Charles et Ca­mil­la en Asie

Les nou­veaux dé­fis du couple hé­ri­tier

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Après une ren­trée com­pli­quée, les deux époux, en voyage of­fi­ciel au bout du monde, af­fichent leur uni­té. Et leur amour, plus fort que ja­mais. Par Gre­ta Xa­vier

Tout com­mence… par un bai­ser ! Ce 30 oc­tobre, le prince de Galles et la du­chesse de Cor­nouailles s’em­brassent dans le lob­by de leur hô­tel de­vant une poi­gnée de pho­to­graphes mé­du­sés. Charles et Ca­mil­la en­tament ce soir-là un voyage of­fi­ciel en Asie du Sud-Est des­ti­né à cé­lé­brer les liens entre la Gran­deB­re­tagne et quatre pays membres de l’or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale du Com­mon­wealth. Tous deux ont fait le voyage sé­pa­ré­ment – l’épouse de l’hé­ri­tier du trône, de re­tour d’un sé­jour pri­vé sur le con­tinent in­dien, a en ef­fet pré­fé­ré re­joindre di­rec­te­ment son conjoint à Sin­ga­pour. Un pro­gramme par­ti­cu­liè­re­ment dense (une cin­quan­taine d’en­ga­ge­ments of­fi­ciels en onze jours, à Sin­ga­pour, mais aus­si au Bru­nei, en Ma­lai­sie et en Inde) a été pré­pa­ré avec soin par et pour le couple, qui, sans at­tendre, pré­side une courte cé­ré­mo­nie en pré­sence d’ath­lètes sé­lec­tion­nés pour les pro­chains jeux du Com­mon­wealth, pré­vus au prin­temps pro­chain. L’en­chaî­ne­ment in­in­ter­rom­pu des obli­ga­tions du len­de­main – des ren­contres avec la pré­si­dente de la Ré­pu­blique Ha­li­mah Ya­cob, et son Pre­mier mi­nistre, Lee Hsien Loong, un hom­mage aux mi­li­taires tom­bés au cours des deux guerres mon­diales, un dé­pla­ce­ment dans un col­lège, des en­tre­tiens avec les lea­ders de plu­sieurs com­mu­nau­tés re­li­gieuses, la vi­site d’une ré­serve na­tu­relle, une ré­cep­tion sui­vie d’un dî­ner au pa­lais pré­si­den­tiel – donne à lui seul une idée de la pres­sion à la­quelle les conjoints se­ront sou­mis tout au long de leur pé­riple. Le ma­tin du 1er no­vembre, la du­chesse de Cor­nouailles trouve tout de même le temps de s’at­tar­der quelques mi­nutes de­vant les étals char­gés de fruits exo­tiques du mar­ché cou­vert de Tiong Bah­ru, le prince, lui, de se mo­quer gen­ti­ment d’un pe­tit groupe de jour­na­listes en les me­na­çant d’un as­pi­ra­teur pen­dant sa vi­site d’un centre de re­cherches de la firme bri­tan­nique Dy­son. Bap­tême d’une nou­velle va­rié­té d’or­chi­dées, vi­sites d’une en­tre­prise de ré­in­ser­tion pour jeunes en dif­fi­cul­té, d’un centre d’édu­ca­tion ar­tis­tique, d’un mu­sée… « Très fa­ti­gant », laisse échap­per Ca­mil­la, tout juste ar­ri­vée au Bru­nei, le 2 no­vembre, lors d’une con­ver­sa­tion en tête-à-tête avec la reine Sa­le­ha, l’épouse du sul­tan Has­sa­nal Bol­kiah. « Tout s’en­chaîne non-stop, et ce­la de­vient de plus en plus épui­sant à me­sure que vous avan­cez en âge. Je passe mon temps à dire à tout le monde que je ne suis plus aus­si jeune qu’avant, et que j’ai be­soin de ra­len­tir un peu le rythme. » En pré­vi­sion

Au pro­gramme d’un voyage par­ti­cu­liè­re­ment dense : une es­cale de quelques heures au Bru­nei.

du voyage, la belle-fille d’Éli­sa­beth II, qui est connue pour n’ap­pré­cier ni les longs tra­jets en avion, ni les cha­leurs hu­mides et in­tenses, a pas­sé cinq jours au sud de l’Inde, dans le centre ho­lis­tique in­ter­na­tio­nal Sou­kya de la ville de Ban­ga­lore. Elle connaît bien l’éta­blis­se­ment, spé­cia­li­sé dans la mé­de­cine ayur­vé­dique et les tech­niques de re­laxa­tion, pour y avoir dé­jà ef­fec­tué des cures de re­mise en forme à plu­sieurs re­prises. Ré­so­lue à tou­jours se­con­der au mieux son époux, la du­chesse de Cor­nouailles opte ré­gu­liè­re­ment pour ce type de pré­pa­ra­tion phy­sique et psy­cho­lo­gique avant un dé­pla­ce­ment à l’autre bout de la pla­nète. Loin des simples consi­dé­ra­tions de po­pu­la­ri­té et d’image, les en­jeux d’un tel voyage sont en ef­fet nom­breux. En avril 2018, le 25e som­met des chefs de gou­ver­ne­ment du Com­mon­wealth – la com­mu­nau­té de 52 na­tions vouée à « pro­mou­voir la pros­pé­ri­té, la dé­mo­cra­tie et la paix » dont Éli­sa­beth II as­sume le lea­der­ship de­puis son avè­ne­ment, en 1952 – se tien­dra à Londres et à Wind­sor. Le prince de Galles ne se­ra pas au­to­ma­ti­que­ment por­té à la tête de l’or­ga­ni­sa­tion le jour où il ac­cé­de­ra au trône. Il ap­par­tien­dra aux di­ri­geants des na­tions concer­nées d’en dé­ci­der, et le pa­lais de Bu­ckin­gham s’af­faire d’ores et dé­jà à pré­pa­rer le pas­sage de té­moin. Par­mi les seize royaumes membres du Com­mon­wealth dont la sou­ve­raine est

éga­le­ment le chef de l’État : le Ca­na­da, l’Aus­tra­lie, la Nou­velle-Zé­lande, la Ja­maïque, le Be­lize ou en­core les Ba­ha­mas. Com­bien de temps ces pays sou­hai­te­ron­tils main­te­nir leurs liens avec la Cou­ronne ? L’ob­jec­tif clai­re­ment af­fi­ché des dé­pla­ce­ments de Charles et Ca­mil­la dans le Com­mon­wealth est de se faire mieux connaître (et ap­pré­cier). Le prince est là pour faire la dé­mons­tra­tion de son soft po­wer, pour mon­trer qu’il est bien, comme plu­sieurs ob­ser­va­teurs l’ont dé­jà écrit outre-Manche, « l’un des atouts ma­jeurs » de la Grande-Bre­tagne sur la scène in­ter­na­tio­nale. Le voyage du couple en Asie in­ter­vient par ailleurs à un mo­ment où les re­la­tions entre les trois mai­sons royales – le pa­lais de Bu­ckin­gham, Cla­rence House (le QG lon­do­nien du prince de Galles et de son épouse) et le pa­lais de Ken­sing­ton, ré­si­dence du duc et de la du­chesse de Cam­bridge – pa­raissent souf­frir d’un re­gain de ten­sion. La mo­nar­chie est en­trée dans une pé­riode de tran­si­tion, ce qu’a confir­mé le re­trait de la vie pu­blique du prince Phi­lip, en août der­nier. De­puis plu­sieurs se­maines, la presse bri­tan­nique fait état de di­ver­gences pro­fondes entre les prin­ci­paux conseillers de la reine et de son fils aî­né – di­ver­gences qui au­raient conduit à la ré­cente dé­mis­sion du pre­mier se­cré­taire par­ti­cu­lier

d’Éli­sa­beth II, sir Ch­ris­to­pher Geidt. Les al­lé­ga­tions se­lon les­quelles l’hé­ri­tier du trône sou­hai­te­rait ac­croître son im­pli­ca­tion sur la scène of­fi­cielle avant son 70e an­ni­ver­saire, en no­vembre 2018, ont été dé­men­ties dans un com­mu­ni­qué com­mun aux trois pa­lais (une pre­mière) en sep­tembre. Mais d’autres ru­meurs ont couru tout au long de l’été, comme ces bruits fai­sant état de la pos­sible ins­tau­ra­tion d’une ré­gence en 2021, an­née où la sou­ve­raine fê­te­ra ses 95 ans. Fi­dèle au ser­ment pro­non­cé le jour de son cou­ron­ne­ment, Éli­sa­beth II, in­sistent plu­sieurs sources ci­tées par le quo­ti­dien The Times, n’a pas l’in­ten­tion de se re­ti­rer. Ad­mi­ra­tif du règne de sa mère,

Le prince Charles ne manque pas une oc­ca­sion de té­moi­gner pu­bli­que­ment de son amour pour Ca­mil­la.

et « beau­coup trop oc­cu­pé, com­men­tait ré­cem­ment l’un de ses bio­graphes, à se concen­trer sur le tra­vail qu’il ac­com­plit », le prince Charles, quant à lui, se dit là pour ser­vir la sou­ve­raine et la sou­te­nir dans sa tâche. Se­con­dé par Ca­mil­la, en­vers la­quelle il ne manque plus une oc­ca­sion de té­moi­gner pu­bli­que­ment son amour. Le rôle de la du­chesse de Cor­nouailles et la place es­sen­tielle qu’elle tient dans la vie de son époux ont dé­jà été re­con­nus à plu­sieurs re­prises par Sa Ma­jes­té – qui l’a nom­mée au sein du Pri­vy Coun­cil, son con­seil pri­vé, en juin 2016. Éli­sa­beth II, confie l’un de ses an­ciens écuyers, sait que « pour que Charles connaisse le suc­cès en tant que mo­narque, il doit être un homme heu­reux ».

En haut, le sa­lut res­pec­tueux du prince Charles au sul­tan de Bru­nei Has­sa­nal Bol­kiah. Ci-des­sus, aparté com­plice entre la du­chesse de Cor­nouailles et la reine Sa­le­ha.

Le couple hé­ri­tier et la fa­mille royale du Bru­nei au­tour de la table somp­tueu­se­ment dres­sée pour le thé. Ca­mil­la (dans un en­semble An­na Valentine) et l’épouse du sul­tan font leur en­trée dans le sa­lon, au pré­cieux ta­pis tis­sé d’or.

Le rôle es­sen­tiel oc­cu­pé par la du­chesse de Cor­nouailles au cô­té de son époux est dé­sor­mais re­con­nu par tous, y com­pris par la reine Éli­sa­beth, qui a nom­mé sa belle-fille au sein du Pri­vy Coun­cil, son con­seil pri­vé, il y a quelques mois.

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