À Londres et à New York

Car­tier en deux actes

Point de Vue - - Sommaire - Par Vincent Mey­lan

Au mois de juillet et au mois d’oc­tobre, à Londres et à New York, Car­tier a pré­sen­té sa nou­velle col­lec­tion de haute joaille­rie. Un double évé­ne­ment, sous haute sé­cu­ri­té. Ex­cep­tion­nel­le­ment, Point de Vue avait été convié.

Il est 10 heures du ma­tin, et les abords du Re­form Club, dans le quar­tier de Saint-James, à Londres, sont en­va­his par une ar­mée de grooms en uni­forme rouge. Leur pe­tit ca­lot porte sept lettres do­rées ve­nues de France : Car­tier. Le joaillier de la rue de la Paix pré­sente sa col­lec­tion 2017. 150 bi­joux pour la col­lec­tion pro­pre­ment dite et quelques cen­taines de pièces sup­plé­men­taires. Ce tré­sor af­firme haut et fort l’ex­cel­lence de la joaille­rie à la fran­çaise et le règne in­con­tes­té de Car­tier en ce do­maine. Nul autre joaillier ne peut se per­mettre un tel amon­cel­le­ment de pierres pré­cieuses. L’une des plus belles créations pro­pose 96 éme­raudes rondes, pe­sant plus de 608 ca­rats, en­fi­lées sur un sau­toir qui des­cend jus­qu’à la taille. Les pierres sont an­ciennes, elles viennent d’Af­gha­nis­tan. La touche Car­tier, ce sont les grappes de ru­bis agré­men­tées de pe­tits dia­mants dis­po­sées sur le bi­jou. Une bague, le plus beau bi­jou de la col­lec­tion, est ser­tie de deux fa­bu­leux dia­mants, un bleu et un rose, en forme de poire. L’ac­cord est par­fait. Et le Toi et Moi se­ra ven­du le ma­tin même, à un couple d’amou­reux sou­hai­tant don­ner des cou­leurs tendres à son an­ni­ver­saire de ma­riage. Bien sûr, tout est à vendre. À con­di­tion bien sûr d’y mettre le prix. Et de res­ter dis­cret. La haute joaille­rie, le sec­teur le plus pres­ti­gieux du luxe fran­çais, est l’un des plus se­crets au monde. Cour­tiers en pierres pré­cieuses, joailliers, ser­tis­seurs, po­lis­seurs, ven­deurs, ils sont des mil­liers à Pa­ris à faire vivre cet ar­ti­sa­nat de­puis des siècles, et nul ne s’en vante. Et pour cause ! Il ne s’agit pas de né­go­cier un sac à main, ou même une robe, mais un bi­jou dont le prix peut se chif­frer en mil­lions d’eu­ros et par­fois même en di­zaines de mil­lions d’eu­ros pour les com­mandes spé­ciales. La sé­cu­ri­té est le mot d’ordre de cet uni­vers confi­den­tiel. Même les vi­sages des ven­deurs sont pro­té­gés. Cette an­née, Car­tier a dé­ci­dé de pré­sen­ter ses joyaux à Londres et à New York, deux villes clefs dans son his­toire. La suc­cur­sale de Londres fut ou­verte dès 1902 et celle de New York, sept ans plus tard. L’une, comme l’autre ont une longue liste de clientes cé­lèbres. « Au­tre­fois, ex­plique Vio­lette Pe­tit, di­rec­trice des archives de Car­tier, ces deux fi­liales pos­sé­daient leurs propres ate­liers. Et il est pos­sible de re­tra­cer cer­taines ten­dances avec les bi­joux qui y sont nés. Les pièces créées à New York sont plus os­ten­ta­toires. Elles cor­res­pondent au goût d’une clien­tèle amé­ri­caine très for­tu­née. » Au­jourd’hui, toute la créa­tion est ras­sem­blée à Pa­ris. Et le thème de l’an­née 2017 tient en un mot : Ré­so­nances. « Les pierres ré­sonnent en nous, ex­plique Cy­ril Vi­gne­ron, pré­sident de Car­tier, et c’est cette ré­so­nance que les ar­ti­sans de Car­tier su­bliment en créant des mon­tures des­ti­nées à rehausser leur beau­té. » La dé­mons­tra­tion est évi­dente dans le cas de cette éme­raude ca­bo­chon d’un poids de 140 ca­rats. Elle a la taille d’un abri­cot. Pour la faire « ré­son­ner » au mieux, Car­tier a choi­si de s’amu­ser avec elle. La col­le­rette sur la­quelle elle est ser­tie peut se por­ter en col­lier, ou, deux clics plus tard, en dia­dème. Plus mo­deste mais tout aus­si poé­tique est cette bague com­po­sée de deux dia­mants en de­mi-lune. Une taille in­ha­bi­tuelle. Ils sont ser­tis face à face, dans une com­po­si­tion ovale, et sont re­liés par un lien de ru­bis ca­li­brés et de dia­mants qui fait le tour de l’an­neau. Pour pré­sen­ter ces mer­veilles, l’in­té­rieur du Re­form Club a été trans­for­mé en temple de la joaille­rie. Le pa­tio est de­ve­nu un sa­lon d’ex­po­si­tion dont les vi­trines blanches on­dulent dans une am­biance très contem­po­raine. Les clients les plus illustres ont dé­jà tout vu lors de ren­dez-vous pri­vés. À cô­té de plus des deux tiers des bi­joux, de dis­crètes pe­tites pas­tilles do­rées in­diquent qu’ils sont ven­dus. Sur ses quatre cô­tés, la ga­le­rie ou­verte du pre­mier étage a été trans­for­mée en bar-sa­lon de thé. Entre deux ren­dez-vous, chaque in­vi­té peut boire un verre de cham­pagne ou une tasse de thé, en pré­pa­rant ou en ré­con­for­tant son car­net de chèques. Car pour te­nir un de ces joyaux

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