Ra­nia de Jor­da­nie

Son com­bat pour les Ro­hin­gyas

Point de Vue - - Sommaire - Par Ma­rie-Émi­lie Four­neaux

La reine, connue pour son en­ga­ge­ment en fa­veur des ré­fu­giés, s’est ren­due dans le camp de Ku­tu­pa­long, au sud du Ban­gla­desh. Le gou­ver­ne­ment ban­gla­dais et les or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires y ac­cueillent des mil­liers de Ro­hin­gyas, mi­no­ri­té mu­sul­mane ayant fui la Bir­ma­nie. Une crise hu­ma­ni­taire dont Ra­nia de Jor­da­nie n’ima­gi­nait pas l’am­pleur.

Les bras se tendent vers elle à son pas­sage. Ra­nia de Jor­da­nie s’ac­crou­pit à la hau­teur des jeunes Ro­hin­gyas. Sa main disparaît sous les leurs. Elle vien­dra se po­ser plus tard sur la tête d’un bé­bé en­dor­mi, ca­res­ser la joue d’une pe­tite fille et ré­con­for­ter, d’un geste sur l’épaule, une mère et son en­fant. « Avant de ve­nir ici, je m’étais pré­pa­rée à dé­cou­vrir des condi­tions épou­van­tables, mais les his­toires que j’ai en­ten­dues m’ont bou­le­ver­sée, confie-t-elle. En mar­chant dans le camp, les ré­fu­giés m’ont par­lé d’actes de vio­lence in­ima­gi­nables. Des bé­bés pié­ti­nés, des pa­rents tués sous les yeux de leurs en­fants, des femmes bru­ta­li­sées, des vil­lages ré­duits en cendres… » De­puis le mois d’août, près d’un mil­lion de Ro­hin­gyas, mi­no­ri­té mu­sul­mane, a fui les per­sé­cu­tions en Bir­ma­nie pour se ré­fu­gier au Ban­gla­desh. Dans ce camp de Ku­tu­pa­long, l’un des deux gé­rés par le gou­ver­ne­ment ban­gla­dais dans la ré­gion de Cox’s Ba­zar au sud du pays, ils af­fluent chaque jour un peu plus dans les abris de for­tune. Croi­sant les re­gards, re­cueillant les té­moi­gnages, Ra­nia me­sure l’ur­gence de la si­tua­tion. « Mal­gré le grand tra­vail ac­com­pli ici par les or­ga­ni­sa­tions hu­ma­ni­taires et la gé­né­ro­si­té du peuple ban­gla­dais, les res­sources en eau po­table et en nour­ri­ture sont in­suf­fi­santes. » Près de 60 % des ré­fu­giés sont des en­fants, et ils sont nom­breux à l’en­tou­rer dans l’école ini­tiée par l’UNICEF. Ils lui montrent quelques danses, ré­citent des comp­tines et lui donnent des des­sins. Par­mi eux, une pe­tite fille et son ar­doise ma­gique. Un peu ti­mide, elle se­ra en­chan­tée du cro­quis lais­sé par la sou­ve­raine. Ce mo­ment de par­tage touche par­ti­cu­liè­re­ment le coeur de Ra­nia, une mère en­ga­gée pour la cause des ré­fu­giés au­près de l’In­ter­na­tio­nal Res­cue Com­mit­tee. S’in­ter­ro­geant sur les rai­sons pour les­quelles le sort de ces mu­sul­mans fut jus­qu’ici igno­ré, elle dé­clare de­vant la presse : « J’ex­horte les Na­tions unies et la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale à faire tout leur pos­sible pour stop­per la souf­france et la vio­lence com­mise en­vers les Ro­hin­gyas. » Le ton ferme, elle ap­pelle à une ré­ponse « ef­fec­tive, ra­pide et gé­né­reuse face à ce que beau­coup dé­crivent comme une épu­ra­tion eth­nique ». Au même mo­ment, lors de la Con­fé­rence de pro­messes pour la crise des ré­fu­giés ro­hin­gyas, or­ga­ni­sée à Ge­nève, des do­na­teurs in­ter­na­tio­naux se sont en­ga­gés à ver­ser plus de 344 mil­lions de dol­lars, l’ob­jec­tif étant de ras­sem­bler 434 mil­lions de dol­lars d’ici fé­vrier 2018. Les États-Unis ont par ailleurs an­non­cé des me­sures pu­ni­tives contre l’ar­mée bir­mane.

Gui­dée no­tam­ment par des membres du HautCom­mis­sa­riat des Na­tions unies pour les ré­fu­giés, Ra­nia de Jor­da­nie a vi­si­té au Ban­gla­desh l’un des deux camps où des mil­liers de Ro­hin­gyas ve­nus de Bir­ma­nie ont trou­vé re­fuge. En­ga­gée au­près de l’In­ter­na­tio­nal Res­cue Com­mit­tee, elle s’est at­ta­chée à re­cueillir des té­moi­gnages et à dé­non­cer l’ur­gence de la si­tua­tion, ap­pe­lant à une ré­ponse ra­pide et gé­né­reuse de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.