Pa­pa, mon roi

Point de Vue - - Édito - Adé­laïde de Cler­mont-Ton­nerre Di­rec­trice de la rédaction

La se­maine der­nière, plus de qua­rante per­son­na­li­tés mas­cu­lines ont si­gné la pé­ti­tion en ligne lan­cée par le ma­ga­zine Cau­sette pour de­man­der un al­lon­ge­ment du congé pa­ter­ni­té pris à la nais­sance. Les écri­vains Fré­dé­ric Beig­be­der et Da­vid Foen­ki­nos, les chan­teurs Ju­lien Clerc et Vincent De­lerm, l’éco­no­miste Tho­mas Pi­ket­ty ou en­core l’ac­teur Jean-Pierre Dar­rous­sin vou­draient ain­si faire pas­ser de onze jours à six se­maines ce mo­ment pri­vi­lé­gié qui per­met d’ac­cueillir un nou­vel en­fant. Une pe­tite ré­vo­lu­tion qui irait dans le sens de la jus­tice, mais aus­si d’une éga­li­té bien pen­sée entre les hommes et les femmes… Qu’en est-il dans les cours d’Eu­rope ? De­puis une tren­taine d’an­nées, le pa­ter­fa­mi­lias a bien chan­gé. Et c’est d’au­tant plus frap­pant lorsque ce­lui qui in­car­nait jus­qu’à pré­sent « la loi » freu­dienne, est aus­si… prince ou roi. On ne compte plus les images tendres de Fe­lipe d’Es­pagne, de Fre­de­rik de Da­ne­mark, de Willem-Alexan­der des Pays-Bas ou du duc de Cam­bridge avec leur pro­gé­ni­ture. Tous af­firment que leurs ché­ru­bins sont une « prio­ri­té ». À leur image, 86 % des pères en France dé­clarent don­ner à leurs en­fants une édu­ca­tion dif­fé­rente de celle qu’ils ont re­çue, se­lon une en­quête de l’Unaf (Union na­tio­nale des as­so­cia­tions fa­mi­liales) de 2016. Le pour­voyeur de re­ve­nus à l’au­to­ri­té dis­tante qui, pour tout signe d’af­fec­tion, ébou­rif­fait de temps en temps sa mar­maille d’une main dis­traite, s’est pro­fon­dé­ment trans­for­mé. Ha­bi­tué à chan­ger les couches, ce néo-pa­pa est ca­pable de concoc­ter une pu­rée de ca­rottes, de géo­lo­ca­li­ser non seule­ment la bai­gnoire, mais aus­si l’école et le ca­bi­net du pé­diatre. En re­vanche, 56 % d’entre eux ont tou­jours le sen­ti­ment d’être consi­dé­rés comme des pères « se­con­daires ». L’école, no­tam­ment, conti­nue­rait à s’orien­ter en prio­ri­té vers la mère en cas de pro­blème… À leur grande in­di­gna­tion. À ceux qui se la­mentent de voir la tra­di­tion­nelle vi­ri­li­té pa­ter­nelle se dis­soudre dans une fé­mi­ni­té hon­teuse, le psy­chiatre Jean Le Ca­mus adresse ce mes­sage ras­su­rant : « Toutes les études montrent que plus un père est tac­tile et tendre, plus l’ef­fet est bé­né­fique sur le dé­ve­lop­pe­ment so­cial, af­fec­tif et cog­ni­tif de l’en­fant. » Ain­si soit-il.

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