Ro­bin Re­nuc­ci « Il faut cou­rir ad­mi­rer An­ders Zorn au Pe­tit Pa­lais. Ce peintre sué­dois a une tech­nique in­ouïe. »

Tan­dis que la der­nière sai­son d’Un vil­lage fran­çais va com­men­cer sur France 3, le co­mé­dien, qui est aus­si di­rec­teur des Tré­teaux de France, par­ti­cipe à la 9e édi­tion du jo­li fes­ti­val Notes d’au­tomne*, à l’oc­ca­sion d’une soi­rée consa­crée à Mo­zart et à Ch­ri

Point de Vue - - Culture - Pro­pos re­cueillis par Pau­line Som­me­let

J’aime beau­coup le pia­no. J’au­rai donc grand plai­sir à lire ce texte de Ch­ris­tian Bo­bin

conçu comme un opus poé­tique qui ex­plore les sen­sa­tions d’un homme qui écoute du Mo­zart. Le ha­sard fait que je suis né au Creu­sot, cet en­droit où vit Ch­ris­tian Bo­bin de­puis tou­jours. Sans en bou­ger, il par­vient à voya­ger bien plus que la plu­part des gens. Ce poète voit le monde dans une goutte d’eau. Il in­carne pour moi la dif­fé­rence entre le ba­var­dage et la pa­role. Son sens de la contem­pla­tion me re­pose de l’agi­ta­tion am­biante.

Di­rec­teur d’un centre d’art dra­ma­tique, les Tré­teaux de France,

je prends tou­jours au­tant de plai­sir à dé­cou­vrir de nou­veaux spec­tacles, no­tam­ment à Avignon. Cet été, j’ai beau­coup ai­mé ce­lui de Thia­go Ro­drigues, par ailleurs di­rec­teur du théâtre de Lis­bonne, qui ra­conte la vie d’une souf­fleuse dans une salle de Bar­ce­lone. Par la grâce d’une co­mé­dienne, on voit re­sur­gir toute l’exis­tence de cette femme dans une at­mo­sphère à la fois sen­sible et émou­vante. C’est un vé­ri­table chant d’amour à notre mé­tier.

Des au­teurs comme Clau­del et Hugo conti­nuent de m’ac­com­pa­gner.

Le théâtre de Chaillot vient de pro­je­ter l’in­té­grale fil­mée du Sou­lier de sa­tin mis en scène par An­toine Vi­tez, en 12 heures, à la­quelle j’ai eu la chance de par­ti­ci­per. C’était un plai­sir de re­voir cette pro­duc­tion en­core très vi­vante. Quant à la langue de Vic­tor Hugo, elle m’est vi­tale.

J’ai dé­cou­vert Alice Ze­ni­ter par ha­sard.

À l’oc­ca­sion d’une ré­si­dence d’ar­tistes en Corse, je lui ai de­man­dé d’écrire un texte. J’étais loin de me dou­ter que son ro­man, L’Art de perdre, se­rait au­tant re­mar­qué au sein de cette ren­trée lit­té­raire. C’est en ef­fet une très belle his­toire qui ra­conte le des­tin de plu­sieurs gé­né­ra­tions d’Al­gé­riens abî­més par la guerre. Son écri­ture, très fine, aborde des thèmes com­plexes comme la quête d’iden­ti­té. Je re­viens ré­gu­liè­re­ment aux Mé­moires d’Ha­drien de Mar­gue­rite Your­ce­nar. Se­lon les âges de la vie aux­quels on le lit, ce ma­gni­fique ro­man dé­voile une sa­gesse du corps, puis du vieillis­se­ment.

Dans une époque très ba­varde, je me nour­ris aus­si d’es­sais comme les ou­vrages de Ber­nard Stie­gler,

un phi­lo­sophe de la tech­nique et du monde du tra­vail, et sur­tout de poé­sie. An­tho­lo­gie de la poé­sie fran­çaise de Georges Pom­pi­dou ne me dé­çoit ja­mais. Elle ex­plore toutes les ri­chesses de notre langue ci­se­lée par des au­teurs mer­veilleux tels que Louise La­bé, Ver­laine ou Fran­cis Ponge.

Je viens de voir le très beau 120 bat­te­ments par Il est rare qu’un film fran­çais ait une telle

mi­nute. te­nue. À par­tir d’un su­jet peu fa­cile, et sans au­cune idéo­lo­gie, il nous plonge dans les com­bats des mi­li­tants d’Act Up, avec une jus­tesse de ton très sub­tile. Dans un autre re­gistre, j’adore les films en noir et blanc de Jean Be­cker. J’étais heu­reux de voir Ber­trand Ta­ver­nier lui rendre jus­tice dans le ma­gni­fique do­cu­men­taire qu’il a consa­cré à l’his­toire du sep­tième art.

Avec mes élèves du con­ser­va­toire, nous avons fait un gros tra­vail sur Gau­guin

qui va être pro­gram­mé dans le cadre de la su­blime ré­tros­pec­tive du Grand Pa­lais. Trois lun­dis de suite, à par­tir du 27 no­vembre, ils li­ront des textes du peintre que nous avons adap­tés pour le théâtre. Quant à la bi­blio­thèque de Beau­bourg (BPI), elle nous a com­man­dé un texte sur Jean Eche­noz que nous don­ne­rons en jan­vier, en pré­sence de l’au­teur. Ce tra­vail de trans­mis­sion me pas­sionne, sur­tout quand on peut avoir la chance de le faire en lien avec un au­teur vi­vant.

Les mu­sées sont des lieux qui m’ins­pirent,

que ce soit ce­lui de l’Oran­ge­rie où j’aime me pro­me­ner de­vant Les Nym­phéas de Mo­net, ou en­core tous ceux où je peux contem­pler des Sou­tine, des Cé­zanne ou des Mo­di­glia­ni. Et puis il faut cou­rir ad­mi­rer la touche sub­tile et in­croya­ble­ment poé­tique d’An­ders Zorn, ce peintre sué­dois ex­po­sé au Pe­tit Pa­lais. Quelle tech­nique in­ouïe ! Cer­taines oeuvres où la den­telle des robes des femmes se re­flète dans l’eau sont ab­so­lu­ment ma­gni­fiques.

J’écoute énor­mé­ment de mu­sique clas­sique.

De­puis cet été, j’in­ter­prète un spec­tacle que j’aime beau­coup, un voyage lit­té­raire et mu­si­cal au­tour de textes de Ga­ry, Proust ou Rim­baud qui s’in­ti­tule L’En­fance à l’oeuvre. Le pia­niste Ni­co­las Sta­vy m’y ac­com­pagne avec brio et j’ai ce pri­vi­lège de pou­voir l’en­tendre jouer, tout contre moi, des oeuvres de Rach­ma­ni­nov, Scria­bine ou Saint-Saëns. Les quin­tettes de Brahms ou de Schu­bert sont des oeuvres qui me touchent pro­fon­dé­ment, tout comme cer­tains mor­ceaux d’opé­ra à l’ins­tar de L’Air de Na­dir dans Les Pê­cheurs de perle, qui me dé­chire le coeur dès que je l’en­tends. * Mo­zart et la pluie, le 17 no­vembre. Fes­ti­val Notes d’au­tomne, le Per­reux-sur-Marne, du 13 au 19 no­vembre. fes­ti­val­no­tes­dau­tomne.com

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