. Je l’ai re­vue à plu­sieurs re­prises, et la re­ver­rai en­core ! Le ma­tin, j’écoute les clas­siques

de Ni­na Si­mone, ou les chan­sons d’amour de la chan­teuse de pop li­ba­naise Nan­cy Aj­ram, dont la voix est ex­cep­tion­nelle. Ce­la me per­met de me ré­veiller en dou­ceur. Le soir, je me passe en boucle Hé­ri­tage, le der­nier al­bum du chan­teur ca­me­rou­nais Ri­chard Bo­na, dont je suis une in­con­di­tion­nelle. C’est pour moi l’un des meilleurs chan­teurs au monde. En­fin, si j’ai une soi­rée un peu sexy, je peux écou­ter du Mar­vin Gaye pour me mettre dans l’am­biance ! Beau­bourg est ma deuxième mai­son. J’ai gran­di au centre de Pa­ris, et ai pas­sé mon ado­les­cence dans ce lieu. Avec mes co­pines, on y a fu­mé nos pre­mières ci­ga­rettes, ré­vi­sé notre bac… Au­jourd’hui, j’y vais dès que j’en ai l’oc­ca­sion : pour une nou­velle ex­po­si­tion, quand il pleut… toutes les rai­sons sont bonnes. Je connais cet en­droit par coeur, dans ses moindres re­coins. On y trouve même des ca­chettes in­soup­çon­nées, mais je ne ven­drai pas la mèche ! * Au théâtre Les Feux de la rampe, les jeu­di, ven­dre­di et sa­me­di, jus­qu’au 13 jan­vier 2018. theatre-les­feux­de­la­rampe.com

La vé­ri­table Aga­tha Ch­ris­tie 1)

En 1947, la reine Ma­ry de­mande pour ses 80 ans un ca­deau in­at­ten­du : la créa­tion d’une pièce d’Aga­tha Ch­ris­tie à la ra­dio ! S’exé­cu­tant, la reine du crime écrit Trois Sou­ris aveugles. Le suc­cès est tel que la pièce est adap­tée au théâtre en 1952 sous le titre, The Mou­se­trap ( La Sou­ri­cière), et ne quit­te­ra pas les planches lon­do­niennes pen­dant dix ans ! Soixante-six ro­mans ven­dus à deux mil­liards d’exem­plaires et tra­duits en cent sept langues : on connaît l’ex­cep­tion­nelle pro­duc­tion de la ro­man­cière ano­blie par Éli­sa­beth II en 1971, mais que sait-on de la femme qui au­rait vou­lu être can­ta­trice et fut la pre­mière Bri­tan­nique à s’ini­tier au surf ? De Tor­quay, dans son De­von na­tal, à Is­tan­bul en pas­sant par Green­way House, Le Caire et Wal­ling­ford, Sté­phane Bern nous in­vite à la dé­cou­vrir. I . P. --Se­crets d’His­toire, mar­di 10 oc­tobre, à 20 h 55, sur France 2.

Cal­derón vous em­barque 2)

Que fe­riez-vous si vous ap­pre­niez que votre vie n’est qu’un rêve ? Dé­chaî­ne­riez-vous vos pires ins­tincts avant que le songe s’achève ? Ou exal­te­riez-vous votre bon­té (plus ou moins in­née) pour faire le bien ? En trois actes, trois jour­nées casse-tête, Si­gis­mond (Ma­ki­ta Sam­ba), fils ca­ché de Ba­sile, roi de Po­logne (John Ar­nold), se dé­bat dans ce la­by­rinthe mé­ta­phy­sique tra­gi-co­mique ima­gi­né par Cal­derón de la Bar­ca, ma­gni­fique au­teur du ba­roque es­pa­gnol. La mise en scène de Clé­ment Poi­rée, nou­veau di­rec­teur de la Tem­pête, al­terne avec ma­lice entre l’étran­ge­té d’un conte go­thique et la fée­rie dé­jan­tée d’un Dis­ney. À l’image d’As­tolphe (Pierre Du­prat), un duc d’opé­rette, d’Étoile, prin­cesse boi­teuse tout droit sor­tie d’une boîte à mu­sique (for­mi­dable Louise Col­de­fy) ou de Ro­sau­ra, gar­çonne à l’éner­ve­ment ven­geur dro­la­tique (tout aus­si ex­cel­lente Mor­gane Nai­raud). Une soi­rée de rêve à la Car­tou­che­rie. R. M. --La vie est un songe, au théâtre de la Tem­pête, à la Car­tou­che­rie, jus­qu’au 22 oc­tobre. la-tem­pete.fr

3) Une mu­sique en bé­ton

Charles Pa­si se pas­sionne pour le chant en in­té­grant une cho­rale de gos­pel à 17 ans. Gui­ta­riste, har­mo­ni­ciste, il a com­men­cé à se faire connaître sur la scène jazz voi­ci dix ans. Mul­ti­pliant les col­la­bo­ra­tions, avec Ar­chie Shepp, avec Va­le­ria Bru­ni Te­des­chi pour la bande ori­gi­nale de son film Ac­trices, ou en­core avec soeur Car­la pour son disque No Pro­mises, il a juste 30 ans quand il signe pour trois al­bums chez Blue Note, en 2015. Son qua­trième opus est un exemple d’ac­com­plis­se­ment. De sa voix lé­gè­re­ment éraillée, il re­vi­site les genres blues ou rock, rend hom­mage à Ni­na Si­mone et n’hé­site pas à don­ner dans la ro­mance sur des mé­lo­dies vives et af­fir­mées. À ne pas man­quer. F. del V. --Bricks, par Charles Pa­si (1CD), Blue Note.

À la noce 4)

Nos jours heu­reux, In­tou­chables… le duo Éric To­le­da­no-Oli­vier Na­kache signe de­puis plus de dix ans quelques-unes des

meilleures co­mé­dies tour­nées en France. Ici, Jean-Pierre Ba­cri est un trai­teur usé qui or­ga­nise le ma­riage d’un jeune couple dans un splen­dide châ­teau. Ma­rié pré­ten­tieux (Ben­ja­min La­vernhe), mu­si­cien ma­cho (Gilles Lel­louche), pho­to­graphe has been (Jean-Paul Rouve) et beau-frère dé­pres­sif (Vincent Ma­caigne) se croisent au dé­tour de ce ma­gni­fique film cho­ral où rien ne se passe comme pré­vu. Entre rires et gra­vi­té, les réa­li­sa­teurs ins­tallent une ten­sion qui donne au spec­ta­teur la sen­sa­tion d’ap­par­te­nir à cette folle bri­gade. Maîtres ab­so­lus du scé­na­rio et de la mise en scène, ils dotent leurs per­son­nages de mille nuances, tirent tous les fils de leurs re­la­tions com­plexes. Un feu d’ar­ti­fice d’émo­tions. E. C. --Le Sens de la fête, d’Éric To­le­da­no et Oli­vier Na­kache.

Danse avec le vent 5)

Bian­ca Li, la plus fran­çaise des dan­seuses es­pa­gnoles, ins­tal­lée à Pa­ris de­puis vingt-cinq ans, est à l’hon­neur avec sa com­pa­gnie au théâtre de Chaillot ce mois-ci. Avec Sol­stice, une créa­tion au­tour du cli­mat, du vent, de la pluie, ja­mais di­dac­tique, mais tou­jours poé­tique, grâce à cette danse vir­tuose et dy­na­mique qui fait son style, ain­si qu’à des ef­fets vi­suels. À no­ter, le 7 oc­tobre, une jour­née ren­contre avec le pu­blic : un ate­lier par­ti­ci­pa­tif en fa­mille le ma­tin, la pos­si­bi­li­té d’as­sis­ter à une ré­pé­ti­tion et un bal le soir dans le grand foyer, face à la tour Eif­fel… A. D. --Sol­stice, au théâtre na­tio­nal de Chaillot, jus­qu’au 13 oc­tobre. Jour­née spé­ciale le 7 oc­tobre. theatre-chaillot.fr

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