Lee Child Sur les traces de Jack Rea­cher

Point de Vue - - Sommaire - Par Jé­rôme Car­ron Pho­to Da­vid At­lan

Le der­nier livre de Lee Child pa­ru en France met en scène son hé­ros, Jack Rea­cher, face à une ten­ta­tive d’as­sas­si­nat sur le pré­sident fran­çais. L’écri­vain an­glais, mé­con­nu dans l’Hexa­gone, a ven­du plus de 75 mil­lions de livres à tra­vers le monde et deux adap­ta­tions ci­né­ma­to­gra­phiques por­tées par Tom Cruise. Ren­contre à Pa­ris avec un au­teur dis­cret.

L’homme est grand, fin, tout de noir vê­tu. Il a ce re­gard bleu vif de cer­tains Bri­tan­niques, mé­lange de dis­tance et d’amu­se­ment. Le créa­teur de Jack Rea­cher res­semble peu à son hé­ros, sauf peut-être ses chaus­sures mon­tantes, en cuir épais, in­cre­vables. Un mo­dèle que ne re­nie­raient pas d’an­ciens mi­li­taires. Il y a vingt ans, vous écri­vez la première aven­ture de Jack Rea­cher après votre li­cen­cie­ment d’une so­cié­té de pro­duc­tion. L’his­toire d’un an­cien ma­jor de la po­lice militaire amé­ri­caine, sans do­mi­cile, sans fa­mille, ni carte de cré­dit… Après une longue ex­pé­rience dans le show-bu­si­ness, je sa­vais que je ne sa­vais rien ! J’ai lais­sé par­ler mon sub­cons­cient : un homme sans ar­gent, ni mai­son, qui vient d’ailleurs et qui règle des pro­blèmes. Plus tard, je me suis aper­çu qu’il s’agis­sait d’un mythe éter­nel, com­mun à plu­sieurs cultures. Nous rê­vons tous qu’un homme vienne ré­gler nos en­nuis et s’en aille après. Pour­quoi un militaire ? Parce qu’il est sans au­cune at­tache, com­plè­te­ment hors du sys­tème. Il y a deux types de per­sonnes comme ce­la : les dé­fi­cients men­taux et les an­ciens mi­li­taires. L’uni­vers militaire est tel­le­ment dif­fé­rent du ci­vil. Quand vous le quit­tez, vous êtes un étran­ger. Un per­son­nage qui com­bat l’in­jus­tice ? Oui. Je n’aime pas l’in­jus­tice, ce qui n’est pas loyal. Je ré­agis quand j’y suis confron­té. Pas tou­jours, mais par­fois je me sens obli­gé d’intervenir. L’équi­valent de votre ex­pres­sion « no­blesse oblige ». Ce­la guide votre écri­ture ? En ef­fet. La seule ma­nière de faire fonc­tion­ner une his­toire est qu’elle vienne du coeur. Elle ne peut pas être fausse, vous de­vez écrire ce que vous sen­tez, pas ce que les gens at­tendent. C’est or­ga­nique. En­fant, qui étaient vos hé­ros ? Pour moi et pour les ga­mins an­glais de mon âge, c’était ceux de la Se­conde Guerre mon­diale. Je suis né neuf ans après la fin du conflit. Toute notre culture était do­mi­née par les his­toires de guerres. Mon père était sol­dat et mon oncle était pi­lote de bom­bar­dier. Comment trou­vez-vous l’ins­pi­ra­tion ? Vous avez des contacts dans l’ar­mée ou par­mi les forces de l’ordre, tout à l’air tel­le­ment pré­cis… C’est ty­pique des écri­vains. Tout ce que l’on voit, ce que l’on vit, ce que l’on en­tend, comme cette conver­sa­tion avec vous, reste dans nos têtes. Et peut-être que dans cinq ans, il y au­ra une scène dans un ca­fé avec un jour­na­liste… Mais vous connais­sez les bases, les com­pa­gnies, les tac­tiques… C’est un tour de passe-passe lit­té­raire. Quand vous dites les choses avec convic­tion, les gens vous croient. Dans un livre, j’ai eu l’idée d’un mo­tel ache­té par le FBI dans un en­droit iso­lé pour y lo­ger des té­moins. Mais je trou­vais ce­la un peu too much. Donc je té­lé­phone à un agent du FBI en re­traite, je lui ra­conte et il me ré­pond : « Comment le sais-tu ? » En fait, tout ar­rive tou­jours quelque part. Il semble que tous les hommes rêvent d’être ou de de­ve­nir Jack Rea­cher et que les femmes tombent amou­reuses de lui… C’est vrai. Mais pour moi, la sur­prise est que les femmes, elles aus­si, veulent être Jack Rea­cher. Au fil des an­nées, j’ai com­pris qu’elles étaient beau­coup plus ré­vol­tées face à l’in­jus­tice que les hommes. Ces derniers sont ha­bi­tués à une zone grise. Tous mes livres ont pour su­jet une si­tua­tion in­juste qui de­vrait être juste. Ima­gi­ner être Jack Rea­cher offre aux femmes un sen­ti­ment de pou­voir. Et l’as­pect sen­ti­men­tal ? Rea­cher ne reste pas plus de deux jours. Elles ne le re­ver­ront jamais. Il ne rap­pel­le­ra pas, ne leur écri­ra pas et res­te­ra un secret. C’est une sé­cu­ri­té. Alors que dans la réa­li­té, vous di­vor­cez, vous per­dez votre mai­son… Rea­cher est une par­faite his­toire ex­tra-conju­gale ! Vos scènes de ba­garre sont très tech­niques, très pré­cises. C’est aus­si le prin­cipe de : « Je l’af­firme donc c’est vrai » ? En fait, je me suis ins­pi­ré de moi à 9 ou 10 ans. J’ai gran­di à Bir­min­gham. C’était… rude. Il y avait peu d’al­ter­na­tives pour ré­gler un pro­blème. On se bat­tait. Toute votre en­fance se re­trouve dans vos ba­garres ? Oui, en­fant, j’étais Rea­cher. J’étais grand, fort et je pro­té­geais mon frère, qui était très in­tel­li­gent mais pe­tit, fin et peut-être trop po­li. Mes pa­rents m’ont dit : « Ton pre­mier de­voir est de faire at­ten­tion à Ri­chard. » C’était une in­tro­duc­tion à la vie de Jack Rea­cher. Pour­quoi avoir choi­si une mère fran­çaise pour votre hé­ros ? Je vou­lais lui don­ner un pas­sé in­ter­na­tio­nal. Son père est amé­ri­cain, sa mère est fran­çaise, ils se sont ma­riés en Hollande. J’ai choi­si une mère fran­çaise parce que j’aime la France et beau­coup les Fran­çaises. Lire La Cible était fran­çaise, par Lee Child, Cal­mann Lé­vy Noir, 368 pages, 20,90 eu­ros.

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