Place Vendôme

Point de Vue - - Sommaire - Par Ma­rie-Eudes Lau­riot Pré­vost Pho­tos Ch­ris­tel Jeanne

Louis Vuit­ton en sa mai­son

La fa­çade est de Jules Har­douin-Man­sart, le dé­cor de Peter Ma­ri­no. Et les cos­tumes sont les ve­dettes du 2, place Vendôme, nou­velle adresse de la cé­lèbre griffe fran­çaise. Elle y pré­sente l’en­semble de son uni­vers dans une ambiance très « chic pa­ri­sien » et s’offre au pas­sage un re­tour aux sources, lors­qu’en 1854, le jeune Louis Vuit­ton in­ven­tait ses pre­mières malles plates à une rue de là.

En 1714, les tra­vaux de la place Vendôme s’achèvent se­lon le plan des­si­né en 1699 par Jules Har­douinMan­sart. Mais der­rière cette uni­té de fa­çades dans le pur style clas­sique en vogue sous Louis XIV, tout reste à faire. À chaque in­ves­tis­seur ayant mi­sé sur ce pres­ti­gieux pro­jet im­mo­bi­lier, il re­vient de construire les murs de son hô­tel par­ti­cu­lier. Trois siècles plus tard, l’ar­chi­tecte et dé­co­ra­teur amé­ri­cain Peter Ma­ri­no s’est re­trou­vé face au même dé­fi. La mai­son Louis Vuit­ton a ac­quis en 2011 deux des vingt-six nu­mé­ros qui com­posent la plus cé­lèbre place de Pa­ris afin d’en faire le pa­lais de ses mé­tiers : ma­ro­qui­ne­rie, ba­ga­ge­rie, prêt-à-por­ter, joaille­rie, par­fums et sou­liers, ain­si que deux ate­liers cou­ture et hor­lo­ge­rie. De­puis le dé­but du XVIIIe siècle, les hô­tels par­ti­cu­liers Bau­det de Mor­let et Heuzé de Vo­lo­ger ont connu un des­tin mou­ve­men­té, peu à peu trans­for­més en bou­tiques et en bu­reaux. Les fa­çades clas­sées mises à part, dé­ci­sion est prise de tout cas­ser. « Re­cons­truire l’intérieur a été un vrai dé­fi. L’équi­libre entre mo­derne et an­cien est pour moi la quin­tes­sence de Pa­ris », té­moigne Peter Ma­ri­no. Une pre­mière étape consiste à re­trou­ver les vo­lumes ini­tiaux en res­pec­tant le rythme des fe­nêtres. Toutes sont do­tées de vitres en verre co­lo­nial souf­flé à la bouche, avec cet as­pect ir­ré­gu­lier d’an­tan qui donne à la co­lonne Vendôme un dé­li­cieux cô­té flou. La pierre de taille do­rée, dite de la Croix Huyart, est choi­sie pour

re­cons­ti­tuer les quatre ni­veaux d’ori­gine. Reste à y ins­tal­ler les dif­fé­rents dé­par­te­ments de la mai­son, dans une ambiance « chic pa­ri­sien ». Au rez-de-chaus­sée, la joaille­rie, place Vendôme oblige, a l’hon­neur d’oc­cu­per le de­vant de la scène, aux cô­tés de la ma­ro­qui­ne­rie. Le pre­mier, étage noble aux cinq mètres de hau­teur sous pla­fond, est dé­dié au prêt-à-por­ter fé­mi­nin, meu­blé par les trou­vailles vin­tage ou contem­po­raines de Peter Ma­ri­no. Le deuxième étage est ré­ser­vé au prêt-à-por­ter mas­cu­lin et à l’uni­vers du voyage, tan­dis qu’au troi­sième, les clients VIP ont leurs en­trées dans un grand sa­lon pri­vé qui voi­sine avec les ate­liers de cou­ture et de haute joaille­rie. Tous sont re­liés par un es­ca­lier qui fait la fier­té de Peter Ma­ri­no, al­liance de pierre du XVIIIe siècle et de verre haute tech­no­lo­gie sus­pen­du par des câbles d’acier. « Cette in­ser­tion ul­tra­mo­derne ap­porte trans­pa­rence et lu­mière na­tu­relle », note-t-il. Le dé­co­ra­teur a te­nu à faire en­trer l’art dans les murs, com­man­dant une tren­taine d’oeuvres à des ar­tistes contem­po­rains. Par­mi elles, le por­trait en mé­daillon de Louis Vuit­ton par Yan Pei-Ming veille sur ce somp­tueux vais­seau. Il y a exac­te­ment cent quatre-vingts ans, un jeune Ju­ras­sien de 16 ans ve­nait cher­cher fortune à Pa­ris. De­ve­nu maître dans l’art de fa­bri­quer des malles de voyage, il ou­vrait bou­tique en 1854 au 4, rue Neuve-des-Ca­pu­cines (re­bap­ti­sée plus tard rue des Ca­pu­cines). Louis Vuit­ton n’y res­te­ra que cinq ans, pous­sé par le suc­cès à s’agran­dir à As­nières, où se trouve tou­jours l’ate­lier des com­mandes spé­ciales. Son nom fi­gure dé­sor­mais place Vendôme, quelques mètres à vol d’oi­seau de là où tout a com­men­cé.

L’étage noble, au pre­mier, est consa­cré au prêt-àpor­ter fé­mi­nin. Peter Ma­ri­no y a ins­til­lé des touches de de­si­gn comme ces fau­teuils Pump­kin de Pierre Pau­lin. Au fond, fi­gure une toile de Ki­mi­ko Fu­ji­mu­ra, ar­tiste col­lec­tion­née par l’ar­chi­tecte et dé­co­ra­teur amé­ri­cain.

En 1854, avant que la place Vendôme de­vienne l’épi­centre du luxe pa­ri­sien, le jeune Louis Vuit­ton s’ins­talle à une rue de là. Ses malles plates, plus pra­tiques que les mo­dèles bom­bés, font sa fortune au point qu’il doit vite s’agran­dir et dé­mé­na­ger à As­nières. À bord des trans­at­lan­tiques, il est de bon ton de voya­ger en Vuit­ton comme ici en 1939 la jeune Glo­ria Van­der­bilt et sa tante Ger­trude. Ci-des­sus, le por­trait du créa­teur par Yan Pei-Ming fi­gure en bonne place par­mi la tren­taine d’oeuvres d’art contem­po­rain com­man­dées pour le nou­veau ma­ga­sin.

Le choix des ma­té­riaux de dé­co­ra­tion a fait l’ob­jet d’un soin par­ti­cu­lier. Mar­que­te­rie de paille, bois sculp­té à la gouge, pein­ture à la colle de peau, cuir tres­sé comme dans la par­tie joaille­rie ont tous été fa­çon­nés par les meilleurs ar­ti­sans.

Seules deux pièces an­ciennes ont été choi­sies dans le dé­par­te­ment « pa­tri­moine » pour fi­gu­rer dans la bou­tique, dont cette malle bi­blio­thèque de 1933 ayant ap­par­te­nu à l’Amé­ri­caine Mau­rine Dal­las Wat­kins, jour­na­liste et au­teure de la pièce de théâtre Chi­ca­go.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.